‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 32 sur 103 · SECRÉTAIRE DE L'I>TEND.\NCE DES POSTES*'', [À PARIS · texte numérisé non relu

SECRÉTAIRE DE L'I>TEND.\NCE DES POSTES*'', [À PARIS

[27 mars 179a , — de Paris.]

Ma bonne amie, en vous écrivant, m'a mal jugée; je vous ai regretté, mais je n'ai pu me consoler des torts que vous me suj)posiez et qui me rendraient méprisable à mes yeux s'ils étaient fondés. J'aurais été chez vous dix fois si je n'eusse craint un moment d'humeur qui m'aurait navrée. Je suis prête à vous embrasser; quand le désirez-vous?. . .

Puisque cela est ainsi , ce sera demain matin ; ce serait tout à riieure, si je n'étais tyrannisée par mes devoirs et les travaux dont ils me surchargent.

D'ailleurs, il faut que ce soit chez vous, et non à voire bureau''^'.

[À BOSC, À paris'".]

Mercredi, 38 mars (179a), — [de Paris].

J'avais rendez-vous chez M""^ Gch. [Grandchamp] ce matin à neuf heures pour la prendre et aller chez vous; je l'ai trouvée mal portiinte, nullement disposée à sortir pour l'instant, et j'avais dessein d'aller seule vous voir, lorsque j'ai été frappée d'un malentendu de

'"' Cdlectioa Alfred Morrison. — L"a- La date que nous assignons h ce billet dresse, inscrite sur le deuxième folio, est ressort nécessairement de la date du suide la main de Madame Rolanil; de nif*me, vant.

lu deuxième jiariig-raphe. Quant au premier <*' C'est-à-dire rue des Prouvaircs, eliion

pai-a{jra|)he , il esl d'une autre écriture, évi- à l'Hôtel de» Postes, demment celle de M™* Grandchamp. <'* Collection Alfred Morrison , 1 folio.

courrier extraordinaire qui m'avait parlé lorsque je montais en voilure et je me suis précipitée chez mon mari. J'ai bien fait.

Vous pourrez aller chez M""" Gchp. [Grandchamp], elle vous recevra avec plaisir, et, si elle sort aujourd'hui, elle sera rentrée de bonne heure; elle est absolument seule et ne peut envoyer chez vous. Dans tous les cas, elle ira chez vous demain. Je m'y rendrai, si je puis, aujourd'hui même , mais je n'ai pas voulu vous laisser dans l'incertitude. Je suis empressée de recevoir mon enfant prodigue.

[À BOSC, k PARISC'.]

Jeudi, ag mare (1792), — [de Paris].

J'ai été chez vous, j'y ai écrit chez le portier; avec un peu plus de patience vous m'auriez vue.

Je suis tellement commandée aujourd'hui par mes devoirs que je ne sais ce que je pourrai faire. Votre délicatesse est à l'abri, puisque j'ai été vous chercher. Venez me voir et hâtez- vous; je quille incessamment celte demeure''^'; il pourrait vous coûter davantage pour la première fois de venir me trouver ailleurs.

M""= Gchp. [Grandchamp] est dans un état fâcheux; vous lui devriez d'aller la voir. Elle a besoin d'être arrachée à elle-même et je sens la douleur de n'avoir plus cette liberté qui permet d'être presque toute à l'amitié.

Adieu, jusqu'au plaisir de vous voir; moins d'exaltation, mon ami, et plus de justesse: la raison et le bonheur le commandent également.

Que ne puis-je répandre autour de moi le calme où je me tiens, et que la prospérité ni les revers ne peuvent altérer!

''' Collection Alfred Morrisoii, 1 folio. à l'ancien Hôtel du Contrôle -Général, rue

'*' L'Hôtel Britannique, (t Ailleurs?), c'est Neuve-des-Petils-Champs . que Calonne avait au ministère de l'Intérieur, alors installé somptueusement restauré.

Ma seule affliction est de ne pouvoir le communiquer à ceux que j'aime et qui en ont besoin.

[À BOSC, À PARIS*''

Samedi, 3i mars (179!»), à 3 h. 1/3, — [de Paris].

J'arrive, je n'ai que le temps de prendre un morceau et de repartir; à peine ai-je encore ici un morceau de papier pour écrire. Vous ne pouvez plus me trouver ici, mais allez à la sortie du comité, chez mon mari, rue Neuve-des-Petits-Ghamps ; vous me demanderez, je serai dans mon particulier et je vous recevrai seul.

Jusqu'au revoir.

[À BOSC, À PAIUS'').]

[Avril? 179a, — de Pari».]

Je suis chez moi avec R.b.p. [Robespierre], qui m'avait demandé un rendez-vous; je serai seule, et je ferai tout pour lôtre, ce soir à sept heures; ne venez pas plus tard. Je vous attends et la douce amitié vous accueillera avec tendresse et sérénité; elle est calme et sereine comme le ciel d'un beau jour, d'un jour où l'on retrouve un ami.

''' CoUection Alfred Morrison,i folio. — (lonime on le voit , ce billet est encore écrit (le THôIpI Britannique.

'*' Collection Alfred iMorrison. — R.b.p. d«%igne évidemment Robespierre. La lettre n'est jias datée. H semble qu'elle doive se placer entre la lettre adressée par Madame Roland à Robespierre, le 97 mars, pour lui demander un enti-etien, et la lettre qui suit (du 35 avril) où elle lui dit : ff Rappelez-

vous ce que je vous exprimais la dernifire fois que j'ai eu l'honneur de vous voir : Soutenir hi Constilutioii , la faire exéctitei- avec popularité . . . t.

On voit que ce billet marque la fin de la brouille avec Bosc. Il convient donc de le placer au commencement d'avril, puiscpie nous savons par une lettre de Bosc à Bancal du 19 avril (citée dans VAi'erliii/;eineiit), qu'à cette date il avait revu les Roland.

LETTRES DE MIDAME KOLOD.

IMPIIIIIEBIK H.TIOHALE.

[À BOSC, À PARIS "l]

i5 avril 179a, — [de Paris].

J'ai rangé mes affaires de telle façon que je n'ai de personnes invitées chez moi que le lundi et le vendredi t^l

Vous me trouverez donc en famille tous les autres jours, et presque absolument seule les dimanche et mercredi. Faites votre compte là-dessus et prouvez-moi que vous m'êtes attaché en me faisant, à votre choix, le sacrifice de quelques instants.

[À ROBESPIERRE, À PARIS'''

25 avril 179a, lo (heures du soir), — [de Paris].

J'ai désiré vous voir, Monsieur, parce que, vous croyant un ardent amour pour la liberté, un entier dévouement au bien public, je trouvais, à vous en-

''' CoUection Alfred Morrison.

'*' Voir, sur les réceptions de Madame Roland au ministère de l'Intérieur, Ghampagneux, Disc, prétimin., p. xxxiii-xxxvi; Lemonley, cité par Dauban . Elude, p. cxxw; So'we)iirs sur Mirabeau, d'Etienne Dumont, p. 398-398 et /io5. — Elle dira plus loin (lettre 481 ) qu'elle choisit déflnilivement les lundi et jeudi. Mais il semble bien, par les billets à Dulaure que nous avons cités dans Y Avertissement, qu'elle s'en soit tenue anx lundi el vendredi.

'^* Papiers inédits trouvés chez Robespierre, etc., 3 vol. in -8°, Paris, Baudouin

frères, 1838, t. I, p. 3o5. Cet ouvrage donne la date suivante : trParis, a5 août 1792, au soir». M. Dauban, t. II, p. 899, a transcrit raS aoùtii: mais le fac-similé de la lettre autographe, que nous avons vu à la bibliothèque municipale de Lyon , fonds Coste, n° ligaS bis, donne très lisiblement rr Paris, 2 5 avril 179a, iqt. On ne s'expliquerait pas d'aillcm-s cette lettre en août, époque on la rupture entre Robespierre et ses anciens amis de 1791 était consommée depuis plusieurs mois. On la conçoit , au contraire , fort bien en avril , après la constitution du ministère gii-ondin ,

trctenir, le plaisir et l'utilité que goûtent les bons citoyens en exprimant leurs sentiments, en éclairant leurs opinions. Plus vous me paraissiez différer sur une question intéressante avec des hommes dont j'estime les lumières et l'intégrité, plus il me semblait important de rapprocher ceux qui, n'ayant qu'un même but, devaient se concilier dans la manière de l'atteindre. Quand l'âme est fière, quand les intentions sont droites et que la passion dominante est celle de l'intérêt général, dépouillée de toute vue personnelle, de toute ambition cachée, on doit s'entendre sur les moyens de servir ia chose publique.

Je vous al vu, avec peine, persuadé que quiconque avec des connaissances pensait autrement que vous sur la guerre n'était pas un bon citoyen.

Je n'ai point commis la même injustice à votre égard; je connais d'excellents citoyens qui ont une opinion contraire à la vôtre, et je ne vous ai pas trouvé moins estimable pour voir autrement qu'eux. J'ai gémi de vos préventions, j'ai souhaité, pour éviter d'en avoir aucune en moi-même, de connaître à fond vos raisons. Vous m'aviez promis de me les con)muniquer, vous deviez venir chez moi. . . . Vous m'avez évitée, vous ne m'aviez rien fait connaître, et, dans cet intervalle, vous soulevez l'opinion publique contre ceux qui ne voient pas comme vous. Je suis trop franche pour ne pas vous avouer que cette marche ne m'a pas paru l'être.

J'ignore qui vous regardez comme vos ennemis mortels : je ne les connais pas; et certainement je ne les reçois pas chez moi de confiance, car je ne vois à ce litre que des citoyens dont l'intégrité m'est démontrée et qui n'ont d'ennemis que ceux du salut de la France.

Rappelez-vous, Monsieur, ce que je vous exprimais la dernière fois que j'ai eu l'honneur de vous voir : soutenir la Constitution, la faire exécuter avec popularité, voilà ce qui me semblait devoir être actuellement la boussole du citoyen, dans quelque place qu'il se trouve. C'est la doctrine des hommes respectables que je connais, c'est le but de toutes leurs actions, et je regarde vainement autour de moi pour appliquer la dénomination d'inti-igants dont vous vous servez'".

après la di^laration dp {pierre à l'Autriche ''* rha Cour et Ips iiitrigniits dont la

(•jo avril j, et au niomeul ni(5me de cette Course serti, avait dit Robespierre aux Ja-

orageuse séance du 35 avril (Aulard, t.Ill, cobins, le ao avril (Aulard, t. III, p. 5i8),

p.59/i-53G), où Ton vit aux prises Brissol . dans un discours plein d'insinuations per-

Guadet et Robespierre. — Voir d'ailleurs lides contre le ministère. Ce rapprochement

Y Avertissement de 1 79a. seul sutïïrait à justifier la date que nous res-

Le temps fera tout connaître; sa justice est lente, mais sûre; elle fait l'espoir et la consolation des gens de bien. J'attendrai d'elle la confirmation ou la justification de mon estime pour ceux qui en sont l'objet. C'est à vous, Monsieur, de considérer que cette justice du temps doit à jamais éterniser votre gloire ou l'anéantir pour toujours.

Pardonnez-moi cette austérité d'impressions; elle tient à celle des principes que je professe, des sentiments qui m'animent, et je ne sais jamais paraître que ce que je suis.

[À liOSC, À PARISt''.]

[Avril 179a, — de Paris.]

Je reçois le forte-piano (-' avec plaisir, et votre lettre avec satisfaction et reconnais.sance. Je n'ai pas moins de désir que vous d'avoir quelques moments à me retrouver avec mes amis.

Je serai constamment en famille les dimanche et mercredi; souvent même aussi le mardi et quelquefois le vendredi; j'aurai du monde les Iwidi et jeudi.

Ainsi venez me voir et dîner avec moi les deux premiers jours; mais il y aura le désagrément de n'avoir pas mon mari, tandis que le mardi je l'aurai constamment.

Lorsque les premiers embarras seront passés, je prendrai aussi quelques moments pour aller à Monceau t-^' chez l'excellent Gibert, et

litiions à cette lettre. La question n son importance historique. C'est pour avoir cru que ta lettre était du mois d'août que M. Hamel a reporté à cette date la rupture entre Rotjespierre et les Roland.

'■' Collection Alfred Morrison. — Ce n'est que très approximativement que nous donnons, par hyjmtlièsc, la date d'avril 1793. 11 n'en semble pas moins que cette lettre est des premières semaines du ministère de Roland.

'"' Sans doute le forte-piano que, dans la nuit du 3i mai au 1" juin 1798, un des commissaires qui arrêtèrent Madame Roland voulait mettre sous scellés [Mém., t. 1, p. 91).

''' Sur Gibert, voir note du 19 novembre 1785. — On sait qu'il était, comme Rose, employé des Postes. Il en devint, comme lui, admtinsl'niteur en mai 1799.

Nous voyons par ce billet qu'il habitait à Monceaux , ce village de la Ijanlieue de Paris

^mm

nous retrouver enfin chez nos bons amis. Je suis pressée, j'étrangle mes idées, mais je vous aime de tout mon cœur et je vous embrasse de même.

[À BOSG, À PARIS'').]

Jeudi matin (1793), — [de Pari<].

Vous ne venez plus me voir; mon amitié vous le pardonne et s'en afflige.

[k BOSC, À PARIS'*'.]

[179a, — de Pari».]

Je n'ai vu l'objet envoyé et su de quelle part il venait qu'après que votre commissionnaire a été retiré. 11 avait été remis aux mains de notre ami, qui le croyait d'abord de sa compétence et me l'a bientôt renvoyé comme de la mienne.

Je vous sais gré de la dénomination et du commentaire; ils ajoutent à l'agrément de la chose, et ma conscience est tranquillisée sur son usage. Mais j'aimerais beaucoup mieux qu'il vous fût commun avec nous, cette preuve de sa légitimité serait bien plus forte que la citation, n'en déplaise à votre savoir.

alors célèbre par la belle résidence du duc d'Orléans et par les conciliabules qui s'y tinrent autour de ce prince, et qui est aujourd'hui un des plus beaux quartiers de la ville. Mous voyons aussi que Madame Roland allait là quelquefois respb-er un peu chez cet ancien ami de sa jeunesse. — Cf. Rapport (le Drivai sur les papiers trouvés

chez Roland (Bûchez, t. XX VIII, p. 75): «lettre de Roland à sa femme, écrite par lui au milieu de septembre [1 792] , alors qu'elle était à Mousseauj'. [Oji disait indifféremment Mousseaux ou Monceaux.]

'■* Collection Alfred Morrison. — 11 y a, sur le billet: ^Monsieur Bosci.

<*' Collection Alfred Moirison.

Je vous embrasse, et ce sera de bien bon cœur lorsque vous viendrez partager ou votre envoi, ou votre miel, ou le repas de ménage

de vos bons amis.

Ri)Ph.

[À BOSG, À PARIS'''.]

3 mai 1792, — [de Paris].

Que vous ai-je donc fait, ou qu'avez-vous fait vous-même pour laisser ainsi vos amis?

Je voudrais du moins savoir si vous avez reçu les billets que je vous ai écrits, afin d'en mieux juger votre manière d'agir.

Vous n'ignorez pas les jours et les heures oii nous ne sommes point environnés, et je n'accorde pas votre éloignement volontaire avec l'empressement marqué de me revoir et un attachement dont je ne puis douter.

Ce que je puis vous dire, c'est que telles que puissent être les variations de vos procédés, vous me retrouverez toujours ce que vous m'avez connue : égale et vraie, parce que je n'ai de passion pour rien que pour mes devoirs; tolérant beaucoup, parce que j'ai assez réfléchi pour m'attendre quelquefois à l'injustice et savoir l'excuser dès qu'elle n'est pas volontaire.

Il est telle position oiî il faut être pour ses amis comme pour le public , tout entière à mériter leur opinion , sans se tourmenter du malheur de ne pas l'obtenir.

Quoi qu'il en soit, voulez-vous venir dîner avec moi samedi ou dimanche? J'espérais que vous viendriez de vous-même et je l'attendais de votre amitié.

Adieu ; comptez toujours sur la mienne. Je vous embrasse de tout mon cœur.

' '' GoHectioa Alfred Morrison.

Page 1