‹ Lettres. PubliéesChapitre 94 sur 309 · À M. BOCHART · texte numérisé non relu

À M. BOCHART

Monsieur, je voulois mal à la multitude daffaires qui occupent M' Tabbé de Bourzeys de ce qu'elle ne luy permetloit pas de vous remercier par luy mesme du riche présent dont vous i'avés honnoré\ et j'avois un peu de honte pour luy de ce que cet office si nécessaire lardoit si long temps à se

faire, lorsqu'il m'a mis entre les mains la lettre qui accompagnei'a celle-cy, me faisant comprendre qu'il navoit diliéré à s'aquiter de cette obligation que pour le pouvoir avec plus de fondement et après avoii- pris la lecture de quelques ims de ses chapitres. Ce que je vous puis conOrmer icy. Monsieur, est qu'il ne se peut rien adjouster à son ressentiment ni à l'estime qu'il fait de vostre profonde science dans laquelle il ne se lasse point de dire que vous avés peu d'égaux et nul supérieur sans doute. Son jugement vous doit d'autant plus agréer que c'est le jugement d'un expert en ces matières et qui n'ignore aucune des langues dont vous avés tiré de quoy enrichir vostre immense travail \ et que d'ailleurs il est reconnu de chacun pour sincère et que nul respect humain n'est capable de le faire gauchir où il s'agit de la vérité.

M' de Neuré se sera expliqué par ses lettres sur le mesme sujet en vous rendant grâces de l'exemplaire que je luy ay donné de vostre part, et je n'a y plus qu'à vous

' Le même jour, Chapelain (T /i38 ) remercie Vossius de l'envoi de ses deux nouveaux ouvrages, wdeux aussi chers présens que ceux-là, desquels je ne vous diray néantmoins autre chose sinon qu'ils sont dignes frères tles autres en fans que vous avés mis au monde, et que vous y avés ouvert de certaines sources de philosophie jusqu'icy fermées à tout autre qui vous rendront bien redevables les esprits curieux non prévenus d'opinions serviies ou bizarres et altérés de la véritable connoissance de la nature. Il me piaist fort (|ue vous y teniés un chemin particulier aussi éloigné de la crasse de l'escole que de la vaine subtilité de Descartes qui traille la pliysique en prophète, enveloppant d'ombrages sa doctrine et afTirmant tout sans rien prouver.?? Chapelain console ainsi son correspondant des contradictions par lui éprouvées au sujet du traité de la Lumière: " N'est-ce pas la marque des grandes choses que d'estre sujettes aux vents des oppositions et à la violence des orages??? — Le 27 août, Chapelain

(P ^39) écrit au R. P. Pelletier, de la Compagnie de Jésus, auteur d'une oraison funèbre du duc de Longueviile prononcée le 9 3 mai iG63, àCaen et imprimée aussitôt dans la même ville, chez Jean Cavelier (in-i"), et lui prodigue les compliments les plus flatteurs. — Le 3i du même mois, Chapelain (1° Il ho), s'adressant à M. Sauvale, à Florence, lui fait un grand éloge de cette ville, il lui parle de la Secchia rapita, ajoutant: «Le tombeau de la chatte de Pétrarque et ses amours pour elle donneroient sujet à quelque poème semblable... Vous m'avez instruit d'importance sur la mort du Conte Ugohn. . . Tout ce que vous me dites de Jules Romain et de ses ouvrages est très curieux...??

- Hierozoïcon, sive de animalibus S. Scripiurœ (i663, in-fol.).

^ L'abbé d'Olivet [Histoire de l'Académie française, tome I, page aSa) nous rappelle que l'abbé de Bourzeis «apprit les langues orien-

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prolester que je seray tousjours avec la mesme passion, Monsieur, voslre, etc. De Paris , ce vni septembi'e i663.

À M. HEINSIIS,

IIÉSIDE.NT POnn LES ESTiTS DL HOLLiKDE , À STORHO;.M.

Monsieur, je respons à vos deux dernières , l'une du xxi aoust et l'autre du xxviii. Ce tpii m'a fait différer quelques jours à vous faire sçavoir de mes nouvelles , a esté l'espérance que M' le Marquis de Montauzier m'avoil donnée de s'aquiter de la mesme deble envers vous, et celte espérance n'a pas esté trompée comme vous le verres par la lettre qu'il m'a envoyée de Caen pour vous. Quoyqu'il vous y die, prenés le au pied de la lettre; car c'est le plus véridique de tous les hommes et il aimeroit mieux passer pour incivil que pour dateur'. Je me remets à luy du reste.

Vous me ferés relire Silius Italiens quand il aura paru avec vos notes et vos émendations, tant les éloges que vous luy donnés ont fait d'impression siu" '«oy. J'en feray autant de Virgile de vostre édition.

J'ay veu quelques recueils de lettres du sçavant Pieinesius qui ne respondent à sa grande réputation ni pour les choses ni pour le langage'. Je n'ay rien dOctavius

Ferrarius que le panégyi'ique qu'il lit pour la reyne Christine et qu'il vous envoya à Paris, mais je n'y trouvay rien d'extraordinaire \ Je n'ay pas laissé de les nommer plus d'une fois sur vostre parole comme dignes des largesses du Roy el du mesme ton que j'avois fait ces autres M" dont vous me parlés et qui ont esté gratifiés par Sa Majesté, à la réserve de M"' Chrislianus Huggens qu'on n'a pas plus (sic) trouvé icy, quand on l'a cherché, pour luy remettre le présent en main propre et on le croit en Angleterre avec M' son père, lequel s'est relire de cette Cour sans prendre congé.

M' Vossius m'a tesraoigné beaucoup de gratitude de l'office que je luy ay rendu. Je connoissois bien Dausquius, ex-jésuite (pji a publié im volume de Orthographia très curieux et que je conserve entre mes meilleurs livres , mais je ne le connoissois point sous le nom de Dausqueius. J'ignorois qu'il eust jamais eu de desmeslé avec M' vostre père. Cela suffit pour le mettre mal avec moy. Je seray bien aise de voir comment vous le traitterés dans vostre Silius, estant difficile qu'il ne vous ait donné sujet dans le sien* de luy laver la teste.

Vous avés fait sagement de ne pas attendre la permission de M" vos patrons pour marquer au Roy et à M' CoUiert vostre ressentiment de la grâce que vous avés receiie. Ces grands hommes cpii gouvernent

' On peul citer, à ce sujet, les deux vers que l'auteur du Misanlhrnpe met dans la bouche d'Alceste (acte ï, scène i) :

Je veus qu'on soit sincère , et qu'en homme d'honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

^ Chapelain veut sans doute parler du recueil intitulé : Epistolce ad Gas-parum Hoffmannum el Christianum Adanmm Rupertuoi , necnon eorum ad illum Epistolœ (Leipsick, 1660, in-Zi"). Un recueil plus considérable des iellres de Reinesius ne parut que longtemps après sa mort (léna,

1718, in-i 2 ). L'opinion de Chapelain sur le langagc de Reinesius est confirmée en ces termes par les rédacteurs du Dictionnaire de Moréri : « 11 avoit une vaste érudition, et étoit un critique habile et pénétrant, mais son style est dur et peu poli.»

^ Ferrari obtint de Christine, pour ce panégyrique si dédaigneusement jugé par Chapelain, une chaîne tl'or de la valeur de mille ducats.

* Le P. Dausque avait publié le texte de Silius IlaHcus, avec un ample mais insignifiant commentaire, en 161 5.

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chés vous sçavenl bien quil y en a deux en vous, et que vous estes homme de lettres avant que d'estre homme d'Estat et leur ministre. Ils n'ont garde d'mterpreter mal les bonnes intentions de ce grand prince; au contraire ils reputeront à honneur pour leur re'publique que Sa .Majesté y cherche et y trouve des sujets de sa munificence en matière qui ne regarde aucunement les affaires publiques.

Le secrétaire des commandemens du duc de .Modène a receu la mesme faveur, sans s'estre rendu suspect à son prince, parce que c"estoit en qualité de lettré \ Léo Allatius, bien qu'officier domestique du Pape, n'en a pas plus fait de difficidté\ En effet, la chose parle toute seule.

Sa Majesté a receu vostre compliment par les mains de M' Colbert qui m"a tesmoigné qu'Elle l'avoit eu fort agréable. Pour celuy que vous avés fait à luy, il la leu attentivement, en a esté touché et l'a fait mettre entre les choses les plus curieuses de sa bibliothèque. Je l'ay assuré que vostre

bon cœur neu demeureroit pas là , et que s'il est content de vous, vous ne Pestes pas vous mesme , et ne le serés que quand vous aurés donné de plus grandes marques de vostre reconnoissance. Il me semble que je ne vous ay engagé à rien que vous ne vouliés et qu'en cela je n'ay agi que sur vos ordres.

J"ay beaucoup de joye que le livre de Coronis soit venu enfin jusqu'à vous et que vous le possédiés maintenant sans plus de craiiite. J'en ay bien davantage que ces manuscrits de },[" Mentel et Medon ayent essuyé les périls de la mer et soient aussi arrivés sams et saufs à Stokholm. Voilà de quoy bien resjoûir ces M" qui vous les ont envoyés, particulièrement ce bon M' Mentel qui se sera trouvé plus riche qu'il ne pensoil, et qui tirera un notable avantage de la richesse de son cabinet quand vous allëguerés si souvent ses vieilles membranes et que vous le préfererés tant aux autres \

Pour les livres nouveaux , on a . depuis un mois icy, le Cardan en dix volumes in fol.

' Il s'agil là de Graziani, qui reçut i,ôoo livres.

- Ailatius ne fit pas de diflicullé, mais il n'en fut pas de même de la Cour romaine, qui l'obligea, au grand de'sespoir de Cliapelain, à refuser les présents dWrIaxerxès.

^ Ce bibliophile dont le cabinet était si riche, et dont la complaisance était si grande, mériterait d'être plus connu. Jacques Mentel, qui fut docteur en médecine de la faculté de Paris, était natif de Château-Thierry ; il mourut en 1G7 1. On a de lui un traité dans lequel il chercliait à établir que son parent Jean Mentel, de Strasbourg, avait été l'inventeur de l'imprimerie {Jacobi Mentelii, ya- Iricii Caslro-Tlteodoricensis , pro typugraphia Argentoralensibtis vindicata, etc., Paris, i65o, in-U°). Guy Patin mentionne plusieurs fois sou confrère Mentel dans ses lettres. Il écrivit notamment à Spon, le 18 octobre i()5o: «J'ai céans un livre pour vous de ^1. J. Mentel, de Origine tifpo-

graphiœ, avec un livre de M. Saumaise et quelques autres. Pour la querelle d'entre MM. Mentel et Naudé, je suis aussi bien que vous de l'opinion de j\L Naudé, qui est trop sage et trop habile homme pour tenir le mauvais parti et se bander contre la vérité. Pour M. Mentel, il est mon ami, à ce qu'il dit, mais il est un peu trop infatué de la bonne opinion de soi-même, sorte de gens que je n'aime point. n Onze ans aupara- \ant, le i4 mai 16.39, Guy Patin écrivait au docteur Belin : «rM. Mentel a été fort malade d'une fièvre continue, pour laquelle nous l'avons fait saigner trente-deux fois : il est parfaitement guéri, dont je loue Dieu.?' Sur quoi le docteur Reveillé-Parise remarque ceci (p. 63 du tome 11 de son édition) : «Certainement, il faut en louer Dieu; car, en supposant que Guy Patin ait bien compté , on peut assurer qu'un malade qui a résisté à trente-doux saignées avait un tempérament inconnu de nos jours aux physiologistes.'?

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d'impression de Lion et fort augmentés de pièces non encore veiies \ M' de Valois i'aisné a son Socrate de l'Histoire ecclésiastique prest; il aura fini son Sozomène cette année et, la suyvante, il espère les donner tous deux avec Théodoret\ Ils m'ont fort prié de vous confirmer dans la croyance de leur amitié. M"^ Mén[age] a fait réimprimer ses poésies en Hollande ' pour y mesdire de moy par des calomnies très impudentes et qui se démentent toutes seules.

De Paris, ce xxi septembre i6ii3.

À î\l. BOCHART,

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