‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 41 sur 103 · À M. LANTHENAS · texte numérisé non relu

À M. LANTHENAS

DÉPUTÉ À LA CONVENTION, [À PAKIs''^'.]

[Décembre? 1793 , — de Paris.]

Injuste comme la passion, irritée comme l'envie, votre lettre serait atroce si ce n'était l'ouvrage de l'égarement, et elle vous rendrait haïssable à quiconque vous connaîtrait moins que je ne fais. Vous voulez juger ce que vous ne connaissez pas, et vous n'avez tracé que des injures; je vous plains et vous pardonne.

Mais soyez tranquille sur le soin que je puis prendre de ma vertu; elle ne dépend ni de vous, ni de personne, pas plus que mon estime ne dépend de votre jugement, ni mes affections de votre volonté.

Méritez de votre pays, comme je saurais toujours mériter de l'humanité, et ôtez la poutre de votre œil avant de vous employer à retirer la paille qui est dans celui de votre frère.

.le parlais ce matin de générosité k votre coeur, j'invoque actuellement la justice pour votre propre paix : croyez que l'une et l'autre vous serviront mieux pour le bonheur et l'amitié.

Quoi qu'il en puisse être , je ne me départirai point de cette der-

''' M. Dauban a imprimé tries associés 1 ! ''' Ms. g-^SS, fol. aSo-aSi, copie. —

L'allusion aux (•assassins'! , rapprochée des Cette lettre semble se rattacher à la même

lettres du a 5 décembre à Servan et au cha- crise que la précédente et pouvoir être pla-

noine Roland, nous porte à placer cette eée au mt^me moment. Peut-être, cepen-

letlre vers la fin de décembre. dant, viendrait-elle [ilus naturellement à la

'*' Déchirures du papier. suite delà lettre 514.

nière à voire égard, car i'usage de mon indépendance n'est pas pour moi la rupture des liens sacrés de l'estime et de la reconnaissance; et, sans prétendre vous débiter jamais des préceptes ou vous faire des prédictions, je saurai, même dans mes erreurs, vous offrir des exemples.

Venez-vous dîner aujourd'hui, pour les autres du moins?

[À LANTHENAS, À PARIS "l]

[Décembre? 1792, — de Paris.]

Justice et fierté s'indignent de vos excès, mais l'amitié les pardonne, parce qu'elle les attribue à un égarement qu'elle regrette et voudrait vous épargner.

Si vous vous sentez ca|)able de venir chez moi et d'y être ce que vous devez, je vous recevrai avec l'affection que vous méritez. Mais je vous préviens que je ne souffrirai pas une troisième scène. Je sais tout ce que je dois à l'amitié, mais je suis incapable de rien accorder à aucune espèce de crainte, la mort dût-elle s'y trouver, car je sais aussi ce qui m'est dû et je ne souffre pas qu'on l'oublie.

Votre touchante douleur de ces jours passés vous méritait les consolations de l'amitié; je veux vous taire, par égard, l'effet de votre disposition contraire, et si vous me connaissez bien, vous devez le juger assez.

''' Ms. 9533, foi. 976. — Il résulte des M"° la comtesse Duchâtel par M. Richond documents que M. Fnugère a joints à l'auto- des Brus, député de la Haute-Loire (allié graphe qu'il avait été donné, en i8i4, à ou ami de la famille Lanthenas).

[À LANTHENAS, À PARIS ^'^J

[Décembre? 1793, ^ de Paris.]

. . .J'ai trop de courage pour avoir besoin d'en montrer, j'estime trop peu la vie pour me soucier de la conserver ou de la perdre; il y a même plus, je la trouve si laborieuse pour les gens de bien, que je ne serais pas fâchée d'en voir abréger le terme, et j'aurais peut-être une sorte de volupté à le voir approcher. Je connais assez les hommes pour ne rieu attendre de leur justice; je n'en ai que faire; ma conscience me tient lieu de tout. . . Assurément, la fin de la Révolution n'est pas bien claire, et ce qu'on appelle des partis seront bien jugés parla postérité; mais j'ai la persuasion que mon mari y trouvera sa gloire, et le pressentiment qu'elle sera payée de notre vie. Peut-être faut-il des victimes pures pour appeler le règne de la justice. Pourtant je ne m'éloignerai jamais de mon mari, je partagerai sa destinée et je mourrai comme j'ai vécu, ne pouvant trouver de bonheur que dans rues devoirs, quoiqu'ils me coûtent souvent à remplir^'-', et retournant avec délices à la nature qui, dans nos tristes sociétés, semble n'avoir plus d'asile que le tombeau . . .

'■' L.aut. à Laalheiias.Spages 1/9 in-8% ''' Madame Roland exprime ici ce qu'elle

n" iô3 delà vente du aa novembre iSS-i, redira avec plus de dL'veloppemenl dans

J. Charavay, expert. — Le catalogue ne ses lettres à Buzot, de juin à juillet 1793,

donne évidemment qu'un fragment de la et dans ses Métnoires, notamment l. H,

lettre. Nous le reproduisons tel quel. |). -lUk.

AVERTISSEiMENT.

li n'y a pas lieu ici de refaire l'histoire des Roland en i 7g3. Cette dernière année de leur vie relève de l'histoire générale pour les grands faits; quant aux circonstances particulières nécessaires à l'explication des Lettres, nos notes suffiront. Mais nous croyons utile, dans cet Avertissement, de combler les lacunes de la Correspondance.

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