CCXCVIII
À ROLAND M. — 11 septembre 1779.
CCXCI\
A ROLAND <s>. — i5 septembre 1779.
CCG
À ROLAND W. — 19 septembre 1779.
i'> Mi. 6a38 , fol. 96-96. — Lettres d'amour, I»1 M*. 9533 , fol. 67-7 1 . — Lellrtë d'amour,
fol. i65. p. 380.
<»> M». 9533 , fol. 65-66. — Lettrée d'amour, <*> M». 953 1 , fol. 73-7 5. — Lettre» d'amour,
p. 169. fol. ■■I,:;.
('» M». 6s38, fol. 97-99. — Ltttrei d'amour, <*) Mi. 6a38, fol. 100-101. — Lettrée
p. 17 a. d'amour, p. 3ot.
ceci
À ROLAND 1'). — 21 septembre 1779.
CCCH
À ROLAND <2). — 22 septembre 1779.
À ROLAND'3'. — [93 septembre 1779.]
À ROLAND M. — 2 4 septembre 1779.
À SOPHIE (5). — 9 octobre 1779.
3 octobre 1779.
Tu me laisses bien longtemps sans me donner de tes nouvelles : ne dirait-on pas que, satisfaite de parcourir et d'observer différents lieux, tu as déposé le souvenir de ton amie en quittant ta maison pour ne le reprendre qu'en venant habiter celle-ci ? Sais-tu combien de choses étranges peuvent arriver dans l'espace de six semaines écoulées <6) depuis que tu ne m'as écrit? 0 ma Sophie! Que de révolu-
K> Ms. 6a38, fol. io5-io6. — Lettre* W Archives d'Agy; adresse : « pour remettre
d'amour, p. 3o4. à l'amie Sophie». C'est donc un billet inclus
(1) Ms. 6a38, fol. 107-108. — Lettre» dans une autre lettre à Henriette, qui manque. d'amour, p. 3o8. — Dauban, t. II, p. 4oi-6oa.
M Ms. 6a38, fol. 10a. — Lettre» d'amour, M Par conséquent depuis la lettre à laquelle
p- 3i4. répondait celle du 18 août et dans laquelle
(4> Ms. 6a38, fol. 109-110. — Lettre» Sophie annonçait son départ pour Boulogne et d'amour, p. 3i4. les Flandres.
tions pénibles et déchirantes ont peut-être affecté, tourmenté ton amie! Un jour (encore éloigné), revenant sur le passé, nous remarquerons ensemble que le temps de ma vie où notre communication ne fut pas la plus vive aura été celui où je ne fus pas le moins exercée. Tu me demandais il y a quelque temps quand viendrait l'in-lant où je souffrirais que ton amitié se développât envers moi par des services qui me lussent utiles : il est arrivé, cet instant : fais usage des droits que mon estime t'accorde, je t'en abandonne l'exercice et je t'offre l'occasion de les employer. J'aurais besoin actuellement de trois à quatre cents livres'1'. Il serait bon que je les touchasse sous douze jours à peu près; ce sera pour moi le moyen de prendre une détermination qui influera sur le reste de ma vie. Je ne puis t'en dire davantage et c'est t'en dire encore plus que je ne voudrais qui fût su par tout autre. Je ne me flatte pas assez pour mjAnt de pouvoir te remettre cette somme île longtemps, et je suis trop franche pour te l'annoncer. Hâte-loi de me répondre si je dois compter immanquablement sur ton aide; je voudrais l'apprendre jeudi. Je vais à Vincennes passer quelques jours et je désirerais savoir à mon retour ce que je puis attendre.
Je n'ai rien à joindre à ce témoignage de mes sentiments qui soit capable de te les prouver plus fortement, et je n'ignore pas que l'instant où je requiers de toi ce service n'est point celui de te parler de l'amertume dont je suis abreuvée. Adieu, Sophie.
Je sens bien, par réflexion, qu'il n'est guère possible que tu me répondes au>M \ile. puisqu'il est douteux que tu sois de retour; ainsi je souffrirai moins impatiemment le retard de tes nouvelles.
À ROLAND W. — a octobre 1779.
■I Marie l'hlipou a besoin de cette somme p. 3s5). Mais elle ne l'eiéculora que dans les
jK>ur quitter son père et se retirer au couvent. premiers jours de novembre.
Ain-i, dès U rommeno'mi'nt dVtobre, sa ré- M Ms. 6ï38, fol. 111-119. — Lettre»
solution est prise (voir les iMret d'amour, d'amour, p. 3l5.
À SOPHIE!1). — 9 octobre 1779.
A Vincennes, le 9 octobre 1779.
Non, ma chère, je n'avais pu le prévoir; je devais attendre des circonstances bien différentes; tout a changé : je ne cessai de te considérer comme mon amie, je te retrouve et je deviens ton obligée sans gêne et sans confusion. Les révolutions les plus singulières, les plus flatteuses et les plus atroces se sont succédé autour de moi pour varier mon supplice et prolonger mes tourments; c'est à présent qu'il n'est plus d'illusions pour ton amie, à moins que l'amitié même n'en soit une; s'il en était ainsi, j'espérerais encore que tu la ferais durer autant que notre existence. Quant à la vertu, elle est d'un grand prix sans doute, puisqu'elle tient lieu de tout autre bien et que nul ne subsiste longtemps sans elle: mais, excepté les remords, elle n'évite aucun des maux et semble, au contraire, les attirer tous sur elle. Le rocher inébranlable au milieu des flots courroucés qui l'environnent de toutes parts ne fut jamais qu'un emblème chimérique du sage : celui-ci, dans son élévation, serait plutôt comparable à la cime majestueuse de ces montagnes toujours frappées et défigurées par la foudre. J'ai connu tant de sacrifices que d'autres personnes à ma place pourraient penser n'en avoir plus avoir à faire : la bizarrerie de ma destinée m'empêche de me leurrer d'un semblable espoir. Enfin, je commence de respirer, le calme se rétablit un peu dans mon âme; il faut un terme aux choses, j'en vais mettre un par une résolution profondément méditée, soutenue des avis de ceux dont j'ai dû chercher et m'assurer l'approbation ; j'entrevois l'ombre d'un état supportable, mais l'inquiétude ne peut plus me quitter, et si jamais le sourire revient sur mes lèvres, ce sera celui de la pitié, plus souvent amer que touchant. J'ai cru au bonheur malgré des épreuves cruelles. Aujourd'hui (je voulais dire qu'il n'est qu'une chimère, tu m'empêches de le
prononcer).
Voilà huit jours que je suis ici, je croyais n'y être que trois fois vingt-quatre heures, on m'a retenue par des instances dont la douceur m'a vaincue. J'écrivis à Paris pour que l'on m'envoyât les lettres qui seraient arrivées, j'ai reçu les tiennes ce matin. Je me hâte de te répondre; mon silence doit te surprendre à juste titre. Je compte retourner lundi prochain, je ferai dès lors usage de ton
O Archives d'Agy; adresse, timbre de la poste de Vincennes, cachet. — Dauban, t. II, p. âoa- 4o6.
WNEE 17 79. 401
billet et je pourrai t'apprendre, au commencement de l'autre semaine, le changement que je projette. Je t'épargne des remerciements qui blesseraient ton cœur et ne peindraient pas encore ce qu'éprouve le mien, ma confiance te dit assez tout ce que tu es faite pour sentir. Oui, ma Sophie, tu le veux, aimons-nous; tu sais combien tu m'es chère : tu ne sais pas encore tout ce que l'expérience et la comparaison te font gagner dans mon esprit. Va, rien au monde ne peut balancer la droiture et la sincérité; hélas! avec moins de l'une et de l'autre, je serais plus heureuse en apparence (et plus misérable en effet). Du moment où je fus capable de réfléchir, j'établis le témoignage satisfaisant de ma conscience pour la base de ma félicité; je n'eus presque jamais que cette base, je la conserve précieusement au prix le plus cher qu'il soit possible de la payer. Encore passe, tant que les devoirs ne sont que pénibles, mais lorsqu'il y a contradiction entre eux, il ne reste plus que le choix des douleurs : c'est ma situation; telle je suis, disais-je dernièrement dans un accès de tristesse, jeune encore, affligée, sensible, fière, opprimée, je porte mes pas errants dans un espace immense où mes yeux ne distinguent que la variété des souffrances dans le trouble du chaos. J'avance en frémissant, je baisse la léle et j'attends les derniers soups.
Ne t'affecte pas de mes maux, ils sont moindres qu'ils n'ont été; tu les adouciras toujours; je l'en dirai davantage quand il sera temps de m'expliquer.
On m'appelle, je te quitte, adieu.
À SOPHIE (•). — a3 octobre 1779.
•j3 octobre 1779.
Sans pouvoir encore, ma chère Sophie, l'instruire de ce que je croyais faire, je veux au moins rompre un silence qui te donnerait de l'inquiétude. Mon séjour à Vincennes fut prolongé jusqu'à lundi dernier !2); cette vacance assez agréable, en relardant mes opérations, m'a fait d'ailleurs beaucoup de bien; ma santé, mon iieur, mon esprit en avaient le plus grand besoin : je suis mieux portante, moins accablée, pfofl résolue, et j'ose entrevoir sinon du repos, du moins des peines supportables. Les ménagements, donl je me plais à accompagner tout procédé qui peut faire de vives impressions, entraînent des longueurs qui retardent ma déter-
'" Archive» d"Agy; adresse, limbrevt visa .cachet. - Dauba 11, t. II, p. to&-to5. — ■*) t8 octobre. Elle y était depuis le a.
LF.TT»r.S DE VtDiME IOLi*I>. — II. !<)
mination, c'est-à-dire l'effet qui doit résulter de celle à laquelle je me suis enfin fixée, après des incertitudes cruelles, d'affreuses perplexités et le déchirement le plus horrible. Je me suis efforcée de réunir, autant qu'il m'était possible, tout ce qui se trouvait capable de me guider avec le plus de sagesse et de sûreté : il est des circonstances où l'évidence est presque inaccessible et le moins de maux le seul avantage à se procurer. Vertu, raison, courage, sensibilité, vous n'avez encore payé qu'en malheurs les sacrifices que vous m'imposâtes! Je vous suis cependant, et je sens mon existence attachée à la fidélité que vous exigez. Toi seule, amitié, sus m'offrir et me réserver constamment un charme adoucissant, un appui consolateur au milieu de mes tourments. Ma chère Sophie, combien de pleurs a versés ton amie depuis un certain temps! Que de douleurs étouffées en silence ou exhalées loin de toi! Nous nous verrons un jour : c'est mon espoir; adieu.
Je n'ai pas encore usé de la lettre de change que tu m'as envoyée : je compte ne plus tarder beaucoup. Il faut en finir et je m'arrange à ce dessein.
J'ai donné tes souliers à faire avec l'ordre de les porter chez M"" d'Hangard. que je n'ai pas eu le loisir de voir depuis mon retour; je ne les ai point pris pour moi, ils meussent élé inutiles dans cette saison, où j'en mets d'une autre couleur. Je n'ai point dit qu'on me les apportât, pour éviter un inconvénient probable dans l'instabilité de ma position.
Je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.
À ROLAND O. — 27 octobre 1779, avec P.-S. du 3o.
GCCX
À SOPHIE*2'. — 1er novembre 1779.
1" novembre 1779.
De tous les états, sans doute, celui de l'incertitude est le plus cruel; ma situalion n'est pas embellie, mais je souffre un peu moins depuis que je suis absolument déterminée à lui donner une nouvelle face. Je me tais avec toi depuis longci Ms. 6a38, fol. 1 13 - 1 1 5. — Lettret <* Archives d'Agy; adresse, timbre et visa, d'amour, p. 333. cachet. — Dauban, t. II, p. 4o5-448.
temps, ma chère amie, tu pourrais t'en plaindre si tu me connaissais moins, et je te connais trop moi-même pour chercher à m'excuser. Tu dois être si bien assurée de mes sentiments que tu ne peux douter de la justesse de ceux qui, sans arrêter la communication ni diminuer la confiance, m'ont empêchée de te dévoiler parfaitement tout ce qui venait m'atfecter; je suis, de mon côté, si fort pénétrée de l'idée de celte équité dont tu lais ta règle que je ne saurais former le moindre doute sur l'usage que tu dois en faire dans cette circonstance. Tu me parais très bien avoir saisi l'objet présent de mes résolutions, quoique je ne l'eusse pas encore désigné clairement; oui, ma chère Sophie, apprends-le et plains-moi, il n'est question de rien moins que de quitter mon père et de me retirer au couvent. Ce n'esl pas le choix de cet asile qui m'afllige; mes goùls, ma façon de vivre me feront trouver celte retraite assez douce; mais quitter mon père, l'abandonner, pour ainsi dire, à l'époque où les soins vigilants d'une personne attachée doivent naturellement lui devenir plus nécessaires chaque jour; sortir d'une place où la convenance me retient moins fortement encore que le sentiment, faire un éclat, donner à penser sur les raisons que mon père me fournit pour me porter à celte démarche : voilà ce qui m'est pénible et décimant. Tu crois peut-être que mon père va passer à de secondes noces : il est possible qu'il le fasse quand il sera seul, mais il n'en est pas question et ce n'est pas le réel motif de mon départ, quoique ce soit celui que je donnerai légèrement aux indifférents eu présentant ma retraite comme une chose faite par avance pour en prévenir la nécessité, et pour laissera mon père toute sa liberté, en prenant un parti qui nous convient à tous les deux. La raison, la prudence, ma famille, ma santé, la vue de l'avenir, la considération du présent me le font choisir pour ne pas nous perdre deux • 'iiscmble sans prolit pour personne. Tu sens que, rapport à mon père, je ne puis découvrir ces motifs à d'autres, et qu'il m'est impossible d'en donnera toi-même un détail satisfaisant par écrit, parce qu'il lient à un ensemble d'affaires et de circonstances dont la connaissance ne saurait se donner prumptement. J'ai senti Imites les horreurs de la perplexité; tantôt, retenue par la voix puissante d'un attachement qui ne peut jamais s'éteindre, je voulais demeurer à tout prix et sacriGer sans réserve ce que j'avais à perdre; tantôt, frappée des inconvénients, je voyais, au contraire, dans ma retraite un port que m'offrait la raison, avec quelques moyens de me rendre peut-être dans la suite plus ellicacemenl utile; d'ailleurs, c'était donner un véhicule et réveiller l'attention par la nécessité de l'appliquer .1 ses affaires et de les diriger mieux. Knliu . après un balancement long et terrible, j'ai voulu m 'ouvrir avec mon père même pour lui représenter sa situation , raisonner sur les moyens de l'améliorer, pour sonder son âme encore une fois, examiner quelles ressources je pourrais espérer en tirer, et conserver, s'il était possible, dans tous les cas, la bonne intelligence et la paix. J'ai rempli
ùQà LETTRES DE MADAME ROLAND.
toutes mes vues à force de soins, d'adresse et de ménagement. Au moyen d'un petit sacrifice, je l'ai mis dans une position qui n'est pas inquiétante; il peut, à l'aide de ce qui lui est propre, se soutenir passablement sans moi; j'ai vu, par l'exercice même de cet expédient, à quoi je devais m'arrêter e! ce qu'il fallait attendre de mon père dans telle supposition, d'après quoi j'ai fini par l'amener à trouver lui-même ma retraite louable et prudente.
Voici donc à quoi nous en sommes: j'ai loué à la Congrégation un petit logement de vingt écus que je dois occuper dans cinq à six jours ; j'y serai à ma cuisine et je compte m'y tirer d'affaire avec mes 53o livres de revenu et toute l'économie que les bornes de ces facultés exigent. Le déplacement est un moment de dépenses a?sez considérables auxquelles j'aurais pu rigoureusement suffire avec quelques fonds dont j'étais en possession : j'ai préféré recourir à ton amitié, afin de pouvoir employer ce que j'avais à faire à mon père une avance très utile pour son à-propos, sans être bien conséquente en elle-même; par ce moyen, je suis tranquille à son sujet, je fais face aux frais de nécessité, j'attends mon revenu et je te dois la possibilité, l'aisance d'achever, d'accomplir tout ce que mon cœur pouvait ambitionner pour adoucir l'amertume de cette séparation. Je suis d'accord avec mon père, nous nous quitterons en bonne amitié (singularité très grande et vrai coup d'Etat pour moi), je conserve le privilège de venir le voir souvent, de veiller à ce qui se passe et d'être toujours prête à le servir au cas de maladie et d'accident. Quant à moi, j'ai le projet de me remettre dans mon particulier à cultiver ma géographie, ma guitare; je chercherai à faire usage de ces talents en me procurant quelques écolières, afin de m'occuper utilement et d'augmenter d'une manière honnête les moyens de satisfaire les besoins que mon cœur me donne. Je sens que l'exécution de ce projet ne peut être prompte, mais elle ne me paraît point chimérique; avec du temps, de la volonté, du talent, des connais- :ances, on vient à bout d'entreprises plus difficiles. Ce n'est pas sur ce ton que je m'annonce et que j'entre au couvent; mais quand une fois j'y serai, que j'aurai fixé la considération , l'amitié que l'on veut bien déjà me témoigner, je dresserai mes batteries et j'en préparerai l'effet; je me fais ainsi l'idée d'un petit état, convenable à'1' , conforme à mes goûts et cap'able de m'assurer une existence
agréable. Je suis présentement dans l'embarras des'2' acquisitions et des
arrangements nécessaires à quiconque fait son ménage.
Voilà, ma chère bonne amie, l'abrégé succinct des motifs qui me conduisent, des circonstances où je suis et des choses qui m'occupent. Je ne compte pas sur ie bonheur, très peu sur l'avenir, point du tout sur les événements. J'ai la volonté constante de faire tout pour le mieux afin de me conserver le témoignage favorable
Mois ronfles; ma situation, ]irul>al)lpmpnl. — (,) Mots rongés.
de ma conscience, unique prétention que je conserve et dont je fasse ma salisfaction. J'ai connu toutes les douleurs, je ne crains que les remords, je puis délier les autres maux. La vie n'est qu'un enchaînement de bizarreries; je la finirai ell'roi, ou je la supporterai sans impatience. Les hommes, toujours à plaindre, sont presque tous des fous qui s'abusent, ou des fripons qui se trompent, bien plus dignes de pitié que de haine. Les passions ne sont que les mensonges riants ou terribles du bel âge : la science n'est que vanité, bluetles amusantes pour ceux qui m l'apprécient pas au-dessus de sa valeur; la vertu seule est quelque chose, car elle soutient dans les chagrins et dédommage de toutes les privations; lorsque l'amitié l'accompagne, il faut remercier le sort el jouir en paix de ses dons. ...... '' la sieur; j'aimerais à la voir, je souhaite ce plaisir, distribue DM
ptetl et mes civilités. Je suis à toi, comme tu le veux, ton amie sans réserve.
P.-S. J'ai reçu ta dernière après avoir mis la mienne à la poste.
À SOIMIIK . — 10 novembre 1 77'.)-
Du io novembre 1779, au soir.
Ma lettre aura croisé la tienne, ma bonne amie, je regrette cette contrariété; 11 11 peu plus tard j'aurais joint ma réponse aux choses déjà exprimées et j'eusse tout fait d'une fois. Tes nouvelles m'ont pénétrée, je te vois toi-même allligée par des 1 rî'ti's »•( d'autant plu agissantes qu'elles «ont plus concentrées. Com-
bien ces chagrins de famille sont cuisants et amers! Hélas! c'est au milieu des qu'une âne droite, aimante, éclairée sur la fausseté, les disgrâces qui suivent trop souvent les relations multipliées, se plail à se renfermer : qu'il est triste de trouver la source de ses douleurs dans les mêmes liens qui devraient r à charmer celles donl les événements ne nous laissent jamais manquer! l'u n'attend rimai -or les maux, j'oubliai un instant les miens; ils se sont représentés dans toute leur étendue quand j'ai senti l'obstacle qu'ils apportaient à la consolation que je cherchais à te procurer.
Tu t'affectes pour moi, ma position t'inquiète et t'attriste : mon amitié abusée voulait jeter sur tes plaies un baume adoucissant et je ne l'offre en moi que des
W.iN ragfc — ''' Archives d'Agy; adresse, timlir.' et visa, rachet. - Daulian, t II, p. 4o8-'i 1 1 .
malheurs à connaître et des sensations pénibles à partager. 0 mon amie, ma chère et fidèle Sophie, ne t'offense pas, ne te plains point de l'espèce de réserve avec laquelle je t'ai entretenue des sujets de mon affliction; je n'ai jamais trahi la douce confiance qui fait la base de l'amitié, et si mon cœur serré, flétri, ne s'est pas toujours à Ion égard livré aux effusions qu'elle produit dans des temps heureux, la faute en est aux circonstances, qui m'en ont imposé la nécessité sans le concours de ma volonté.
Tu veux que je t'expose nettement les motifs de ma séparation d'avec mon père; ils ne tiennent point, comme lu pourrais l'imaginer ou le craindre, à aucune révolution marquée dans les affaires : ils résultent de la conduite soutenue et de la façon d'être de M. P. (1> développée journellement dans une suite d'actions et de petits événements, impossibles à détailler, comme je l'ai déjà dit, quand on ne l'a pas fait à mesure qu'ils se sont succédé. M. P. n'est point un homme méchant ou abandonné, mais entraîné par des habitudes, dépourvu de cette justesse d'idées qui fait conserver un certain ordre jusque dans les plaisirs, devenu insensible aux moyens que je pouvais employer pour le ramener, blasé sur les choses dont le goût et la pratique constituent l'homme équitable et vrai, il était parvenu au point de faire redouter que le peu qui me reste ne fût pas à l'abri d'être altéré si je restais davantage avec lui. Sans attribuer une utilité bien grande à ce peu qui fait mon avoir, l'assurance des petites rentrées qu'il procure, telles qu'elles fussent, donnait une sorte de confiance illusoire par la négligence qu'elle autorisait sans que cela parût et qui eût enfin amené le besoin de toucher au fonds. J'ai balancé prodigieusement, ainsi que je te l'ai fait connaître, à risquer tout au monde plutôt que de l'abandonner, mais quand j'ai eu bien réfléchi qu'en sacrifiant mes ressources je n'en fournissais pas de suffisantes pour l'avenir, lorsque je me suis bien assurée par différentes tentatives que ma présence ne pouvait produire de changement, qu'elle était à peu près inutile à plusieurs égards, que, par mon absence, le sentiment éveillé de la nécessité était plus propre à ramener l'attention et l'activité, j'ai compris qu'il m'était permis d'agir pour la sûreté de ce qui m'appartenait et que la prudence m'en faisait une loi, comme mes parents le but de leurs avis. J'ai regardé autour de moi pour voir s'il ne serait aucun étal qui pût m'exercer et me fixer honnêtement : je n'en ai point vu qui n'entraînai d'abord l'obligation de quitter mon père, ensuite celle de sacrifier du temps et de l'argent sans détruire l'incertitude de réussir après en l'exerçant. Je jugeai que la retraite, dont mon être avait d'ailleurs si grand besoin, me présentait un port où je pouvais m'arrêler, en cherchant à y perfectionner quelques talents dont, avec le temps, je ferais une application utile. Alors, j'ai voulu raisonner avec M. P.
C Af. Phlipon, ou mon père.
même de cet expédient : son état m'inquiétait, il avait quelques dettes; quoique faibles en elles-mêmes, je les trouvai conséquentes par proportion; en employant à en éteindre l'essentiel l'argenterie que j'avais, je l'ai mis à peu près au pair; HM a\ee les recettes que M. P. a à faire et le courant de son élat, il peut se soutenir passablement. J'ai calculé avec lui de combien mon revenu lui pouvait servir, par quelle sorte d'économie résultante de mon absence il pourrait balancer
cette petite utilité, comment il s'arrangerait s'il était seul et je lui ai pré-
MBti noir, -'paiation, non pas précisément comme la triste nécessité que m'imposait sa façon de faire et la crainte qu'elle inspirait, c'eût été l'humilier et le démanger, mais connue un moyeu, lent il est vrai, de me faire un état et de remédier ainsi :m\ maux dont nous étions menacés ensemble et qu'il subirait enfin s'il n'y prenait gaule pour l'avenir. Ma résolution dépendait encore de sa manière de répondre à toutes ces eboses cl elle en a été la conséquence. Depuis mon départ, il a pris des arrangements avec un jeune garçon engagé gratuitement il y a déjà du temps, pour le charger des ollices grossiers de la maison auxquels il est très propre, sans perdre pour cela la faculté d'apprendre son état, s'il en t--\ capable; il se donne du mouvement pour avoir de l'occupation à donner au I mpa;;noii. et il n'en manque pas, il dispose son logis avec une sorte de complaisance et parle déjà de faire abattre un petit cabinet construit à ma réquisition. Muant à moi, j'ajouterai, pour répondre à les questions, que ma famille est parfaitement instruite de ma position, mais que je n'attends d'elle aucune sorte de secours; ceux d'entr'elle (tic) dont je pourrais en accepter sont trop gênés dans leur état, quoique aisés extérieurement, pour m'en procurer des plus faibles : des autres, je ne puis, ou ne dois en recevoir. Mes contrats sont tels qu'il ne m'est pas non plus possible de les fondre pour en faire du viager; ce qui vient de ma mère e-l grevé d'une hypothèque, le reste est en effets royaux sur lesquels je perdrais, en les vendant, tout le gain d'un placement plus avantageux. Je ne crois pas impossible de vivre avec mon revenu, en étant, comme je suis, à ma cuisine; je n'ai que pour Go"1 de loyer, au moyen d'une association «gui me soulage de moitié -ans m'apjiorter aucune gêne, à cause de l'absence continuelle de celle qui loue l'antichambre, uniquement pour avoir le droit d'entrer (et se procurer la facilité de voir ici une amie chez qui elle loge quand elle vient en passant) sous le prétexte de s'assurer un asile pour l'avenir. Quelque dépense à faire en présents «I usage, aux temps marqués, est donc la seule de surcroît dont je paye le choix du couvent, indispensable d'ailleurs par les convenances. Voilà, ma bonne amie, l'exposé surcinct et lidèle des choses qui te préoccupent pour moi : sois plus tranquille; il est une sorte de bonheur auquel je puis encore prétendre, puisque lu me restes et que je serai libre de savourer tous les charmes de la solitude et du silence que je cherche uniquement.
Je ne te dirai pas combien j'apprécie tout ce que ton attachement t'a fait faire, tout ce qu'il te fait exprimer et souhaiter : tout est recueilli dans mon cœur; c'est là que doivent être gravés les procédés de la tendresse; on sent dans ma position ce que vaut la délicatesse qui les caractérise, et c'est parce qu'on le sent si bien qu'on en parle moins.
Tu ne me dis pas si je verrai ta sœur. Embrasse-la pour moi.
M"0 d'Hangard me témoigne, en effet, beaucoup d'intérêt; elle sait à peu près ma situation, je dis quant à mes facultés et à mes projets, mais sans détails sur le reste. Adieu, ménage ta santé, ne t'afflige point. Hélas! tu es la consolation d'une mère, tu ne vis pas inutilement. Je t'embrasse tendrement.
À ROLAND'1». — u novembre 1779.
A ROLAND'2). — 17 novembre 1779.
À ROLAND'3'. — 27 novembre 1779.
A Monsieur Roland de la Platière, inspecteur des manufactures à Amiens.
(Timbre de la poste.)
Vas! si j'étais ce que... '4' derais avec plus d'empire... M dis, avec une ironie amère, presque au-dessus des faiblesses humaines, je ne serais pas la proie d'un sentiment inconcevable qui m'égare, me transporte sans cesse, après m'a voir ravie
(1> Ms. 6a38, fol. 116. — Lettres d'amour, tueuse correspondance de 1779, numérotaient
p. 347-35i. rcsjiectivement leurs lettres. La précédente (du
<8> Ms. 6a38, fol. 117-118. — Lettres d'à- 17 novembre) porte le n" 57; la suivante (du
mour, p. 354. 4 décembre) le n° 60. Il en manquait donc
<5' J'ai publié, dans V Amateur d'autographes deux à cet endroit. Cette lettre du 27 nod'août - septembre 1911, cette lettre, qui vembre, numérotée 5g*, comble ainsi une parm'avait été communiquée par M™" Marion, ar- tie de la lacune dans la série des Lettres d'arière-petite-fille des Roland. mour.
Roland et Marie Pblipon, dans cette tumul- <4> Déchirures du papier.