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CCCXXVII AUX DEUX SOEURS

J'ai en poche des anecdotes et des extraits pmir vous envoyer; l'affaire, c'est de les écrire; si vite que j'aille, c'est toujours long quand on a d'autres occupations. Je voudrais pouvoir vous envoyer mon esprit en nature, par petites parcelles; je formerais entre vos mains un fonds qu'il ferait bon trouver dans l'occasion; mais c'est une chose terrible que de se calquer et tout s'évapore dans l'opération; il y parait, je déraisonne; adieu, mes amii--.

O Archives d'Agy. — Le morceau détaché rejeté tont à fait à la lin de la correspondance,

est peut-être de 1778- D»ns le doute, je l'ai C'est une Gn de lettre.

A ROLAND'1'. — [9 ou 10 novembre 1777-]

Je veux vous écrire, niais en vérité je ne sais trouver ni paroles, ni expression. Si j'étais en ce moment transportée près de vous, l'intérêt et l'attendrissement ■M ni" brait éprouver votre situation ne me laisseraient d'autre langage que le -ilence; la force d'une imagination émue supplée à la présence de la réalité; je MM à vos côtés, je vous vois et ne puis rien vous dire. Au nom de l'amitié, mén.igez-vous, ne nous arrachez point l'âme; attendez les forces, ne vous pressez pas si fort de revenir; je ne puis supporter l'idée de vous savoir en route par une telle saison, avec une telle faiblesse. Je craignais tout cela, je le pressentais, je m'en étais chagrinée ;ivant de l'apprendre : ces trois dernières semaines m'ont paru une éternité. Quelle vie! Je donnerais la mienne pour rien. . . Ah, si faitl ce serait pour le prix d'une autre; mais, point du tout! je veux. . . vous revoir. Je ne sais trop ce que je veux, ni ce que je vous écris; ne m'écoulez guère, croyezmoi pourtant un peu. Vous avez donc voulu qu'on m'instruisit de votre état, vous avez pensé. . . Oh! vous avez bien raison, j'irai voir ce bon frère, si attentif, si complaisant; je voulais y aller plus tôt. Qu'est-ce qui me retenait? Il est venu ici plusieurs fois sans me rencontrer. Eh bien, s'il est vrai que les dispositions de

"I Papiers de Rmière. — Roland, inalad" à transcrire dans une lettre qu'il écrit à Roland

\ illrfianrhe, dans sa famille, avait chargé son le ta nouinlur. Gm indications justifient lu

l'uTre, alors prieur du collège de Cluny date que j'assigne à celte lettre.

à Paris, d'informer M"* Phlipnn de son état, Elle aurait dû d'ailleurs prendre place dans

ce dont le prieur s'était acquitté le 8 novembre le texte, après la lettre oun. Mais je n'ai eu

(Lettre* d'amour, p. 43). La jeune fille répond les lettres du prieur à Roland, ou elle Ml insé-

aussitot et confie sa lettre au prieur qui, au rée, que lorsque ce texte était drjà composé et

lieu de l'envoyer, trouve plus commode de ta tiré.

l'esprit influent sur la santé, ne suis-je pas en droit de penser qu'une missive de l'amitié sera favorable à celle-ci, en récréant celui-là? Quel plaisir si ma dernière lettre pouvait vous valoir un sommeil doux, paisible et restaurant! Je vous laisse au repos dont vous avez besoin et aux soins de ce qui vous entoure, dont l'attachement pour vous me tranquillise. Surtout, prenez le temps nécessaire pour recouvrer des forces, ne nous donnez pas de fausses joies; oubliez-nous, ou plutôt songez que vous êtes comptable à des amis de votre bien-être et du leur. C'est tout un.

À COUSIN-DESPRÉAUXW. — [Février 1780.]

Monsieur,

Je m'empresse de profiter des privilèges du nouveau titre que je dois à l'amitié* pour m'acquitter par vous envers elle d'un des tributs qui me sont imposés.

Je n'ai pas besoin de considérer que l'honnêteté seule me ferait une loi de témoigner cet empressement à ceux que M. Roland distingue aussi particulièrement. J'avoue que mon cœur ne me laisse aucun mérite à faire à votre égard ce qui pourrait sembler de pure convenance et qu'il ne me fait éprouver que le charme de suivre son inspiration.

J'avais conçu depuis longtemps la plus haute idée du bonheur d'un état respectable où chacune de mes actions avait pour fin la satisfaction d'un être intéressant, digne de toute mon estime ; je puis ajouter que ce bonheur recevrait un nouveau prix par le partage de ces liaisons touchantes nées du rapport des goûts, des mœurs, des connaissances faites pour produire l'intimité, la confiance, les nourrir à jamais et charmer ainsi des jours qui n'ont guère de sérénité sans elles. Que serait-ce s'il m'était permis d'espérer que les circonstances fussent une occasion de les resserrer et de les multiplier? La connaissance de Madame votre épousf. son estime et son amitié sont à mes yeux des avantages qu'il est flatteur de pos-

(1) Collection Edouard Le Corbeiller, à ici , par exception à la règle que j'ai adoptée Dieppe. — Publiée par moi dans les Lettres de ne pas réimprimer les Lettres d'amour, qui d'amour, p. 399. Je crois utile de la donner se trouvent dans un volume accessible à tous.

séder. Sans nie faire illusion sur les litres nécessaires pour y atteindre, je ne puis me soustraire au vif désir de l'obtenir. La femme du sage aimable, dont les vertus douces honorent la raison en sacrifiant aux grâces, inte'resse à plus d'un égard. Le frère, déjà distingué par son mérite personnel, ne permet pas de se représenter avec indifférence une société doat il fait partie, et la jeune grecque, jadis légèrement couronnée du nom de pythonisse, puis souriant bientôt à la muse agréable qui la flattait ingénieusement, ne saurait imaginer une réunion de personnes plus propres à fixer les goûts et l'attachement d'une âme honnête et pénétrée de cette estime particulière avec laquelle je suis, Monsieur, votre très humble servante.

Phlipo* dk La Platière.

Puis Roland prend lu plmv :

C'est elle-même . moi' ;imi, qui a voulu vous écrire. Ne m'en voulez pas si vous n'avez pas été instruit plus tôt. Tout s'est raccommodé, arrangé, déterminé en cinq à six jours, et mes amis, comme mes parents d'ailleurs, n'en ont |ws su davantage. ta curé de Longpont, présent pour l,i ofrémaîl seulement, et reparti snr-l<"-«-li;tui[i . vous dit mille choses, ainsi (pi au char frère. L'affaire du mariage a été prise dans un temps où j'étais accablé d'affaires, dont je n'ai pu me distraire: au moyen de quoi, ni nos gens d'en haut, ni mes amis même d'ici, n'en savent encore rien. J'ai cherché le bonheur : j'y crois. . .

Mon adresse directe actuelle est M. R. D. L., etc. . . chez M. Phlipon, rue de Harlay, près le Palais, à Paris. . .

l//r« quoi, sur un de» plis île In lettre, M"" Rohind ajoute :

Je >uis tellement persuadée. Monsieur, de \nlre attachement pour mon mari par •-fini Joui je le \oi<~ pénétré pour roM, «pie je vous crois également empressé à loiinailie ms «li-po-i lions réciproques : je ne puis donc vous dissimuler que M. lîolaml me parait fort affecté, - de la lenteur ipi'il remarque dans l'impression des l.riirrs ') dont vous vous êtes bien occupé. Il ne s'en plaindrait pas sans doute, mais je souhaiterais qu'il eût lieu d'être convaiucu que vous mettez toujours à cet objet l'intérêt et les soins de l'amitié et je pense observer ses lois en vous exposant franchement mes observations sur ce sujet.

"> Des Letlrtë tili'iiw, qui s'imprimaient a préaux, mais avec une lenteur cl une néjjli- Dicppe, sous la ■.urveill.inre do Cousin-Des- gence extrêmes.

Lima* Df H4DA«I IIOUSD. — II. <8 .

uruviirt 'ATIOIALI.

àU LETTRES DE MADAME ROLAND.

À COUSIN-DESPRÉAUXf1). — [8 mars i78o<2>.]

Je sais, Monsieur, qu'entre des amis aussi intimes, aussi bien faits pour l'être, que vous et mon mari, les nuages qui peuvent s'élever ne sauraient être que des effets d'une extrême sensibilité. Je ne crois pas moins utile de les dissiper pour la satisfaction commune et l'intérêt de l'amitié. J'ai pensé qu'un tiers aussi pénétré que je le suis de tout ce qui regarde l'un et l'autre pouvait concevoir sans audace l'espérance d'y contribuer. Je suis frappée plus que personne, peut-être, des inconvénients du commerce écrit, j'ai vu avec douleur que votre correspondance à tous deux n'en était pas exempte. J'ai voulu prendre la plume, parce que vousmême m'avez donné de votre côté l'occasion de remarquer que, dans le cas où Ton était affecté, on ne saisissait pas toujours le sens des expressions avec cette justesse qui ne laisse aucun jour aux interprétations fâcheuses. On s'afflige alors réciproquement, et l'on en viendrait peut-être au point de n'oser plus tout dire, ou de ne plus rien ménager, extrêmes également funestes au maintien de la confiance et de l'intimité. Mon dessein n'est pas de vous dissimuler la manière d'être pénible de votre ami. Je ne prétends pas non plus m'exercer à vous dépeindre avec un soin cruel le chagrin qu'il ressent; vous connaissez son ànie ardente, facile à s'émouvoir, l'extrême chaleur qu'il met à tout ce qui touche ses amis et ce qui lui vient de leur part; vous n'ignorez pas non plus quels motifs il avait pour souhaiter la prompte publication de ses Lettres annoncées, promises, attendues, renfermant des objets relatifs à son état, capables d'influer sur lui, et perdant leur mérite et leur fruit avec le moment convenable de paraître; enfin, les raisons de compter, par les conventions faites précédemment, sur une expédition moins lente; et, par une suite nécessaire, la vive contrariété qu'il doit éprouver du renversement de ses projets el de son attente. H m'a parlé plus d'une fois, avec cette vivacité du véritable attachement, du fond qu'il faisait sur le vôtre, des qualités, des goûts, des connaissances qui nourrissaient vos sentiments et resserraient votre Haîwa : je suis bien loin de chercher à blesser votre cœur sensible en vous dévoilant l'étal du sien; mais, vous me permettrez de vous demander comment, en connaissant >i bien les causes qui devaient l'affecter, vous avez pu vous méprendre sur ses expressions, traiter de persiflage l'eflusion de son âme peinée, paraître presque disposé

<>> Collection Edouard Le Corbeiller. M™" Roland. Elle a été inscrite sur l'autographe,

M Cette date n'est pas de la main de probablement par le destinataire.

à vous aigrir, l'affliger ainsi de nouveau, et négliger de lui répondre précisément à la question qu'il vous adressait? car l'assurance de l'impression du 4" volume au temps que vous indiquez n'apprend pas celui où seront employés tous les manuscrits dont vous êtes en possession. Il se peut qu'il reste encore des matières après ce 4* volume, suivant le nombre de feuilles de chacun d'eux, et ce que désirerait savoir votre ami lui est toujours inconnu. Vous pardonnerez sans doute ces détails au sentiment qui me porte à vous les donner, ou plutôt vous les recevrez avec cet intérêt du cœur pour les choses qui sont de son ressort : vous reconnaîtrez dans mon mari sa sensibilité, son amitié, exercées par les circonstances et produisant seules cette vivacité qui vous a aussi affecté; persuadés de vos dispositions réciproques, vous communiquerez avec cette conliance et cette liberté touchante dont vous devez jouira tant de titres dans une union (pic rien ne peut détruire.

Je pense avec plaisir que les affaires ne s'opposeront pas toujours au voyage que nous désirerions fairo'1'; j'y verrais avec transport le moyen de me lier avec Madame votre épouse cl de fortifier d'autant tous les sentiments d'estime, de considération et d'attachement qui rapprochent les âmes honnêtes et dont je vous prie de recevoir les assurances particulier

"jrage à Rouen et à Dieppe, depuis longtemps projotr. Dis le .'il juillet 1779, Roland écrivait à «a fiancée : "Quand je t'ai Ml entendre que tu le connaîtrais bientôt [il parle de son ami], c'est que j'ai le projet de te

mener fuir la vaste mer avant de venir liaiiiler le* bords fangeux de la Somme.» (Lettre inédite.

Le voyage n'eut lieu qu'en janvier 1781, et M"* Roland le lit sans son mari.

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