ROLAND, À LYON
Le soir du samedi 9 octobre 1790, — [du Clos].
Il faut bieu que je t'écrive aujourd'hui pour le courrier de demain si je veux te donner de mes nouvelles, car dans l'idée de la courte durée de ton séjour je ne t'écrirai pas mercredi. J'ai reçu Ion pelit mot du soir de ton départ le lendemain à quatre heures après-midi. L'habitude que j'ai, mon cher maître, de trouver vos décisions meilleures que les miennes me fit regretter d'abord ce que j'avais fait; mais je réfléchis aussitôt que si vous aviez eu sujet, en écoutant la pluie, de recommander jeudi soir de ne point continuer les vendanges, je n'avais pas moins eu raison, en voyant le beau soled du vendredi, de ujettre en train nos gens. Effectivement, Antoine ("-' a continué et fini; j'appris avec dépit que Civelle*^) avait renvoyé ses gens qu'il avait précédemment avertis et qui s'étaient présentés; je le fis mettre on <|uête pour les ravoir, ils n'ont pu venir qu'aujourd'hui; ilsont l'ail, dans cette journée, d'excellent ouvrage et continueront demain. Ainsi de Bertier'*'. Cesdeux jours ont été admirables : j'ai pensé que, la lune ayant ainsi renouvelé, son troisième jour pourrait amener la pluie et (|u'il fallait expédier. J'ai peur de m'êlre trompée de vingl-(pialre heures et d'avoir demain le temps que je ne craignais que pour lundi; le vent vient de retourner au sud, il éclaire et tonne; s'il pleuvait ce diuiauche, ce serait doublement fâcheux, car cela aurait l'air dune punition du ciel et mettrait de l'eau dans nos cuves; cependant l'orage seudde s'éloigner. Ces foudres me font redouter la grêle; je ne vois rien de si pressé que de récolter. Les noix sont abattues, les poires
'■' Ms. ôa.lg, fol. 291. (le Villefranche). — Un de ses doscendanls
''' Antoine Bardin, un des pinq vi(jne- était encore régisseur du (llos en 1879. rons du Clos (voir inventaire et apposition ''' Claude Sivelle, autre vifjneron (,'lr-
(le scellés au Clos, des 18-aa août 1793, clilvrs du Rhône , ibid.). Arehivex (hi Iil(('iiie,(), séquestres du di.stricl **' Jean Brosselte-Berlliier (iAi(/.).
cueillies, les soleils et une partie des pommes le sont également. Tout va et bon train; ça ira, ça ira, comme à la Fédération.
Tu as grand tort de t'ennuyer à faire des juges en ville : jamais notre jardin ne fut si frais et si riche, la campagne est charmante. On a lini le travail des gouttières de l'eau des serres. Quant à la lapinière, nous avons mieux à songer pour le pi'ésent, il faut prendre patience. Demain, après la messe, nous tirons la première cuvée d'Antoine. Le vin est cher et sera bon.
J'ai vu le vicaire ('\ Je l'ai lutine sur la Déclaration des droits; il s'est excusé sur son curé. Je lui ai dit qu'ils étaient tous prêtres par un coin, qu'ils manquaient de franchise et ne secondaient pas de leurs forces une constitution par laquelle ils craignent de perdre de leur vieil ascendant. Beaucoup de mauvaises phrases et pas une bonne raison , voilà ce que j'en ai tiré en lui débitant de bonnes vérités.
Ta fille te répond ; elle s'arrange fort bien des tracas champêtres qui ne ressemblent point à un travail suivi et dont elle ne prend que pour se divertir. I^a pluie m'a trop fait perdre l'idée de mes raisins au four; ils sont excellents au goût, mais durs et secs comme des pruneaux.
J'écris à M'"" de Gomiecourt'"^', par d'Anlic. Je ne dors point à l'ouvrage et ne m'en trouve pas plus mal. Cependant je me sens la tentation de reprendre le lait et de boire de l'eau, et je crois que ce désir tient à un besoin que la rougeur de mon visage décèle. Mille an)itiés au fidèle Achate. Je t'embrasse de tout mon cœur.
[À BANCAL, À CLERMONT'^'
i3octol>rp 1790, — du Clos Laplatièrc.
J'ai reçu hier, bon et digne ami, votre lettre dii 5 expédiée par Paris; vous aurez eu maintenanl de nos nouvelles, et par l'ami Lanthonas qui vous a
''' Le vicaire s'appelait Morin. et le curé, '■''' Lettres à Rnneal, p. 85: — nis.gô:]/) .
Lambert {Alm. de Lyon). foi. 5i-55. En marge : -rRép. le dimanche
"' Sophie Gannet. 3i octobre 1.
écrit d'ici, et par mon bon ami qui a dû répondre de Lyon à votre première. Je prends votre seconde pour moi et je vous renvoie la balle; peut-être nos voyageurs arriveront-ils avant que j'aie terminé mon expédition, car ils ne m'ont point donné signe de vie depuis leur départ, et j'en augure un très prochain retour.
Je suis pourtant un peu scandalisée de ce parfait silence, j'ai peine à y croire; j'ai fait renverser les poches du commissionnaire, en songeant à la trouvaille faite la veille, au fond d'une besace qui va souvent à la ville, d'une lettre de Champagneux datée du mois de septembre; mes recherches ont été vaines et je suis dans l'attente.
J'imagine que nos patriotes apostolisent de leur mieux; je ne sais s'ils feront beaucoup de fruits. Je suis tout occupée de ramasser ceux de l'année; ces soins économiques ne me déplaisent pas. ils sont vraiment dans notre destination naturelle, et. malgré ce qu'il y a de pénible dans ces tracas champêtres, j'échangerais bien contre eux toute la science des hommes et toutes les écritoires des savants. La récolte ne sera pas fort abondante, mais elle aura un bon prix. Si vous voyiez comme nos pauvres vignerons, qui ont été courbés toute l'année sur leur pioche, paraissent satisfaits de recueillir cette modique subsistance achetée par tant de sueur, vous en seriez attendri. Quand verronsnous l(!s gouvernements tellement organisés que le sort de l'homme rustique soit accompagné de toute la félicité que lui méritent ses travaux et sa simplicité! 11 me semble que les législateurs ne se reportent pas assez souvent dans les campagnes; embarrassés dans le mécanisme de l'administration, obsédés d'une foule de choses et de gens subsidiaires, ils perdent trop aisément de vue la base de l'édifice et la sévère économie qui peut seule l'assurer.
Le nouveau code militaire'" me paraît donner un terrible ascendant au pouvoir exécutif déjà gorgé de tant de millions ; avec de l'or à répandre et tant de grades à donner, tant de valets ou d'assassins à stipendier, (pielles alfreuses modifications ne pourra-t-il apporter à la plus belle constitution du monde?
Vous avez bien jugé notre pauvre v. [vicaire] et son goût dominant; nous avons découvert (pi'il n'avait point donné au maître d'école la Déclaration des droits (pie j'avais copiée pour lui èlre remise; nous avons muni celui-ci de deux exemplaires imprimés avec le commentaire, et j'ai fait la guerre à l'autre;
'' Le décret sur la discipline militaire, volé par l'Assemblée dans ses séances des i4, 1.} el i8 sepleiubn; ly'jo.
mais je n'ai obtenu ({ue de pauvres raisons en réponse des bonnes vérités (|ue je lui ai dites et qu'il lui a fallu rembourser malgré la dignité du sacerdoce "'.
Après huit jours de tonnerre, le froid est venu nous saisir; déjà il me raidit tellement les doigts, que j'ai quelque peine à conduire ma plume. Dans cette brusque alternative, comment aurez-vous trouvé de beaux jours pour la tournée que vous préméditiez? J'imagine que Lanthenas aurait saisi le moment de vous accompagner à Montpeyrou (^' s'il se fût trouvé ici à la réception de l'avis et de l'invitation que vous nous communiquez; mais je ne sais trop quelle sera sa marche uliérieurc.
Il y a ici une lettre de Brissol pour lui; je n'ai rien tenté de lui faire passer à Lyon, parce qu'il doit revenir avec notre ami et que j'ignore leur moment. Si vous étiez actuellement près de moi, ce ne serait pas au volant ou à la promenade que je vous ferais accorder vos loisirs; mais, en vous faisant partager la surveillance de la récolte, de la cave et de mille préparations champêtres, je vous ferais faire le noviciat de votre vie future. Puissiez-vous découvrir une retraite charmante où vous établissiez en paix votre tabernacle, près des amis qu'il serait si doux de réunir, et non loin de ceux qui, déjà fixés, voudraient du moins pouvoir aisément être visités et vous aller voir euxmêmes.
Nous avons reçu dernièrement une petite mauvaise brochure de vieille date, en réponse à notre adresse Aux nmis de la vérité, dont elle est une grossière critique, assaisonnée de mensonges impudents, de sottises de différents genres, le tout anonyme, comme de raison, ou pseudonyme, pour mieux dire, car il y a un nom fabriqué en l'air *^'. C'est une de ces productions calomnieuses qu'on n'a pas même de mérite à dédaigner, quoiqu'elles puissent abuser peut-être (juel([ues sots comme il y en a tant. Brissot paraît avoir profité de ce ([ue vous lui avez mar([ué de l'engourdissement de Lyon; il a fait un article où il le relève, en donnant un coup de Jarnac à Imbert f*'.
'*' Ces deux derniers mots ont été bifFés ''' Lettre à M. Rolmid, ci-devant de La
sur l'autographe. Plnt'ière, sur son opuscule inlilidé: Aux amis
'"' Monlpey roux, abbaye cominendalaire de la vérité, pur Uiliirion Simplice léro,
de Cisterciens, en Auvergne. de3,ooo livres Lyon, 10 301111790, in-8", 8 pages (Bibl.
de revenu [France ccclès. de i 786, p. 333), de Lyon, fonds Cosle, n" 16947).
dont Lanthenas, Brissol et les Roland pro- '*' C'est Tartide du Patriote français du
jetaient l'acquisition avec Bancal. 6 octobre 1790 : rfLyon. — Des voyageui-s
Depuis que vous nous avez (juittés, j'ai pris pour lecture le procès-verbal des Electeurs de 89 '"; j'aime à me retracer ces grandes scènes, ces moments sublimes et solennels où tout un peuple indigné brise ses fers et reprend ses droits; j'aime à voir, dans les noms de ceux qui se sont généreusement dévoués à cette terrible époque, le nom d'un ami qui nous est devenu si cher; c'est ajouter au grand intérêt d'une superbe histoire l'intérêt touchant d'un sentiment particulier; c'est réunir au patriotisme qui généralise, élève les affections, le charme de l'amitié qui les embellit toutes et les perfectionne encore.
(l'est ainsi que vous nous préparerez, dans les lectures du temps, si la seconde législature vous emploie, le dédommagement à la distance où il vous tiendrait de nous. Le voyage d'Angleterre'"^' me semble très bien vu dans ces circonstances, surtout avec des oreilles assez exercées à la langue du pays pour bien entendre les discussions du Parlement. J'ai vu quelque part que l'Opéra de Londres a donné dernièrement une représentation de la Fédération française au Champ-de-Mars; c'étaient des bravos sans fin et un enthousiasme inexprimable dans les spectateurs; des députés d'une société de Bretagne à celle de la Révolution de Londres f-^' y étaient présents et furent accueillis, fêtés en frères, en hommes libres, par des hommes qui se connaissent en liberté.
Je l'avais bien prévu, nos amis arrivent; les juges de Lyon ne sont pas merveilleux, et il me semble qu'on croit avoir moins gagné à les faire qu'à les
iiislniiUs [lire Haiical nt Lantlienasj, qui oui fail (|iielquo séjour dans relie \illc, nous iiinnjupnt que rarislocralie y a jclô le masque . . . Elle ne met plus de bornes à ses esjiéi-ancos criminelles; elle yesl encore cnliTlenue par un lionune dévoué au ministère, inlrigant profond, par un sieur Imbert, déjà dénoncé dans ces feuilles, etc. 1 L'éditeur de 1 83.5 a imprimé Joubert, C'est une faute évidente de lecture. L'adversaire dont parle Madame Roland et que dénonce iSrissot est l'ancien éclicvin de F^yon , Imljert-Coloiuès (voir lettre du 37 octobre 1789), (jui fui en elfel, en 1790, le xrai chef du parti royaliste dans cette ville.
''' Le (T pi-ocès-verbal des séances et délibérations de rassenibliH» (générale des électeurs de Paris, etc. ^i, i-édigé par Itailly cl Duveyrier, venait de paraître, 3 volumes in-19.
'*' Hancid, comme ou \n le \oir, se préparait à aller faire un séjour en Angleterre, auprès de ses amis les quakers révolulionnaires, pour lesquels d était d'ailleui-s muni de lettres de reconmiandation de Brissol.
' '' Voir sur cette Société de la liévulutioa , qui s'était fondée à Londres, Tourneux, 9o38; et, sur les rapports de ikncal avec elle, Mège, p. 89.
ôlcr de la municipalité dont on a pris le maire elle procureur de la commune"'. Vous aurez, je crois, quelques plaintes à adresser à Lamétrie'-' qui a montré votre lettre à un député de Lyon, lequel vous a dénoncé à la société des Amis de la Constitution de cette ville; mais c'est à Lanthenas, qui s'est trouvé présent et qui a fait sentir la justesse de vos observations, à vous raconter l'aventure. Je lui remets la |)lume après vous avoir réitéré le tendre attachement de vos bons amis.
i5 oclohre i 79(1.
Nous ''^' arrivons, mon cher ami, et je me hâte de proliter du premier courrier ])our vous conuMuniquer quelque chose de noire séjotu' à Lyon. Une des choses qui peut vous taire le plus de plaisir, c'est d'apprendre que le mémoire du quartier de Pierre-Scize est imprimé. On l'avait adressé seulenienl h M. l51ot; mais, comiiio la chose publique ne doit pas tenir à un seul homme, et moins encore l'afFaire dont il s'agit, à celui-là, nous en avons l'ait adresser plus directement à l'Assamhlée nationale el aux dépuU's patriotes. Nous en avons nous-mêmes adressé à divers memhi-es, aux journalistes et à la sociélé des AiTiis de la liberté de la |)resse, avec les recommandations que je vous laisse à imaginer. Nous avons pressé le miiuix ((u'il nous a été possible, poui' que l'occasion de celte alTaire soit saisie pour atlireil'attention la plus sérieuse des patriotes sur la ville de Lyon, faire sortir les troupes qui y sont (!t les renvoyer aux frontières. Puissent nos peines fructifier, c'est la seule récompense ipic je désire !
Ma dernière vous accompagnait la réponse de Lamétrie. Je vous ai dit combien j'avais été douloureusement alTecté de n'y trouver que des nouvelles de gazettes'*' et pas un mot de l'usage qu'il avait fait de votre lettre pour le bien de la cho:e publique. Je fus bien étonné, avant-hier, à la société des Amis de la constitution de Lyon, de reconnaître, dans la plainte qu'y fit le président (il semblait au nom des députés de Lyon) que des niendjres de cette sociélé les avaient grièvement inculpés d'impatriolisme , que c'était votre lettre qui donnait lieu à celle plainte qui d'abord fut accueillie favorablement. Le président profita de ces premiers mouvements pour proposer d'entendre la lecture de la lettre qu'on lui avait écrite. Il y était dit, après les premières plaintes, i[u'un M. Desissarls. se disant avoir vu beau-
<') Voir Uahl, 387-989. — Palcrne de Sa\y, maire, Dupnis, procureur de la commune, avaient été élus paniii les six juges du tribunal de district.
'"' Antoine do La Métliorie-Sorb'er (1 700i8o4) était député de Màcon à la Constituante. Son frère aîné, Jean-(llaude de La Mélherie, géologue et minéralogiste (i7'i3- 1817), dirigeait depuis 1786 le Joiivmil de phijsiquc cl éttiil foi't lié avec lîosc. (l'est du
député que jiarle ici Madame Roland. — Lanthenas écrivait à Bosc, le aS se])tembre 1 7()0 (coll. Morrison) : «Nous [ Bancal et lui J avons écrit à Lamétrie, le député, une très longue lettre sur Lyon. Tâchez de le voir el pressez les journalistes de tonner en profitant des lumières importantes que nous avons recueillies. . . -
'■^' Lanthenas prend la pliunc.
'"' Voir laleltrc 381, note.
ANNEE 17yO. 177
coup (le membres de ia société, etc. . en passant par Ta on , avait écrit à un membre de i'Ass<Mnblée nationale une lettre qu'ils avaient sous les yeux, remplie de patriotisme, mais dont ils ne pouvaient que se plaindre infiniment; que, dans un paragraphe de celle lettre, les de'putés de Lyon y étaient injustement outragés; et le paragraphe suivait. C'était celui que xous commenciez en disant qu'il n'y avait rien à espérer des députés de Lyon à qui il ne tenait pas que lem- patrie fùl entièrement asservie, puisqu'ils n'avaient pas rougi de faire \oter des remerciements à une municipaUté qui avait trois fois usurpé le pouvoii' législatif. Les excuses sui\aipnt; on prétendait que, quand les éloges avaient été volés, la municipalité ne s'était pas encore rendue coupable et qu'ensuite, s'ils n'avaient fait entendre aucune réclamation sur les choses qui se passaient ii Lyon, ce dont on gémissait, c'est que des membres du corps législatif ne doivent réclamer sur rien, quand les ci'oyens ne se plaignent pas. J'ai senti que tout cela et le discours du président tendait à faire voter <|uelque lettre de //rtg-onimc, j'en étais indigné;- et quoique d'abord, comme je vous l'ai dit, ou parût disposé il en entendre sans aucune |)eine la proposition , j'ai ramené les esprits à considérer les événement où l'on trouve h inculper les députés de Lyon sous leur vrai point de vue. J'ai ensuite démontré que ces députés se défendaient par un fait et un principe également faux. Toute l'assembh-e s'est déclarée pour mon avis, et je dois au président, ([ui est un sincère patriote, qu'il n'a pas insish; sur ce que l'amitié paraissait lui avoir fait dire. Après la séance, il m'a dit cependant que, des quatre députés, il était convaincu du patriotisme de Périsse et de .Vlilanois, députés de Lyon'''. On a an-été seulement que l'on coiTCspoudrait avec les députés de Lyon toatcii les fois qu'il arriverait dans celle ville des événements remarquables et qu'on s'adresserait à eux [lour les ])étiti(ms que celte société se ju-opose enliii de faire ou de provoipier pour n-tablir le patriotisme dans leur nialhetn-euse ville.
("est un sujet sur lequel je me suis permis encore de jwHer, elj'ai été vivement applaudi par les patriotes chauds ipie cela m'a fait connaître. J'ai fait voir l'utilité qu'il y aurail à établir une communication fraternelle et suivie entre eux et les sociétés qui se forment, il (larall. avec assez d'activité dans les sections.
J'ai encore éciiauffi' les esprits sur les trois objets de notre adresse à l'Assemblée nationale; on a mis à l'ordre du jour, pour la s<!ance prochaine, de s'en occujier; les membres ont été invités a en prendre lectui-e et ;i lire mon ouvrage, ]«iur déterminer ce que la socif'té fera pour appuyer les mêmes points près de l'.issemblée nationale.
Voilà, mou cher ami. à peu près où nous avons laissé la ville de Lyon. Si M. l'igott y ai-rixe bientôt, connue je l'espère, je poinrais encoi'c j aller faire une mission. Je vous confirme ce que je vous ai dit que vous de\rie)! faire faire à votre société des Amis de la
'' Pelisse du Luc (1738-18. .). — Les Millanois (Jean-Jacques) était, avant la
auteurs du Cntiilogue des Lijomutls dignes de Révolution, ancien premier avocat du Roi
mi'moire disent (ju'il mourut rvictime de la en la sénéchaussée, membre de l'Académie
Terreur après le siège de Lyon ". ( >r, d'après de L) on ( 1 777 ). A la lin de son mandat de
le Ihctiniuwire des Pnrieinentaires , il fut (ion.sliliiant il i-enti-a à Lyon, y resta un des
nonmié, le qi germinal an viu, conseiller chefs du parti nnxléré et \ fut guillotiné le
de préfecture du llliône. ô détembre ijtj^.
LCTTHES DE NAUIVI! nULtNU. M. lU
INfaiULHIL MIIU>AIL.
LETTRES DE MADAME liOLAND.
conslilulion dn Clerniont pour notre adrcsne. Si plie écrivait en ce moment à celle de Lyon une lettre bien animée, cela viendrait bien à propos.
J'ai reçu enfin des lettres de M. Viaud ''' et de l'abbé d'Anjou '*'. Le premier est ceslé ù Paris nn mois de phis, parce qu'il a vu que, malgré ce que l'abbé Gournan*'' avait promis, s'il parlait, tout était dissons. Il a soutenu par sa constance et son zèle les faibles commencements de notre entreprise, et il me donne quelques espérances d'un nou>eau choix d'un président, qui sera probablement M. Peslel '*', dont la constance s'est maintenue,
''' Voir le Patriote fnmçnix du i h juillet 1790. On y annonce qu'une réunion se tiendra chez M. Viaud, avocat, rue Hauteléuille, 99, à laquelle sont conviés tries puînés et les fils de famille des pays de droit écrit". — Ibid., 20 juillet : crLa Société des Amis de l'union et de l'égalité dans les familles, dont la première assemblée .s'est formée le 1 6 courant chez Viaud , avocat, s'est ajournée à mercredi 9i , dans la salle particulière au Lycée, au couvent des Cordelicrs, faubourg Sainl-(îermain. On y fera une seconde lecture de l'adresse à l'Assemblé nationale, proposée
par F. Lantlienas i-. — Viaud faisait
partie de la Société des Jacobins (Aulard, Jacobins, t. I, p. lxxvi). C'est probablement le même personnage (jue Viaud de Belair (Pierre-Jac([ues- Calixte), lySy- 1827, qui fut en 1798 et 179'! procureursyndic, puis agent national du district de ChAteauneuf( Maine-et-Loire), et qui, après la Révolution, re\int s'établir à Paris où il devint irun pilier d'Alhénéei. — Voir sur lui Célestin Port, Dicl. historique de Maineet-Loire, et Catalogue Ckararay de ]86:>., p. 219.
'"' Lanthenas écrivait à Bancal , le 16 juin 1790 (ms. 9534, fol.aBi-g.'Ja) : (tUn certain abbé Danjou des Molières est ici extrêmement chaud pour les cadets. Je le vois, et nous voulons suivre cette affaire." Le personnage s'appelait, en réalité. Danjou de Cypierre (Jean -Pierre -André), né le
G mars 1785 à la Tour-d'Aygues (Vaucluse), mort à Paris en 1818. Il ap|)artenait à la congrégation de l'Oratoire. Après avoir fait campagne avec Lanthenas pour "les cadets" , il ouvrit, en décembre 1790, des "Assemblées pour rinstruclion civique du peuple», rue Mondélour(Tuetey. t. III, 588); prit plusieurs fois la parole aux Jacobins en 1791 ( Aulard , ibid. , t. II , p. -i 1 9 ; t. III , p. 556, 56 1 ) , fut membre de la coninuuic révolutionnaire du 10 août, puis coniMiissaire du pouvoir exécutif, puis administrateur de la commune de Paris en 1793 (Aulard, ibid., 1. 1, p. xliv; Alnuinach mil. de 1793, p. 358, 389, 39/1). .Nous le retrouverons plus tard parmi les orateurs des théophilantbropes ( ('atal. Charavay de 1 86a, p. 134).
Voir encore sur lui Bcaulieu, t. IV, p. ii4, et les Nouvelles politiques des 9 4 août et 2 octobre 1793.
''■ L'abbé Antoine de Cournand (1747- 1 8 1 4 ) , professeur de litlératui'e fi-ançaise au (JoUège de P'rance. "Il avait donné dans la Révolution àplein collier, dit la Biographie Habbe , au point d'y prendre femme et d"y laisser le froc. " — Il faisait partie de la société des Jacobins (Aulard, 1. 1, p. \lhi). 11 fut membre de la commission administrative qui remplaça le Directoire du département de Paris en septembre 1792.
''' Pestel, — probablement un compatriote de Bancal, car c'est un nom de Clermout.
et d"iin cliançcnient de local pour les séances, qui se tiendront aux Au[justius. JVspère que, dans votre \oya{fe de Paris, ce sera bien la chose que vous vous empresserez de suivre et d'encouraffer avec le plus d'ardeur. Faites, en attendant, chez vous ce (jue vous pourrez pour y concourir.
Je suis très sensible au regret que vous me ténioig-nez que je ne sois pas avec vous. J'aurais certainement eu beaucoup de plaisir h faire la connaissance de voire famille. Cela se pourra peut-être mieux dans une autre occasion. En attendant, si vous lui parlez de moi , veuillez bien lui témoigner tout mon empressement pour les personnes qui vous sont chères.
Je viens de recevoir une lettre de notre ami Brissot qui répond à trois des miennes. H a (juplque crainte sur les environs d'une ville aussi aristocrate que celle de Lyon, parce que, dit-il , le genre de son existence la rendra nécessairement telle longtemps ; il est empressé de connaître ce que vous pourrez lui dire d'ultérieur de Montpeyrou. Si M. Pigott arrive , comme je l'attends, il sera sans <loule empressé de faire des oiTres sur quelque chose. Faudra-t-il que je le presse sur Saviny '''"? C'est encore, de ce que j'ai vu, le lieu qui me semble le plus digne et le plus convenable. Brissot s'excuse ensuite sur l'article Monarque que nous avions blâmé'*'. Il promet d'exphquer mieux son idée qui est, à peu près, que nous ne saurions de longtemps nous passer de lois fortement coercitives. — J'ai reuq)li tant ipie j'ai pu le papier; il ne peut suppléer nos converealions. Faites-le servir, cependant, le [dus que vous pourrez ii nous entretenir. Salut.
A>ant de fermer ce que nous vous adressons aujourd'hui, mon cher ami, je reçois votre lettre du 9, et j'ajoute encore une feuUle pour y répondre. Vous me dites que votre société des .\mis de la constitution avait reçu notre adresse de Paris. L'a-t-elle reçue avec la lettre circulaire ((ue vous vous rappelez sans doute et que nous avons fait imprimer pour en accompagner l'envoi? Est-ce ensuite par la voie du club des Amis de la constitution de Paris que le paquet lui est parvenu? Je voudrais (jue vous vous donnassiez la peine d'éclaireir ces faits, et voici pounpioi. L'on m'écrit que de i.5() clubs alFdiés pour lesquels notre société des Am. de l'un, et de l'ég. d. I. f. [Amis de l'union et l'égalité de la famille { avait remis des exemplaires de l'adi-esse et de la lettre circulaire, deux seulement ont accusé réception , celui de Toulouse et celui de Versailles , et les expéditions ont dû être faites (in août.
La société des Amis de la constitution de Lyon n'a jwint reçu son paquet, et je crains t[ue les cadetK n'aient eu quelques ennemis secreLs qui aient détourné la |)his grande partie de nos expé<lition8. L'abbé d'Anjou ne comprend rien ;i la torpein- générale dans une cause aussi intéressiuite pour tant de milliers d'individus et si importante pour asuui-er notre
>ik-
, ' Il s'agit de Savigny, grosse abbaye '*' L'article du Patriote du ai sep
de Bénédictins, à (piatre lieues au sud du tembre 1790, où Brissot disait : "Je hais la
Clos (aujourd'hui du canton de l'ArbresIe), royauté..., j'adore le gouvernement ré-
dout. ainsi qu'on le verra plus loin, Bo- publicain, mais je ne crois pas les Français
land proposait rac(|uisition. encore dignes de ce saint régime. . . 1
Jiberié. H a eu des doutes, comme moi, de trahison: mais il n'en a pas davantage de preuves.
J'écrirai à D. ''' de vous faire passer quelques exemplaires de notre adresse. Je ne vous fais pas passer la dernière de Brissot, pour ne pas grossir le pacjuet. 11 mérite bien, comme vous dites, qu'on lui pardonne sonl aconisme. Je sais cependant bien qu'il sérail désirable qu'il s'étendît davantage sur sa manière de juger l'établissement cpie nous désirons former : je ne sais point s'il a quelque capital dont il puisse acluellemenl disposer, et la séparation de tous intérêts, comme vous le proposiez dans voire plan, me semblait peut-être ne pas être entièrement convenable par rapport h lui. Je suis bien de votre avis sur ce que vous dites des habitations, et je crois qu'il me serait très facile de ni'accommoder de ce que vous trouvez qui devrait suflire, si j'étais surtout animé par l'exemple (|ue je recevrais ou celui que j'aurais à donner, (juant aux missions, je pense aussi qu'on les ferait Ijeaucoup mieux si l'on était deux. On se soutient mutuellement, et alors les préjugés qu'il faut vainci'e coûteraient beaucoup moins à mépriser pour ceux qui y auraient quelque peine.
Nous sommes revenus de Lyon avec M. R[oland ] presque entièrement à pied. Nous avons catéchisé beaucoup en route , et ce mode de voyage , si bon dans tous les temps , nous a paru surtout admii'able, plein de jouissances, sous le régime de la liberté.
Je vous endjrasse, mon cher ami, de nouveau. Je laisse le reste de cette feuille à nos amis qui auront quelque chose aussi à vous dire.
(Juelquo chose'-' ! je le crois; n'en a-l-on jiiis toujours l)Pauconp à dire à ses amis, sans avoir toujours le loisir de l'exprimer? Assurément, nous ne pouvions nous méprendre sur votre sensibilité, sa manifestation ne saurait consister dans les paroles au moment d'un départ si précipité; mais nos âmes sont faites pour s'entendre, puiscju'elles ont su s'apprécier. Vous nous décrivez votre excursion sur le Puy de Dôme d'une manière bien attachante; elle est une nouvelle preuve (jue le temps comme la distance se mesure moins par l'étendue ou la durée que par la nature des objets ou la force des affections qui en remplissent l'espace.
J'espère que votre comparaison mélancolique n'aura pas toute la justesse qu'elle paraît renfermer, et que, en dépit de tant d'obstacles, notre liberté sera triomphante sans toutes ces horreurs de trahison, de misère, de découragement et de mort dont la force des orages vous présentait l'emblème. On ne peut les braver plus courageusement que vous avez fait, et quand on affronte ainsi la tempête, on mérite de la vamcre, on doit la voir cesser. L'élévation de votre superbe montagne est l'image de celle où se portent enfin les grandes
''' D'Antic. — Lanthcnas ne s'est pas encore habitué à dire irRosc. — '"' Madame Roland reprend la plume.
;unes an milieu des agitations politiques et du bouleversement des passions. Adieu, notre sincère affection vous accompagnera partout. J'écris à Bosc de vous envover la lettre de Dubois de Grencé*". Nous vous embrassons.
[À BOSC, À paris'"'.]
i3 octobre 1790 , — du Cloi.
Le seul mot que vous avez joint à votre dernière expédition m'afflige et m'iiKjuiète : je vois que votre situation est changée, ou que votre sort futur ne vous présente plus la même perspective'''. Expliquezvous un peu davantage avec de bons amis; ce n'est pas à demi qu'on désire savoir ce qui intéresse ceux à qui l'on est attaché; je veux connaître ce (|ue nous avons à partager de vos peines comme de votre satislaction.
Mon bon ami est à Lyon avec Lanthenas; plusieurs lettres pour celui-ci les attendent; ils ne m'ont point donné de leurs nouvelles, comme j'avais imaginé, ce qui me fait croire à leur prochain retour.
Je suis fort occupée de nos vendanges, trop pour entreprendre avec vous une longue causerie; d'ailleurs, je ne vois pas assez clair dans vos dispositions pour juger si elle tomberait bien à propos, et vous me paraissez n'avoir pas vous-même de temps de reste.
N'oubliez pas la bonne amitié, toujours douce à goûter au milieu des traverses de la vie, donnez-nous de vos nouvelles; je vous embrasse de tout mou cœur.
■'' 11 s'agit de la -I^eUre de Dubois- ''' Le décret du 9 juiIlet-8 août 1790
Cranri' à ses comniellants ou romj)te rendu avait supprim»; «les de'penses relatives aux
des Iravaux, des daiigei-s et des ohsiacles employés et bureaux de i"Intendance des
de l'Assemblée nationale, depuis l'ouverlui-e poste» î-, et Bosc avait dû sans doute échan-
d(»s Klats généraux, du 97 avril 1789 au ger son emploi de secn'Iaire de l'Intendance
1" «(d'il 179011. Paris, Baudoin. 1790, pour un poste inférieur dans la même adnn'-
in-8". nistration, jiisipi'au jour où, en 1791, il
'•' (lollerlion Alfred Morrison, -x folios. en redevint un des cbefs.
Nos amis viennont d'arriver; ils s'empressent de faire pour Biissol une expédition que relui-ci réclame, que je joins ici avec prière de la lui faire passer aussitôt.
On a fait à Lyon des juges assez médiocres, mais on a ôté de la uiiinicipalité le maire et le procureur de la commune qui n'y faisaient pas bien et qu'on imagine être mieux placés à l'ordre judiciaire.
Pour moi, j'estime que des hommes peu amis de la Constitution ne devraient être employés nulle part; il est vrai qu'à Lyon il est l'orl difficile d'en trouver d'autres que de ceux-là.
Envoyez à notre ami Bancal un exemplaire de la Lettre (le Dubois Cruncé à nés commettants.
[À BANCAL, À CLERMONT'')
Le a 6 octobre 90, — du Clos Laplatièro.
Je me fais une fêle de vous écrire, bon ami, et le plaisir de vous donner queU|ucs instants me fait prendre la plume avec un empressement singulier. (]e n'est pas (|ue j'aie à vous rendre, on échange de vos intéressantes descriptions, de vos charmants voyages, des nouvelles piquantes ou des récits attachants. Vous connaissez notre ermitage et nos habitudes journalières; la vie des solitaires ressemble au\ champs qu'ils habitent, les [)remières dispositions (le la nature y demeurent toujours les mêmes, les nuances seules varient comme les saisons et présentent tour à tour un aspect riant ou mélancolique.
Tandis que vous promenez vos regards sur les scènes opposées de vos magnifiques campagnes et du monde tumultueux-, que vous nourrissez votre sensibihté des affections vives, des vérités tranchantes (?) que ce contraste fait naître ou ressortir, nous tournons constamment dans le cercle modeste que vous avez parcouru avec nous durant quelques moments et où nous retrouvons toujours les sentiments qui nous ont liés pour jamais.
V^ous aurez reçu deux fois de nos lettres depuis la vôtre du 1 (î ; vos détails
'■' Lettres» Punirai, p. 100; — nis. 9534, fol. ôô-S^.
AANKK 171)0. , 183
sur Beaurogard''' et Monlpeyroiix ont fait écrire Lanthenas à Brissot ot à M. Pigolt. . . Co (lornior vieni d'arriver à Lvon et peut-être se déterminera-t-il à aller visiter ces objets. Il paraît résulter de leur comparaison que les Beauregard offriraient plus d'avantages (pie iMontpeyroux; j'avoue que si votre sociéti^ ne peut trouver à se fixer dans le département du Rliône-et-Loire , je l'aimerais mieux dans celui du Puy-de-Dôme que partout ailleurs.
Moa bon ami n'entend pas volontiers ce parti moyen; il vous regarde tous comme perdus pour nous si vous n'êtes pas nos près voisins; je ne sais si c'est de ma part confiance ou modération, mais je confesse que je ne vois pas les cboses ainsi, et j'imagine que des citoyens missionnaires, comme je vous envisage, ne craindraient pas deux journées de chemin pour venir nous visiter. J'ai même besoin de me persuader cela, car je ne vois que de bien faibles a|)parcnres pour votre établissement plus rapproché; je considère l'Auvergne comme un lieu où vous devez tenir, et j'aime à penser que son département tient à celui que nous habitons.
Nous vous avons fait part de la nouvelle conspiration f'^' au centre de laquelle nous nous trouvions placés quant au local; elle a eu quelque effet sur Lyon, et voici comment. La première découverte des enrôlements s'est faite à Valence; ji's districts de cette petite ville se sont assemblés et, après s'être procuré des renseignements certains, ils ont écrit à la garde nationale de Lyon. Cette lettre ostensible a été im|)rimée et répandue avec profusion, les Amis de la Constitution l'ont adressée à toutes les gardes nationales el: toutes les municipalités (|u'il (inl imaginé devoir préférablement instruire, et c'est sur cette annonce que Màcon, avec quelque aide de son voisinage, a fait investir le château de Biissv et saisir le ci-devant comte. Paris n'est encore pour rien là dedans. Les Lyonnais et leur garde, qui semblaient paralysés ensemble, se sont éveillés à la fois; ils se sont assemblés légalement; ils ont fait convoquer leurs assemblées primaires et ils travaillent à nommer un commandant-général, des aides-ma-
'"' Il y a plusieurs Be;iure(fard en Au- Lyon el dans ia n'jjion, \e Patriote français
vprgne. Nous croyons qu'il s'agit ici (lu cliâ- (In a6 octobre, — et Wahl, a35-936.
teau de Bcauregar(l-i'Év('(jii(; (canton de Mignot de Bussy, arr(^té à Villié en Beau-
\erlaison, à ao kilomètres de (Jiermont), jolais le 17 octobre comme soupçonne de
ancienne maison de plaisance des évoques conspiration pour enlever le roi, fut conduit
de Clermont, que Massiiion alTectionnail. à Pai-is, enfermé à !'Abl)aye et mis en liberté
'*' Voir sur cette afTaire de Mignot de |>ar un décret de l'Assemblée du 8 janvier
Bussy. qui causa beaucouj) d'émotion à i y^i. (Tuctey, I, 1 4(|3 et suiv.)
I8'i LETTRES DE MADAME ROLAND.
jors, elc... L'nristocratic. qui d'abord osait di'-biter que la lettre de Valonce était une invention de M. Roland et d'un autre patriote pour soulever le peuple, a pris la mine alionfjjée; mais les marchands font enregistn^ tous leurs commis jusqu'au dernier, pour en faire des citoyens actifs qui influent sur les élections, dette ruse est jugée; il faut espérer qu'on se tiendra en garde contre ses effets et qu'on prendra des mesures pour les prévenir. En attendant, la municipalité, toujours corrompue, a fait arrêter le récit exagéré, il est vrai, de la conspiration, et -emprisonner des colporteurs qui le débitaient; du moins en est-elle accusée dans le peuple et peut-on la présumer coupable de ce nouveau délit contre la liberté de la presse. Il est impossible que la révolution ne s'achève pas; les atteintes que ses ennemis cherchent à lui porter ne servent qu'à l'assurer.
Vous aurez vu avec douleur le peu de vigilance des patriotes de l'Assemblée pour soutenir la m«tion contre les ministres; mais, d'autre part, leur dépit d'avoir été joués paraît avoir rappelé leur vigueur. 11 n'y a que ces maudits comptes qu'on ne peut obtenir. Il me semble qu'il faudrait faire une adresse bien frappée, où l'on ferait sentir que le salut de l'empire, le succès de la Constitution et la confiance publique sont attachés au bon ordre des finances, à la responsabilité déterminée des ministres, où l'on réclamât avec la plus grande vigueur et l'énergie la plus imposante l'établissement de l'un et de l'autre. Une telle adresse, adoptée par une société des Amis de la Constitution , envoyée à toutes et présentée en leur nom à l'Assemblée nationale pourrait produire un grand effet.
Malgré les vœux des méchants, le ciel favorise la France, et le meilleur temps a présidé aux semailles, de manière qu'on peut encore espérer une bonne récolte pour l'année prochaine. Mais tout annonce l'approche de la saison rigoureuse. Les vignes commencent à se dépouiller, la tête jaunissante des bois d'Alix montre les livrées de l'automne, les brouillards s'élèvent de nos vallons silencieux, et des pluies fréquentes nous obligent de garder la maison. Nous avons repris le travail, et je n'attends qu'un jour favorable pour aller remettre Eudora au milieu des jeunes compagnes dont l'exemple lui est utile"'.
Nous tournons quelquefois les yeux vers les montagnes qui vous séparent de nous ; pour des amis éloignés, ce sont les Montagnes bleues du sauvage Américain ... Si la dislance doit se mesurer par le temps nécessaire pour rece-
'"' Eufiora Roland, après avoir élé en pension à Lyon, chez Frossard, en lySç), avait éU' confiée, en «790, an couvent de ta Visitation Sainte-Marie, à Viilefranche.
voir ri''ci|)io([ueiinMit de ses nouvelles, vous ne serez pas plus éloigné à Paris. Nos amis prêchent ici, comme vous faites sur les chemins, [et votre apostolat vaut bien à mes yeux celui des disciples de Jésus. Partout le peuple est plus près de la vérité que ne le sont les prêtres qui prétendaient l'enseigner: Lanthenas eu a fait dernièrement l'épreuve avec le petit vicaire, comme vous avec les moines, et vous avez tous deux également perdu votre temps. Réservez-le pour meilleur usage'"].
Adieu; si le courrier de jeudi n'apportait pas une de vos lettres, je m'en étonnerais et ne me défendrais pas de quelque inquiétude. Je cède la plume à votre compagnon pour terminer celte lettre, quoique le bel esprit Pope ait prétendu qu'une lettre double, ou faite à deux, devait être sotte, puisqu'elle était mariée; cette épigramme était plus digne du célibataire que de l'auteur rival d'Homère. Nous v^us embrassons IoUj corde.
J'ai lu '', mon cher ami, avec plaisir les détails que vous nous avez doiint^s sur Moiil- |)C)Toux et Beauregard. Je les avais déjà coniinuni(|Ui.'s ii M. Pigolt, mais ma lettre ne l'a point trouvé à Genève. Il vient de m'écrira de Lyon. Je lui propose aujourd'hui, s'il a doux (•he\aux, comme il l'avait dit, de venir me prendre et d'aller visiter les lieux que vous nous avez déci'its. Il serait alors bien désirable que nous vous trouvassions encore b Clermoiil. Je vous communiquerai la réponse de M. Pigott, sitôt que je l'aurai. Je le presserai de se hâter, pour ne pas vous faire languir. Je conçois combien les voyages que vous jirojelez on( d'attrait! Mais ne peusez-vous pas que votre éloignement pourra nuire à nos projets dont les faibles conmieucemenls ont besoin du concours de ceux qui sont le plus libres et qui peu\ent le plus pour les perfectionner? Il parait que M. Pigott a vu plusieurs endroits dont il se réser\e île nie parler. Mais il me semble qu'il me sera facile de le déterminer pour l'Auvergne.
J'ai envoyé dernièrement à Brissot un article pour son journal, que j'ai intitulé ainsi : Quand le peuple est mûr pour la liberlé, une nation est toujours diffne d'être libre, et j'y ai prouvé que le peuple français est nuir pour la liberté^ . Je verrais avec plaisir qu'il l'employât. Il y aurait quelque générosité, puisqu'il relève les idées dangereuses d'une de ses feuilles que nous avons tant blâmées. I>e temps est entièrement à la pluie; j'aurais autrement été faire un tour h Lyon dans ces circonstances. J'attendrai la rt'ponse de M. Pigott et je vous la communiquerai sans délai. Ménagez-vous, n'oubliez pas ce que je vous ai dit pour les cadet» , parlez-m'en et croyez-moi toujours votre ami ,
Lantiieisas.
''' IjPS lignes que nous plaçons ici entre '*' Ce qui suit est de Lanthenas.
crorhets ont été biiri'-es sur l'autographe, '"' Nous ne voyons pas que Brissot, très
probablement par Bancal ai)rè» sou retoin- hospitalier d'ailleiu's |M)ur la prose de l^ui-
aux idées religieuses. thenas, ait inséré cet article.
I8C. LRTTHKS 1)K MADAME ROLAND.
[À BANCAL, À PAHLSC.]
Lo 38 octobro 1790, — [du Clos].
Il faut bien , mon ami , (jue je fasse avec vous une petite causerie a varie, car il n'arrive plus souvent que je sois chargée de vous répondre. Cependant deux de mes épîtres vous ont été adressées à Clermont , d'où elles vous parviendront sans doute avec le temps. Je présumais qu'il était survenu quelque chose dans votre marche, ou que vous en aviez pris une nouvelle; j'avais compté huil grands jours sans rien recevoir de vous, et je n'ai pas même imaginé de chercher que cela pût être naturel autrement.
Vous voilà donc à cent lieues de nous! Mais il est telle séparation à laquelle la distance ajoute peu; quand l'une est absolue, l'autre est presque nulle. Pour des amis qui ne peuvent se parler, qu'importe quelques points de l'espace? Il n'y a d'étendue que là où ils se retrouvent.
Les grands intérêts de la chose publique oiTrent à votre activité d'excellents aliments et de dignes sujets. Il est grandement besoin, ce me semble, que les patriotes entretiennent le feu sacré; les ministres luttent toujours contre la Révolution , l'Assemblée n'ordonne point les finances ; on ne voit pas de comptes , les dépenses courent, le peuple demeure chargé, et il n'est point assez éclairé pour juger tout ce dont il faut payer la liberté; l'aristocratie voudrait le dépiter et perpétue, pour y parvenir, les désordres du trésor public. Je ne suis pas en peine de tout ce que le civisme pourra vous inspirer pour électriser les âmes, propager la saine doctrine, former l'opinion générale et déterminer par elle tout ce que sollicitent le bien de nos frères et le salut de la patrie; j'aime à vous voir au lieu où vous pouvez le plus utilement influer.
Votre voyage d'Angleterre ne me paraît plus assuré , car, s'il y avait quelque apparence de guerre, ce ne serait pas le cas de vous déplacer, pour double raison : nos législateurs auraient alors plus de besoin que jamais que les bons citoyens se ralliassent autour d'eux, et les passages ne seraient point aussi libres ou pourraient bientôt cesser de le devenir. Puisse le ciel détourner de nous ces querelles étrangères, invoquées par les ennemis delà Constitution, dans l'es-
■'' Lellres à Bancal, p. 1 07 ; — ms. 9884 , fol. ôS-Sg. — En marge : irRé.p. le 5 novembro';.
noir de la renverser! Puissé-je voir s'assurer dans mon pays un gouvernement sage, (lui, rappelant les hommesà la justice, à la l)onl(5, les rende au bonliour f|ue la nature leur avait destiné! Que ceux que j'aime savourent la félicité qu'ils auront concouru à établir, et je ne désirerai plus rien pour la mienne: j'oublierai les maux particuliers que l'ancien ordre des cboses ou le malheur des circonstances pourrait me laisser à sentir.
Je vais demain à la petite ville conduire ma chère E. [Eudora]; celte nouvelle séparation me retrace amèrement toutes les raisons qui m'ont une fois obligée à la faire, et mon cœur se déchire. Faut-il si bien connaître les charmes et les devoirs de la maternité pour être privée de sa plus douce tâche ! Qu'estce que le soin d'allaiter son enfant, en comparaison de celui de former son cœur? Le premier me fut si cher, que je l'achèterais de tout mon être et que je l'aurais payé de ma vie; pourquoi ne m'est-il pas donné de me livrer à l'autre? Il est trop vrai que, dans toutes les situations de la vie civile comme dans la grande société, même le bien apparent qui contrarie la nature est une source d'abus ou de douleurs. Les hommes ne sont pas nés pour être écrivains, mais citoyens et pères de famille avant tout; les femmes ne sont pas faites pour partager toutes les occupations des premiers; elles se doivent entièrement aux vertus, aux sollicitudes domestiques, et elles ne sauraient en être détournées sans intf'ri'sser et altérer leur bonheur. Heureuses celles dont les devoirs ne sont point contradictoires et qui ne sont pas forcées de choisir entre les sacrifices de quelques-uns d'eux ! Pour adoucir le chagrin que ranime le sujet de mon voyage , je ferai servir celui-ci à des emplettes oii vous êtes pour quelque chose, puisqu'il est question de vêtir des orphelins auxquels vous avez destiné des soulagements; je dois confesser que la volupté de faire le bien au nom de ceux que l'on chérit mérite des compensations qu'on ne peut trouver trop grandes, et puisque le destin balance aux humains le plaisir et la peine, quiconque sait aimer et peut être utile ne peut plus avoir à se plaindre.
J'ai saisi avec attendrissement ce que vous nous avez dit, et de votre excellent père, et de votre digne ami ri[arran]; j'ai compris ce que vous vouliez me répondre: j'ai tout entendu. Il est impossible, mon ami, que nous cessions jamais de nous entendre; l'imagination s'égare, la raison se trompe, et la philosophie même s'abuse ou nous abuse quelquefois, mais un cœur droit ramène toujours à la vérité, c'est sa tendance inévitable. J'arrête ici pour ajouter demain quelque chose avant d'envoyer ii la poste; il est minuit, je suis dans ce cabinet. . . où je ne pourrai bientôt plus faire des lectures solitaires comme il
m'ariivo si souvent avant de me livrer au r<!pos, car on me fait déloger pour cet hiver; je vais occuper une chambre de passage, nouvellement distribuée et assez triste; mais enfin, partout où l'on est avec soi-même, on appelle les objets dont on se plaît à s'occuper.
Je suis obsédée, je n'ai que le moment de cacheter et d'expédier avant l'heure du courrier; adieu, mille fois; ou plutôt, jamais adieu.
liP jeudi au soir a 8 oclol)ro 90.
Nous restons ébahis, notre cher ami, en recevant votre lettre de Paris. Nous vous croyions encore à conventuaUser, à monacahser, ])ar monts et par vaux; et il est certainement parti d'ici deux ou trois lettres à votre adresse à Clermont, qui n'y seront arrivées ([ue depuis votre départ. Elles contiennent les hisioires de notre petit théâtre, lesquelles, néanmoins, ne tendaient à rien moins qu'à faire danser le grand branle à tonte la nation.
On voit très bien ceux qui proposent de faire armer les campagnes; c'est vérilablemenl sur elles qu'il faut conqiter, car elles ont l'amour de la chose dans le cœur; mais il faut les instruire, les endoctriner au moral et au physique. Ils ont les bons j)rincij)es; ils ne manquent ni de bon sens, ni de courage; mais il n'y a pas d'entente; ils ne savent comment s'y prendre pour s'ordonner.
M. Pigolt est à Lyon : l'ami Lanthenas lui a écrit ])our l'engager à venir le prendre, et aller ensemble vous trouver en Auvergne. Ne voilà-t-il pas que vous en êtes à cent lieues. Vous devriez vous occuper, et ce serait merveille, de faire entendre par quelqu'un de fort discret et de très adroit, à la ci-devant dame de celtj paroisse''', que son mari n'y serait plus vu de bon œil , et qu'ils feraient bien de se défaire de ces biens pour en acheter des nalionaux auprès de Paris, etc. . . Ladite dame a mandé dernièrement qu'elle se proposait (l'acheter une petite campagne aux environs de Paris, pour y aller passer la belle saison; elle ne dit pas qu'elle veut vendre; il ne faudrait ])as non plus lui projioser d'acheter, mais lui faire entendre, etc. Nous avons fait de singuliers projets sur ces arrangements: el, je crois, par ma foi, que pour vous, pour lui, pour eux, pour nous, on ne saurait rien faire de mieux. Sa demeure est nie Neuve-des-Capuci:is, chaussée d'Anlin. Nous avons déjà songé à un excellent agent ; nous lui avons écrit en Vivarais ; mais il ne peut aller à Pai-is avant le printemps, et il faut y être. On ne peut traiter une affaire aussi délicate qu'avec beaucoup de ])rr'caulions, et en présence.
>'' Ceci doit désigner M"" de Nervo. — ciant encore avec M. de Nervo. . tr Etant
Nous avons vu (note de la lettre du iSsep- prêts à placer ailleurs, nous préférerions
lembre 1787) que M. de Nervo était -rsei- acquérir de lui, près de nous, etc. . . 1 (^n
gnnur de Theizéi. D'autre part, une lettre y voit que l'ancien seigneur de Theizé habi-
inédile de Roland à Dose (coll. Morrison) tait alors tantôt Paris, tantôt -rsa nouvelle
nous le montre, au h octobre 1791, négo- maison de campagne, à Marly-?.
On remue déjà diablement à Lyon pour les éleelions de la Saint-Martin '''; on me mande ([u'on parle de moi, et qu'à mon nom les aristocrates sont, comme on dit, des possédés sur qui l'on jette de l'eaii bénite. Nous rions de la sottise; cependant je suis très décidé à ne pas démarrer d'ici avant que les élections ne soient terminées. J'ai bien fait mou calcul, et je ne me soucie de rien : je n'en serai que plus ardent à prêcher sur les toits la bonne doctrine. On parle beaucoup du fameux Imbert pour la place de maire; mais je crois assez, le connaître pour penser qu'il ne voudrait être nommé que pour être lavé et qu'il refuserait. ()iioi qu'il en soit, je vois tant de gens intéressés à avoir là un aristocrate, que je désespère (pie celte municipalité soit jamais patriote.
Brissot n'a rien dit de ma motion '*', ni de ce qui s'en est suivi. 11 a beau dii'e, je crois «pie, sur cet article, il est fort modifié par lîlot, lequel me send)le perdre son trnq)s et devoir êlre un peu end)arrassé de sou retour.
H a plu considérablement pendant cinq ou six jours; c'est toujoui-s le vent du midi, et il lail rioux comme vers la lin de mai : la campagne est charmante.
.Vous vous embrassons de aear et d'âme.
À M. H. BANCAL, [V PAKIS ".]
i" noM'iiilm' i7'.)o, — [du f!1os].
En arrivant hier de la ville, où j'avai.s été conduire notre petite et ramasser les nouvelles, tandis que nos amis étaient ici à philosopher et jouer au volant, nous avons lu des papiers et décidé qu'il fallait écrire à Brissof.
J'ai pensé que vous seriez sans regret le porteur de cette épîtrc, et je vous In fais passer pour lui être remise avec le n° 5i du Courrier de Lyon.
J'ai trouvé Villefranche (jarni de soldats; le régiment de Guyenne \ est en garnison; on paraît en «'Ire généralement content; il me semhie aussi résulter des divers témoignages que, là comme ailleurs, les soldats aiment la IV'volulion et les oITiciers l'ancien régime. N'a-l-il pas été décidé que ce ne serait que
'' Les élections qui devaient renouveler avait faite, le 17 septembre, au Conseil
la moitié des olliciers municipaux «'t des général «le la commune «le Lyon, pour de-
nolables. mander le renvoi des régiments étrangers
Roland, qui n'était «pie notable, fut élu qui occupaient la ville depuis les troubl«'s
iijficier muiiiripal. 11 a>ail espi'-ré mieux, la des a5-a6 juillet. — el la publicité «les
place lie priKiireur de la cniuniune. ( Walil, st'ances. — Walil, p. aotj.
p. aSO-aSy. 1 *'' Lettres à Bancal, p. 1 1 A ; — ms. qï>Zti ,
'' Probablement la motion que Roland fol. Oa.
yo
dans les villes de guerre {|iie le commandant des troupes de ligne donnerait le mot de l'ordre, et que partout ailleurs ce serait celui de la garde nationale? Ce point est contesté.
l>es juges de Villefranche sont nommés : le digne M. Pezant, dont vous nous avez ouï parler, est président du tribunal; Cltasiiet''^\ député, en est membre: les autres choix paraissent aussi assez sages; ceux des juges de paix présentent partout beaucoup de difficultés.
Vous aurez reçu quelques-unes de nos précédentes qui vous tenaient au courant de nos entours. Nous demeurerons paisiblement ici jusqu'à Noël, et nous laisserons les Lyonnais ordonner leur municipalité, dans laquelle le parti aristocrate redoute terriblement de voir entrer des patriotes. [En attendant, notre curé campagnard nous débite force fagots, dont heureusement ses paroissiens se moquent'-'], et nous répandons des exemplaires de la Déclaration des droits, que l'on commence à lire. Dans mon court séjour à la ville, j'ai ou occasion de rabattre le pédantisrne d'un procureur syndic '•*' qui oubliait déjà (lue les administrateurs d'aujourd'hui ne sont que les commettants de leurs
''' L'éditeur de i8o5 a imprimé ChadeL — Gliarles-Anloine Chasscl (lyiô-iSai), coiislituant et convenlionuel , plus lard membre des Cinq-Cents, puis des Anciens, puis sénateur et comle de l'Enijure.
.Né à Villefranche, avocat à la Sénéchaussée , membre de l'Académie de Villefranche (1779), éeheviii en 178/1, nommé maire le 28 mars 1788 sur la désignation du duc d'Orléans , qui était scigneur-apanagiste du Beaujolais (Registres muiilcipavx de Villefranche), il fut d'abord l'homme de ce prince; c'est ainsi que nous le trouvons en 1789 secrétaire de la Maison ■philanthropique ([ue le duc avait l'ondée à Villelranche. — Le rôle de ce savant et laborieux légiste fut considérable à la Constituante. A la Coaventioii. il vota avec les Girondins, et, après l'attentat du •'. juin i7<)-), quitta Paris le 6 juillet, pour aller soidever Lyon contre la Convention; mais, en voyant les royalistes prendre la direction de l'iusurrection lyonnaise , il sortit de la ville dans la
nuit du 33 au ah juillet pour se retii-er en Suisse. — Dès le 1 1 juillet, sur la molion de Couthon, il avait été décrété d'arrestation, et il fut du nombre des vingt députés mis hors la loi, comme ti-aîtres à la patrie, par le décret du a8 juillet. Sa destinée a côtoyé celle des Roland. .Mais il semble qu'il n'y ait jamais eu liaison.
'*' La phrase que nous mettons entre crochets a été biffée dans l'autogiaphe ; les mots curé et paroissiens ont été particulièrement raturés, sans doute par Bancal.
•'' L'abbé Varenard, chantre du clia- ])ilre de Beaujeu. membre associé de l'Académie (le Villefranche (1779), procureursyndic (le l'Assemblée de di'partcment en 1788, s'était engagé dans la Révolution et fut nommé en 1790 j)rocureur-syndic du district de Villefranche. Ennemi des Roland . il est fort maltraité dans une lettre de Roland il Cham|)agneux du 6 juillet 1791, publiée par M. Faugèrc (I, 355 ). — Compromis dans l'insurrection lyonnaise de
concito\ eus , envers lest|uels ils auraient très mauvaise gnice de faire les importants en traitant de leurs propres affaires; j'ai diverti nos amis de ma correspondance avec ce personnage.
Je pense que le courrier d'aujourd'hui nous apportera de vos nouvelles. L'ami Lanthenas attend de celles de M. Pigolt. J'ai laissé tous les poètes italiens pour le Tacite de Davansati'''; il n'est pas permis, dans un temps de révolution, de tourner ses études d'agrément sur des objets éloignés de la chose publique ou étrangers aux sentiments qu'elle exige. Si je puis cet hiver donner quelques moments à l'anglais, ce sera pour lire l'histoire de M'"' Macauley'-'. Je ne quitterai les historiens que pour la morale de Rousseau qui convient si parfiiitement au civisme, qui est si bonne au solitaire et si chère aux âmes sensibles.
Les trois amis embrassent leur quatrième. . Que devient le sage Garran ? (
\ M. H. BANCAL, [V PARIS '
.5 no\oinlirc 1790, — du Clos Laplalièro.
Je ne sais connue vont les courriers, mais vous auriez dû recevoir trois lettres de nous au lieu d'une renvoyée par Clermont, et les vôtres nous paraissent séparées par de biens longs intervalles. Il est vrai que les solitaires me-
1 793 . (li'cnUé darroslation par la Gorivcnlion le 19 avril (P. \.C., la cl ad août), il lui guillotine ii Lyon.
'"' Bernaiil Davanzali Bosliclii (i5-uji()o6), litléralt'ur flnrontiii. Une nouvelle é<lition fie sa Iradiiction de 'facile vpnail de |)arailre(!790, 3 vol. in-4°).
'■ Catherine Saw bridge , niistress Macauley (i7;}.3-i7(ji), avail piiblit^ uni- llislnive d'Angklerre depuis l'avinemenl de Jacques l" juit/u'a l'éléralioii de la mnhnn de lliuiorre, 8 vol. in-8", I7(i3-i78.3, et (uic llislnire d'Angleterre depuis la llérolution jusqu'au temps présent , 1778, in-i". — lirissot, i|iii
l'avait connu à Londres (voir ses Mémoires, n. a-!8--!34), professait pour elle une vive admiration. Il semble que l'ouvrage dont parle ici Madame Roland soit un abrogé des |)réciMenl8. Le Patriote français du ) 1 octobre 1791 annonce une «Histoire d'Angleterre depuis l'avènement de Jacques l" jusqu'à la Révolution (de i()88), par Catlierine Macauloy Ciraham, traduite en français ]>ar Mirabeau, 3 vol. in-S"". Madame Roland reviendra souvent à cette lecture, d'une inspiration toute républicaine.
'*' Lettres à Bancal, p. 1 1 7 ; — nis. 96 3 4 , fol. t)3-6/i.
surent le temps d'une autre manière qu'on ne peut le faire dans les villes et surtout à Paris; je crois cependant qu'en cela, comme en tant d'autres choses, nous ne différons pas beaucoup. Mon bon ami vous a copié, ci-joint, une lettre que nous avons reçue en même temps que votre dernière et dont les observations lui ont paru mériter quelque attention; elle est d'un homme versé dans les affaires; il voit peut-être en noir, mais bien des [jens peuvent voir ainsi, et dès lors leur sentiment doit être compté pour quelque chose dans l'ordre public. Nous livrons ces réflexions à votre patriotisme pour en user comme 11 vous paraîtra sage et en aiguiser l'activité, la vigilance de nos meilleurs députés. On n'aperçoit pas parmi eux de tète financière, dans la grande et bonne acception du mot; ces comptes tant désirés ne se |)ublient toujours point, et personne n'insiste sur cet article avec la vigueur et la suite nécessaires. Enfin l'économie, ce puissant, cet unique moven de soutenir l'état ébranlé, n'est pas l'objet des opérations et de la prévoyance de notre Assemblée. Echauffez les esprits sur ce point, et faites envisager que, dans les espérances qui se sont répandues parmi le peuple, l'augmentation des impôts, sans l'assurance d'un régime sévère et de l'extinction de la dette, serait capable de produire des effets funestes à la Révolution.
V ous nous avez mandé des choses consolantes s.ir la force du parti patriotique , l'état de splendeur des Jacobins et la désertion du Club de Sg ; vous ne sauriez imaginer combien ces bonnes nouvelles nous restaurent et nous font de bien.
Lanthenas est encore avec nous; il ne vous écrit point aujourd'hui, il est de mauvaise humeur contre Paris et les journahstes. Tournon", qui se plaint
''' Sur Tournon, rédacteur (avant Lousliilol) (les qiiin/.e premiers numéros dos Réeoluliom de Paris (jiie l'éditeur Prudhomme avait commencé à publier le 1 7 jiiilol 1789, et sur les divorses feuilles, que Tournon, api'ès sa séparation d'avec Prudhomnie, fonda snccessivenient [Révolutions (le Paris , Révolutions de Paris et de l'Europe, Héviilutioiis de l'Europe, elc. . .), \nir Halin, lUhlioljrapIlic , p. 1/17-1. ")o; Tiioley, Toiiineux , passlm.
Il semble ipie Tournon . à la dale où écrit Madanic Roland, eiil été éliminé de son
dernier journal par les Robert et cliercbûl ii créer une nouvelle feuille.
Antoine Tournon était Lyonnais. H faisait partie du Club des Jacobins et demeurait rni^ (îuénégaud, n" -'.a. Il travailla ensuite, en 1791, au Mercure universel, où il faisait rfl'article de la Convention , sans aucune réllexion'-. Emprisonné sous la Terreur, il lui iinpli([i)é dans la conspiration des prisons ou du Luxembourg^, et fut jjfuilloliné dans la Iroisième fournée, le aa messidor an u. 10 juillet 179^ (Wallon, Trib. rér., p. /i/ii. '1/18).
de n'avoir pas do correspondant à Lyon, a reçu de lui plusieurs lettres sur celte ville et il n'a seulement pas donné signe de vie; on ignorerait que les objets lui fussent parvenus, si^Pethion"', sous le couvert duquel ils étaient adressés, n'eût trouvé, tout dépuli' qu'il soit, le temps de répondre et d'instruire do leur destination.
Lanihenas a aussi écrit plusieurs fois à Blot en lui envoyant divers articles dont aucun n'a encore paru. Ce n'est que d'hier qu'il a eu des nouvelles de M. Pigott, franc original, qui ne répond seulement pas à tous les détails qui lui avaient été communiqués sur l'Auvergne et les Beauregard, et la proposition d'aller les visiter. Il mande qu'il a vu plusieurs biens ecclésiastiques dont aucun ne l'a satisfait, et qu'il croit (pi'il vaudrait mieux chercher une propriété dcparliculier: puis il engage Lanthenas à venir le trouver à Lyon pour y servir le patriotisme dans la société des Amis de la Constitution. En vérité , je ne pense pas qu'avec cet inconstant pythagoricien vous fassiez jamais rien, à moins qu'on ne trouve un objet qui, le séduisant d'abord, l'entraîne sur-le-champ : s'il n'est ainsi pris suhilo, il cherchera toute sa vie et ne bâtira que des projets.
Voici le temps des élections à Lyon , on y parle beaucoup de notre ami ; adver- .saires et autres en font grand bruit, par des motifs très différents. Lanthenas met une sorte de délicatesse à s'y montrer dans cette circonstance pour ne pas donner prétexte à des suppositions de recherches ou de cabales. Notre ami lui a proposé d'aller visiterun prieuré prèsdo Villefranche'-' et cpielques domaines nationaux; les choses en sont là, et je ne vois pas encore que les éléments de votre société soient crochus comme ceux des tourbillons de Descartes, do manière ((u'ils peuvent s'agiter longtemps avant de se réunir «t de former un monde.
Je n'aime pas que vous vous plongiez dans la mélancolie, c'est une mauvaise disposition pour le voyage do Londres dont le climat vous en inspirera bien assez dans cette saison. Vous trouverez celte grande ville toute enveloppée de brouillards et de fumées; ce n'est pas le temps des beaux gazons et de la parure de ces jardins charmants où l'on peut se livrer à la douce rêverie ou
'' C'est la prpmière fois que Pelioii ap|>ii- roman, sur la coniinunc de Déiiicc, près
rail dans la corresijondance. Sa liaison avcf Villefranclie. H y a là-dessus, aums. 9534,
son cnni|inlri(pl<' Hrissol explique ses rola- fol. 9.38--141, une lonjfiic et inliîressantc
(ions avec Lanthenas. lettre de Lanti:enas à ikincal, du 9 no-
'' Roland et Liuilhnias allèrent en ell'i-t , \enibre. Nous avons déjà dit (|u'aui-un de
trois joui-saprès, visiter le jn-ieui-é de Monl- ces projets n'aboutit.
LtTTncs ut mumc noLt>D.
s'élever aux méditations sublimes. Le Parlement et les spectacles, la politique et les mœurs, voilà les objets sévères que vous pourrez observer et suivre, sans les distractions aimables que l'observation d'une nature nouvelle et toucbante vous aurait fournies dans une saison plus heureuse. Emportez donc avec vous un peu del brio francese ; ce n'est pas une exhortation qu'on eût eu à faire autrefois aux hommes de notre nation , toujours bien prémunis contre les influences du spleen; mais avant même notre Révolution vous étiez trop différent d'eux pour n'être pas digne des Anglais; il sufïit, pour la gloire, d'être devenu pins libre (ju'eux, et il ne faut pas, pour le bonheur, renchérir sur leur mélancolie. Au reste, j'imagine que vous aurez des lettres qui vous mettront à même de voir la société; ce n'est pas un article à négliger, et il doit vous procurer des plaisirs. Lorsque je suis allée dans ce pays, nous n'avons eu que le temps de visiter le matériel et de considérer les surfaces. J'ai plutôt appliqué alors les idées ([ue j'avais du gouvernement et des hommes, que je n'en ai beaucoup acquis. Avec plus de loisir, vous devez mieux faire que nous, et j'espère que votre voyage, par les communications que vous voudrez bien nous faire, complétera le nôtre. Faites-moi connaître les Anglaises, dont je n'ai vu que l'extérieur aimable et décent, ([ui promet un cœur sensd)le auquel elles ont la réputation de joindre un jugement exquis et un esprit cultivé. Lanthenas parlait l'autre jour d'Anglaises qu'il a vues à Paris, que vous et M. Garran devez connaître et qui pourront peut-être vous procurer des relations agréables <''. Si vous vous arrêtez à Amiens, (juc nous avons habité, vous pourriez y voir de nos amis (|ui le sont aussi devenus de Bosc'^'. On m'avertit «[u'il est 1 1 heures, qu'il faut partir pour mettre cette lettre à la poste, et je la termine par les embrassements de la bonne amitié qui vous est vouée à jamais parmi nous.
Copie d'une lettre écrite de Paris le samedi 3o octobre 1790.
Hier matin, M. de Moiites(juiou lit au nom (hi comité d'aiiéiialion et des finances un rapport sur l'emploi des nouveaux assig'uals à la li([uidation <ie la dette courante. Suivant le projet des comités, aoo millions seront prélevés sur les 800 pour pourvoir aux besoins courants de l'Ltat. Le surplus sera employé à l'acquittement de la dette exigible.
Observations, /loo millions de biens domaniaux et du clergé sont mangés; les 200 qu'on
<'* Probablement Miss llelena Williams. année-là, s'y était liée avec Brissot et ses
dont nous verrons bientôt que Bancal l'ut amis , et était retournée depuis peu en An-
épris. Elle avait fait, avec, sa mère et sa gleterre, pour revenir en France en 1792. liceur, un premier séjour en Franco celle ''''' M. et M"" d'Eu et M. de Vin.
demande le seront à la fin de février au plus tai-d. Voilà un cinquième de cet avoir de dissipé sans payer une obole. S'il survient le moindre événement extraordinaù'e, comme guei're de terre ou de nier, et même si l'Assemblée s'amuse à baguenauder comme elle fait, si le royaume continue à perdre dans son commerce 5o à 60 millions par balance soldés en argent, si l'impôt est refusé, retardé, modifié, comme il y a toute apparence, si enfin les colonies nous échappent et ne nous envoient pas directement leurs denrées, si la misèie continue de régner dans les villes par défaut de consommation , et dans les campagnes par défaut de bras et de bestiaux , tout est perdu , la banqueroute la plus affreuse est assurée.
Je vois dans l'assemblée beaucoup d'esprit parliel, et pas un caractère d'ensemble. M. de -Montesquieu, depuis qu'il calcule, s'est toujours trompé. M. Necker, au lieu de l'aider, s'est tenu orgueilleusement dans son coin et l'a sans cesse harcelé par de nouvelles demandes. Peu h peu, il a retiré ses fonds, dégagé sa maison de banque, et il n'a tenu qu'à lui d'y joindn^ l:i valeur de ses bâtiments. Il a pris le parti le plus sûr : j'en aurais fait autant. Mais, auparavant, j'aurais ex()osé les dangers future par les pssés. et je me serais amplement justifié par là. Quoi qu'il en soit, l'iuiposition commence à paraître et à être distribuée à Paris. Le mumiure est général. Le marchand détailleur est (juadruplé. Ce n'est pas du bonheur. J«i récolte annuelle du vin a été estimée à 4oo millions, puisque le comité a estimé à la vingt-cinquième partie ce droit, et que de là il devait en revenir au trésor public 16 millions. Cette motion a été ajournée à huitaine.
Calculez et distrayez ces dépenses; plus, les {tensions du clergé, les risques de rinijtôt, les dépenses de l'armée de terre et de mer, la position des colonies , la liste civile , les événements imprévus, la guiirre peut-être, la j)erte. je le répète, de la bidance du commerce : concluez et tremblez. Quant à moi qui n'ai que mes sentiments intérieurs et mon expérience, je vous avoue que je n'ai jamais vu le danger plus près, le gouffre plus effrayant, et la nation pins proche de sa ruine to(ale. J'en ai été agité toute la nuit. . . Dieu veuille que -M. .Necker ne finisse pas jMir avoir raison.
A. li. L'n ami , impose Tannée deniière à 4a livres,
l'a été celb'-ci à 1 80
P. S. Que devieudi-unt les boutiques si chèi-e» du Palais-Royal ? etc. ; quati-e pages d'e(
ci-lcra.
Cette lettre est destinée pour H. Bjuical, un de nos amis, qui, avec un billet de moi, vous ira voir demain soir. Veuillez la lui remettre ''K Je vous embrasse tons.
Louis Rose.
S novcmlirp 1790.
■'' Ces lignes, de l'écriture de Bosc, ont été évidemment ajoutées jiar lui pour un de ses collî>gues au bureau des postes.
[À ROLAIND, AU CLOS'".]
[Vendredi, ig novembre 1790, — de Vlllefraiichc.]
Je n'irai pas te joindre aujourd'liui, j'ai encore ici de petites allaires; puis j'ai en cette nuit une cruelle indigestion qui m'a coupé bras et jambes; elle m'a d'autant plus fatiguée que je me suis trouvée dans cette situation où l'on est plus sensible et plus faible.
Je partirai demain à moins que quelques reltguats m'obligent de différer jusqu'au dimanche; alors je fei-ais partir la boime la première et elle retournerait dès demain.
Je t'envoie des lettres qui sont venues par le district, hier jeudi, sept heures du soir. Je ne ferai donc pas de malle ici, je n'y ai que ton manteau à prendre; mais j'aurais Inen voulu en avoir une au Clos pour y mettre tout ce que j'aurai à emporter de là. Le boucher ira demain ou dimanche prendre le veau ; il est de garde aujourd'hui.
J'envoie manne, savon et le reste; j'embrasse le docteur''^', parce qu'il a bien soin des bonnes gens; d'ailleurs, il faut bien que je descende avec lui de mon piédestal, puisque me voilà dans mon lit; il pourrait, à son tour, prendre ses lunettes et m'envoyer la fièvre. Attendez-moi, marauds que vous êtes; vous n'avez pas longtemps à passer sans le lutin et j'irai vous apprendre à planter sans moi.
J'écris un mot à Bosc pour avoir raison de sa taciturnité.
Adieu, mon ami ; je t'embrasse de tout mon cœur. Vingt-quatre heures de chaleur et de repos et je reprends mon cadédis W.
On dit les nominations suspendues à Lyon'*'.
''' Ms. 6989, fol. 9 9 0.-2 23. — Encompa- '-' Lantlienas.
i^nt cette lettre avec les deux qui suivent du ''^ Nous ne pouvons expliquer celte ex-
90 novembre à Roland et du 3o novembre pression.
à Bancal, et avec Wabl, p. 986, on voit '*' Les (alertions nuniicipales. — Voir
qu'elle est indubitablement du vendredi lettre 387. ijea ('lectem-s avaient été convo-
19 novembre 1790. D'ailleurs, sa place au qués pour le 6; mais un incident les avait
manusci'it est en rapport avec cette date. fait renvoyer an 18.