pièce fut écrite. Villenave a lu bien superl'icicl
'^' Villenave a écrit en marye du foi. 387 : lemeut. •
Marat, car Menlellc dit, avec une candide confiance : >t1| avait connu autrefois iMarat. Depuis, il connut Danton, Robespierre. Je défie ces trois hommes d'administrer aucun fait contre lui et de le signer".
L'autre pièce (fol. a3.î) a pour titre : "Iuparthlité en faveur de l'innocence soupçonnée n. Elle est un peu jiostffrieure, ainsi qu'on le voit dès les premières lignes : trDes hommes égarés et des méchants provoquent les sections de Paris pour obtenir de la Convention le jugement de Brissot. . . » (c'est le 4 septembre que les sections vinrent présenter cette demande à l'Assemblée).
Cet appel est |>Ihs court cpie le précédent et la forme n'en est pas moins naïve. Il y a un mot louî-hant. En rappelant que Brissot avait été emprisonné par la Cour en 1784, Mentelle dit : «'11 y avait alors une prison célèbre, sous le nom de Bastille (hélas I qu'y fait le nom?). . . ".
En même temps que Brissot , Menlelle voyait Madame Roland à Sainte-Pélagie et devenait son suprême confident'"'.
Poussé par la reconnaissance et par la pitié , il était allé demander deux fois à Fouquier- TinviUe, mais inutilement, l'autorisation de voir la prisonnière. Rencontrant un jour, dans une de ces visites, l'avocat Chauveau-Lagarde, qui avait précisément l'accès de la prison comme défenseur de la belle-mère de Pétion (voir lettre 545), il le chargea d'offrir à Madame Roland ses services. On convint dès lors qu'elle écrirait à Mentelle sous le nom de Jany. Dès le 98 septembre, eUe le charge d'aller prendre et porter des nouvelles chez M"" Sophie Grandchamp: elle lui fait passer la suite des cahiers de ses Mémoires particuliers, c'est-à-dire la fin tlu 4' cahier, le 5' et ie 6' (te commencement était chez Bosc); vei-s le 4 octobre, envoi du 7' cahier; le 8 octobre, envoi du 8', des Dernières pensées et des deux lettres d'adieux pour sa fille et sa bonne; après le i4 octobre, enfin, la prisonnière fait Iranstiiellre à Mentelle, admis dans sa plus entière confidence, sous le titre de Dernier supplément, adi-essé noinméinent à Jany, ces cahiei-s aujourd'hui perdus qui étaient ses Confessions. Elle lui donnait mission de publier un jour, le plus tôt possible, tous ces écrits, en réservant toutefois les Confessions pour une é[)oque plus éloignée , et lui faisait remettre en même temps le portrait de Buzot,puis,à la veille de l'échafand.sa montre, son propre jwirtrait et celui de Roland.
Mentelle répondait h tant de confiance par un dévouement infatigable; il voyait les amis de la prisonnière : M°'" Grandchamp, Bosc, Creuzé-Latouclie, la bonne Fleiiry. Le jour où Madame Roland était conduite au Palais de justice, h l'onvertiu* du procès des Girondins {•ih octobre), il parvenait à l'y entretenir un instant et h lui remettre un biUel à la dérebée. Enfin il lui faisait parvenir des nouvelles de Brissot.
'•'' Tous les détails qui vont suivre ressortent de Madame Roland» {Résolution françaite de (l'une étude des documents mêmes. Voir nos janvier et mars 1896), et sur (t Les miinuscrils de deux études sur r Jany, le dernier correspondant Madame Rolandn (Ihid., mars et avril 1807).
Le 8 novembre 1798 , quand Sophie Grandchamp , après avoir vu passer la charrette qui menait Madame Roland à l'échafaud , rentra éperdue chez elle, elle y vit arriver Mentelle , et ils pleurèrent ensemble'''.
Jusqu'à la fin de la Terreur, Mentelle conserva dans son appartement du Louvre, audessus de la salle oii siégeait rrl'exdcrable Commission populaire» , à l'insn de sa femme (il la savait bavarde), les manuscrits de Madame Roland et ceux de Brissot. Les mauvais jours passés, il remit à Rose tout ce qu'il avait reçu de la prisonnière'*', cahiers et porti'ails (moins celui de Buzot). Quant aux papiers de Brissof , c'est à la famille qu'il les remit plus tard, puisque c'est Anacharsis Brissot qui les fit publier par M. de Montrol en i83o.
Puis, Mentelle reprit sa vie ordinaire, laborieuse et honorée. En mai lygS, nous le trouvons secrétaire du Comité d'instruction publique de la Convention ( Catal. de In vente d'Et. CÀaravay, 1900, n° 369); il fut, vers la même époque, delà Commission des monuments. La Convention l'inscrivit sur la liste des savants auxquels elle accorda des secours pécuniaires. H professa la géograpliie, conjointement avec Buache, à l'Ecole normale de 1795. Il fut de l'Institut dès l'origine (classe des Sciences morales et politiques, section de géographie).
Au mois de mars 1800, Ghampagneux qui, retiré dans ses terres, venait de terminer son édition des Œuvres de Madame Roland, confiée à l'éditeur Bidault , envoya à Paris son fils Pierre-Léon pour surveiller la mise en vente et la publicité. Mentelle, informé de cette circonstance et croyant que c'était Ghampagneux lui-même qui s'était rendu à Paris, laissa pour lui , chez Bidault , la lettre suivante que le libraire , dès le lendemain , fit passer au jeune homme :
Paris, ce h ger. an 8 [«5 mars tSoo]. Citoyen ,
Permettez-moi de vous exposer ici mes titres à Pavantage de recevoii' un exempl. de la nouvelle tdit. des Mémoires de noire amie, l'infortunée Rolland. Fier de son amitié et sensible à tous les témoignages qu'elle m'en avait donnés, je me présentai deux fois à Fouquet de Tinville pour eu obtenir la permission de visiter cette dame dans la prison. Sans éprouver de refus direct de sa pari.
'■' «Souvenirs de Sophie Grandchamp», Ré- ' volution francahe de juiiiet-aoùt 1 899. dette circonstance est, pour l'identité de Mentelle et de lany, une preuve qui corrobore celles que nous avions rassemblées en 1896. Ajoutons encore celle-ci : Madame Roland écrit à Jany (lettre 551) : «S'il [Buzol] parvenait jamais (lant le monde heureux où votre fila est cultivateur. . .71. Or, la Notice de M"* de Salm et le discours de Barbie du Bocage nous apprennent que Mentelle avait en eflet un iils colon en .Amérique, et il ressort de la lettre de
M"' Brissot citée plus haut que c'est en 1790 que le jeune homme s'était expatrié. Enlin M°" de Salm met au premier rang des amis de Mentelle «Brissot de Warville, le ministre Roland et sa célèbre femme». Elle ajoute : «Sa sensibilité, que l'âge semblait augmenter, lui fit aussi recueillir chez lui quelques proscrits».
'') Un des premiers articles du compte de tutelle d'Eudora Roland , commencé par Bosc le i5 nivôse an ni-û janvier 1796 (ms. 953.3, fol. i35-i.38), porte : «Reçu par les mains de Mentelle, Soot*».
APPE^Dl(;E s. 77:.
je n'obtins pas cependant ce que je désirais. Mais Cbaovaud de La Garde , présent à l'une de mes visite» à ce monstre, en paria à M°" R. . . , qui m'écrivit. Je parvins à la voir et je lui fis des visites fréquentes pondant que mon ami Bosc était iui-mémc poursuivi. C'est à moi qu'i'lie a confié ses Mémoire», sa montre et le portrait de son mari, le sien même que je garde, et j'ai conservé ces objets sacrés à l'insu de ma femme même, dans un logement du Louvre que Madame Roland m'avait accordé. Et pourtant j'avais au-dessous de moi cette exécrable Commission populaire. J'ai, depuis, rendu la montre et le portrait du père. J'avais prêté à M. Paquier (»te) celui de .M°" R. . . , parce qu'il devait, disait-il, le graver. Je crois en effet que vous feriez bien d'en faire faire un par Tardieu, qui réussit très bien dans ce genre, et je l'eusse fait, si j'en avais eu le moyen. Ce portrait figurerait très bien à la tête de ses Mémoire! et y ajouterait un nouvel intérêt. Il y a même une lettre imprimée adressée à Betzy, c'est le nom que je portais dans notre correspondance. Malheureusement, je lui ai trop obéi pour d'autres lettres qu'elle m'avait fait jurer de brûler; je les ai bien. regrettées depuis. Je n'ai pas eu te bonlieur de voir sa cbère lille depuis. Je sais qu'elle est mariée, je crois, à M. votre fils. Je sais aussi qu'elle a fait présent des œuvres de sa mère à un de ses amis (Désormery ) , commissaire à Senlis , et qui a pu lui rendre quelque service ; il en a été très touché. Salut et entier dévoùment,
Mestelle,
Membre de Vlnutitnt,
rue des Orties du Louvre, n° 19 '''.
Celte lettre comporte deux remarques :
1" Gomment Mentelle, entiv 1793 et 1800, ne s'ëtait-il pas fait connaître de Charapa- {jneux? Il faut ici se rappeler que Champagneux n'élait sorti de prison qu'en août 1794, s'en était allë tout droit en Daiiphinë, n'en était revenu qu'en octobre 1795, pour rentrer au niinistère de l'Iiitéiieur dans une haute situation, n'avait eu & s'occuper d'Eudora Roland qu'en juillet i79tj, lorsque Bosc, s'expalriant, lui transmit la tutelle de la jeune fdie, puis, destilui; dans l'été de 1797, s'en était retourné définitivement à Bourgoin. Il n'avait donc passé k Paris que moins de deux années sur sept, et n'avait pas dû se mettre en peine de retrouver le confident d'événements intimes sur lesquels il semble bien qu'il préférait jeter un voile. Mentelle, de son côté, modeste et pauvre, n'était pas allé s'offrir.
a' Ce qui peut surprendre davantage, c'est que Mentelle ait confondu Jnny avec Betzy, qu'il ait oublié, en mars 1800, le nom sons lequel il correspondait, en septembre 179'?, avec Madame Roland. A cette étrange défaillance de mémoire, il n'y a qu'une explication, les 70 ans du vieux géographe.
Nous voulons croire que Mentelle obtint son exemplaire; il l'avait bien gagné.
Il continua, presque jusqu'à sa dernière heure, à enseigner et à publier. Il n'avait pas les moyens de se reposer. En iSo'i . il professait la géographie h l'école centrale des Quatre-
<"' C'est l'adresse de la porte par laquelle on en 1806, l'Empereur fit évacuer les Galeries, entrait dans les logements de la grande Galerii' Mentelle alla se loger tout auprès, au n" 9 de
du Louvre, 01^ Mentelle habitait toujours. Lorsque, la nie du Doyenné.
77(i LKTTRJvS DE MADAME ROLAND.
Nations, lUabliedans le ci-devant collège du Plessis, rue Saint-Jacques'"'. Louis Bonaparte avait suivi quelques-uns de ses cours''' ; Jose])li lui demanda de diriger les e'tudes géographiques de ses enfants. «J'ai été admis dans l'intimité de la famille Bonaparte '^'.i l^e premiei' Consul lui demanda de diiiger la construction d'un nouveau globe terrestre, de trois pieds de diamètre, qui ne fut terminé qu'en 1811. Un jour, Bonaparte vint voir le globe, et quand Mentelle voulut le reconduire : ^Restez donc, dit le général, on ne fait pas de façons avec ses collègues». Ces anecdotes enfantines, recueillies parles amis de Mentelle, portent bien la marque de la période consulaire. Le vieux savant ne reçut d'ailleurs (jue des bienfaits de la puissante famille. Lorsqu'il dut se faire tailler de la pierre, en i8o5, à 78 ans, Joseph et Louis lui envoyèrent chacun une ])ension de i,5oo livres '*'.
Comme si cette redoutable opération l'eût rajeuni , il s'avisa , étant devenu veuf depuis quelques années, de se remarier avec la fille du comte de La Noue.
Il fut mis à la retraite en 1810, octogénaire, après cinquante ans de services.
En 1811, rédigeant sur sa vie quelques notes, que M"* de Salm a pubhées à la suite de sa Notice de 1889, il n'eut garde d'oublier Brissot. Ces lignes, où Mentelle s'honore d'avoir été l'ami du conventionnel alors tant calomnié, méritent d'être citées :
(rJ'ai connu particulièi'ement l'estimable, le vertueux Brissot de Warville, qui avait éirousé la fille d'un de mes amis (M. Dupont). Il a été bien mal jugé ou plutôt odieusement calomnié quand on l'a cru poussé par l'ambition. C'est, au contraire, l'ambition et la jalousie de celui qui tyrannisait alors la France qui l'ont perdu. Il n'a eu contre lui qu'une tête trop ardente et le fanatisme de la liberté. 11 eût consenti à vivre dans une chaumière, parce que c'eût été un état démocratique. C'était d'ailleurs la vertu même et l'homme le |)lu8 i)énétré du désir de faire le bien. Puisse cette justice que je lui rends, parce qu'elle lui est due, avoir quelque influence sur ce que diront de lui les historiens du temps ! i
Et sa production de librairie ne s'arrête pas I On trouvera , dans la France littéraire de Quérard , l'interminable liste de ses ouvi-ages. Qu'il sulfise de dire qu'en octobre 1 8 1 3 , à 83 ans accomplis , il publiait encore une Géographie classique. Ce que vaut cette production , nous n'avons pas à l'examiner ici. Nous nous bornnons à dire que ces ouvrages, superficiels, mais d'une lecture aisée, ont constitué presque exclusivement, pendant cinquante ans environ, de 1780 à i83o, la littérature géographique de notre pays, et que, par leur esprit libéral , ils effrayaient l'inquisition espagnole '*' !
Décoré de la Légion d'honneur par Louis XVIII en 181 4, Mentelle mourut le 98 décembre 181 5 et fut enterré aux frais de l'Institut, par une innovation dont nous avions (à tort) cherché l'origine dans son peu de fortune, et qui paraît n'avoir été que l'application
'" Almanach national de l'an m, p. 691. W Note» de Mentelle, publiées par M"" de
''' En i8o5, lorsque Mentelle publia son Salm.
Atlas des commençants, il en offrit un exemplaire '*> M"" de Salm, Notice.
àM"" Louis Bonaparte, avec une lettre exprimant O Elle interdit le Cours de Géographie de
l'espoir «qu'il pourrait servir aux premières Mentelle. (G. Desdevises du Déierl, /Votes sur
leçon5!)desonpremierenfant(Napolëon-Charlcs, l'inf/uisitinn espagnole an irm' siècle, Paris,
qui avait alors trois ans!). — Voir C. d'Arjuzou , 1899, p. 61. — D'après les archives des Af-
Madume Louis Bonaparte, iii-8", 1901, p. 187. faires étrangères, à Paris.)
APPEIVDICK S.
(l'une règle (ju'il avait l'ail lui-même ëlablir. Barbie du Bocage parla sur sa tombe'''. Le Magasin encyclopédique de i8iC (1, •»ô'j) publia une notice sur lui, par le D' Larche, qui l'avait assiste' à son lit de mort. Son éloge, composé par le secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions (il avait passé dans cette classe lors de la réorganisation de l'Institut par le premier Consul), devait être lu h la séance publique de 1819, mais ne le fut pas, ff faute de temps' , dit l'article de Depping de la Bioffrapliie uniccrselk. Il fut néaimioins inséré dans les Mémoires de l'Académie de cette année-là '*'. C'est Raoul-Rochette qui le remplaça à l'Académie.
W Fun^ailUt de M. Meiilelle, le .îi déceml/re i8i5. (Paris, Didot, s. d., in-4°. ) C'est io discours de Barbit- du Bucage. On y lit : «M. Menlello a lo premier sollicilc l'établissemeiil d'une certaine pompe dans nos funérailles et de notre inhumation dans nn lieu particulier. Il était naturel qu'il trouvât lui-même sa s<'-pullure dans le lieu qu'il avait indiqué... n.
") Voir, dans l'article de Depping de la Bi'ofrraphie universelle, et surtout dans Quérard , France littéraire, VI, 47, la longue liste des ouvrages de Menteile. — Voir surtout : 1° Nolice »ur la vie et le» ouvrage» de Menteile, par M'"' la princesse Constance de Salni (Paris, Didot, i839,in-8°); n° un article très complet de la Biographie Rahhe.
lppendice