‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 55 sur 103 · LA CITOYENNE ROLAND À LA SECTION DE BEAUREPAIRE · texte numérisé non relu

LA CITOYENNE ROLAND À LA SECTION DE BEAUREPAIRE

4 juillet 1793, — [de Sainte-Pélagie].

L'intérêt ({ue la section m'a témoigné, en qualité d'habitante de son arrondissement et d'opprimée, me fait une loi de l'instruire de ce qui me concerne dans l'affaire dont elle s'est mêlée '*'.

'■' Madame Roland en envoya aussi copie pièce, mais en supprimant ces observaà Dulaure, en ajoutant en note, sur la lions. (Ms. 9533, fol. 991 , copie.) phrase où Chabot et Ingrand ajournaient '*' A la suite d'une insulte faite à Léjl'examen de son alTaire après le vote de la nard Bourdon, à Orléans (i5 mars), treize Constitulioa : irComme si le premier appui, personnes de celle ville avaient ëlë traie plus sûr garant d'une Constitution n'était diiites devant le tribunal révolutionnaire; pas la justice! Comme s'il était pemùs à des leur procès dura du a 8 juin au la juillet; léffislateurs de se jouer de la liberté, de la neuf furent condamnées à mort (Wallon, réputation (les citoyens, et de renvoyer lé- Trib. révol., 1, 181-18G). gèremenl à une époque indéterminé»; le soin "' Pid)liée deux fois j)ar Champagneux (le reconnaître leurs droits ou de leur en as- {Disc, prclim., p. liv, et plus comj)lète, Biu-er la jouissance! Mais, sans doute, ce n'est t. II, p. i<)/i-i9.5). — M. Faugère (I, pas à ceux qui les violent d'avouer leur 2 3a) a donné le moins complet des deux propre tort. Que ce soit donc le public qui textes, les juge et les reth-esscli Dulaure publia la '*' Nous avons signalé les efforts qu'a-

L'administration de ia police, à laquelle le ministre avait écrit à mon sujet, ayant répondu qu'elle n'avait agi que d'après les ordres du Comité de Sûreté générale de la Convention , le ministre s'est adressé à ce comité pour réclamer la loi qui exige que les détenus soient informés du délit dont ils sont prévenus et interrogés dans le plus court délai. Le Comité a fait une réponse dont je joins ici la copie, elle expose ses motifs et ses griefs contre moi; c'est elle-même que j'offrirais aux personnes impartiales pour ma justification, si elle était nécessaire. Il ne sera pas difficile de reconnaître que cette réponse est absurde quant au fond des choses; je laisse à juger si elle est décente quant à la forme. Elle établit mon arrestation sur l'absence de mon mari, comme s'il était des lois qui permissent jamais de prendre une personne pour une autre; elle l'établit encore sur ma complicité du prétendu projet de pervertir l'opinion publique, comme si la responsabilité d'un ministre s'étendait sur son épouse; elle porte, dans tous ses points, sur de fausses accusations contre un autre individu que celui pour lequel il était fait des réclamations.

Roland n'est point à Lyon, et je défie ceux qui le calomnient de justifier leur dire imposteur; il pourra le prouver quand il on sera temps. Il ne souffle nulle part le feu de la guerre civile. Roland a sollicité, durant cinq mois, l'apurement de ses comptes , le jugement de sa conduite publique et privée ; toutes les pièces nécessaires étaient entre les mains de l'Assemblée. Cette justice lui a été obstinément refusée : on voulait donc le retenir pour l'arrêter dans un moment prévu? Il a donc dû se soustraire à cette inique arrestation , et il ne l'a fait qu'à la dernière extrémité. Roland, loin de corrompre l'esprit public, n'a cessé d'obéir au décret qui lui ordonnait de concourir à l'éclairer par des écrits tous connus et avoués; que l'on cite un seul de ses écrits qui ne contienne pas les principes de la plus pure morale et de la plus saine politique !

Roland a exigé des comptes de ceux à qui il devait en demander, parce qu'il en rendait lui-même de très rigoureux ; Roland s'est élevé contre tous les actes de violence qui offensaient les lois et blessaient l'humanité , parce qu'il a cru qu'après le renversement de la tyrannie rien n'était plus pressant que de faire chérir la liberté par un régime équitable et d'appuyer la République sur des

vaienl faits, le 9.4 juin, les commissaires de M. Faugère, I, 39.t-,3()8. L'original, après ia seclion Beaurepaire, pour s'opposera la avoir passé par plusieurs ventes, apparieseconde arrestation de Madame Roland. On nail au regretté M. Etienne Charavay et a en verra le détail dans le procès-verbal ligure à la vente de sa collection, troisième qu'ils lireni dresser, et qui a été publié par vente, n" 968, 17-18 mai 1901.

vertus. Dès lors , Roiand parut redoutable aux brigands qui profitent des révolutions pour s'enricbir , aux ambitieux qui les perpétuent pour augmenter leur puissance, et aux hommes turbulents, égarés, qui n'ont d'activité que pour détruire et qui sont toujours pr(5ts de croire à la perfidie des sages qui veulent édifier.

Voilà les crimes de Roland. Les miens sont de m'honoror des principes qu'il professe et d'avoir un courage égal au sien. Je n'ai point été effrayée des dangers que son caractère et son inflexible probité lui faisaient courir, de même que je n'avais pas été séduite par l'espèce d'éclat qui environne une place difficile , de même que je ne suis point abattue dans les fers où l'on m'a jetée.

Femme d'un ministre bonoré, ou prisonnière à Sainte-Pélagie, ici comme là, je vaax, j'existe par les sentiments dont mou cœur est animé. Aujoui'd'hui comme alors, indignée contre l'injustice, mais également ferme et paisible, dans la bonne ou la mauvaise fortune , digne de la première , et supérieure à la seconde, je ne mets de prix à la vie que pour pratiquer ce qui est juste, et rendre hommage à la vérité.

Mes concitoyens voudront bien accueillir cette profession de foi que je n'eusse jamais songé à rendre publique, si un abus d'autorité ne m'inculpait d'une manière publique. Ceux qui me connaissent y retrouveront l'expression abrégée de ce que je suis en effet; j'en appelle à leur témoignage pour venger ma personne ou ma mémoire des atteintes de la calomnie.

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