À MONSIEUR HENRY BANCAL, À CLERMO>T-FERRAND
Lundi, 2 0 juin 1791, — de Paris.
Peu après votre passafje ici, nous avons reçu votre avant-dernière de Londres du 97 passé, que l'absence de Bose avait sans doute retardée, puisqu'elle nous a été renvoyée par lui. Nous attendions avec empressement vos nouvelles de Clermont, jugeant bien à la fois et de la fatigue que vous deviez ressentir, et des impressions que renouvellerait la vue de votre pays. L'amitié recueille et partage avec attendrissement vos affections et vos regrets ; c'est le seul genre de consolation qu'elle sache offrir à des pertes réelles et si vivement senties : elle laisse au temps à rappeler les considérations qui peuvent les tempérer, et se borne à les préparer par l'adoucissement d'une douleur partagée. — J'ai tardé de quelques jours de vous écrire, afin de pouvoir mieux répondre à divers articles de votre lettre ; je sortis une fois en vain pour la communiquera l'ami Garran, chez qui je ne trouvai personne; Lantbenas l'a vu hier, et ils doivent aller ensemble un de ces matins dans votre appartement'^' pour y faire la recherche et y mettre l'ordre que vous désirez. Mais en attendant d'avoir à vous en communiquer le résultat, je craindrais de mettre un délai qui vous ferait mal juger de notre plaisir à soutenir et alimenter notre correspondance avec vous. Nous avons aussi vu Brissot, mais non encore obtenu de lui vos deux lettres sur les pétitions ; nous avions dessein de les fondre et de les faire publier par Tournon. Mais, en vérité, ce qui est une fois livré aux écrivains demeure enseveli, souvent perdu dans leurs papiers, lorsque le moment ou leur disposition n'en a pas favorisé, déterminé l'emploi. C'est ainsi que notre ami a perdu deux petits morceaux donnés l'un à Robert '^',
'■' Lettres à Bancal, \>.sSi; — ms.gSS^, les Roland , devint un de leurs ennemis les
fol. 1 aS-i a5. plus acharnés.
<*' Rue du Petit-Bourbon, n° i5, près Pierre-PVançois- Joseph Robert (1768-
Saint-Sulpice , chez le notaire Bro, son 1896) eut un rôle très actif à Paris, dès
parent. 1789. comme agitateur et journaliste. Marie
''' Nous rencontrons ici pour la pre- à M"" Louise de Keralio (lyôS-iSai ), qui
mière fois le nom de Robert , qui , après ne mettait pas une ai'deur moindre au ser-
avoir été d'abord en bonnes relations avec vice de la Révolution, il fut un des pre-
l'autre à Clavière; j'espère que vos lettres n'achèveront pas le trio. La préoccupation deBrissot est extrême; ses travaux habituels, sa propre vivacité, la variété des circonstances de chaque jour la rendent toujours très grande ; les élections y ajoutent tout ce qu'il est possible d'imaginer. Il est électeur, malgré les pamphlets répandus contre lui au moment des assemblées primaires; nous ne pouvons songer à l'intéresser pour votre projet; il n'y a pas encore foi; il ne juge propres à la chose ni Williams, ni Glarkson. Ce n'est pas une raison d'abandonner l'idée de l'amener un jour à y concourir lui-même; mais il faut le temps, le choix du moment et votre présence. J'ai eu occasion d'observer, depuis mon séjour ici, que les difficultés d'opérer le bien étaient encore beaucoup plus grandes que les hommes, même réfléchis, ne sont portés à l'imaginer : car on ne saurait faire le bien, en politique, que par une réunion de soins et d'efforts; et il n'est rien de si rare, de si difficile que de lier des volontés pour tendre à un même but par une marche constante. II est un égoïsme d'amour-propre aussi funeste que celui de l'intérêt; chacun ne croit à la bonté que de son système et de son mode; on s'irrite ou on s'ennuie de celui d'autrui, et faute de savoir se pliera une allure un peu différente de la sienne, on finit par marcher tout seul sans atteindre à rien de bien utile pour l'espèce. Depuis plus d'un siècle, la philosophie prêche la tolérance; elle a commencé de s'établir dans quelques esprits; mais je ne la vois guère encore dans les mœurs. Je pense qu'à cet égard vous aurez fait en Angleterre un cours infiniment avantageux ; la diversité des opinions religieuses y maintient des oppositions dont vous avez senti la force et que vous avez eu à éviter dans vos tentatives; vous trouverez chez nos têtes françaises des oppositions tout aussi multipliées, quoique les préjugés religieux n'y soient pour rien. Nos beaux esprits ont plaisanté de la patience comme d'une vertu négative; j'avoue qu'elle
raiera, avec elle , à demander la Rëpublique. Madame Roland , dans ses Mémoires ( I ,
Dès le igdëcembre i'}^o,\o Patriote frati- 163-171), traite fort mal Robert et sa
çais annonçait : cLe républicanisme adapté femme.
h la France, par F. Robert, membre de la Dans la séance des Jacobins du 17 dé- Société des Amis de la Constitution de Pa- cembre 179a, Robert prononça contre Boris, in-8° de 1 '1 pagesn. Cf. Aulard, Histoire land un long discours qui, disent Bûchez et politique de la Révolution française. Membre Roux, «est l'acte d'accusation le plus comdu ciub (les Jacobins et du club des Cor- |>lel qui ait été dressé contre Roland et son deliers, compromis dans l'affaire de la péti- parti». {Discours sur l'état actuel de la Action du Cbamp-de-Mars, il fut député de publique, Lille, 1793, 3i p. in-8°.) — Cf. Paris à la Convention. Aulard, Jacobins, IV, 696.
est à mes yeux le vrai signe de la force d'âme, le fruit d'une réflexion profonde, le moyen nécessaire pour concilier les hommes et répandre l'instruction , enfin la vertu des peuples libres. Nous avons tout à acquérir sur ce chapitre.
Brissot a reçu des nouvelles de M. Bridel'^'; c'est tout ce que j'en ai pu savoir.
Quant à la question de savoir s'il faut attendre, pour rendre compte de la Société des Amis de la paix, le résultat des assemblées dont vous étiez convenu , je suis peu pour l'affirmative. Je pense d'ailleurs que, pour le meilleur effet, il convient que ce soit vous-même qui le rendiez : personne ne le ferait avec un intérêt égal et capable d'en produire un semblable.
Les prêtres s'agitent partout, comme dans votre déparlement: Lyon est dans une agitation extrême; une nouvelle tentative de contre-révolution a été sur le point d'y répandre les plus grands désordres; tous les malveillants se sont réunis pour opérer une division , afin de pouvoir cabaler avec plus de succès dans les élections. La municipalité, seule patriote, a été seule en butte aux corps administratifs et à une partie de la garde nationale, mis en jeu par les intrigants '^'.
Il est difficile de présumer quel sera le résultat des élections dans une telle fermentation. Quant aux intérêts pécuniaires de cette commune, nous avons obtenu que le rapport de ce qui les concerne serait fait avant le !"■ juillet; c'est toujours plus pressant, et je ne sais ce qui pourrait arriver si l'on tardait encore de nous secourir.
On ne croit pas ici aux attaques extérieures; le décret contre Condé doit l'arrêter ou le ramener; l'inquiétude des peuples chez tous nos voisins arrête et contient aussi leurs tyrans. Mais, si la prochaine législature n'est pas vigou-
<■' Éd. -P. Bride! , fils d'un avocat de Chartres, avait été camarade de collège de Brissot; mal traité par son père, il e'tait allé s'établir professeur de fi-ançais à Londres; lorsque Brissot, en 1 78^ , fut mis en prison pour dettes h Londres, Bridel lui rendit les services les plus alTectueux {Mém. de Brissot, II, 3o3). 11 faisait campag-ne avec ces généreux quakers qui ont exercé une influence si curieuse, au début de notre Révolution, sur Brissot, Lanthenas, Bancal et leurs amis. Voir Po(note^fln(;ais du 1" avril
1791, aux annonces : nHistoire abrégée de l'origine et de la formation de la Société des quakers, par Guillaume Penn, traduit par M. Bredel {sic); in-ia de 200 pages, Paris, Legras, libraire rue Dauphine". — Voir Quérard, France litt., articles Bridel et Penn.
<^' Voir, sur ces conflits de juin 1791 entre la municipalité de Lyon, conduite par les amis de Boland , et les deux Directoires du département et du district , Wahl , p. 379-880.
reusement composée , nous serons déchirés et perdus. Les finances sont dans un état très fâcheux; on vient encore de décréter une nouvelle émission d'assignats , presque sans discussion , et personne n'entend rien à l'emploi des fonds du trésor public.
Le Comité de constitution ne veut ni Convention, ni revision , et il cherche à lier, par tous les moyens, les législatures suivantes. Sieyès et Gondorcet'^' ont fait imprimer une sorte de profession de foi qu'ils voulaient faire signer à beaucoup de gens mar(|uants , afin de la répandre dans les corps électoraux et de la donner comme un signe de ralliement; elle est fautive et insignifiante à plusieurs égards, et très dangereuse à plusieurs autres.
Le tribunal criminel est fortement organisé : Robespierre, accusateur public; Petion, président; Buzot, substitut. Les aristocrates font rage et se répandent en infâmes déclamations : quelques-uns d'eux émigrent. On a arrêté hier, aux Jacobins, d'envoyer quatre députés à Londres pour assister à la fête que les Amis de la Révolution se |)roposent de célébrer au ili juillet, mais la cabale qui fait tout aujourd'hui dans ce club, autrefois si utile, ne permet guère d'espérer un bon choix pour cette dépulation; j'ai été témoin de ses clameurs pour étouffer la voix d'un citoyen qui voulait faire des observations sur le choix dont on a à s'occuper. La translation de Voltaire doimera lieu à un [nouveau'-'] genre de fête, le h du prochain; le plan de cette cérémonie est vraiment superbe.
J'entends répéter de tous côtés, ce que vous nous exprimez, qu'il y a à présent bien peu de femmes patriotes. Ignorance et faiblesse me semblent les mots de l'énigme; elles sont les sources de cette misérable vanité qui dessèche tout sentiment généreux, qui répugne à l'esprit de justice et d'égalité : c'est la faute du siècle et de l'éducation bien plus que celle du sexe. La même sensibilité qui se disperse et s'atténue sur des bagatelles, d'où elle se résoud en
''' Il n'y eut jamais de sympathie entre ment réciproque resta la note dominante.
Condorcet et les Roland, ainsi qti'on va le — Voir dans Robinet , Condorcet, sa vie, son
voir d'ailleurs par une des lettres suivantes œuire, Paris, 1896, passim, et sui-tout la
(1" juillet 1791). Peut-être se souvenait- lettre si malveillante pour Madame Roland
on, de part et d'autre, d'avoir eu en 1781, publide par la Chronique de Paris le aQ fe'-
à propos des Arts que publiait Roland, des vrier 1798. Cf., par contre, la page injuste
rapports assez difficiles (voir Aj)pendice G). des Mémoires de Madame Roland sur Con-
Nous les trouverons pourtant, quelques dorcet (I, 983-a84). jours après cette lettre, plus ou moins alliés '"' Le mot est détruit par la déchinire
dans l'affaire du Républicain. Mais l'éloigné- du cachet.
sottise et en égoïsmc, peut aisément se concentrer et se sublimiscr sur de grands objets; et sans doute, ce ne seront pas des religieuses qui les montreront à de jeunes cœurs. Cela me fait soupirer pour la petite plante éloignée de mes mains !
Sans doute que vous aurez été nommé électeur; donnez-nous de vos nouvelles, que nous nous réjouissions pour la patrie.
Je crois bon, sous tous les points de vue possibles, de faire des acquisitions, quoique les fonds soient à un prix exorbitant.
Adieu , tous vos amis vous embrassent et sont à jamais unis avec vous dans l'amour de cette patrie qui devient tous les jours plus chère par les soins mêmes qu'elle coûte.
Mardi, lo heures du matin [21 juin].
Je vous al écrit hier, après-midi; je décachette ma lettre pour vous dire, au bruit du canon et dans le moment de la plus grande fermentation, que le Roi et la Reine sont enfuis; on ferme les boutiques, on s'agite de toutes parts. [Il est presque impossible que Lafayetle ne soit pas complice <''.]
Voilà la guerre déclarée.
À MONSIEUR HENRY BAINCAL, À GLERMONT-FERRAND<-'.
Mercredi, 23 juin 171)1 , — de Paris.
Vous êtes trop bon citoyen, mon ami, pour ne pas mériter d'être instruit de tout ce qui se passe ici. Je me flatte pourtant bien moins de vous rendre un compte rendu exact de tous les faits, que de vous exprimer ce que je pense du résultat des événements.
Le Roi et sa famille sont partis; c'est loin d'être un malheur, si nous avons du bon sens, de l'énergie et de l'union. La masse du peuple de cette capitale le sent ainsi, car la masse est saine et voit juste; aussi l'indignation contre Louis XVI, la haine des rois et le mot de RépubHque s'exhalaient hier de toutes parts. On s'est assemblé dans les sections; plusieurs d'entre elles ont pris l'arrêté d'être permanentes; quelques-unes développent le plus grand enthousiasme; les
''' Celte ligne a étiî bilTée, probaUement par Bancal pins tard, pnis rétablie de la main de sa llUe Henriette. — ''' Lettres à Bancal, p. 238 ; — ms. gSSi, fol. 126-128.
Sociétés fraternelles en ont fait autant : nous serions à la plus belle époque, si, comme au mois de juillet 1789, nous n'avions ni gardes nationales organisées, ni marc d'argent décrété, ni ministériels bien concertés.
Les dispositions de l'esprit public sont excellentes . le moment est heureux : mais qu'est donc et que fera l'Assemblée? C'est une autre question, dont les pronostics m'affligent profondément. Il paraît, d'après les aveux mêmes de Lafayette, publiquement faits et notamment à la barre, que, depuis la Pentecôte, lui, ses aides de camp, lîailly et le Comité des recherches savaient qu'il existait des projets d'une prochaine évasion; les gardes étaient doublées seulement depuis dimanche et, par une fatalité bien singulière, elles étaient composées, dans la nuit du 90 au 91 , de la même division qui était au château le 98 février, dans l'affaire des poignards, et le 18 avril, lors de la tentative du départ soi-disant pour Saint-Cloud. Un seul membre de l'Assemblée a voulu faire sentir la nécessité d'éclairer la conduite du commandant et des responsables; cette motion a été écartée, surtout par Barnave et les Lamelh (ceux-ci se sont réconciliés avec la Reine il y a huit jours), qui jamais n'ont mieux montré qu'hier une intime union avec d'André, Chapelier, Beaumetz"'. On eût dit que , prévenus de ce qui est arrivé , ils avaient leur plan de conduite tout tracé; ce sont eux qui ont tout fait, et la partie semblait liée pour ôter la parole à Robespierre, Petion et Buzot.
Quelles mesures a-t-on prises? On a conservé tous les ministres, qui sont tous évidemment les ennemis de la Révolution et qui n'ont cessé de la trahir, à l'exception peut-être du Garde des sceaux, homme faible et sans caractère'^'. On a confié le soin des parties les plus importantes, de tout ce qui concerne notre action et notre défense, aux Comités diplomatique et militaire, unis aux ministres chargés des parties correspondantes : à ces Comités dont les perfides lenteurs et la conduite plus que suspecte ont laissé préparer nos ennemis, négliger nos frontières, persécuter les soldats patriotes et maintenir l'armée dans une organisation détestable; à ces Comités que les bons citoyens dénoncent depuis si longtemps, que l'opinion publique a flétris et qui devraient être punis si l'on pouvait exercer actuellement une justice contre eux. Que l'on nous fasse de belles proclamations pour nous exhorter à nous tenir sur nos gardes, que l'on décrète fastueusement que les citoyens sont invités à la vigilance, à l'union et à la confiance dans l'Assemblée, qui fait les plus touchantes pro-
''' Briois de Beaumetz, député de la noblesse d'Arras. — ''' Dnport-Dulertre.
testations : je vous demande s'ii y a lieu d'être tranquille et satisfait. — Les Jacobins se sont assemblés; ils étaient nombreux , ils ont eu de nobles élans, et le serment, car nous sommes devenus d'impitoyables jureurs, le serment d'être libre ou de mourir a été répété par eux avec transport.
[ Robespierre '1' est monté à la tribune; il a eu le courage d'exprimer, avec l'énergie propre à son caractère, ce dont je ne viens que de vous transmettre l'énoncé; on sentait que son cœur, opprimé de la mollesse de l'Assemblée, de la corruption d'une partie d'elle-même, venait s'épancher dans une société autrefois célèbre , et que les circonstances rappelleraient peut-être à la pureté de son origine; Robespierre a été couvert d'applaudissements; ils étaient bien mérités. Mais, bientôt après, arriva tout le Club de 89, Lafayette à la tête. Le vigoureux Danton (^' déploya vainement son éloquence contre le commandant et l'inculpa hautement. Lafayette, sans se justifier de rien, fit parade de son zèle, parla de liberté, et on l'applaudit. Sieyès et d'autres parlèrent à leur tour, s'élevant contre les défiances qu'ils prétendaient devoir être soigneusement écartées; Rarnave renchérit sur le tout en prêchant l'union et proposant une adresse concise à toutes les Sociétés affiliées, rédigée dans ces principes et cet esprit. Elle fut adoptée.] Voilà tout le résultat de l'une des plus brillantes séances de cette Société, qui devrait être le foyer des meilleures résolutions, et cela, dans les circonstances les plus graves et les plus décisives 011 nous nous soyons encore trouvés'^'.
J'étais, au commencement de la journée d'hier, dans l'activité des plus grandes espérances; je suis maintenant dans l'inquiétude et la crainte. Je voudrais répandre l'une et l'autre; je voyais que, depuis six mois, on ne travaillait qu'à nous endormir ; j'ai souri au moment d'un réveil, et j'aperçois avec effroi qu'on s'efforce de nous calmer de la même manière. Nous n'avons que des liens presque imperceptibles; ils seront rivés en fer avant que nous en jugions toute la force.
Lorsque je considère que, dans notre Constitution, les ministres étaient plus que le Roi lui-même par leur action continuelle; que les ministres en place sont dévoués à l'aristocratie, et qu'ils sont continués dans leurs fonctions avec
'■' Tout le passage que nous mettons de l'orthographe du nom avant le décret du
entre crochets a été biffd dans l'autographe, 19 juin 1790, elle écrit (rdAntoim. De
évidemment à une date postérieure. même à la lettre 448.
''' C'est la premièi-e fois que Madame Ro- •'' Voir le procès-verbal de cette séance
land nomme Danton. Par un ressouvenir dans Aulard, /acoiiVw, II, 53i-538.
des Comités pervers, je vois Louis XVI préparant au dehors des attaques combinées avec les mouvements intérieurs et la marche de l'Assemblée même qu'il continue de diriger; je vois que nous sommes environnés de pièges, de séducteurs et d'assassins et que, si nous pouvons espérer encore d'arriver à la liberté, ce ne sera que par une mer de sang.
Votre Société recevra donc la bénigne adresse de nos Jacobins; il serait bien bon qu'en réponse vous en fissiez une qui contint l'exposé de si justes craintes; il faudrait en projeter une à l'Assemblée nationale elle-même, pour lui demander de nouveaux ministres et une autre composition de tous ses Comités : car, enfin , si l'on ne trouve pas un moyen d'épurer cette Assemblée, de ne mettre en action que ce qu'elle a de plus sain, nous sommes inévitablement perdus. Mais une pareille adresse devrait sortir à la fois de toutes les assemblées primaires; c'est le seul moyen d'opérer un grand effet. Un des articles de l'adresse ne pourrait-il pas être de demander la convocation solennelle de toutes ces assemblées à l'effet de délibérer, par oui et par non, s'il convient aux Français de conserver à leur gouvernement la forme monarchique? Le contrat que nous avions passé admettait un Roi; mais ce Roi même, qui était une des parties contractantes, renonce aux clauses de notre transaction ; les parties qui restent peuvent donc en mettre de nouvelles.
Il serait bien besoin de répandre avec profusion une petite instruction propre à éclairer et à diriger le peuple; nous sommes dans une crise dont le résultat doit être la perte ou la perfection de notre Constitution. Nous avons plus de bras que de têtes; notre jeunesse se battra vigoureusement; mais ses combats et ses victoires même pourraient ne servir qu'à nous épuiser, si nous demeurons sous l'influence des traîtres et que nous jugions mal du but vers lequel il convient de diriger tous nos efforts.
Je ne sais si vous aurez reçu à temps ma lettre d'hier; j'ai lieu de présumer (juc toutes les expéditions ont été arrêtées, et c'est encore une des astuces des chefs de bureaux. Car, le départ du Roi étant eflectué, ses partisans n'avaient rien à mander de redoutable, et il était fort instant de [laisser'''] propager les impressions que les patriotes pouvaient produire dans ces premiers moments. L'Assemblée n'a pas voulu non plus adopter une mesure qui lui a été proposée cl qui, par des signaux, aurait éveillé tout le royaume en vingt-quatre heures. — On ne travaille qu'à tout calmer, on ne veut que du sommeil; il entre
'' I-e mot a disparu dans une déchirure du papier.
LETTRES DE MADAME R0LA.1D. — H. au
tHCftlHCIllI MTIOSILE.
pourtant dans le complot quelcpie tentative de massacre dans Paris. Je ne m'appesantis pas sur des détails que les papiers publics vous donneront assez; ils vont être tous remplis de l'ordre admirable qui règne ici et de la sagesse de l'Assemblée. Vous y verrez le sot manifeste du Roi, manifeste après lequel il est encore plus sot d'appeler sa fuite un enlèvement, comme a fait Bailly.
Le roi de Suède est à Bruxelles; Louis XVI s'y rend, et tous les despotes vont s'unir comme vous pouvez croire. Nous étions inondés de croix de Saint- Louis, de ci-devant gardes du Roi: tout cela est disparu; mais il nous reste beaucoup de malfaiteurs, elles ouvriers des ateliers de charité ont été licenciés il y a peu de jours.
Adieu, notre bon et digne ami, unissons-nous toujours davantage; il faut voir tout le mal pour tout prévenir sans jamais désespérer; il faut mourir sur la brèche avant d'abandonner la partie.