‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 58 sur 103 · CHARGK DE LA SURVEILLANCE DES PRISONS · texte numérisé non relu

CHARGK DE LA SURVEILLANCE DES PRISONS

17 septembre 1798, — de Sainte-Pélagie.

J'ignore, citoyen, si les personnes dont vous étiez accompagné ce matin exercent aussi quelque surveillance dans l'administration des prisons; je n'ai rien pu juger du but de votre visite. Je présume qu'il doit m'être permis de m'en informer. Depuis tantôt quatre mois je suis rigoureusement détenue, je n'ai fatigué personne de réclamations ni de plaintes; j'attendais du temps la fin des préventions. Je sais ce que les amis de la liberté sont exposés à souffrir pour elle à la naissance des républiques. Au défaut de ma propre expériance , j'avais assez de celle que j'ai acquise par l'étude, pour ne m'étonner de rien et supporter sans murmure les honneurs de la persécution. Dans l'enceinte d'une prison ou la retraite d'un cabinet, je puis mener une vie à peu près semblable, et, lorsqu'on y est avec une conscience pure et une âme forte, on mesure l'injustice sans être accablée de son poids. Mais je suis mère, ce titre m'imposait des devoirs que je chéris et que je ne puis remplir. Je suis épouse, et je ne sais s'il me sera jamais donné d'adoucir les chagrins, de soigner la vieillesse de l'homme respectable auquel j'avais uni ma destinée. Je ne sais pas mieux le terme d'une captivité que je n'ai pu mériter que par mon amour pour la liberté, qui me confond avec ses ennemis, et qui m'est imposée par ceux qui prétendent étabhr son règne. Combien doit durer encore cette étrange contradiction? On n'a point de délits à me reprocher; ceux qui disent le plus de mal de moi ne

'"' Publiée pour la première fois par M. Barrière (II, a35); Fauf^ère, L a35.— Sous radininisliaùon do Roland et de Garât, c'était Ghampagneux, premier commis de la première division , qui avait dans son service (rie réffime administratif des prisons?) {Alm. nat. de 1798, p. 199)- Après l'arrestation de Ghampagneux et la retraite de Garât (i5 août), remjilacé par Paré, les bureaux restèrent les mêmes, ainsi qu'on le voit par ïAlm. nat. de l'an 11, p. i3(J-i.'58.

Sauf que Lantlienas se trouve remplacé par Bavard à la 3' division . el Ghampagneux à la première j)ar trie citoyen Alexandi-e Ronsseliun, lisez Rousselin.

Il semble donc que ce soit à ce personnage de vingt ans. Alexandre-Cliarles-Omei' Rousselin-Gorbeau diV de Saint-Albin (1 778i8'i7), le jeune protégé de Danton, le futur rédacteur du Constitutionnel et des Mémoires de Barras, (pie Madame Roland s'adi'essait.

m'ont jamais vue, et je défie ceux qui m'ont abordéo de ne pas m'accorder ieur estime, même Robespierre et Danton, qui, probablement, savent pourquoi je suis prisonnière. Serai-je détenue à défaut de mon mari? Ce serait un échange ridicule et barbare qui ne mènerait à rien. Suis-je gardée comme otage? Je pourrais l'être chez moi, sous caution. On sait bien d'ailleurs que Roland n'est point à Lvon, et le faux bruit répandu à cet égard n'a jamais été qu'un vain prétexte. Suis-je suspecte? A quel titre? Le doute autorise-t-il à courir les ris([ues d'opprimer? Et si l'on me croyait dangereuse, l'injonction de, rester chez moi sous la surveillance de ma section ne serait-elle pas suffisante? Enfin, suis-je criminelle à mon insu? Qu'on m'apprenne de quoi, et que je sois légalement jugée. Quatre mois de détention ne me donnent que trop le droit do demander de quoi je suis punie. Cependant ce long intervalle passé dans le rude exercice du courage, sans qu'il me soit permis de prendre aucun autre exercice pour ma santé, se prolonge encore en altérant celle-ci; privée d'un modeste revenu qui tient à la personne de mon mari, et qui, augmenté par notre travail commun, suffisait à notre existence, je n'ai pas même la faculté d'employer mes bardes pour mon usage, ni de les vendre |)our en faire servir le prix à mes besoins. Elles sont sous les scellés assuii'-ment fort inutiles, puisqu'ils ont été réapposés fort peu après que la Convention les avait fait lever en examinant nos papiers'". De quel augure peut rtre pour la liberté de mon pays une telle conduite à l'égard de ceux qui l'adorent? Ce doute est plus triste ([ue ma situation même. Dans l'isolement où je vis, je me suis persuadée, à l'arrivée de trois personnes, que la vigilance et l'équité de quelque autorité faisaient faire cette visite; mais nulle question ne m'a fait apercevoir l'intérêt de s'instruire ou de consoler. Je me demande si j'ai été l'objet d'une curiosité cruelle, ou si je suis une victime qu'on soit venu reconnaître et compter.

Pardon , si je vous blesse en m'adressant à vous pour le savoir, mais vous êtes le seul dont le nom me soit connu, et quoi que l'erreur ou la malveillance me prépare, j'aime mieux le prévoir que l'ignorer. Sovez assez franc pour m'en faire part, c'est ma première et mon unique question.

"' C'est dans la iiiiil du ?>i iiiai'S au actes du Comité de Salut public, H, 693 ) j" avril lyf)."} que \c Comité de Défense (jé- Pt dans la séance du 7 avril que la Gonn«)'rt/t' avait di-cidé de faire apposer les scellés vention, à la requ(He de Roland, avait auttsur les papiei-s du citoyen Roland, mi- lorisé la levée des scellés (P. V. C, nistre de l'IntérieurT (Aidard, Hecucil des 7 avril).

P. S. Le décret contre les gens suspects n'était pas encore rendu lorsque je fis cette lettre'"; dès qu'il parut, je vis qu'ayant été arrêtée la seconde fois sous cette dénomination de suspecte, je n'avais plus que du pis à attendre du temps.

TO M. JANY, À PARTSf'l

Samedi [28 septembre 1798, — de Sainte-Pélagie].

Je ne puis vous dire, clier Jany '•'', avec quel plaisir je reçois de vos nouvelles. Placée sur les confins du monde, les témoignages d'attachement d'un individu de mon espèce que je puisse estimer me font trouver encore quelque douceur à vivre. J'ai souffert pour ma pauvre compagne au delà de toute expression. C'est moi qui me suis chargée du triste office de la préparer au coup qu'elle n'attendait guère et de le lui annoncer; j'étais sûre d'y apporter les adoucissements qu'un autre eût peut-être difiicilement trouvés, parce qu'il n'y a guère que ma position qui pût me faire partager aussi bien sa douleur. Cette circonstance a fait qu'on l'envoie chez moi; nous mangeons ensemble, et elle aime à passer

''' La Loi des suspects est précisément du 1 7 septembre.

Le post-scriplum a étd dvidemment ajouté à la minute ou à la copie , api'ès l'envoi de lettre.

''' Publiée pour la première fois parBai'rière (II, 9/17); réimprimée par Dauban, Etude, p. ccxxY, et par Faugère, 11, -aôS. — Il y en a ime copie au ms. gSSS, fol. 326-227.

Faugère a bien vu que ce tr samedi» doit être le 28 septembre 1793.

Cette «pauvre compagne n que Madame Roland a dû préparer à un coup cruel , c'est M°'* Pelion, dont la mère, M"'°Lefebvre, venait d'être condamnée et exécutée le 9 4 septembre (Wallon, Tribun, révol., II, 191, 479). On connaît la page indignée des Mémoires (I, i88) où Madame Roland, à

cette date même du 24 septembre, etu'ogistre cette condamnation.

Nous disons 24 septembre, bien que ce passage des Mémoires, dans l'édition de Bosc, soit daté du 2.3 septembre, et que M. Dauban (p. 385) ait reproduit celte petite erreur. Mais il y a bien 9 4 septembre au manuscrit , et l'édition Faugère est ici , comme d'ordinaire , la plus exacte. D'ailleure , comment Madame Roland aurait-elle pu mentionner le 93 une condamnation qui n'est que du 94?

''' Nous croyons avoir établi dans iioU"e travail sur rrJany, le dernier correspondant de Madame Roland n {Révolution française des i4 janvier et i4 février 1896) que Jany n'est autre (pie le géograplie et historien Edme Mentelle,anii de Brissot. — Voir, sur lui, noti'e Appendice S.

près de moi la plus grande partie des jours; j'en travaille bien moins, mais je suis utile, et ce sentiment me fait goûter une sorte de charme que les tyrans ne connaissent pas. Je sais que B. . .'•' va être immolé; je trouve plus atroce (|ue cola même la disposition qui interdit tout discours aux accusés'"^'. Tant qu'on pouvait parler, je me suis senti de la vocation pour la guillotine; maintenant il n'y a plus de choix, et massacrée ici ou jugée là, c'est la même chose.

Je désirerais qu'il vous fût possible d'aller régulièrement, du moins une fois la semaine, chez M"" G. Chp.'^'. Elle vous communiquerait ou vous remettrait ce qui nous intéresse, et vous lui donneriez de mes nouvelles. Vous trouverez chez elle à emprunter les deux volumes du Voyage en question, que je n'ai point ici en mon pouvoir.

Je reçois avec action de grâce les lettres de lady B. . .'*'; je ne les connais point, je compte les faire servir à deux personnes; je ferai lire le petit P . . J^\ je n'avais que Thompson qu'il ne pouvait encore entendre.

Hélas! n'enviez point le sort de celui à qui j'ai donné mon Voyage de iSume'^' : c'est un infortuné qui n'a que des malheurs pour prix de ses vertus; persécuté.

'■' Brissol.

'•' Voir P. V. G., XXI, p. 248, séancp (lu a6 septembre. Faiire((lela Haiile-Loiro) avait propose, pour acaflérer l'action du tribunal révolutionnaire, diverses dispositions, dont la principale portait tpie, aj)rès les débats, itil ne serait fait aucun discours dp défense générale de la part du défenseur». — Cf. Mém., I, 197-198 : traC sej)lenibre. Le décret qui ordonne de pré»ienter le lendemain l'acte d'accusation de Brissot est rendu dans la mr^nie séance où l'on propose d'ahi-éger les formes des jugements du tribunal révolutionnaire, etc.n.

'■'' On a cru juscprici que ces lettres désignaient M"" (Jhanipagneux; c'est une erreur. M"' Cliampagneux, qui éUiit à Bourgoin au moment de l'arrestation de son mari, en août, était accourue aussitôt à Paris, mais pour y lond)i<r malade, d'une maladie irqui la tint trois mois aux portes

du tombeau B (Papiei-s Boland, n° 6a4i, fol. 160). Elle n'aurait donc guère été en état, fin septembre, de recevoir Jany, et c'est en d'autres termes du moins (pie Madiune Boland aurait demandé de ses nouvelles. Une raison plus décisive encore , c'est (jue l'initiale G. ne saurait , en aucune manière, correspondre aux prénoms d'Ursule- Adélaïde Brottin, femme de Luc-Antoine- Donin de Bosière de Cbampagneux. wM'"* G. Chp. B n'est autre que Sophie Grandcliamp , ainsi que nous l'avons surabondamment établi ailleurs.

''' Probablement le roman anglais de Miss Elisabeth Grillith , intitulé Histoire de lady Harton, rn forme de lettres, 1771, 3 vol. in-ia [Biojp-. Michaud, v° Grillith).

'*' Le fils (le Petion, alors âgé de onze ans, qui partageait la prison de sa mère.

'*' Buzot. — Voir, sur ce détail, notre Appendice B.

proscrit, jp ne sais s'il dérobera longtemps sa tête à la vengeance des fripons dont il était le rude adversaire.

Assurément, vous pouvez lire tout ce que je vous envoie^". J'ai regret maintenant de ne vous avoir pas envoyé les quatre premiers cahiers® ; le reste ne sent rien quand on ne les a pas vus; ils peignent mes dix huit premières années; c'est le temps le plus doux de ma vie; je n'imagine point d'époque, dans celle d'aucun individu , remplie d'occupations plus aimables , d'études plus chères , d'affections plus douces : je n'y eus point de passion, tout y fut prématuré, mais sage et calme, comme les matinées des jours les plus sereins du printemps.

Je continuerai , si je puis, au milieu des orages. Les années suivantes me firent connaître ceux de l'adversité et développèrent des forces dont le sentiment me rendait supérieure à la mauvaise fortune. Celles qui vinrent après furent laborieuses et marquées par le bonheur sévère de remplir des devoirs domestiques très multipliés dans une existence honorable, mais austère. Enfin arrivèrent les jours de la Révolution , et avec eux le développement de tout mon caractère , les occasions de l'exercer.

J'ai connu ces sentiments généreux et terribles qui ne s'enflamment jamais davantage que dans les bouleversements politiques et la confusion de tous les rapports sociaux; je n'ai point été infidèle âmes principes, et l'atteinte même des passions, j'ai le droit de le dire, n'a guère fait qu'éprouver mon courage. Somme totale, j'ai eu plus de vertus que de plaisirs; je pourrais même être un exemple d'indigence de ces derniers, si les premières n'en avaient qui leur sont propres, et dont la sévérité a des charmes consolateurs.

Si j'échappe à la ruine universelle, j'aimerai à m'occuper de l'histoire du temps; ramassez de votre côté les matériaux que vous pourrez. J'ai pris pour Tacite une sorte de passion, je e relis pour la quatrième fois de ma vie avec un goût tout nouveau, je le saurai par cœur; je ne puis me coucher sans en avoir savouré quelques pages.

Faites donc courir la lettre de B . . . '^>.

''' Tous les caliiers de ses Mémoires '*' C'est à Bosc qu'elle avait dû faii-e

particuliers qu'elle avait écrits depuis le passer les quatre premiers cahiers , auxquels

5 septembre, corresjjoudaut aux pages 109- correspoudent les 109 premières pages du

1 89 du tome II de l'Alition Faugère. — Voir tome II de l'édition Faugère. — Voir Ibid.

noire TÉtude critique sur les manuscrits de '^* Nous pensous qu'il faut lire ici Brissot

Madame Roland», dans la Réiolulion frnn- ci qu'il s'agit de la lettre écrite par Brissot

f«t«« dos li mars et i4 avril 1897. à Barrère, de l'Abbaye, le 7 septembre

Jo me déciderai donc aussi à vendre quelque peu d'argenterie , je pourrai bien vous prier de me rendre ce service.

Je ne veux point voir P'''^', et il ne faut pas qu'il demande de permission; ne point prononcer mon nom auprès des autorités est le seul service qu'on puisse m<' rendre.

Adieu, cher Janv, adieu.

À MA FILLE ('l

[Soctobro 1793, — de Sainte-Pélagie.]

Je ne sais, ma petite amie, s'il me sera donné de te voir ou de t'écrire encore. Souvieits-toi de ta mère. Ce peu de mots renferment tout ce que je puis te dire de meilleur. Tu m'as vue heureuse par le soin de remplir mes devoirs et d'être utile à ceux (jui souffrent. Il n'y a que cette manière de l'être.

Tu m'as vue paisible dans l'infortune et la captivité, parce que je n'avais pas de remords et que j'avais le souvenir et la joie que laissent après elles de bonnes actions. Il n'y a que ces moyens non plus de supporter les maux de la vie et les vicissitudes du sort.

1798 (publia» en 1796 par Riouffe, Métn. d'un détenu, p. i.î8 de la q" édition). — Cf. Mém. de Buiot, k]. Dauban, p. aS.

Mon telle eut, dans ces mois de septembre et ({"octobre , pour dt'fendrp Brissot et ses amis, un rôle beaucoup plus actif que nous ne l'avions cm d'abord. — Voir ms. 96.33,

fol. 9.'Ï9-238.

'•'* Nous avions présumé, dans notre étude sur Jnny, que ce sigle P' pouvait désignei' le peintre Pasquier, compatriote de Roland, ami dévoué du mari et de la femme (voir lettre du a 3 novembre 1781) et connu de Mentelle. Mais il s'ap|)lique bien plus vraisemblablement àPanckoucke, qui. avec son associé Agas.se, rendit aux Roland en 1793 divers bons offices (voir Souvenirs de Sophie Grtnidcliamp). — (If. ms. 9533, fol. i.'joiSq.

''' Rose , II , 81, sous la date du r» 1 8 octobre n; Faugère, II, 376; — copie au ms. 9533, foi. 3^3-344; autre copie au ms.

des Mémoires (ms. 18736, fol. aoa), delà main de Rose , qui y a inscrit successivement les dates du 7 novembre, du 7 octobre, puis du 1 8 septembre , et a même ajouté ffde la Conciergerie)!.

Nous croyons avoirétabli [Révolution française de mars 1897) que cette lettre fut écrite le 8 octobre , au moment où , après le décret du 3 qui achevait la proscription en masse des chefs de la Gironde , Madame Roland projetait de ne pas attendre son jugement et, faute de poison, de se laisser mourir de faim.

L'autographe, que nous avons examiné chez M""" Taillet, arrière-petito-fille des Roland , ne porte auciuie date.

Peut-être, et je l'espère, tu n'es pas réservée à des épreuves semblables aux miennes; mais il on est d'autres dont tu n'auras pas moins à te défendre. Une vie sévère et occupée est le premier préservatif de tous les périls , et la nécessité, autant que la sagesse, t'impose la loi de travailler sérieusement.

Sois digne de tes parents : ils te laissent de grands exemples; et si tu sais en profiter, tu n'auras pas une inutile existence.

Adieu, enfant chéri, toi que j'ai nourri de mon lait et que je voudrais pénétrer de tous mes sentiments. Un temps viendra où tu pourras juger de tout l'effort que je me fais en cet instant pour ne pas m'allendrir à ta douce image, .le te presse sur mon sein.

Adieu, mon Eudora.

À MA BONNE FLEURY^'l

[8 octobrfi 1793, — de Sainte-Pélagie.]

Ma chère bonne, loi dont la fidélité, les services et l'attachement m'ont été chers depuis treize années, reçois mes embrassemenfs et mes adieux.

Conserve le souvenir de ce que je fus. Il te consolera de ce que j'éprouve; les gens de bien passent à la gloire quand ils descendent dans le tombeau. Mes douleurs vont finir; calme les tiennes et songe à la paix dont je vais jouir, sans que personne puisse désormais la troubler. Dis à mon Agathe que j'emporte avec moi la douceur d'être chérie par elle depuis mon enfance et le regret de ne pouvoir lui témoigner mon attachement. J'aurais voulu t'être utile, du moins que je ne t'afflige pas.

Adieu, ma pauvre bonne, adieu.

''' Bosc, II, 89 , sous la date du «18 oc- Nous croyons que cette lettre a été écrite

lobreji ; Faugère, II, 276; — copie au ms. en même lonips que la précédente, des Mémoires elaums. gSSS, fol. 343-344. Voir, snr Fleury, notre Appendice T.

A JANY, A PARIS'*'.

8 octobre [1798, — de Sainte-Pélagie].

Lorsque vous ouvrirez cet écrit '•^', cher Jany, je ne serai plus. Vous y verrez les raisons qui me déterminent, en trompant mes gardiens, à me laisser mourir de faim. Cependant, comme aucun transport ne m'inspire cette résolution, que je veux soumettre à tous les calculs , soit pour ne manquer à aucun de mes devoirs, soit pour ne pas mériter le blâme de nos amis, je consens à attendre le jugement des députés'^' pour juger alors des conséquences et de l'instant d'exécuter mon projet.

S'il se passe quelques jours, je continuerai mes Mémoires; si je n'ai pas le temps de les conduire bien loin, je m'en consolerai. 11 existe assez de choses, en réunissant toutes celles que j'ai écrites et qui sont dans les trois dépôts'*', pour éclaircir beaucoup de faits et concourir à la justification de bien des personnes. Voilà le soin que je vous laisse; il vous exprime assez toute mon estime. Disposez de ces objets en maître absolu, ne précipitez rien pour ne rien

'"' Publiée poiu- la première fois |)<ir Barrière, II, q5i ; réimprimée par Faugèi-e, II, a 08.

'*' «Cet écriti désigne évidemment, comme l'a déjà remanjué M. Barrière , Mes dernières pensées , ces dernières pajjes si éloquentes des Mémoires (II, a55-264). Mais nous croyons probable (voir notre Etude critique sur les manuscrits de Madame Roland) que le pli fermé le 8 octobre à l'adi-esse de Mentelle , en prévision du suicide dont nous venons de parler, et qui ne devait lui parvenir qu'après le suicide accompli , renfermait , outre ia présente lettre et les Dernières pensées, les deux lettres précédentes, ainsi que trois caliiere des Mémoires particuliers , correspondant aux pa(]fes aao-954 du t. II de l'édition Faufjère.

'■'' Des quarante ci un d('piUés décrétés

d'accusation le 3 octobre, sur le rapport d'Aniar.

'*' Voir notre lùude critique sur les manusenti, etc., au sujet des déjKits où des amis couraffeux conservaient les cahiers que Madame Roland leur faisait jjasser de sa prison. iNous connaissons celui de Bosc , dans l'ermitage de Sainte-Radegoude, au-dessus de la poutre de la grande porte; celui de Mentelle, dans son logement du Louvre, audessus de la salle où siégeait (rl'exécrable Commission populaire ti (lettre de Mentelle à Champagneux , ms. 6aûi, fol. lôô-iSy); celui de M™' Grandcbamp (voir plus loin, lettre du q5 octobre). Peut-être y en avaitil d'autres. Miss Helena Williams , dans ses Lettres sur les éfénements du3i mai au g thermidnr{p. t55-i6a), dit en avoir eu un chez elle et l'avoir détruit par prudence.

perdre , et ne vous détachez de quoi que ce soit que vous ne vous soyez procuré un double par copie.

Mes K Dernières pensées » sont nécessaires aux père et mère adoptifs de ma fille'''; vous les leur communiquerez, si l'exemplaire que je leur destine manquait de leur parvenir.

Adieu, Jany, je vous honore et vous aime; je m'éteins en paix, en songeant que vous ferez revivre de moi tout ce que j'ai pu en faire connaître; il ne manque que des détails, dont je ne tairais pas un seul si j'avais plus de temps, mais dont nul n'est en contradiction avec ce qui précède.

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