PBOFESSEUB EN HUMANITÉS , À SAUMUR
Monsieur, je ne puis que vous estre tort obligé de lu préface de vostre Longinus' que vous m'avés fait la grâce de ^'envoyer par .\r Palin qui s'est donné la peine de nie l'apporter luy niesnie". La mention qu'il vous a pieu d'y faire de moy à force de m'honnorer jne couvre de honte. Dieu vueille que celte lionte ne retombe point sur vous et que mes malveillans ne vous en facent pas un crime! Il vous souviendra du moins que ce mol trop favorable que vous y avés inséré est un motu proprio de vous , que je n'ay point provoqué non pas même de la pensée. Vos amis, au reste, ont eu raison de vous conseiller cette dédicace au Roy. Quelque petit que doive estre le volume, la matière en est sublime, et peut beaucoup servir à faire parler dignement de Sa Majesté par ceux qui en entreprendront le panégyrique. Il seroit seulement à souhaiter qu'Elle eust esté nourrie dans la connoissance des langues
27, Chapelain (f 436) écrit à Moisant de BrieuK, lai donnant des nouvelles «du pauvre .M' Conrart qui est aussi bien la fleur de mes amis que celle des hommes, 1 el lui apprend qtie le marquis de Montauzier va partir pour Rouen.
^ Dionysii Longini de Sublimi libellits (Saumur, iG63, in-12). Cette préface de quinze pages non numérotées est intitulée : Tan. Febri pi-wfatio in D. Lonfçinum utrmn idem argiimentum ah Herinogene el Longino tractalum fueiit. L'éditeur, dans le dernier paragraphe, parle ainsi de Chapelain : Hœc habui quw ad doctorum hominum quœstionem dicerem : probanda autem an improbandasint, tum demumplene et cumulate sdemus , mi lector, cum I. Capelano v. ill. , qui in hoc nobilissimœ critices geneiv summus est, libinUa illa fuei'int et examinata.
'' Nous avons vu plus haut que Guy Palin avail
anciennes afin qu'Elle en connust mieux le prix , et qu'Elle y misl mieux celuy que l'ouvrage mérite. Espérons que quelque bon génie donnera effet à vostre désir, et il ne tiendra pas à mes soins que cela n'arrive. Je l'av mesme fait par avance et sans en attendre vostre semonce ' dans l'occasion que m'en donna M' Golbert il y a un mois, en me demandant quel rang vous teniés parmi les gens de lettres. Je ne vous diray point la joye que j'eus de me voir offrir un moyen de rendre le tesmoignage qui est deu à vostre savoir. Je le fis donc de toute ma force et appuyay auprès de luy ce tesmoignage de tout le crédit qu'on vous a dit que j'y avois, lequel néantmoins il importe de vous expliquer quel il est, afin que vous n'en présumiés rien davantage et que je ne vous passe pas pour un fanfaron en souffrant que vous vous le figuriés plus grand. Cet excellent homme, qui n'a que le service du Roy pour objet, qui a une prudence consommée et qui ne se laisse gouverner par qui que ce soit, ayant inspiré à Sa Majesté la béneficence" pour les lettrés érainens, et vostre nom luy ayant esté indiqué
déjà remis à Chapelain un autre hvre de Tanneguy Le Fcbvre.
^ Setnotice est pris là dans le sens d'avertissement, ce qui est le sens primitif du verbe «emondre {imbmvnere).
* Ce synonyme de bienfaisance a été employé par La Noue , au xti" siècle , et on le retrouve dans la Nouvelle Héloïxe, comme l'a fait remarquei M. Littré. On lit dans le Dictionnaire de Trévotix : rtCe mot de bénéficence , quelque doux qu'il soit, n'est pas assez heureux pour plaire à tout le monde: au contraire le nombre de ceux à qui il déplaît est bien plus grand que le nombre de ceux à qui il plaît. M. de la Mothe le Vayer, de l'Académie françoise, a dit que les peuples avoient adoré le soleil à cause de sa bénéficence. Bénéficence s'est établi dans les pays étrangers. On le trouve dans l'Oraison funèbre de la princesse
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
par M' Du Pin comme un des premiers de ce genre, i! trouva à propos de me demander si ce bien qu'on iuy avoit dit de vous estoit réel. Vous pouvës penser que je vous rendis l'office comme je le devois, et que [je] n'oubliay rien de ce qui de'pendoit de moy pour faire considérer vostre vertu en cette rencontre. Si Dieu permet que cette semence fructifie, l'obligation que vous en aurés sera principalement à l\P Du Pin , qui a rompu la glace ', et à M' Colbert qui m'a donné lieu de confirmer ce qu'il iuy en avoit dit. Pour moy, je me tiendray son obligé de m'avoir creu assés homme de bien pour ne Iuy rien dire de vous qui ne fust seur et véritable.
C'est là, Monsieur, tout le crédit ou plustost toute la créance que j'ay aquise en son esprit, car de crédit quand il signifie pouvoir, je n'en ay aucun à son égard, ni à mon avis personne , et je serois un vendeur de fumée ^ si je vous en laissois imaginer quelque chose de plus. Gela se limite à Iuy dire avec candeur et liberté mon intime
sentiment des choses dont il juge queiquesfois nécessaire de nie consulter. S'il y a jour à redoubler l'office, assurés vous que je le feray avec chaleur et que je croiray me faire honneur en le faisant. M' Du Pin , qui a si bien commencé, pourra bien continuer, et me donner un nouveau moyen de renouveller mes tesmoignages "'. M' de Ghandenier m'en a sollicité et vous Iuy en devés un compliment.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxviijiiiii i663.