FORMATION DU PREMIER MINISTÈRE
C'est alors que survinrent les événements qui portèrent soudainement Roland au ministère.
La crise s'ouvrit le (j mars, jour où la cour renvoya Narbonne, ministre de la Guerre, et le remplaça par de Grave. Dès le lendemain, lo mars, l'Assemblée législative riposte en mettant en accusation Delessart, ministre des Affaires étrangères. Là-dessus, Cahier, ministre de l'Intérieur, donne sa démission (même jour, lo mars); Bertrand de Molleville, ministre de la Marine, en fait autant le 1 1; le i 5, le roi appelle Lacoste à la Marine et Dumouriez aux Affaires étrangères; il marquait suffisamment, par ce dernier choix, son intention de se rapprocher de la majorité de l'Assemblée. Dumouriez l'affermit dans cette résolution et demanda aux chefs de cette majorité — puisque les décrets*'' leur interdisaient d'être eux-mêmes ministres — de lui désigner, pour remplacer Cahier à l'Intérieur et Tarbé aux Contributions publiques, des hommes à la fois dévoués à la Révolution et capables de diriger la machine administrative. C'est chez Vergniaud, demeurant alors place Vendôme, n° 5, dans la maison d'une riche bourgeoise. M'"" Dodun, qui lui prêtait son salon *2', et qui donnait presque tous les jours des déjeuners politiques, que le choix des nouveaux ministres se débattit.
Là siégeait une sorte de comité officieux appelé le Comité de la place Vendôme, comprenant des membres de l'Assemblée et un certain nombre d'autres «patriotes». Roland, bien qu'invité à ces réunions, y allait peu; mais ses amis y étaient plus assidus. L'un d'eux mit en avant, pour le Ministère de l'intérieur, le nom de l'ancien inspecteur des manufactures, et le fit agréer (^Mém., I, G7).
Quel est cet ami? Madame Roland ne le nomme pas; ailleurs (I, a43) elle dit ne pas savoir qui fit le premier la proposition. Si l'on en croit M™ Grandchamp , Lanthenas aurait été mêlé à l'affaire.
Clavière fut désigné de même pour les Finances.
Brissot vint, dans la soirée du •! 1 mars, apportera YHôtel Britannique des
''' Des 19 mai 1790 el 7 avril 1791. la Législative, I,i48. — Roland , ministre ,
•'' Voir sni- ce salon de M"'° Dodun la fréquentait encore la maison en septembre lettre 490. — Cf. Aulard, Les orateurs de 1792 (Bûchez, XXVIII, 78).
propositions définitives, qui furent acceptées le lendemain, et enfin, le vendredi a 3 mars, à 1 1 heures du soir, Dumouriez — qui, en allant aux Jacobins, le i() , coiffer le bonnet rouge et embrasser Robespierre , semblait s'être engagé définitivement avec les patriotes — venait a son tour annoncer olficicllement à Roland sa nomination et l'inviter à prêter serment le lendemain '^'.
Rrissot applaudit vivement, dans le Patriote français , à un ministère qu'il avait fait et qu'il allait inspirer. Dans le n" du 9 9 mars, en un Bulletin de Paris daté de la veille (c'est-à-dire du jour oii il avait porté des propositions à Roland), il disait : «Point encore de ministres nommés. . . On parle de M. Clavière pour les Contributions publiques; d<! MM. Dietrich, Roland de La Platière, GoUot d'Herbois pour les Affaires intérieures )5. Puis, le 9/1, en annonçant la nomination de «M. Clavière au ministère des Contributions publiques et de M. Roland (de La Platière) à celui de l'Intérieur» et en louant hautement ces choix, il se croyait obligé d'ajouter (tant Roland était inconnu du grand public!): "11 ne faut pas confondre M. RoHand-Laplatière avec un M. Laplatière, auteur d'une Galerie de grands hommes^'^K Le premier est un officier municipal de Lyon, écrivain connu par des ouvrages intéressants, ingénieux et utiles y>
Le choix de Roland inquiéta tout à la fois et les amis de la cour et les hommes qui commençaient à prendre position au delà de Brissot et de son groupe (jjeaulicn, III, 9 '17). Le Logograplie, alors inspiré par les Feuillants, écrivit que Roland était le beau-frère de Rrissot, et celui-ci répondit dans le Patriote du 98 mars : «Vous avez été induit en erreur. Monsieur; je ne suis ni le beau-frère ni même l'allié de M. Roland (de La Platière); je suis seulement son ami et je m'en ferai gloire, car j'ai la profonde certitude qu'il cessera d'être ministre du moment où il ne lui sera plus possible d'être en tout patriote de l'observance la plus rigoureuse; et c'est à ce prix seul que je puis être l'ami d'un ministre. »
Le ministère girondin (il serait plus exact, à cette époque, de dire brissotin) étjiit donc constitué avec Dumouriez, de Grave, Lacoste, Clavière et Roland; il ne manquait qu'un ministre de la Justice, car Garnier, appelé à remplacer Duport-Dutertre, venait de refuser. On songea un instant — très
" Mhn., I, 67-68. -- Cf. le récit de '"' Suipice Irabpil . cornic de f.a l>latière,
M"' Grandcliamp. non concordant sur compilateur du temps , qui avait en efTcl pu-
quelques dëtaifs Mîcondaires, mais rI eu- blié. vers 1786, une Galerie universelle des
rieuv et si vrai comme impression générale. grands hommex (Quérard, Fr. Ittt.).
ZiOO AVERTISSEMENT.
fortement, dit Madame Roland (lettre /i70) — à Bancal des Issarts. Mais Bancal, qui manquait toujours l'occasion, avait quitté Paris depuis quelques jours. Le ministère de la Justice resta d'abord vacant et Roland en fit l'intérim jusqu'au i3 avril, jour oii on y porta Duranthon, procureur général-syndic de la Gironde , proposé par Vcrgniaud.