ponse à la lellre pi-ëcdtlente de Lauze de
*'' Sur \p. Bureau d'esprit public, lanire- PeiTet. Publiée par Champagneux , 111,
proche à Roland, voir la réponse de sa 433, reproduite par Faugère, 1, 3aA, elle
feiiinie, Mrm. , i, i-f-'.-iao. se trouve en original aux Archives, dossier
'*' Champagnenx a reproduit encore deux déji» cité, cote 3.
que mon courage s'étonnât de rien , mais afin que les attentats fussent connus , et que mon sort ne restât pas ignoré.
Je sais que le ministre de l'Intérieur a signé une lettre qu'on lui a fait écrire pour l'administration de police, laquelle a répondu qu'elle n'avait agi que par ordre du Comité de Sûreté générale de la Convention. C'est une manière de s'entendre et de s'étayer pour se dispenser de toute faveur et pour éloigner les réclamations. Je n'ai pas envie d'en adresser à personne, car je ne veux pas m'avilir. J'attendrai ma liberté du retour du règne de la justice et, digne de la bonne fortune , je ne m'abattrai point dans la mauvaise.
Les nouvelles de mes amis sont le seul bien qui me touche; vous avez contribué à me le faire goûter. Dites-leur que la connaissance de leur courage et de tout ce qu'ils sont capables de faire pour la liberté me tient lieu et me console de tout; dites-leur que mon estime, mon attachement et mes vœux les suivent partout. L'affiche de B. ..'^* m'a fait grand plaisir. Adieu, brave citoyen , votre droiture et votre intrépidité vous assurent des sentiments que je vous porte et vous conserve.
[À BUZOT, À GAEN<-'.]
3 juiliel [1793, — de Sainte-Pélagie].
Quelle douceur inconnue aux tyrans que le vulgaire croit heureux dans l'exercice de leur puissance! Et s'il est vrai qu'une suprême intelligence répartisse les biens et les maux entre les hommes suivant les lois d'une rigoureuse compensation, puis-je me plaindre de mon infortune, lorsque de telles délices me sont réservées? — Je reçois ta lettre du 137; j'entends encore ta voix courageuse, je suis témoin de tes résolutions, j'éprouve les sentiments qui t'animent, je m'honore de t'aimer et d'être chérie de toi. — Mon ami, ne nous égarons pas jusqu'à frapper le sein de notre mère en disant du mal de cette vertu qu'on achète, il est vrai, par de cruels sacrifices, mais qui les paye
<') 11 s"agit probablement de Barbaroux. 9.5 juin 1798, publiée par Ghampagneux,
— ffJe te fais encore passer, mon cher ami, III , 426-497.)
une (lenii-douzaine d'exemplaires de mon <*' Publié en i864, avec fac-similé, par
Adresse aux Marseillais ... r, {Lellre AeBav- M. Dauban {Etude sur Madame Roland,
baroux à de Perret, datée de Caen, du p. 37-81). Bibl.nat., ms. n.A.fr. ,n° 17.S0.
à son tour par des dédommagements d'un si grand prix. Dis-moi, connais-tu de moments plus doux que ceux passés dans l'innocence et le charme d'une affection que la nature avoue et que règle la délicatesse, qui fait hommage au devoir des privations qu'il lui impose , et se nourrit de la force même de les supporter? Connais-tu de plus grand avantage que celui d'être supérieur à l'adversité , à la mort , et de trouver dans son cœur de quoi goûter et embellir la vie jusqu'à son dernier souffle? — As-tu jamais mieux éprouvé ces effets que de l'attachement qui nous lie , malgré les contradictions de la société et les horreurs de l'oppression? Je te l'ai dit, je lui dois de me plaire dans ma captivité. — Fière d'être persécutée dans ces temps où l'on proscrit le caractère et la probité, je l'eusse, même sans toi, supportée avec dignité; mais tu me la rends douce et chère. Les méchants croient m'accabler en me donnant des fers . . . Les insensés! que m'importe d'habiter ici ou là? Ne vais-je pas partout avec mon cœur, et me resserrer dans une prison, n'est-ce pas me livrer à lui sans partage? Ma compagnie, c'est ce que j'aime; mes soins, d'y penser. Mes devoirs, dès que je suis seule, se bornent à des vœux pour tout ce qui est juste et honnête, et ce que j'aime occupe encore le premier rang dans cet ordre. Va, je sens trop bien ce qui m'est imposé dans le cours ordinaire des choses pour me plaindre de la violence qui l'a détourné. Si je dois mourir ... eh bien ! je connais de la vie ce qu'elle a de meilleur, et sa durée ne m'obligerait peut-être qu'à de nouveaux sacrifices. L'instant où je me suis le plus glorifiée d'exister, où j'ai senti plus vivement cette exaltation d'âme qui brave tous les dangers et s'applaudit de les courir, est celui où je suis entrée dans la Bastille que mes bourreaux m'avaient choisie. Je ne dirai pas que j'ai été au-devant d'eux, mais il est très vrai que je ne les ai pas fuis. Je n'ai pas voulu calculer si leur fureur s'étendrait jusqu'à moi; j'ai (tu que, si elle s'y portait, elle me donnerait occasion de sei-vir X. . ."', par mes' témoignages, ma constance et ma fermeté. Je trouvais délicieux de réunir le moyen de lui être utile à une manière d'être (|ui me laissait plus à toi. J'aimerais à lui sacrifier ma vie pour acquérir le droit de donner à toi seul mon dernier soupir. Excepté les agitations terribles que m'ont causées les décrets contre les proscrits, je n'ai jamais joui d'un plus grand calme que dans cette étrange situation, et je l'ai goûté sans mélange lorsque je les ai sus presque tous en sûreté, lorsque je t'ai vu travaillant en liberté à conserver celle de ton pays.
" Roland.
Je suis étonnée que les deux amis ''' ne t'aient porté que mon premier billet; tu aurais dû recevoir par euY deux lonjrues lettres. La seconde se sentait de l'indignation dont m'avaient pénétrée ma seconde arrestation et l'affreux entourage que je me trouve avoir dans cette autre maison. Je n'échappe point encore à l'impression que produisent les propos dégoûtants des femmes perdues qui logent sous le même toit, les rumeurs qu'excitent parfois les tentatives des assassins pour égorger leurs gardiens (^'. Je n'écris plus ici comme je faisais dans mon premier logis , je me sens très surveillée, et je ne veux pas exposer mes pensées à tomber dans des mains indignes. Je suis capable de dire à mes bourreaux tout ce qu'on peut leur adresser de terrible, mais ils ne sont pas faits pour entendre tout ce que je pourrais exprimer. J'ai repris le dessin, je fais de l'anglais , je lis les anciens , je médite beaucoup et je sens davantage.
Le pauvre X. [Roland] est dans un triste état. Ma seconde arrestation l'a rempli de terreur ; il m'a envoyé de trente lieues une personne qu'il a chargée de tout tenter'^'. J'ai fait sentir l'imprudence et les dangers de pareilles entreprises ; d'ailleurs , je ne veux pas m'y prêter : ce serait gâter ses affaires en pure perte, s'exposer davantage et se couvrir d'un vernis de crainte en compromettant encore de dignes gens; car, dans toutes mes prisons, je trouve des gardiens honteux de m'y voir, qui cherchent à me faii-e oublier ce que leur office a d'odieux. Il n'est pas jusqu'aux derniers porte-clefs, dont quelquesuns ont pourtant une figure scélérate, qui n'aient l'air humble à ma vue, comme étonnés de celle de l'honnêteté. Et puis. . . mais qu'ai-jc besoin de le dire? N'ayant pas craint d'être ici, je ne dois pas trouver pénible d'y rester.
Je n'ai su l'arrivée du malheureux B [rissot] qu'après mon départ du même lieu'"', et j'imagine que le dessein de m'ôter de son voisinage a contribué à l'atroce manœuvre par laquelle j'ai été reprise au même moment que relâchée. Il est très vrai cpie c'est de l'invention de Ch.'^' et autres du Comité de Sûreté générale. On peut en juger par sa réponse au ministre, qui avait pressé
'■> Probablement Louvet et Guadet. Loii- personne était M"" de Vouglans (HenrieUe
vet et son amie avaient quille Paris le Cannet), venue d'Amiens, qui est, en eflfet.
a4 juin, étaient arrivés à Evreux le 95, y à .3o lieues (i33 kilomètres) de Paris. —
avaient trouvé Guadet venant de Paris à Cf. la lettre suivante , elMém. , II, a48. —
pied. Le lendemain, aG, Louvet et Guadet Voir aussi Appendice A. arrivaient ensemble à Caen {Mcm. de Eou- '*' Nous avons dit que Brissot fut écroué
t)e(, éd. Aulard, I, loi-ioa). à l'Abbaye le 28 juin, et qne Madame
''' Cf. Mém.f I, aog-aSa. Roland en sortit le ai.
''1 Tout nous porte à croire que cette '*' Chabot.
pour que, du moins, je fusse interrogée. C'est une pièce curieuse par l'absurdité du fond et l'indécence du style. Tu en auras copie '^'.
L'acharnement contre B[rissot]est extrême. Le tribunal révolutionnaire travaille maintenant l'aft'aire d'Orléans '^' et s'apprête à s'occuper de lui après. Sa situation me tourmente; il est affreux de voir l'un des plus ardents défenseurs de la liberté exposé au sort de Sidney.
Puisse celte lettre te parvenir bientôt, te porter un nouveau témoignage de mes sentiments inaltérables, te communiquer la tranquillité que je goûte, et joindre à tout ce que tu peux éprouver et faire de généreux et d'utile le charme inexprimable des affections que les tyrans-ne connurent jamais, des affections qui servent à la fois d'épreuves et de récompenses à la vertu, des affections qui donnent du prix à la vie et rendent supérieur à tous les maax !
Mille choses à nos amis, et surtout au sensible L. [Louvet].