I.i8 LIÎTTRKS l)K M A DAM K HOLAND
vous parlor du plaisir do vous voir : j'ai prosquo honte de songer à ma propre satisfaction en partageant le deuil public.
Des visites ont coupé ma lettre; je la finis à plus d'onze heures; je suis levée depuis quatre; je vais me coucher après avoir avalé deux œufs, en songeant à un temps oii je m'accommodais de moins encore plutôt que d'épouser un riche fripon.
Vous pouvez juger combien trois semaines déjà passées sans le rétablissement des barrières ont laissé entrer de provisions, et quel déficit cela devra faire dans l'imposition.
La conduite de ceux qui commandent est impardonnable. On ne peut pas dire, assurément, que soixante personnes connivent pour le mal : d'ailleurs, il existe dans ce nombre d'honnêtes gens connus; mais certainement il y a des traîtres, et les autres sont des imbéciles ou des faibles. Un corps nombreux n'agit point inconséquemment, et, quand il fait des inconséquences, il a ses raisons pour cela. Cette ville est un cloaque de tout ce que l'ancien régime produisait de plus immonde.
Le piésldent des commissions de sections, Vernes''', procureur, est un antirévolutionnaire qui n'a excité le peuple qu'à dessein. Il est en fuite.
À M. H. BANCAL, [À PARIS'"
Dimanche 8 août 1790, — [du Clos].
J'arrivai de Lyon vendredi, et le même jour nous parvinrent vos deux lettres du 3o et du 9 courant. Elles me firent un extrême plaisir. Vous y traitez de la liberté de la presse comme j'en pense et comme il me semble que peu de gens l'envisagent. On n'apprécie point assez son extrême conséquence; tout tient à cela cependant; aucun abus ne saurait subsister avec ce puissant correctif, et, faute de lui, tous les abus peuvent s'établir. Vous avez parlé, agi en homme très éclairé, comme un excellent patriote, et, quoique je vous con-
<'' J.-F. Verne, cr procureur aux cours et '^'' Lettres â Bancal , t^. 'ij : — ms. 9534,
juridictions de Lyon, rue Saint-Jeau» {Al- fol. 3o-32.
manach de Lyon de 1789). Cf. Wald, 177, En marjfe, de la main de Bancal : rRép.