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CONTRAT DE MARIAGE DE PIERRE-GATIEN PHLIPON

J'ai sons les yeux l'original du contrat de mariage des parents de M"" Roland, Pierre- Gatien Phlipon et Marie-Marguerite Bimont, passé à Paris, le l 'i juin 1700. par-devant M' Dcrplasscs (l), notaire au Chitelet. Le mariage eut lieu le 3o juin ,;". Les époux avaient le même âge, «6 ans. Phlipon était fils unique; sa femme était l'aînée de six enfants dont die avait été comme la mère (Mémoire», t. II, p. 5).

Ce contrat m'a paru intéressant à divers égards : d'ahord par le nombre des parents et amis qui y assistèrent et le signèrent. Un contrat de mariage, nv'me dans cette très jtetite bourgeoisie, où les apports étaient pins que modestes, était alors un acte beaucoup plus solennel que de nos jours : tous les parents, tons les amis y étaient conviés. A celui do l'lili|Kiii étaient présentes, outre les mariés et leurs ascendants, 54 personnes, dont 34 |HMir les Phlipon et so pour les Bimont. Si Pierre-Catien Phlipon n'avait amené que 5 parents, il avait appelé «9 amis, dont quelques-uns de marque; pour 1rs Bimont, au contraire. 16 parents et 4 amis seulement. Cela indique déjà la différence de situation des deux familles : Phlipon, fils et petit-fils de marchands de vin, sort A peine du peuple: il est peu apparenté et, «n'étant insensible à aucune espèce de représentation* (Mémoire*, t. Il, p. 89). il fait état de ses relations personnelles, tandis que les Bimont. de bourun peu plus relevée, de famille plus nombreuse, se suffisent en quelque sorte k

Cette liste fournit en outre quelques précisions pour la lecture des Mémoire* et des Ijtttm de M"* Roland.

Enfin et surtout, elle nous fait entrer dans le petit monde de marchands, d'artisans ou «d'artistes*, comme on disait alors, où vivaient les parents de Marie Phlipon, et où elle vivait elle-même avant son mariage. U y a donc là quoique intérêt général, et c'est ce qui me décide à donner ici une analyse et des extraits de cette pièce (,).

Par-devant les uwsrilVn do Roi, noUim tu Chitelet de Paris, isianigni'i , forent présenta aanrr IHrrrt-Gititn (sic) Mtpm, maître grateur à Paris, y demeurant plare Dauphin? , paroisse Saint-

0) Almmmth rmpL Detptaases fils, place des "> Jal, fhetionmmn crirasaw de bogrmpkie si

Rarnahite*. qui aura pour nièces— ar en 176K tkittmn, art, Roland.

Durand, ebes qui M" Roland pâmera son « Parrbemio, à folio*, seeaa des actes des

contrat «-n 1 780. notaires de Paris.

x»i CONTRAT DE MARIAGE DE PIERRE-GATIEN PHLIPON.

Barthélémy, fils majeur de défunt Gastien Phlipon, marchand de vin à Paré, et de d*"* Marie- Geneviève Rotisset, son épouse, à présent sa veuve, ses père et mère, assisté et autorisé de ladite dame veuve Phlipon, sa mère, demeurant à Paris, rue Saint-Louis-au-Marais, paroisse Sainl-Gervais, à ce présente, et de son consentement, d'une part; tieur Jacquet Bimonl, marchand mercier à Paris, et d""° Marie-Marguerite Trude, son épouse, qu'il autorise à l'effet des présentes, stipulant pour d'"' Marie-Marguerite Bimont, leur fille majeure, à ce présente, demeurant à Paris avec lesdiU sieur et d'"', ses père et mère, rue de la Pelleterie, paroisse Saint-Jacques-la-Boucherie , d'autre

part :

Lesquelles parties ont fait et arrêté entre elles les traités, clauses et conventions de mariage qui suivent en la présence de leurs parents et amis ci-après nommés :

Savoir, de la part dudit sieur futur époux, dame Elisabeth Meutnier, veuve du sieur Gilles Bureau, bourgeois de Paris, grand'tante maternelle (1) ;

/)'"' Marie-Louise Rotisset, fille majeure, tante maternelle (,);

Sieur Biaise Meusnier, orfèvre à Paris, cousin issu de germain maternel;

D""' Marie Meusnier, fille, ii.sue de germaine maternelle;

Messire Antoine-Guillaume Desmm-lis, chevalier, seigneur de Rorqueberty, Lanery et autres lieux, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, enseigne au régiment des Gardes française*, ami ;

Messire Louis Roberge de Boismorel, écuyer, conseiller du Roy, trésorier receveur général et payeur des renies assignées sur le clergé de France, et dame Anne-Geneviève Brion, son épouse, amis ;

Jean-Baptiste-François-Louis Roberge de Boismorel, écuyer, ami; d'"' Anne-Chritline-Elisabetk - Roberge de Boismorel, fille, amie*'';

Sieur Noël-André-Jean-Baptiste Chereau, docteur en médecine de la Faculté de Paris, ami;

Sieur Jean-Charles Dubos, marchand orfèvre à Paris, ami;

Sieur François Charbonné, marchand orfèvre à Paris, et a*"' Marie-Eléonore Beaugendre, son épouse, amis'4';

Sieur Jean Ducroltay, marchand orfèvre à Paris, ami;

Sieur François- Guillaume Tiron, marchand joaillier à Paris, et d'"' Anne-Catherine Vincent, son épouse, amis;

Sieur Jean-Marie Tiron, marchand joaillier à Paris, et <T'U Catherine-Elisabeth Battre, son épouse, amis;

(1) Par conséquent une sœur de Louise-Geneviève Meusnier, la grand'mère de Pierrc-Gatien Phlipon.

(3) Qui devait épouser peu après Jean-Baptiste Bernard, régisseur du domaine de Soucy, appartenant au fermier général Haudry.

!'> Nous avons ici toute l'opulente famille de Boismorel, apparentée à la mère de Pierre- Gatien Phlipon, mais pas d'assez près pour figurer au contrat autrement qu'à titre d'ami»; d'ahord le père , Louis , occupant alors la charge de payeur des rentes qu'il devait transmettre à son fils, puis sa femme, née Brion, dont les

Mémoires (t. II, p. 76) nous font un si amusant portrait, et dont il est maintes fois parlé dans les Lettres; leur fils, Jean-Baptiste-François- Louis (nous avons ainsi ses prénoms; il devait alors avoir une vingtaine d'années), qui sera l'aimable protecteur de Marie Phlipon en 177") et 1776; leur fille, Anne-Christine-Elisabelh , plus tard M"' de Favières (Mémoires, t. II, p. 916 et pauim; Lettres, 16 février 1776 et ao janvier 1777).

(4) C'est elle qui trouva un jour Marie Phlipon lisant Candide, à 10 ans (Mémoires, t. II, p. si).

COHTHAT DE UBIAG1 DE PIEltllE-i.ATIEN PHLIPON. xm

Sieur Franeoii Bergtot ">, marchand cirier, et «f** Catherine Varoauet, son épouse, amis;

Sieur Franroit Humain, marchand cirier à Paris, ami;

Sieur Jean Rouf tau, graveur à Paris, ami:

Sieur Antoine-Martin Gillet, chirurgien à Paris ami;

Sieur Jean Frtmin, marchand orfèvre à Paris, et f" Anne-Françoite Fouauet, son épouse, amis;

Sieur Ckarlet Martin, marchand orfèvre a Paris, et af"" Fruneoitt Droit, (on épouse, amis;

.S«r«r Pierre Batuufiet, maître et marchand tailleur d'habits, à Paris, ami;

Sieur Pierre-Suhain Moummu, maître grateur à Paris, et af*' Marie-Catkerine Bergtot, son

If*" Marguerite Bureau, lille majeure, ami>". Sieur Sieolae Grognet, tapissier à Paris, ami: Et tieur Martin-boum Demi—, graveur cisaltur à Paris, ami :

Ainsi, sur les 99 amis conviés au contrat de Phlipon — ou plutôt les 1 9 , si on retranchiles femmes, — nous trouvons, à cote* des BoismorH, un chevalier de Saint-Louis, un médecin, un chirurgien . ajmfj . <rf-\res. deux joailliers, trois graveurs, en tout dix «artistes», tous du monde de la place Danpbine.

Passons ans parents et amis de la mariée :

Damu Maria Brunet, veuve As sieur Guillaume Trude '•*', marchand miroitier à Paris, aïeule matfrn*"!!»' :

If*" Jaeaueline-Franeoite Bornent, fille, sœur:

Sieur Adrien-Jacauet Bimont, frère;

Sieur Pierre-Nicolas Bnmmt . frir

//** Marguerite Jeaume Touttimt Bimtout, sœur:

Sieur Etienne Hintant, marchand miroitier i Paris, et af* Jeanne- Germaine Trude, son épouse, onde et tante maternels;

Sieur Louu Renard, receveur de la manufacture royale dus glaees, sodé maternel, à cause de la défunte d-" Harie-Anne Trude, son épouse;

Sirur Jean Houguel , marchand miroitier a Paris, et af*' Claude Trude, son épouse, onde et tante maternels;

Strar Jean-FrançtÀs Daere, marchand bijoutier, et af' Mm is Jtamen Hintant, son épouse, cou- Sieur Pierre -Antoine Régnier, marchand bijoutier à Paris, et af** Marguerite Jtannt Hintant, son

tf"" Marie-Anne Hintant, fille, cousine germaine; tf*" Marie-Charlotte Hintant, fille, cousine germaine;

iroi-

san» doute un parvnt de ce 11. Bergcot, quelques générations le commerce de la m

officier d'artillerie à la Guadeloupe, «intime et teries (Mimairet, L II, p. 117).

ancien ami de asea père et mère, homme d'assex f> Cest celui qui sera «le cher oncle*, le

compagnie* . dont parle Marie Phlipon «petit onde*, chanoine de la Sainte-Chapelle

os sa lettre du 1 3 avril 1773. de riateanes. dont parlent si souvent les Lci/c»

m tires Trude faisaient de père en fils depuis et les ,

xviii CONTRAT DE MARIAGE DE PIERRE-CATIEN PHLIPON.

Sieur Nicolas Gervais, receveur du domaine, et àAU Jeanne-Elisabeth Honelle, son épouse, Sieur Louis Belkiiger, marchand orfèvre à Paris , ami ; El d'"' Jeanne Gervait, fille, amie.

Suivent les clauses du contrat, dans lequel les futurs époux promettent de faire célébrer le mariage «en face d'église incessamment».

J'abrège le grimoire, pour n'en retenir que les stipulations essentielles :

. . .Seront lesdits futurs époux communs à tous biens meubles et conquels, immeubles, suivant la coutume de Paris, au désir de laquelle la future communauté sera régie et gourernéc, et les biens qui la composent partagés. . .

. . .lesdits sieur et dame père et mère de ladite future épouse lui constituent en dot, en avancement sur leur succession future, la somme de deux mille livres M, dont quinze cents livres en deniers comptants que les père et mère de ladite future épouse promettent de fournir auxdits sieur et dc"° futurs époux la veille de leur mariage, et les cinq cents livres de surplus tant H la maîtrise de maîtresse sage-femme à Paris, en laquelle lesdits sieur et dame péro et mère de ladite d'"* future épouse promettent de faire recevoir incessamment et à leurs frais ladite d'"* future épouse, qu'en habits, linges et bardes à son usage personnel.

Et le 29 juin, veille du mariage, Pierre-Gatien Pblipon et sa future reconnaîtront in effet, par une déclaration ajoutée au contrat, avoir reçu des Bimont 1,700 livre»,

. . .savoir i,5oo livres en deniers comptants et 200 livres pour faire recevoir ladite d*"* future épouse à la maîtrise de maîtresse sage-femme, comme aussi qu'ils leur ont remis et délivré les habits, linges et bardes, et les déchargent de l'obligation par eux contractée par ledit contrat de mariage de faire recevoir à leurs frais ladite future épouse en ladite maîtrise de sage femme, et s'oblige ledit sieur futur époux de l'y faire recevoir incessamment.

De cette circonstance curieuse, la mère de M"' Roland maltresse sage-femme, nous ne trouvons aucune mention dans les Mémoires. On ne saurait d'ailleurs dire si Phlipon, apré> avoir reçu les a 00 livres que devait coûter cette réception et s'être chargé d'y faire procéder, a tenu son engagement, et si sa femme a exercé la profession qu'on lui ménageait.

Il est stipulé d'autre part que, des biens apportés par les deux époux, ril entrera de part et d'autre en la communauté, jusqu'à concurrence de 1,000 livres, le surplus pouvant leur échoir pendant le mariage par succession, donation, legs, etc., leur demeurant propre et aux leurs de chaque côté et ligne».

Le futur époux assure à la future épouse un douaire de 100 livres de rente, le fonds de ladite rente devant être réduit à 1,000 livres seulement pour les enfants.

Ces extraits, ramenés à l'essentiel, permettront de mieux suivre les réglemente de succession qui eurent lieu, après la mort de M"" Phlipon (7 juin 1775), en 1778 et 1779, entre le père et la fille.

"' ttMa mère avait apporté en dot, avec fort peu d'argent, une âme céleste et une charmante figure. . .» (Mémoires, t. H, p. 5).

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