‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 31 sur 103 · À GOSSE, À GENÈVE · texte numérisé non relu

À GOSSE, À GENÈVE

27 mars 1792, — de Paris.

La scène change rapidement dans ce pays; j'écrivais, il y a peu de jours, h votre digne moitié et je lui peignais une situation qui ne ressemble guère à celle où nous sommes appelés. Je ne me croyais pas voisine d'un changement de cette nature, et il était permis sans doute de ne pas le prévoir. C'est un de ces tours de roue de la fortune qui élève ce que bientôt la continuité du même mouvement doit reporter à la place d'où il avait été tiré.

Notre ami s'est dévoué par l'espoir de concourir au bien de son pays, espoir fondé sur la conformité de principes des personnes qui composent actuellement le ministère et de leur concert avec la partie de l'Assemblée sincèrement attachée à la Révolution. S'il ne peut réussir, il descendra comme il est monté, avec calme et courage, sans effroi alors comme il est aujourd'hui sans ivresse. Mais il faut bien vous croire au courant de nos nouvelles pour causer ainsi sans vous exprimer positivement que votre ami est nommé ministre de l'Intérieur.

Les circonstances sont tellement orageuses, que je ne puis considérer sans

'') Lettre publiée par M. Faugère, Mémoires, l. II, p. 3i3-3i5. — La copie se trouve au ms. 9533, fol. 16G, avec cette note: ffCommuniqude par M. Bauflin».

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une sorte d'effroi tout ce qu'il y a à faire et tous les obstacles à vaincre pour opérer le bien. S'il est possible, nous sommes heureux; s'il ne l'est pas, nous reprendrons les goûts paisibles, les habitudes douces et studieuses qui remplissaient no» loisirs. Maintenant il faut s'élever à la hauteur de sa destinée, ne respirer que pour la remplir et ne pas avoir une pensée qui ne tende efficacement au but qu'il faut atteindre.

Ne nous oubliez point; écrivez-nous quelquefois, surtout quand vous découvrirez des vérités à nous communiquer, et ne cessez pas d'aimer ceux qui vous chérissent affectueusement. Rien ne saurait altérer des sentiments qui tiennent aux principes invariables de la justice et de la liberté. Kecevez nos embrassemenls fraternels et plaignez-moi de la rapidité qu'il me faut mettre dans ma correspondance.

[À ROBESPIERRE, À PARIS'"

17 mars 179a, — de Paris.

Vous me justifiez, Monsieur, et j'en reçois une joie que je vous laisse à juger, parce que vous êtes fail pour l'apprécier; mais je suis aussi très aise d'avoir été prévenue, et j'aime à vous voir cet avantage. Je reste à l'Hôtel Britannique, du moins pour quelque temps; vous

''' Papiers Hnlnnd, ms. g533, fol. 916- 217, copie. — L'original a pass« par les ventes d'autographes (n° 906 de la vente des ^\ janvier i85'i et jours suivants, Laverdel, expert; n° 899 de la vente du 19 novembre i8(i3, Cbaravay, expert). — loi copie porte l'indication suivante : (tN" 18 de la collection de M. Clauss,à Lcipzigi.

Nous croyons que la lettre est adressée !i Roi)(>spieirp, parce (|ue l'expression «\x la tête de la classe dos sages patriotes s ne ])eul guère, à cette date et sous la plume de Madame Roland , s'adresser (ju'à lui ou à Brissot. Or, le tour et le Ion de la lettre

exclnenl Brissot , un vieil ami , et qui avait fait Roland ministre.

On lit d'ailleurs en tête de la cojiie figurée, tirée de la collection Clauss: trjjeltre de la femme Rolland 1^, et une note du copiste déclore que ces mots paraissent avoir été écrits presque en nu'nie temps (jne la lettre elle-mdme. On peut donc présumer qu'ils ont été écriis par le destinataire et que ce destinataire n'était pas un des amis des Roland.

Notons , d'autre |)art , que celte lettre a fait partie un instant do la collection Coste, de Lyon, flont le catalogue (n° 16129) la cite

m'y trouverez habituellement à dîtier et j'y conserve, comme je porterai partout, la simplicité qui me rend digne de n'être point dédaignée malgré le malheur de me trouver la femme d'un ministre. Je n'espère de concourir au bien qu'à l'aide des lumières et des soins des sages patriotes; vous êtes pour moi à la tête de cette classe. Venez promptement, j'ai hâte de vous voir et de vous réitérer l'expression de ces sentiments, que rien ne saurait altérer.

Roland, née Phlipon.

[À BOSC, À paris'''.]

[27 mars 179a, — de Paris.]

Toujours prête à recevoir mes anciens amis quand ils reviennent'"^', je vous réponds de moi et je chercherai le moment de vous voir comme vous le désirez. Quant à M"" Grd. Ch. [Grandchanip], je doute de ses dispositions; son caractère plus ferme ou plus énergique que le mien ne connaît pas mes modifications; mais je ferai tout pour l'auieuer à vous voir, et ce sera demain matin, s'il y a lieu.

tout entière, en ajoutant les indications suivantes: bAuI. sign.,in-8°, 2 pages. On croit cette lettre adressée à Robespierre ; elle a été trouvée dans les pa[)iers de Couthon. « On sait que la collection Coste a été réunie à la bibliolhèque municipale de Lyon, où elle forme un fonds particidier. Mais entre la publication du catalogue et la réunion de la collection à la bibliotliè(jue , un certiiin nombre d'autographes durent éti-e vendus isolément et dispersés , car, des trois lettres autographes de Madame Roland que signale le catalogue, une seule (la lettre .36t>) se retrouve aujourd'hui à celte bibliothèque.

''' Collection Alfred Morrison. — La date et la destination de la lettre résidtent de son rapprochement avec celles qui suivent.

''' Ce billet et ceux qui suivent nous montrent Bosc boudant à la fois et M^'Grandchamp et Madame Roland. Était-ce la brouille de se])tembre 1791 qui durait encore? C'est peu ])robable, car Bosc écrivait à Rancal, le 91 novembre 1791 (coll. Reljamc) : irNos amis de Lyon seront ici au commencement de décembre. Je les attends avec impatience.» Il semble donc qu'il y aurait eu une première réconciliation , puis une brouille nouvelle.

ANNEE 1792. il5

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