AVANT LE MINISTÈRE
Rassemblons d'abord les circonstances qui ont précédé et amené l'élévation subite de Roland au Ministère de l'intérieur.
Nous avons vu (|u'à l'automne de i7()i il se trouvait au Clos. Il écrivait à Bosc, le 3o septembre (collection Morrison, inéd.) : «Je vais me livrer à la réparation des maux d'une trop longue absence d'un bien négligé de longtemps»;
il parlait aussi de reprendre les travaux du cabinet, à commencer par rrla pelleterie». Le 4 octobre (^ibid.), il priait Bosc d'envoyer Lanthenas à Marly, chez M. de Nervo, l'ancien seigneur de Theizé, pour le presser au sujet d'une vente de biens-fonds : «Qu'il dise nettement à M. de Nervo que, étant prêts à placer ailleurs, nous préférerions acquérir de lui, près de nous, et que nous lui en paierions autant ou plus que personne »
Ainsi, faire valoir le Clos, achever son Dictionnaire, Roland ne voit pas alors au delà.
Mais sa femme ne se résigne pas à rr retomber dans toute la nullité de la province» (voir lettres /46O à Roland et -462 à Bancal); il est vrai que, dans d'autres lettres (46/i à Robespierre, /i65 à Chanipagneux), elle annonce des projets de tout point semblables à ceux de Roland. Mais la suppression des inspecteurs des manufactures (décret du 97 septembre 1791) enlevait au ménage 5,000 livres de revenu'"'; en retournant à Paris, on pouvait s'y créer des ressources; en tout cas, on rentrait dans l'action. Aidée de Sophie Grandchamp''^', elle finit par décider son mari. La lettre du 3o novembre nous montre les Roland faisant résolument leurs préparatifs de départ.
A peine arrivé à Paris (i5 décembre) et installé à l'Hôtel Britannique, mais cette fois au troisième étage, Roland dresse un mémoire de ses services'^', pour réclamer le bénéfice du décret du 22 août 1790 sur les pensions, c'est-àdire une retraite.
Puis il se remet à l'impression, si longtemps ajournée, du tome III de son Dictionnaire des manufactures. «Cet ouvrage était achevé en octobre 1790. L'impression en a été retardée jusqu'à ce moment (janvier 1799), parce qu'il n'est point de travaux qui ne soient subordonnés aux devoirs du citoyen» (^Dict. des manuf., t. III, p. AgS).
En même temps, il songe à créer un Journal des Arts, «consacré à l'agriculture, aux arts [industriels] et au commerce» (lettre à Albert Gosse, du
" Nous avons déjà dit (p. 890) que le ''' Voir ia Révolution française de juillet
traitement de Roland était de 5, 600 livres, 1899.
dont 600 payées par la ville de Lyon à litre ''' Girardot, p. 7. — Ms. 69/41?, fol. 57-
d'indeninite' de logement. Mais il convient 58, piècedatéede «Paris, décembre 1 791. ■>
d'ajouter ici que Roland , en fait , n'avait ja- — Une autre copie , commencée de la main
mais louché cette indemnité, et qu'en 1791 de sa femme, continuée par lui, et datée
il fit l'abandon de sa créance à la com- du 20 février 1792, se trouve au ms.
mune (Wahl, p. 346). 9532, fol. 2o4-2o5.
9^ janvier 1799), dont Panckoucke devait être l'éditeur. II se remet en relation avec le baron de Servières, qui s'occupait aussi des arts industriels (ms. ()53'j, fol. iq/i-iqy). Ces projets n'excluaient pas, d'ailleurs, l'idée de retourner passer tous les étés au Clos, pour veiller de près à l'exploitation du domaine'".
Ne dût-on passer que l'hiver à Paris, il n'y avait pas lieu de rester en hôtel {jarni. Aussi Roland signa-t-il, le 10 mars 1793, un bail prehant à loyer, pour six années, à partir de Pâques (8 avril), au prix de /i5o livres, un modeste appartement, rue de la Harpe, n" 5i, au second étage, donnant sur la cour'^'. Le propriétaire, Jean -Alexandre Cauchois, bourgeois de Paris, était de la Société des Jacobins, et demeura un des amis les plus dévoués des Roland.
En essayant de renouer alors les relations de leur premier séjour, Roland et sa femme éprouvèrent plus d'une déception: «Les Constituants, disent les Mémoires (I, (J7), étaient retournés chez eux [lire : Buzot était rentré à Kvreux]; Petion avait passé à la mairie, et les soHicitudes de cette place l'occupaient tout entier [voir, dans les souvenirs de Sophie Grandchamp, le récit curieux de l'accueil plus que froid fait à Madame Roland par M"" Petion, devenue mairesge de Paris]; il n'y avait plus de point de ralliement [c'est-à-dire que les réunions de l'Hôtel Britannique n'étaient plus possibles], et nous vîmes beaucoup moins Rrissot lui-même v
N(''anmoins Roland ne s'isola pas de la lutte politi([U('. Rose, (jui était un des membres les plus actifs des jacobins (meml)re du comité de correspondance en août 1791), le fit admettre dans la Société, où ses autres amis, Lanihenas, Rancal, étaient alors aux premiers rangs. (En janvier 1799, Lanthenas était vice-président; Bancal, secrétiure; Rose, de nouveau au comité de correspondance). Le « .ï février. Rose est secrétjiire et Roland entre au comité; le •!() février, le 97, le •! mars, nous trouvons Rose et Roland secrétaires ensenibli' (Aulard, \\\, pa»sim), et Madame Roland partageait avec son mari le travail de la correspondance {^Mémoires, I, •iko-^h^-^ cf. Aulard, IV, 671- ()7!!, séance du 11 janvier 1793).
'"' Mémoires, I. 67 et aio: — intorro- whiVs de Sophie Granchamp, loc. cil. — Le
{jaloirede Madame Roland, (lu 1" novembre journal projeté est sans doute celui que
i7(j.3 [,ircli. iint.. W -^94, dossier 997, Panckoucke fit annoncer dans le Moniteur
coleaS, — et Mémoires, I, '107); — Cor- des 28 février et 1" mars 1792. respondance , lellres 467 et 469: — Sou- '^' Ms. Gaii , fol. 988.