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RÉSIDENT POI'R LES ESTAIS DES PROVINCES UNIBS EN SUÈDE, À STOKHOLM

Monsieur, je ne suis pas malade alitté, mais je traisne ma santé ambigiie qui me tient presque tousjours au logis et qui ne me permet guères de voir que ceux qui me viennent honnorer de leurs visites, et qui trouvent quelque satisfaction dans mon amitié et cela n'est pas trop mal , car j'en ay plus de temps pour vaquer aux affaires de mon cabinet et pour avancer mon entreiirise. Prenés moy sur ce pied là et si vous me plaignes de mon infirmité, resjoiiissés vous de ce qu'elle est bonne à quelque chose.

' Le P. Rapin avait communiqué à Chapelain le manuscrit du plus célèbre de ses ouvrages , lequel allait paraître deux ans plus lard sous ce titre : Hortorum lih-i IV (Paris, Imprimerie Royale, i665, m-h°).

« Les Églogue» sacrées (1659) et «averses poésies de circonstance.

^ Le premier président Guillaume de Lamoi-

gnon, le grand ami du P. Rapin, qui lui avait dédié, quelque temps auparavant, un petit poème intitulé: Pax Themidis cum Musis,a(l illustrissimum virum Guilleïmum Lmmnium Senalus Principem (Paris, S. Cramoisy, in-fol.).

* Chapelain écrit ce nom : l'Abbé. Nous avons déjà plusieurs fois rencontré dans les lettres de Chapelain les noms des trois confrères du P. Rapin.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Quand mesrae je mourrois à cette heure, n'aurois-je pas grand sujet de me louer du ciel de m' avoir accorde une vie assés longue sans de notables incommodités et la grâce de la passer innocemment dans des exercices qui m'ont produit plus de fortune que je n'en de'sirois et de nom que je n'en me'ritois. S'il luy plaist de me la continuer encore quelques anne'es , pour avoir moyen de finir mon travail, je me tiendray le plus heureux Jiomme de mon siècle, quand ces années seroient meslées de maux qui accompagnent la vieillesse, ce que je souflrirois avec patience pourveu qu'ils ne m'empeschassent pas d'accomplir mon vœu. Ne soyés donc plus, Monsieur, en inquiétude de ce costé là, et accommodés vous, comme moy, à la nécessité, laquelle il est du devoù- de tourner en vertu.

Ne soyés donc plus en peine de vos lettres ni des miennes, car par les dalles (sic) des unes et des autres je trouve qu'il ne s'en est point perdu , et que M" Elzevirs et leur correspondant ont pleinement satisfait à ce que nous attendions de leurs soins.

J'apprens avec beaucoup de joye que vous ayés receu la letti*e de M' le marquis de Montauzier qui me confirme tous les jours de vive voix ce qu'il vous a escrit de son amitié et de son estime, dans lesquelles je n^auray pas grand mérite de vous entretenir, y estant aussi porté de hiy mesme qu'il y est.

Ne vous repentes point du remerciement que vous avés fait au Roy dans la crainte qu'il ne fust pas digne de luy. Vous sçavés bien que vous ne sçauriés mal faire et je me trompe fort si en cecy vous n'avés aussi bien rencontré que vous ayés jamais fait. Si vostre délicatesse néantmoins vous y faisoit

sentir des endroits foibles qui nous ayent eschappé.vous pouvés les fortifier et m'en envoyer une copie de la dernière touche, afin que s'il a à paroislre en public, ce soit de la manière la plus parfaitte et en la meilleure forme qu'il puisse recevoir.

Vous n'avés donc point encore receu la gratification dont cette lettre estoit l'action de grâces? La chose estant si publique en Hollande et ayant si peu de rapport avec les affaires publiques , M" des Estais pourroient vous doimer d'abord la liberté d'accepter la gratification. Mais apparemment [ce] sera fait à celte heure. Allatius s'est excusé respectueusement de profiter de la mesme faveur et a fait ce sacrifice là à son grand regret au Pape son maistre ', laissant facilement voir par sa response cpie ce n' estoit qu'à cause des termes où Sa Sainteté estoit avec nous. Pour le Graziani , il l'a receiie ainbabus - et a esté ravi de n'avoir pas un pareil sujet d'en faire scrupule. M. Gevarlius n'en a fait aucune difficulté et en a remercié Sa Majesté avec tout le ressentiment possible.

Je vous ay respondu sur l'article de M' Gronovius, auquel je nay plus d'oflSce à rendre apiès ceux que je luy ay rendus. S'il suit vostre conseil, peut estre que la mesche qui n'a pas pris à la première fois prendra à la seconde. Je dis peut estre sans respondre de rien. En ces choses il y a quelquesfois autant de bonheur et de malheur que de mérite et de démérite. Enfin ce n'est ni moy ni M' Colbert qui donnons le trait à la balance; c'est le Roy seul, selon que les propositions luy reviemient, et on a beau aiiuer les gens, on ne s'avise pas de faire instance contre les résolutions qu'il a ime fois prises. De mon costé, je ne perdray point de raisonnable

' Léo AUacci était, comme nous ravons déjà rappelé , bibliothécaire du Vatican depuis Tannée

* Je ne sais comment expliquer ce mot, à moins qu'il ne faille sous-entendre manibm, des deux mains.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

occasion de servir vostre ami en cette affaire , et je le feray par vertu , ne ra"estant point apperceu que les avances que je luy ay faittes ayent trouvé grande correspondance de sa part.

J'ay fait lire à M' Huggens dans la liste que je donnay à M' Colbert de quelle façon avantageuse je parlois de l'érudition de ce professeur là , en luy monstrant ce que j'avois mis dans cette mesme liste de vous, de luy, de M' Vossius, pour vous faire tous comprendre entre les gratifiables. Il vous le dira quelque jour.

Vous n'aurés rien davantage de moy touchant l'ingrat et le calomniateur dont je vous entretins dans ma précédente'. Je continueray à le mespriser; s'il j-eçoit quelque nasarde, ce sera par d'autres que par moy.

Vos trois épigrammes sont très belles. Je feray voir les deux premières comme vostres et la troisiesme comme d'un anonyme, pour ne vous point embarasser. Vous m'obligerés de m'en envoyer souvent de semblables et vous me désobligeriés si vous croyés qu'elles pussent jamais ne me plaire pas.

Je viens de recevoir une lettre de M' Medon qui a grande joye de la nouvelle du Pétrone, quoyque je ne la luy ay assurée que douteuse-

mont , dont ni vous ny moy ne voulons eslre appelles en garantie. Il me mande qu'il extrait des notes sur un Quintilien faites par un C[ardinal] d'Arras^ favory de Louis XP et escrittes de sa main''. Il alloit à Castres et à Monpellier pour voir plusieurs manuscrits de Virgile et d'Ovide et tasclier d'en profiter dans la veûe de vous communiquer ce qu'il y aura trouvé de nouveau. Il en faut attendre le succès et, en l'attendant, vous faire la protestation ordinaire d'estre toute ma vie, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xv novembre iGG3.

À MADAME LA MARQUISE DE SÉViG>É,

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