‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 42 sur 103 · L\ DÉMISSION DE ROLAND · texte numérisé non relu

L\ DÉMISSION DE ROLAND

Aux premiers jours de i 798, malgré les colères des journaux jacobins, les dénonciations des clubs, les attaques dans l'Assemblée, Roland ne songeait pas à se retirer du ministère. Le 1 5 janvier. Madame Roland écrivait à Lavater : «La proscription flotte sur nos têtes, mais il faut ramer toujours. . . « Le 19 janvier, dans un p/acarrf adressé aux Parisiens, Roland avait dit : «J'attends qu'on me renvoie ou qu'on m'immole, et je demande qu'on me juge. . . » (ms. ybSa. fol. 334, tm^nm^'"), quand soudain, à la séance de la Convention du 9 3 janvier, le président (Vergniaud) donna lecture d'une longue lettre de lui, datée du 9 a et commençant ainsi : «Je viens offrir à la Convention mes comptes, ma personne et lui donner ma démission. . . »

Comment expliquer ce revirement? Que s'é(ait-il passé dans ces trois jours d'intervalle?

La mort du Roi? Faudrait-il admettre que Roland, secrètement opposé à l'exécution du ai janvier (Sophie Grandchamp le prétend et divers indices le confirment), mais ne voulant pas déserter son poste pendant la crise du jugement, aurait attendu qu'elle fût terminée pour reprendre sa liberté? Ce n'est pas impossible, mais rien ne prouve qu'il ait raisonné ainsi.

''' Le Moniteur <lii ai janvier reproiliiisit la pièce. Elle est aussi dans Girardot, p. 198.

Peut-on placer à ce moment-là l'explication loyale, mais cruelle, dans laquelle sa femme, renouvelant la scène de la Princesse de Clèves, lui déclara son amour pour Buzot'^'? Cela rendrait compte de tout, et surtout de la soudaineté de sa démission : le jour où Roland aurait senti lui manquer l'amour qui le soutenait depuis tant d'années, il n'aurait pas eu le courage de continuer la lutte. Mais cette hypothèse, qui nous a tenté un instant, ne vaudrait qu'autant que nous pourrions placer exactement à cette date le cruel aveu, et rien ne nous autorise à le faire.

L'explication la plus vraisemblable nous est fournie par Roland lui-même. Dans une note des plus intéressantes, qui semble être un fragment des Mémoires qu'il avait commencé à rédiger, et qu'il écrivait le 19 février suivant'^', il déclare expressément que s'il eût trouvé, parmi ses amis de la Gironde, «un seul hommes qui eût osé monter à la tribune et demander à la Convention de se prononcer solennellement entre ses accusateurs et lui, il aurait su k faire front aux plus grands orages».

(]et homme ne se trouva pas, ce qui veut dire que Buzot lui-même ne crut pas opportun de provoquer ce suprême débat : Roland, dans son placard du i() janvier, demandait des juges, ses amis ne jugèrent pas qu'il y eût lieu de lui en donner. Sa démission du 2 2 devint ainsi la conséquence logique de son défi du 1 9 '•''.

Ce qu'il est d'ailleurs important de constater, c'est que la minute de la lettre de démission, qui se trouve au ms. 6 2/1 .S, fol. 181-191, est écrite tout entière par Madame Roland, avec diverses ratures, surcharges et renvois, dont la plupart sont aussi de sa main, un petit nombre seulement de la main de Roland'*'. Elle s'est donc associée entièrement à la résolution de son mari, ot on peut croire qu'elle en a été l'inspiratrice.

(') Mém., II, 2/1 4.

'*' Pièce publiée par Gharapagneux , Disc. prélim., p. xi-xxi.

'^' Dès le 30, Madame Roland presse Lanthenas pour en avoir les renseignements nécessaires aux comptes que Roland doit rendre (lettre 520).

Voir aussi, au ms. gSSa, fol. 887, un billet adressé par Roland , le 2 3 janvier, en quittant le ministère . proliabloment à Lan-

thenas : " . . .J'ai assez disenté; j'en suis las ... »

'*' Le texte imprimé se trouve dans le Motiiteur (n° du -26 janvier): on le trouvera également dans Girardot, p. 200-206, et au ms. 6243. fol. 962-26.").

11 n'y a, dans la minute, qu'une page (fol. 191) qui soit tout entière de la main de Roland. G'est le brouillon du post-scriplum relatif à X armoire de fer.

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