‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 90 sur 103 · MENTELLE · texte numérisé non relu

MENTELLE

Nous avons ëtabli ''' que le g(iographe Menlelle est l'ami de la dernière heure qui , sous le nom de Jnny, assista Madame Roland en septembre et octobre 1798. Une biograpliie sommaire de Mentelle, considéré particulièrement dans ses rapports avec Brissot et les Roland, va compléter et vérifier cette démonstration.

Edme Mentelle , nt- à Paris le 11 octobre lySo*'', s'essaya d'abord dans la littérature, puis se tourna vei-s la géographie et l'histoire : ses Eléments de fréographie sont de lySS. En lyGo, il fut nommé -rprofesseur de géographie et d'histoiren à l'Ecole militaire. Mais il restait lié avec les littérateurs et les philosophes, et un pamphlet de lui contre les jésuites : Le porl'feuille du R. P. Gillet, 1767 '^', montre qu'il prit part à une des grandes batailles du temps. Il ne dédaignait d'ailleurs ni les modestes honneurs des .4cadémies de province, ni les |)etites con-ections de nom par lesquelles on se poussait dans le monde. VAlmnnach de Normandie (h 1768 nomme, parmi les associés-adjoints de l'Académie de Rouen, i^M. de Mentelle. inspecteur de l'Ecole royale militaire, à Parisn.

Quelques années après , nous le rencontrons avec le titre de f historiographe de M. le comte d'Artois 1 '*'. Il demeurait alors -^rue de Seine, hôtel de Mayenne" , et y resta jusqu'à ce (pic Roland, en i7<)iJ, lui eût donné un logement au Louvre. Il était aussi censeur royal ''"'.

Il avait épousé la lille d'un de ses collègues de l'Ecole militaire. M"' Vincent, élève du nnisicien démenti et elle-même artiste consommée.

n connaissait déjà les Roland vers celte époque, soit par des rapjmrts communs avec r \ca<lémie de Rouen oii Roland l'ut admis en 1 780 connue associé à adjoint, soit par quehpie i-encontre chez Panckoucke , pour lequel ils travaillaient l'un et l'autre '*', soit tout simplement par les nombreuses relations littéraires dont nous allons parler. Roland, i-endanl compte à sa femme de ses courses dans Paris, lui i-acontait être allé un soii' à une des assemblées littéraires de La Blancherie (son ancien amoureux) et- ajoutait: irJ'y ai trouvé M. et M^Mentel; excessifs compliments; de tes nouvelles; invitations, etc. . . 1 (lettre du

'" Révolution française de janvier et mars

"' Voir sur lui : Notice $ur la vie et let oiivrojip» do Moiitelle, par M"" la princesse Coiialaiice de Salin, Paris, 1889, in-8"; — Biographie Rabbe ; — Quérard , France littéraire ; — Biographie universelle (l'article est de Dep- P'ng)-

''' Quérard , France litl.

'*' Almanach royal de 1 778, p. 189.

'') Ibid., p. 498. — Mais il ne lipiin; déjà plus sur la liste eu 1780.

'"> Mentelle allait donner à l'Encyclopédie méthodique, que dirigeait Panckoucke, son Dictionnaire de géographie ancienne (1783-1784, 3 vol. in-lt°}.

92 novembre 1781, ins. 69^10, fol. ii3). Une autre fois, c'est Madame Roland qui écrità son mari, le 92 mars 1784 : fM"" d'Arbou ville ressemble assez, par les traits, à M"" Mentelle . . . » .

A la brièveté de ces mentions , on voit que les Mentelle ne sont alors pour les Roland que des connaissances. Mais, avec Rrissot, la liaison est intime; Mentelle avait en pour ami un négociant de Boulogne-sur-Mer, appelé Dupont , et était resté en relations avec sa veuve , qui , lorsque Rrissot alla habiter Boulogne en 1778, le l'eçut chez elle , lui parla de Mentelle et lui en fit (rie plus brillant portrait". L'année suivante, Rrissot revenant d'Angleterre, mallieurenx et découragé, elle l'adi-essa à Mentelle, auprès duquel le jeune publiciste trouva consolation et assistance. L'historiographe du comte d'Artois avait alors ^réputation et aisance^ ; sa maison était nie rendez-vous des talents et des artss : il se faisait chérir -rpar son zèle toujours actif pour ses amis-». C'est chez Mentelle que Rrissot, dans les premiers mois de 1780, retrouve l;i fille ainée de son hôtesse de Boulogne, M"" félicité Dupont, et qu'ils s'engage4it l'un à l'autre. Mentelle les accompagne au cours de Fourcroy; il introduit Rrissot dans la société assez disparate de littérateurs et de savants qu'il réunissait chez lui ; l'ablxde Cliaupy, leceltisant ficRrigant, Perreau, de|)uis ins])ecteur général du Droit, le toulousain Villar, qui devint évéque en 1791, puis conventionnel et académicien, Pelleport, ancien élève à l'École militaire avant qu'il n'allât se faire libellisle h Londres, le grand J^aplace et enlin Lavoisier*''. Ajoutons que Mentelle était aussi lié avecLagrange, Monge, d'Anville''', ainsi qu'avec Dupont de Nemours, qui, après qu'il eut é|)o«sé la veuve du savant Poivre, lui remit, sur la vie du voyageur lyonnais, des notes qui furent communiquées à Brissot'^ .

On faisait chez Mentelle d'excellenle musique. Rrissot parle ])lusieurs fois de ces concerts, oîi brillaient, avec la maîtresse delà maison, Clémenti net d'autres célèbres clavecinistes' , parmi lesquels un certain Desforges d'Hurecourt, qui porta le trouble dans le ménage. {Mém. de Brissot, I, 809; II, .17, 390.) Le bon Mentelle dut pardonner, car nous allons voir que sa femme était encore avec lui lorsque nous le trouverons, après 1799, logé aux Galeries du Louvre.

Deux ti'aits attestent l'affection de Mentelle pour Rrissot. Pendant le séjour du malheureux journaliste h la Rastille (juillet-seplembre i-jSk), il fut un de ceux qui pressèrent la «•comtesse-gouverneur". M'"' de Genlis, d'intéresser le duc d'Orléans à sa délivrance. 11 (il plus, il se porta garant. trLe sieur Brissot de Warville, — disait le rapport du lieutenant de |(olice Lenoirà M. de Breleuil, ministre de la maison du Roi, — ... est né de parents honnêtes et le sieur Mentelle répond de sa conduite . . . J'estime qu'il est juste de lui accr-rdcr sa liberté."

Deux ans après, Mentelle est parrain du second fils de Brissot, Kdme-Augustin-Sylvain, baptisé le i& mars 1786. Dans l'acte '*', il est <lésigné ainsi : -Edm» Mentelle, peH«i'on«rtjre, rue de Seine".

Une pièce curieuse, étudiée par M. l'Etienne Charavay el ])ubliée par M. Maurice Tour-

'" Mémoirei de Brisaot, t. I et II, pauim. '') Publié par M. Ch. Nauroy. (Le Curieux,

(^) Notice de M'"* de Salm. H, 78.) La marraine est Augustinc Cléry, une

'■^' Mémoires de Uritsut, II, 98-99. parente de .M"" Brissot.

lieux ''', nous explique ce titre de "pensionnaire''. Vers la fin de 1786 ou le commencement de 1786, M.de Breteuil, désirant encourager les littérateurs et les savants, s'était fait dresser une liste de noms, h côté de chacun desquels on trouve des appréciations et ime décision. \ oici ce qui concerne Mentelle : wLe plus estimable géographe du siècle ; les avances qu'il a été obligé de faire pour graver ses cartes l'ont ruiné. 11 a fait des emprunts usiu-aires. 11 demanderait une somme de ao,ooo livres, dont la moitié en pur don, etc. . .1. Et le ministre écrit au-dessous : "Souscrire pour ta, 000 livres. En faire ravance.i

L'aisance dont {«ide Brissot avait donc déjà fait place à cette gêne dans laquelle, malgré son intarissable production de librairie, Mentelle ne cessera de se débattre. Notis connaissons d'ailleurs une de ses coûteuses entreprises. C'est un globe, de trois pieds de diamètre, représentant ii la fois les divisions naturelles et politiques de la terre, qu'il fit cimstruire -durant les années 1786, 1787 et 1788^', dit-il dans une lettre du i" octobre 1798. Ce globe était destiné aux études du Dauphin de France, mais, cet enfant étant mort le 4 juin 1 789 , Mentelle demanda et obtint l'autorisation de déjxiser son globe dans une salle du Louvre. Nous allons le voir s'en servir pour ses cours publics de 1791 et 1799 '''.

Lorsque wlata la Révolution, Mentelle y ap|K>rla sa jjetite contribution, en réclamant la liberté de la presse (Tourneux, ioi33) : il était trop lié avec Brissot pour ne pas le suivre au combat. Il perdait cependant beaucou|)à la victoire : places, pensions, tout avait disparu. [jne lettre iné(hle de .M°" Brissot (ms. 9534, fol. 343), s<ins date, mais qui doit être de 1790, représente les Mentelle "dans la j)lus grande gène qui puisse exister. Madame donne des leçons, le mari fait un cours, mais le temps n'est pas propice". Cette lettre nous apprend au.ssi qu'un de leure fils venait de parlir jwur l'Amérique, en vue de s'y faire colon ou commerçant '''. Brissot, qui n'était guère plus riche que Mentelle, mit du moins à son service toute la |)ublicité du Patriote français. De janvier 1790 à la fin de 179-J, nous voyons s'y succé<ler pres<pie sans interruption les annonces : 1° des caries de géographie que Mentelle mel en vente, caries d'actualité, lellesque, |)ar exemple , ense])tembre 1791, le comtat d'Avignon et l'Ile de Saint-Domingue; en juillet 1793. les Pays-Bas; en septembre, la Lorraine . etc . . . ; u" des cours de gc'ograpliie que Meulelle professe (six leçons, prix : -yJi livres) d'alwrd cher, lui, rue de Seine, n° 97, puis, à partir de mare 1791, dans une des salles du vieux Louvre.

C'est sans doute aussi sur la recommandation de Brissot que Roland , devenu ministre de

'" »Un projet dVncoiiragemenl aux Lettres <'' Ce globe est ii la Bibliothèque nationale

ni aux Scipnr»«i, Reriip d'hitinire liltéraire dp depuis 1877. (J. Guillaump, Conrenlion, t. 111,

la France, avril-juin 1901. — Ia qiialiriralion Jnirod., p. xcvin.)

donni'i! à Menlolli- peut aussi s'expliquer autre- '•■''' Mentelle iils, après quel(|uesvoy!iges,s'étanieiit : il avait une pension de l'Ecole militaire: lilit romnie colon à L^xingtoa, dans le Massail en avait aussi une autre sur \e Journal pncyclo- eliusetts. (Notice de M"" de Salm ; Dincourt de pédiqur, dont il était un des rédacteurs. {Nolicr Uurbié du Bocage aux funérailles de Mentelle, de M"" de Salm.) 181.').)

LEnits iiL XADim HOLÀ>b. — n. 'ig

lt.f KIHtllIi. hATIOMALB.

l'[ntérieur, accorda à Mentelle (dont il n'avait dû garder qu'un bien faiWe souvenir) un logement au Louvre. C'était un des vingt-six logements pratiqués dans la grande Galerie. Les Mentelle occupaient le n° ii, entre le ])einlre Hubert Robert et l'orlèvre Ménière, i» deux pas de Pierre Pasquier, l'ami des Roland, logé au n° 8. Les souvenirs d'un contemponiin. recueillis par M. Olivier Merson '"', nous y font voir M°" Mentelle, "courte, maigre, bavarde, prétentieuse, plus âgée que son mari, ayant le diable au corps pour la toilette, avec cela, pour les qualités de son cœur, 1res aimée de» voisins et voisines...'!.

C'est dans ce logement (jue Mentelle passa les sombres jours de la Teri'eur. Lié de longue date avec une foule de gens de lettres et de savants, et par suite avec un certain nombi-e de conventionnels , il continua de publier des cartes et de professer. On lit, au Procès-verbal de la Convention du a4 février 1798 : nLe citoyen Mentelle fait hommage à la Convention d'une carie géographique des Provinces-Unies (toujours l'actualité ; Dumouriez venait de franchir la frontière hollandaise, 20 février); l'Assemblée décrète la mention honorable, l'insertion au Bulletin, et que cette carte, faite dans un très grand détail, sera déposée aux Archives».

Puis, il recommence ses cours. Nous voyons (J. Guillaume, II, i36) qu'en juillet 1798 il avait au Louvre une salle pour son cours de géographie , avec une antichambre commune aiu salles ffou étaient conservées les porcelaines du ci-devant roi'. Sans doute, la salle qu'il avait déjà en mars 1791 et où son globe était déposé. Ce globe était déjà célèbre; à l'automne de 1793, il est inventorié par la Commission des Arts : n Procès-verbaux de la Commission des arts, séance du a a septembre ij!)3 : la section de la marine remet uii procèsverbal sur le globe du citoyen MenteN. (J. Guillaume, III, 407.)

Le 1" octobre, Mentelle écrit au président du Comité d'instruction publique de la Convention pour lui annoncer que frlundi prochain [7 octobre], à midi, il commencera son cours de géographie comparée et se trouverait bien honoré si le Comité désignait deux commissaires pour se rendre compte de sa méthode". La lettre est signée rrMentelle, professeur public de géographie, cour du Louvre". Le Comité désigne Grégoire et Romme (J. Guillaume, II, 5«o, 536-627), et, dès le lendemain de cette première leçon, le 8 octobre, ils en rendent compte au Comité : "Deux membres font leur rapport d'une séance de leçon de géographie donnée par le citoyen Mentelle; ils exposent sa méthode et ses procédés. Ils font spécialement l'éloge de son globe, qni, par ses reliefs, renil sensibles les irrégularités diverses du globe terrestre. . . 1. (J. Guillaume, t. II, p. 699.)

Or, à ce moment même, Mentelle risquait sa tête, par lidélité pour Brissot, par reconnaissance pour les Roland.

Il allait voir Brissot, à l'Abbaye d'abord, puis à la Conciergerie (où Brissot fut transféré c 6 octobre). Il recevait ses communications et les transmettait aux amis du dehors. L- 98 septembre. Madame Roland lui écrivait : sFaites donc courir la lettre de B. . . " (la

(îazellf ili'S Heiiur-Arl» , 1" mars et 1" si'|)lemliie 1 HKi.

APPENDICE s. 771

lettre écrite par IJn'ssot, de l'Abbaye, le 7 septembre, à Barère, en re'ponse au discours prononcé par celui-ci dans cette séance du 5 où il fit r placer la Terreur à l'ordre du jouri:). Cette lettre n'avait pu être imprimée : rBrissot ne trouva point à Paris, ne trouva point ailleurs, dans toute la France, un imprimeur assez courageux pour oser publier le démenti qu'il donnait à Barrère; mais cet écrit existe". {Mém, de Buiot, édit. Dauban, p. a5; morceau écrit aux premiers jours de novembre lyyS.) C'est précisément pour cela que Madame Roland disait à Mentelle : tr Faites donc courir... «. La lettre de Brissot ne fut imprimée qu'au commencement de 1795, par RioulTe, qui avait été un de ses compagnons de la Conciergerie. [Mémoires d'un détenu, p. i58 de la q' édition.)

Mais Mentelle recevait de Brissot un dépôt autrement important : ses rt Mémoires n euxmêmes.

Champagneux (Z)i.sff. j<ré/ïm., p. xlix-i,i) raconte que, dans un entrelien qu'il eut avec Madame Roland à Sainte-Pélagie, le jour des funérailles de Marat (17 juillet), elle exprima le vœu que Brissot écrivît ses Mémoires : Ai a des vérités utiles à dire à ses contemporains et des leçons importantes à donner à la postérité ; il faut qu'il accomplisse cette tàclie : elle sera plus douce pour lui quand il y sera convié par moi». Et quelques jours après, elle lut à Champagneux une lettre qu'elle adressait à Brissot poui- qu'il entreprit ce ti-avail , lettre que Champagneux regrette fort de n'avoii- pu trecouvrer». Il ajoute : tf L'exhortation de la citoyenne Roland produisit sou effet ; Brissot écrivit des Mémoires auxquels il donna le nom de son Testament politique . . . Déjà cet ouvrage avait franchi les barrières de la prison : déjà l'inipi-ession en assurait une publicité très prochaine, lorsque Robespierre, qui en fut inforrai; et qui en prévit les terribles effets, réussit à faire brûler toute l'édition et même le manuscrit. . .. J'ai cependant ouï dire qu'un exemplaire fiit sauvé, qu'il est entre les mains de R. . . , et qu'il reverrait bientôt le jour.»

Il ne faudrait pas tenir c«s renseignements poiu" très précis. Champagneux , incarcéré du '1 août 1798 au la août 179Û, puis retiré en Daupbiné, ne revint à Paris qu'à l'automne de 1795 et, par conséquent, ne parle que par (rouï-direi (en juillet 1799) de tout ce qui s'est passé entre ces dates extrêmes. Nous avons d'ailleure constate en d'autres circonstances qu'il dramatise un peu ses récits. En ne gardant de son témoignage que l'essentiel et en evaminani, d'autre part, les Mémoires de Brissot teb que nous les avons, on arrive aux conclusions suivantes :

1 " Que Brissot, à l'Abbaye, continua (nous ne disons pas commença) des Mémoires entrepris longtemps avant son incarcération'''. Bien des pages de l'œuvre, telle que nous la possédons, ont été évidemment écrites en juin, juillet el août 1793. (Voir notamment I, 357:11, i35, 33/1; 111, 191.) Nous avons d'ailleurs aussi, là-dessus, le témoignage de M. de Montrol, l'éditeur des Mémoires {Pré/ace, p. xv);

3° Que ces cahiers, remis à des amis fidèles, favaienl franchi les barrières de la prison»,

"' Il ressort de la simplo lecture des Mémoire» posée en 1 780 , sans doute durant ce séjour de

i|a<.' maint cliapitre a été écrit avant la Révolu- troiti à (|uatrc inoia que Brisaot lit alors dans lu

liun. M. de Montrol dit d'ailleurs expressément Duuois, chez son ami de collège, le prieur

{Pri/ace, p. xv) qu'une partie avait été com- Joliet(I, ioi).

mais (ju'on peut douter qu'ils aient trouve alors un imprimeur, quand la simple lettre du n septembre n'en pouvait trouver aucun. Dès lors.riiisloire de Robespierre faisant brûler l'édition et même le manuscrit ressemble fort à une légende. Le bruit recueilli par Chanipagneux permettrait tout au plus de supposer qu'un des déjiositaires aurait brûlé les caliiere les plus compromettants, ceux qui visaient plus directement Robespierre, bien qu'il en reste encore d'assez véhéments;

3" Que si Gliampagneux se trompe en croyant qu'on avait sauvé tun exemplaire», c'està-dire un imprimé, et en le supposant aux mains de R [probablement RioulTe], il

savait cependant vaguement que l'œuvre subsistait''';

4° Que le véritable dépositaire des manuscrits de Rrissot, c'était Mentelle. Lii cncoi-e, nous avons le témoignage particulièrement autorisé de M. de Montrol qui, le premier, trentesept ans après, publia eu i83o les Mémoires de Brissot, à lui confiés par la famille. Dans sa préface (t. I, p. xix), il dit expressément : «Los manuscrits de Rrissot étaient connus de tous les amis de sa famille. Us ont été longtemps entre les mains de Mentelle, membre de l'Institut, et du géographe Pinkerton, qui avait eu le dessein de les publier en Angleterre». Et plus loin (1, p. 3o8 , note) : Al [Mentelle] a eu longtemps dans ses mains le manuscrit de ses Mémoires, en marge ducjuel il a écrit quelques notes que nous avons conservées'''».

II est donc hors de doute que Mentelle avait reçu les ffcahiersi de Brissot , en un temps et dans des circonstances où il y avait péril. Cela rend singulièrement significative la phrase de la lettre que lui écrit Madame Roland au milieu d'octobre 1798 (Correspondance, lettre 550) : tie ne veux point voir les cahiers de B. . . que lorsque vous en auriez un double; il y aura toujours du danger dans les transports et il ne faut pas risquer luie perle irréparable».

Deux pièces fort curieuses des Papiers Roland (ms. 9533, fol. 93a-938), provenant de la collection Villenave''', toutes deux de la main de Mentelle, permettent de croire qu'il essaya même de taire appel aux Parisiens en faveur de son malheureux ami. L'une ( fol. aSy- 938) est intitulée : trAux patriotes qui recherchent la vérité». Elle débute ainsi : ^Peuple français, et vous, honnêtes Parisiens, vous tous dont il est si facile d'enflammer le cœur et d'égarer la raison , écoutez-moi et apprenez que ce Brissot, retenu aujourd'hui dans les fei-s et que l'on veut couvrir de l'indignation publique, est l'un des plus ardents amis de la vertu, de l'ordre et des lois. . . ». Suit un chaleureux plaidoyer, qui est surtout un exposé de la vie de Brissot. Est-ce un article de journal resté h l'état de projet, cai' aucune feuille n'aurait osé l'insérer? Est-ce un placard destiné à être affiché clandestinement? Nous ne saurions le dire. Tout ce que nous voyons, c'est que la pièce a été écrite entre le 93 juin 1793, jour où Brissot fut écroué a l'Abbaye, et le i3 juillet, c'est-à-dire avant l'assassinat de

<'l Ce que RioufTe avait eu et avait publié dès <t Autographe d'Edme Mcnipllc, 1798; 9 bru-

1795, c'était, comme nous l'avonsdit plus liaut, maire an 11, 3o octobre 1798». Cette dernière

la lettre à Barore du 7 septembre 1798. date est celle de l'exécution de Brissot, mais on

'■^'' Voir, en eflet, I, 277-278; 11, 99, 890- va voir qu'elle n'indique nullement le jour où la

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