SECOND MINISTERE
Du second ministère, nous avons peu à dire ici. 11 appartient trop à l'histoire générale. Si nous nous sommes étendus, trop longuement peut-être, sur le premier, — ce qui d'ailleurs simplifiera nos notes au bas des pages, — c'est qu'il nous a paru qu'on n'avait pas encore marqué d'assez près ses évolutions, dont la stratégie est d'autant plus intéressante que ce cabinet du a 3 mars a été le seul ministère à peu près parlementaire (au sens anglais ou actuel du mot) de la période révolutionnaire. Le ministère issu du i o août a un caractère tout difl'érent : les ministres forment «le Conseil exécutif provisoire»; ils sont les commis de l'Assemblée et peuvent disparaître sans que leur départ comporte la moindre crise. On le verra bien lorsque Roland se retirera à la fin de janvier i7<)3.
Mais Roland et sa femme ne se soumettront d'ailleurs à ce rôle qu'à contrecœur, et, jusqu'au bout, ils essayeront de gouverner.
Nous ne croyons utile, pour commenter la (iorrespondance, de ne nous arrêter qu'aux onze dernières lettres à Lanthenas (de 508 à 518), afin d'expliquer comment une brouille irrémédiable mit fin à une longue amitié.
Roland, dans son premier ministère, n'avait fait aucun changement dans ses bureaux; les employés tenant leurs commissions du Roi, il se fût heurté à des didicultés sans nombre; mais, dès le 1 1 août, aussitôt après avoir prêté serment devant l'Assemblée, il fit décréter que les «ministres étaient autorisés à faire, chacun dans son département, tous les changements convenables n (^Moniteur du i3 août). C'est alors qu'il fit venir de Lyon deux de ses amis, Champagneux pour le mettre à la première division , Lecamus à la deuxième ; il en confia une autre, celle des secrétariats, à Lanthenas, qui y porta son activité
Louis X\L Mais il résuile de rinvenlaire Louis XVI, en juin 1799, pour réclamer
(les papiei-s de Roland, fait en avril 1798 inipérieusenient son ra])pel.
(rapport de Brival, dans Bûchez et Roux, ''' Ou tout au moins la suspension. (Voir,
XXVIII. 78), qu'il avait conservé les ori- au n° 691, laiialyse faite par Sainte-Beuve
ginaux des ielli'es ou adresses envoyées h de la lettre du 3 1 juillet à Brissot.)
à06 LETTRES DE MADAME ROLAND.
brouillonne, entremêlw do trop longs accès d'inertio '•'. Lanthenas n'en enl pas moins, par ses relations avec les patriotes les plus avancés, surtout lorsqu'il eut été nommé député à la Convention (9 septembre) et qu'il se fut arrangé pour rester en même temps au ministère, logé dans l'hôtel même, un rôle assez considérable et parfois embarrassant pour son chef.
Tandis que Roland, en guerre ouverte avec la Commune de Paris, attaqué par Robespierre, dénoncé par les Jacobins, et rompant bientôt avec Danton, inaugurait dès septembre une politique de résistance, Lanthenas, jdus enchaîné par ses relations avec le parti avancé, se désolait, critiquait, se refroidissait visiblement. Il s'en prenait aux chefs du parti Girondin, et particulièrement à Ruzot, dont il avait bien vite discerné l'influence sur Madame Roland. Nous établirons, dans l'Appendice consacré à Buzot, que sa liaison de cœur avec Madame Roland et son ascendant sur elle datent non pas de leurs premières relations en 1791 , comme l'ont cru beaucoup d'historiens, et particulièrement M. Hamel, mais seulement de septembre ou octobre 1792, lorsqu'il revint d'Evreux pour siéger à la Convention. Lanthenas, jaloux et blessé, usant du privilège d'une vieille amitié au delà de toute mesure, récrimina auprès de Madame Roland, auprès de Roland lui-même. De là, les lettres enflammées de colère et de dédain qui terminent la Correspondance de 1793. Il nous sulflra d'avoir indiqué cette situation respective de Madame Roland et de Lanthenas, vivant sous le même toit, mais ne correspondant plus guère que par de courts billets, pour qu'on se rende compte de l'intérêt de ce drame domestique. Certains passages des Mémoires, et notamment une page sanglante qui n'a été publiée entièrement qu'en i8()/i, prennent sous cette clarté toute leur signification : «Lanthenas, apparemment comme le vulgaire, content de ce qu'il a lorsque d'autres n'obtiennent pas davantage, s'aperçut que je ne demeurerais point insensible, en devint malheureux et jaloux.. . Il ne voulait plus voir comme moi, et bien moins comme celui qu'il me voyait chérir ; il prétendit se mettre entre le côté droit, dont il ])lâmait les passions ''■'', et le côté gauche, dont il ne pouvait approuver les excès; il fut moins que rien et se fit mépriser des deux parts. ...» (II, 247).
'■' Voir, sur tes bureaux de Roland, les de janvier-avril 1877. — Voir aussi, dans la Mémoires, t. I, p. 4i-46 et lAC. — Cf. Correspondance , la lettre 554. l'extrait des Mémoires de Champagneux que <*' Nous reproduisons tels quels les sonnons avons publié dans la Revue historique lignements du manuscrit autographe.
ANNEE 1792. /i07