‹ Lettres; publieesChapitre 27 sur 72 · CCLXVIII · texte numérisé non relu

CCLXVIII

À SOPHIE'*). — S. d. [6 juin i779]<3>.

6 juin 177g.

Tu l'as bien dit, ma chère Sophie, je me plie pour me relever; ton amie pourrait-elle être lâche? Va, tu ne la distinguerais pas autant et tu la chérirais beaucoup moins si son âme n'était à l'épreuve dos plus sensibles révère. J'avoue que depuis quelque temps je suis violemment exercée; les révolutions se succèdent avec rapidité, les circonstances ne varient que pour accroître la force des impressions. Il faut céder parfois à la douleur pour ne pas user la faculté de la supporter par une résistance opiniâtre. Je ne prétends pas m'élever au-dessus de l'humanité, ni dédaigner le privilège qui lui est donné de se plaindre dans les souffrances ; je ne veux qu'être raisonnable et je suis loin du stoïcisme. Pénétrée de tristesse, j'ai vereé confidemment dans ton sein l'extrême mélancolie dont j'étais accablée, cette effusion a soulagé mon cœur; j'ai senti mon courage renaître, mes forces se renounler. Il semble que, dans tous les genres, l'aveu simple et franc d'une faiblesse suit le meilleur moyen de la surmonter; lorsque je me trouve abattue, je conviens de mon mal , je le dévoile sans déguisement et j'apprends à le vaincre en le faisant connaître.

Mes affaires vont être terminées dans deux jours; le ressentiment de mon père paraît se calmer un peu, mais plus par lassitude de le témoigner que par un changement heureux. Néanmoins cette espèce de mieux me soulage. C'est un avantega 1m situations fâcheuses que le prix qu'elles font mettre aux adoucissements les plus légers. Mais, comme tout ne cesse jamais d'être rigoureusement com-

(l> Ms. 6a38, fol. 45-46. — Lettres d'amour, i5 juin tombe un mardi. Elle est donc du

p. i44. dimanche i3 ou du dimanche 6, et c'est à

'*' Archives d'Agy ; adresse, timbre et visa, cette dernière date qu'il faut s'arrêter, puisque

cachet. — Dauban, t. II, p. 3qq-3o'i. Marin l'hlipon annonce qui- -■■■- nflaircs «vont

(s' L'annotuti'iir inconnu des papiers d'Af»y êlw terminées dans deux juurin , et que c'est

a écrit «iû juin 1779», mais c'est une erreur. en effet lt 1 juin que M réj;le ni eut lieu.

La lettre est écrite un » dimanche n; or le (Voir Lettre* d'ammr, p. i46.)

LETTRES D« Mll>t«E RnUOT». — II. »5

larmim iinokui.

pensé, je suis tourmentée par l'altération que j'observe dans la santé de mon père : les signes que j'en aperçois ne me permettent pas d'asseoir un jugement sur leur cause et je craindrais de deviner. L'état du jeune homme ne me satisfait pas non plus; de nouveaux arrangements que mon père a pris avec lui l'affectent péniblement, et, par-dessus tout, sa tête assez mauvaise, jointe à beaucoup de sensibilité naturelle, en font un être malheureux dont l'aspect est affligeant.

J'ai vu ce matin M. de Châlons, il y a de son côté des singularités remarquables dont je ne t'ai pas entretenue par l'obligation d'une réserve qui n'est pas moins singulière el que j'aurais pu braver avec toi cependant s'il y avait eu la moindre importance à le faire et que je n'eusse pas été dégoûtée depuis longtemps de tous les détails minutieux. Son état est toujours bien languissant, néanmoins l'espérance commence à renaître, la classe est montée tout nouvellement à seize. Les vieux billets ont été convertis en une simple reconnaissance qui me paraît suffisante pour constater la dette, d'autant plus qu'il ne serait pas possible à ces braves gens d'assigner un temps précis et que leur honnêteté le saisirait à la première heure de possibilité.

Tu me parais tristement entourée; l'état de ta sœur me touche et me peine; je partage les affections douloureuses que te donne le spectacle de ton amie mourante. 0 ma Sophie! malgré mes chagrins, je sens que nous trouverions encore dans la société l'une de l'autre un charme bien satisfaisant. J'avais reçu jeudi la visite de ton frère quelques heures avant l'arrivée de la lettre; j'étais déjà toute autre que je ne m'étais montrée à toi il y avait peu de jours. Les crises violentes sont voisines d'une situation consolante. Je t'écris négligemment, avec paix et douceur, en causant malgré moi avec L. F. qui s'ennuie, se déplaît et reste à la maison beaucoup plus que je ne voudrais. Il est dimanche, le temps est beau et chaud; j'aime à garder le logis. Je me sers du prétexte des occupations domestiques pour me dispenser de sortir et pour m'absenter encore plus des maisons où j'allais. M"0 Dp. me querelle de tout son pouvoir, Mm" T. me tourmente, mais je réponds gravement, et je préfère goûter solitairement un moment de loisir plutôt que de le sacrifier sottement à m'ennuyer en compagnie. Le bon M. Gb. m'a demandé hier de tes nouvelles; j'ai fait tes honnêtetés. Adieu, tendre amie, tu es tout ce qu'il me faut pour me soutenir et me consoler; j'ai plus besoin de ton cœur que de ta bourse, et quoique tu fisses avec celle-ci, elle ne saurait me procurer la satisfaction que je reçois de l'autre.

À ROLAND w. — 9juini779.

À ROLAND ». — 10 juin i779.

À ROLAND M. — 1 5 juin 1779.

À ROLAND M. - 17 juin 1779.

CCLXXIII À ROLAND H. — 19 juin 1779.

À ROUND W. — aa juin 1779.

IU 6*38 , fol. 47-^8. — Lettrée d'amour, <»' Lettre! d'amour, p. 1G8, n* un

|>. i5i. (,) M». 6»38, fol. 53-55. — Lettrée d'amour,

W M*. 6*38 , fui. 69-50. — Lettre» d'amour, p. 16g. P- «07- (,) M». 6*38, fol. 56-57. — Littrei d'amour,

<»» Mf. 6*38, fol. 5i-5j. — lettrée d'amnur, p. i75. p. i63.

À ROLAND M. — 24 juin 1779.

À ROLAND W. — 37 juin 1779.

Page 1