A BOSC
30 (97) octobre 1798, — [de Sainte-Pélagie].
Votre lettre (*', mon cher Bosc'^', m'a fait un hien extrême; elle me monire votre âme entière et tout votre attachement : l'une et l'autre sont aussi rares à mes yeux que précieuses pour mon cœur. Nous ne différons pourtant pas autant
mais de la main de Bosc, est 90 octobre; lapsus évident; aussi a-t-il imprimé a6 octobre. Nous croyons même qu'il aurait dû mettre ay. — Voir notre Étude critique sur les manuscrits de Madame Roland.
'*' Il y a dans le manuscrit : (tMon bon ami.» Bosc a biffé et écrit au-dessus: «Mon cher Bosc. »
'*' Dans un billet à M. Barrière (cité par M"* Cl. Bader d'après l'autographe [ Correspondant du 10 juillet 1892] et qui se trouvo 4ien copie au ms. 9 53 3, fol. 34a), Bosc raconte les circonstances qui expliquent cette lettre :
Pendant tout !e cours de sa détention, jusqu'au milieu d'octobre 1798, j'avais pu voir deux ou trois fois par semaine Madame Roland dans sa prison, par la protection de reiceliento M'°' Bouchot, femme du concierge; mais alors on mit un espion dans le guichet et il me devint impossible de pénétrer dorénavant jusqu'à elle. Ce fut peu de jours après cette complète séquestration qu'elle me demanda , par une longue lettre motivée, que j'ai trop bien cachée puisqu'il m'a été impossible de la retrouver lors de l'impression de la première édition de
'"' L'arrestation de Champagneux est du U août, et la démission de Garât du \^. — ^oir Papiers Roland, ras. 694i,fol. 160- 196, de nombreux renseignements sur le rôle de Champagneux auprès de Garât. — Cf. A. Schmidt, 1, 1 38; II, 101.
'*' Aux six lettres à Jany qu'on vient de lire, il faut encore joindre, pour être complet :
1° Un billet cité par M. Barrière [Notice, p. XLi) et adressé peut-être aussi à Jany. Le voici :
Je crois , mon ami , qu'il faut s'envelopper la tête; et en vérité, ce spectacle devient si triste, <[»'il n'y a pas grand mai à sortir de la scène; ma santé a été fort altérée ; les derniers coups rappellent ma vigueur, car ils en annoncent d'autres i supporter. Adieu , je ne vis plus que pour me détacher de la vie.
9° Un autre fragment , donné en note par le même éditeur [Notice, p. xxni), mais qui semble se rattacher plutôt à quelque passage inédit des Mémoires.
''' Ms. des Mémoires; Bosc, II, 84; Faugère, II, 978. — La date inscrite au ms.,
que vous l'imaginez; nous ne nous sommes pas bien entendus. Je n'avais pas le dessein de partir à ce moment, mais de me procurer le moyen de le faire à celui qui serait devenu convenable. Je voulais rendre hommage à la vérité, comme je sais faire, puis m'en aller tout juste avant la dernière cérémonie; je trouvais beau de tromper ainsi les tyrans. J'avais bien remâché ce projet, et je vous jure que ce n'était point la faiblesse qui me l'avait inspiré. Je me porte à merveille ; j'ai la tête aussi saine et le courage aussi vert que jamais. Il est très vrai que le procès actuel m'abreuve d'amertume et m'enflamme d'indignation; j'ai cru que les fugitifs étaient aussi arrêtés 'i'. Il est possible qu'une douleur profonde et l'exaltation de sentiments déjà terribles aient mûri, dans le secret de mon cœur, une résolution que mon esprit a revêtue d'excellents motifs.
Appelée en témoignage dans l'affaire, j'ai trouvé que cela modifiait mon allure. J'étais fort décidée à profiter de cette occasion pour arriver au but avec plus de célérité; je voulais tonner sans réserve, et finir ensuite; je trouvais que cela même m'autorisait à ne rien taire, et qu'il fallait l'avoir en poche en se rendant à l'audience; cependant je n'ai pas attendu d'en être pourvue pour soutenir mon caractère. Dans les heures d'attente que j'ai passées au greffe, au milieu de dix personnes, olficiers, juges de l'autre section, etc., entendue d'Hébert et de Chabot, qui sont venus dans la pièce voisine, j'ai parlé avec autant de force que de liberté. Mon tour pour l'audience n'est pas venu : on devait venir me chercher le second jour ensuite; le troisième s'achève, et l'on n'a pas paru : j'ai peur que ces drôles n'aient aperçu que je pourrais faire un épisode intéressant, et qu'il vaut mieux me rejeter après coup.
.«'S Mémoires, une suiBsanli.' quanlilé d'opium pour pouvoir s'empoisonner. Je lui répondis négativement, en cherchant à lui prouver qu'il était aussi utile à la cause de la liberté qu'à sa («toire future qu'elle se résolût à monter sur l'échafaud. Cest à cette lettre , la plus pénible qui' j'ai écrite de ma vie , qu'elle répond par celle du a6 octobre 1 798.
'*' Les fugitifs, c'est-à-<lireBiizot, Giia- (lol , Petion , etc. A cette date , Madame Roland savait certainement que ses amis avaient ([uitlé la Bretagne (-30 septembre), avaient (iébarqud au Bec d'Ambès le ai, et se cacitaient autour de S.iint-l;)niiiion , et elle avait
|)U voir dans les journaux une lettre du repr«!sentant en mission, Ysabeau, datée du 8 octobre, lue à la Convention le i5 (Moniteur du 16), où il disait : tNous avons la preuve authentique que presque tous les (Uputés fugitifs du Calvados et de la Vendée . . . sont il Bordeaux ou dans les environs». (Jf. P. V. G. de la Convention, 5 brumaire an 11 (96 octobre), trlettre d'Ysabeau et de ses collègues, du ai octobre, annonçant l'arrestation de Lavauguyoni. — Cf. Mém., l , 3i a. Dans cette page, écnif entre le a 4 et le a 6 octobre, Madame Roland dit : k Les fugitifs . . . errent à l'aventure. . . n.
J'attends avec impatience, et je crains maintenant d'être privée d'avouer mes amis en leur présence. Vous jugez, mon ami, que, dans tous les cas, il faut attendre et non commander la catastrophe; c'est sur cela seul que nous ne sommes pas complètement d'accord : il me semblait qu'il y avait de la faiblesse à recevoir le coup de grâce quand on pouvait se le donner, et à se prodiguer aux insolentes clameurs d'insensés aussi indignes d'un tel exemple qu'incapables d'en profiter. Nul doute qu'il fallait faire ainsi, il y a trois mois; mais, aujourd'hui, c'est en pure perte pour la génération; et quant à la postérité, l'autre résolution, ménagée comme je vous l'exprime, n'est pas d'un moins bon effet.
Vous voyez que vous ne m'aviez pas bien comprise. Examinez donc la chose sous le point de vue où elle m'a frappée; ce n'est pas du tout celui oii vous l'envisagez : je consens à accepter votre détermination quand vous l'aurez ainsi réiléchie. J'abrège pour que vous ayez cette réponse par la même voie; il me suifit d'indiquer ce que la méditation vous fera développer à loisir.
Ma pauvre*'* petite! où donc est-elle? Apprenez-le-moi, je vous prie; donnezmoi quelques détails, que mon esprit puisse du moins la saisir dans sa situation nouvelle. Touchée de vos soins, vous jugez que je sens aussi l'amertume de toutes ces circonstances. J'apprends que mon beau-frère est en arrestation*-'; sans doute, le séquestre de ses biens n'est pas levé, et peut-être aura-t-il à craindre la déportation.
Considérez que votre amitié, trouvant très pénibles les soins que je réclamais d'elle, peut aisément vous faire illusion sur ce que vous devez ou pouvez à cet égard : tâchez de penser à la chose, comme si ce n'était ni vous, ni moi, mais deux individus dans nos situations respectives soumis à votre jugement impartial. Voyez ma fermeté, pesez les raisons, calculez froidement, et sentez le peu que vaut la canaille qui se nourrit du spectacle.
Je vous embrasse tendrement. Jany vous dira ce qu'il est possible de tenter un matin ; mais prenez garde de ne pas vous exposer.
''' Eudora Roland n'était plus chez Greuzé- lieu bien peu de temps après, puisque, le
— Latoiiche. Voir la lettre suivante. 97, Madame Roland est déjà informée de
''1 C'est le 1 7 octobre , huit jours après celle du chanoine,
la chute de Lyon , que le représentant en Le séquestre apposé sur les biens des
mission Reverchon était arrivé à Villefran- Roland et au Clos, les 18-90 août, avait été
che et y avait renouvelé le district et la nui- levé les 97-80 se|)lenibre. mais fut apposé
nicipalité [Arch. commun, de Villefranche). de nouveau après l'arrestation de Dominique
Les arrestations des suspects durent avoir Roland. — Voir Appendice R.