‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 43 sur 103 · DU 23 JANVIER AL 31 MAI · texte numérisé non relu

DU 23 JANVIER AL 31 MAI

En ([uittant le ministère, les Roland se retirèrent dans leur humble logis de la rue de La Harpe.

Continuèrent-ils, comme Marat et les Jacobins ne cessèrent de le prétendre, à inspirer la Gironde ? Nous croyons, au contraire, que les quatre mois qui s'écoulèrent entre le 28 janvier et le 3 1 mai, jour de leur proscription, furent pour eux une période d'isolement relatif, nous dirions presque d'abandon. On sait d'abord — et d'éminents bistoriens l'ont dit avec autorité — que personne ne conduisait la Gironde; c'était à peine un parti, ou, ce qui revient au même, c'était un parti sans cbefs écoutés de leurs soldats. D'ailleurs, comment ces chefs auraient-ils reçu la direction du ministre qu'ils venaient d'abandonner en le jugeant trop impopulaire?

Assurément, les Roland continuèrent à voir leurs amis particuliers, Louvet, Barbaroux, Bancal, etc.'*'. . ., et restèrent en relations avec quelques autres, Petion , Brissot , etc. . . Mais il semble bien que le vide se soit fait peu à peu autour d'eux'*'.

Ils se sentaient d'ailleurs menacés et se crurent obligés, à certains moments, de coucher hors de leur domicile.

Une pièce inédite de la collection Morrison, que nous avons communiquée à M. A. Rey et qu'il a citée [Bosc, p. a 5), ne permet là-dessus aucun doute. Roland écrit à Bosc : «Nous sommes hors des murs depuis huit ou dix jours; je vais cependant y rentrer sous peu; la crainte de la mort deviendrait enfin pire que la mort même'". . . •»

Cela ne l'empêchait pas de poursuivre, avec l'obstination d'une idée fixe, non pas sa revanche, mais sa justification. Il d<'mandait sans cesse à la Con-

''' C'est à ce nioiiient, c'est-à-dire entre ne voyais presque plus personne." [Mém.,

le -xZ janvier et la lin de mars (où Bancal I, 19.)

|)nrlit pour remplir auprès de Doinouriez <'' Cf. VAlmamich des gens de bien pour

cette mission qui devait aboutir à la prison Tannée 1 795 , p. hi; déposition de M'" Mi-

d'Oiniiitz), que nous avons cru pouvoir gnol dans le procès de Madame Roland

placer les trois lettres de Madame Roland à [Mém., I. 417).

Bancal, au sujet de M"' Williams. Ce que dit Madame Roian<l (I/cih., I,

' 'Depuis la sortie du ministère, je 17) ne s'applique qu'à la période du se-

m'ëtais tellement retirée du monde, que je cond ministère.

vention d'examiner et d'apurer ses comptes, d'abord pour confondre ses accusateurs, et aussi pour pouvoir quitter Paris, s'en aller chercher au Clos la solitude et l'oubli. Huit fois il sollicita ce règlement, ou du moins, puisqu'on l'ajournait, l'autorisation provisoire de s'éloigner. Mais ce fut en vain, et le 3 1 mai arriva sans qu'il eût obtenu satisfaction.

Sans doute, il récriminait à l'occasion contre ses dénonciateurs ou ceux de ses anciens amis qui ne l'avaient pas soutenu; on peut voir, au ms. (jSS-j, fol. 33G-34i. une correspondance assez aigre, échangée du 2.5 au 97 février, entre lui et Garât, son ancien collègue, qui lui avait succédé au ministère de l'Intérieur; d'autres billets, d'un ton bien amer, adressés par lui à Lanthenas, au milieu de février et vers la fm de mars, se trouvent au ms. Ga/ii, fol. a/t;)tîblx, et ont été publiés dans la Revue critique du 3 mars i884. Deux lettres du 4 mars, à Paoli et à un ancien ami, Gamelin, consul à Paierme, se trouvent au ms. <ù-îh'd, fol. i^cj et 180. Mais toutes ces lettres ne font qu'exprimer la même pensée : une confiance obstinée dans le jugement de la postérité. Nulle part on n'aperçoit le désir de rentrer dans la lutte , et il semble bien que l'ancien ministre n'ait jamais eu qu'une pensée, celle qu'il exprimait à la lin du billet inédit à Bosc, dont nous avons parlé plus haut : «quitter Paris aussitôt qu'il le pourrait 51.

Il songeait si bien à se réfugier dans la vie privée, qu'il avait repris, à sa sortie du ministère , ses réclamations de décembre 1791 et de février 179a pour obtenir sa pension de retraite comme ancien inspecteur des manufactures, et que, sur l'intervention de Brlssot auprès du Conseil exécutif provisoire, elle lui avait été liquidée sur le pied de 3,ooo livres (Camille Desmoulins, Hist. secrète de la Révolution, éd. Glaretie, p. 3iA). Il avait en même temps, le 10 mai, congédié l'institutrice de sa fille, M"' Mignot, sans doute pour réduire ses dépenses (^Mém., I, 417).

Le seul incident marquant survenu durant ces quatre mois dans la vie des Roland est la saisie de leurs papiers, ordonnée dans la nuit du 3i mars au 1" avril par le Comité de Défense générale, sous le coup de l'émotion causée par la trahison de Dumouricz'-''. Ces papiers, examinés par le Comité de Sûreté générale, communiqués à Camille Dosmoulins, fournirent au redoutable journaliste plus d'un trait pour la cruelle brochure qu'il publia, vers la fin d'avril,

'"' Aularà.' Salut public, IL Sga. Cf. Patriote français du 1" avril, et C. Desmonlins, Hist. secrète de la Révolution, éd. Glaretie, p. 3og.

sous le litre de Histoire des Brissotins ou fragment de l'Histoire secrète (fe la Révolution. Le rapport, contié à Brival, ne fut lu à la Convention que le 19 mai. Il prouva — ce qu'on savait de reste — que Roland avait été à toute heure le ministre du parti brissotin, mais ne put établir la moindre relation entre lui et Dumouriez, depuis que ce dernier avait commencé à conspirer contre la liberté de son pays.

Roland riposta avec intrépidité, le a 1 mai, par une brochure de 1 3 pages : Observations de Y ex-ministre Roland sur le rapport fait contre lui par le député Brival (in-8°, Impr. de P. Delormel, rue du Foin-Saint-Jacques). Discutant à peine les insinuations de Brival, il songe avant tout à justifier, nous dirons même à glorifier son ministère, à invoquer le jugement de la postérité, à affirmer une fois de plus qu'il s'est retiré par patriotisme, pour ne pas diviser plus longtemps le Conseil exécutif et l'Assemblée.

Le r()le du ministre démissionnaire nous apparaît donc fort net en toutes circonstances : abandonné par son parti, brisé par ses chagrins domestiques secrets, il n'aspire qu'à se retirer, à aller vivre dans l'obscurité, mais sans rien renier de ce qu'il a fait ou voulu faire.

Madame Roland s'associait-elle sans réserves à ce dessein de retraite ? Elle le dit en plusieurs endroits des Mémoires, et, pour le contester, il faudrait apporter des preuves ou des commencements de preuves. Quoi qu'on en ait dit, nous ne trouvons aucun indice de son intervention pour faire échouer cette tentative de réconciliation entre Girondins et Montagnards qui aurait été essayée au milieu de mars lygS. Ce qui est certain, c'est qu'au moment où éclata l'insurrection du 3i mai, elle venait de demander des passeports pour se retirer à la campagne avec sa fille, et aussi pour retrouver, en s'éloignant de Buzot, la paix intérieure (^Mém., 1, O-7).

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