‹ Lettres; publieesChapitre 36 sur 72 · A ROLAND · texte numérisé non relu

A ROLAND

[D'Amiens].

26 décembre 1781.

Lundi au soir, a 6 décembre 1781.

Je me sens plus de force aujourd'hui et je me taille les morceaux plus grands, comme tu vois'21, mon ami; d'ailleurs, j'y mettrai deux séances, car j'attends le bon jour de demain pour tes nouvelles et je n'achèverai cette épître qu'après les avoir reçues.

Je t'ai renvoyé ce matin un troisième paquet; il y a sans doute dans tout cela des lettres des amies'3* et peut-être de Villefranche'4*; c'est ce que je saurai de toi avec le temps. En attendant, je te dirai que Mme Deu m'a chargée d'une commission pour Rouen : il s'agirait de demander à M11' Malœuvre'5' trois aunes de futaine à deux côtés, semblable à celle dont elle m'a fait des brassières, et un peu plus épaisse, plus garnie, s'il est possible, mais aussi belle. On n'en trouve point ici de cette espèce. Comme tu dois écrire à cette pauvre fille pour un autre objet et que tu peux le faire sous contre-seing , je te fais passer la commission.

Puisque je suis à cet article, j'ajouterai que M. de Rray m'a priée de te dire de faire observer au libraire qu'il désirerait avoir en brochure les petites choses dont tu as emporté la note.

Ceci fini, causons de nos gens.

J'ai reçu hier visite de nos trois messieurs, à commencer par l'ami de Vin, toujours parlant nouvelles, disant l'île de Ceylan prise par nous; comme si c'était

C> Papieri de Rosière, inédit. — dette lettre s'intercalerait entre les n°' a (5 et 27 de mon premier Recueil. M"* Roland était convalescente des suites de ses couches, et son mari, appelé à Paris par les affaires de son service, l'avait quittée le ai décembre.

Voir, dans mon premier Recueil (t. 11, appendice E), les éclaircissements concernant les personnes, M. de Bray, M. de Vin, M. d'Eu

(M- Roland écrit tantôt d'Eu, tantôt Deu), Flesselles, M"* de Chuignes, etc.

(î' La lettre est sur un papier de plus grand format.

W Les demoiselles Malortie , de Rouen.

(i) Du frère aine de Roland, le chanoine du chapitre de Villefranche.

(sl Couturière ou marchande de Rouen, probablement parente des demoiselles Malortie.

un petit gobet de facile digestion ! plus Pondichéry, plus Madras, etc., etc.. des préparatifs admirables contre la Jamaïque, que sais-je encore? Un chevalier de l.iimii ' . (ils d'une certaine femme de ce pays qui disait, en voyant grimper ses enfants sur les arbres, quY//c aimait mieux qu'ils se cassassent ainsi les bras que de les élerer dans une timidilr MM la ferait rentier quand il serait question de courir le même danger à Formée, ce chevalier, dis-je, jeune et brave, s'est fait glorieusement casser les jambes à une action vigoureuse dont il voulut être; on craint pour sa vie et on ta regrettera beaucoup.

Après le dîner, est arrivé il signor Deu, ensatiné, brillant au possible; longue citirbiture - de petites choses. Enfin, le bon M. de Bray qui m'a demandé le mémoire des fripons que tu sais et le grand prospectus de l'Encyclopédie !■". Je lai aux eris île la petite que j'avais sur mes genoux et qui n'était pas de bonne humeur dans ee moment : il l'a écoutée fort patiemment et est demeure1 assez longtemps. Ce n'e-t pas tout : M"* d'Eu, qui n'allait pas cher les grands-parents à cause de l'indisposition de la bonne mère. atl \enue passer près de moi une partie de la soirée, cet il suo raro cicisbeo^, ce qui ne fait pas mal, au reste; car, quoiqu'il soit tout passif dans cette compagnie, il diminue toujours un peu l'uniformité.

TOttè, mon seigneur et maître, le compte fidèle de mes distractions; ma santé- \a toujours mieux; j'ai descendu l'escalier qui m'a paru long et m'a fait trouver mes jambes lourdes. Je vais au lit de bonne heure, avec grand besoin, et j'y n le tour du cadran : j'ai parfois, comme la nuit dernière, par exemple, des faims dé\ oranles, à crier ou m fwinouir; je prends quelque chose et je me rendors. Néanmoins, des amertumes de bouche, des ressentiments de mal de gorge et l'effet surprenant du lavement du matin me font croire que j'aurai encore besoin d'une purgalion; j'en causerai avec mon docteur à sa première visite.

A propos de cette geste ( sic), j'ai écrit ce matin à M. Le Grand'5* une petite lettre bien honnête, accompagnée d'un paquet cacheté contenant les honoraires que je croyais lui devoir; lo paquet m'a été renvoyé sans avoir été défait, avec une lettre au-si honnête, où il se défend de rien accepter. Je n'ai pas revu Ancelin depuis deux joint, je lui donnerai son congé à la première fois.

Ma petite a aujourd'hui un appétit surprenant; comme elle répugnait un peu à

I" Charles de Lameth (1757-1833), si commencer à paraître en 178a, et où Roland

connu depuis par son rôle à la Constituante. s'était engagé avec Panckouckc, par traité du

tu siège des lignes de York-Town (oc- 3i décembre 1780, à donner son Dictionnaire

lobre 1781) qu'il avait H la jambe droite fra- de» manufacturée.

'•'-"•■• <•> M. de Vin. M"' Roland s'égaye souvent

(1> Italien, IfcaaWaj*. sur les soins qu'il rendait à M™ Deu.

5) De l'fcV méità&fm, qui allait <»> Le Grand et Ancelin, médecins d'Amiens.

la soupe, j'ai imaginé de la faire moitié plus claire et d'y mettre une pincée de sucre en poudre; elle mange son plein petit pot tout d'une fois; la pomme cuite nous réussit toujours bien, et je commence à avoir de l'espérance.

M. Flesselles m'a interrompue : il sort d'ici où il a passé une heure. Sais-tu bien qu'on lui écrit aujourd'hui que MM. de Lille se disposent à lui accorder ce qu'il demande; l'affaire doit être décidée incessamment. C'est un intrus dans les secrets qui l'instruit des résolutions.

J'ai trouvé dans mon tiroir une note des chanvres que Mme Flesselles m'avait envoyée dans le temps; je l'ai montrée à son mari, il ne Ta pas trouvée assez claire et doit m'en faire passer une autre demain matin.

11 y a toute apparence que l'affaire sur laquelle tu as donné ton avis si roide à la Ville ira au Conseil ; c'est le procureur demandeur qui en a parlé sur ce ton à M. Flesselles. Nous verrons s'ils auront sur les ongles comme ils le méritent.

Le rabat est enfin arrivé; je l'enverrai incessamment, et j'en demanderai un autre pour faire notre essai.

J'ai arrêté ma grande fille de a5 ans; on m'en a rendu de fort bons témoignages ; c'est la sœur de la cuisinière que tu avais arrêtée avant ton départ et avant noire mariage, puis qui s'était ennuyée de l'attendre. Joséphine va partout pleurant comme une folle, disant beaucoup de bien de moi, mais beaucoup de mal de la pauvre Marie-Jeanne.

Adieu, cher ami, jusqu'à demain. Je rongerai mes ongles si le facteur vient aussi tard qu'il est venu ce matin.

A ROLANDE. — a F. [décembre i78i(2>].

Mardi a "> . 1 1 heures du matin.

Et, mon ami, la tranquillité n'est donc pas le partage des honnêtes gens dans ce monde? Juste ciel, que de malheurs! Maudits soient les célèbres pâtés que j'enverrais à la cuisine de Lucifer! Ces gourmands de badauds, voyez un peu comliien il leur en faut! Enfin, malgré la charge, les roues cassées et le reste, tu

<>' Papier» de Rosière. Paris, racontait comment ia diligence avait

<!> Le mois et l'année sont indiqués par la failli verser en route, à cause des pâtés

suite dos idées, et notamment par l'allusion d'Amiens dont elle était surchargée , et par

aux ttmaudits pâtés». Roland, dans une lettre suite avait mis trente-six heures pour fran-

du î3 décembre 1781 annonçant son arrivée à chir les a 8 lieues d'Amiens à Paris.

es armé; consolons-nous. Mais tu ne me dis pas si dans tout cela tu as gagné quelque rhume : je le crains fort, c'est le bénéfice tout naturel de ces descentes nocturnes au milieu de la boue. Ménage-toi bien, vois ton homme et ne néglige aucun soin non ta santé.

Je viens de passer encore une bonne nuit, mais j'ai rendu tant de bile hier au soir que ma garde m'a signifié qu'il me fallait encore deux médecines, et que si mon docteur ne venait pas demain, elle irait le chercher afin qu'il me purge ces fêtes. Je crois qu'elle a raison, et je serai docile comme il convient. Sois en paix, je me choie ou plutôt on me choie à ravir.

J'ai arrêté un domestique, ainsi que je te le disais hier; mais j'ai pensé que celui-là était bon à s.i i-i i- ; Marie-Jeanne, qui connaît le sujet et que j'avais chargée des informations chez sa dernière maitres-e. m'a invitée à ne pas le manquer. Nom en userons, car je n'ose plus juger cette engeance a\anl de l'avoir bien éprou\ée.

J'ai envoyé dieu lier le jeune Choquet<'>; il sort d'ici. Je lui ai dit ce dont nous et ions convenus; lu peux compter sur lui. Il m'a paru flatté de l'e-poir d'être employé- toute l'année; il s'est énoncé avec beaucoup de douceur, de politesse et

d'honnêteté.

M. Fh'-ielles vient de n'apporter la note promise ; je la joins au paquet. J'espère que tu songeras qu 'en l'expédiant < fini— ri par les bureaux, il doit souffrir un jour de retard qui, par conséquent, ne devra pas l'inquiéter. Je ne prendrai pas d'entre \oie actuellement, sauf exception, et je l'écrirai tous les deux jours.

Je reçois une lettre de Crespy'2), qui t'est adressée et que je ne t'emoie point; elle est de pure et bonne amitié et roule uniquement sur l'inquiétude où l'on était à mon sujet et la joie des bonnes nouvelles; j'en donnerai moi-même relie -emaine.

Ilonjour, cher et tendre ami. Tu m'as fait une petite fille si impatiente, qu'elle crie comme un lutin quand on ne va pas assez vite.

Je vais dire un mot au fidèle Achate1'1.

»'' On voit ici que Clinquet était un jeune specteur, qui était prieur «le Crespy-en-Valois

li'iiiuiie que Roland allait employer à se» écri- (bénédictin).

tant, GC lettre ili du premier Rerueil, du P' Lanlhenas, alors étudiant en mOtÔBt

i 'i janvier 178a. Paris, et logé comme Itoland à Ylliiil é$ l.ynn.

De Jacques-Marie Roland, frère de lin- rue Saint-Jacques.

À ROLANDO. [a6 décembre 1781.]

• . . petit homme à petites tracasseries, tourmentant les jansénistes, comme faisait le Beaumont; savant en théologie, si c'est une science que ce grimoire W; ne sachant rien autre, pas même régir sa maison, dont les domestiques le volent impunément; et désolant les pauvres curés dans ses tournées épiscopales, parce que celte valetaille abandonnée met tout au pillage sans crainte de réprimandes. Du reste, un peu mieux pour la représentation que notre bon M. de Machault'3', dont il n'a pas encore la tête; ayant cependant un tic fort désagréable dans le mouvement des yeux, et étant avec les femmes aussi sot que peut l'être un théologien qui n'est que cela. On en raconte des anecdotes plaisantes; mais en voilà déjà trop long pour un être de cette espèce; la belle acquisition pour le premier siège de France! Bellissime, certes ! et tous les issimo possibles '4).

C'était quelque chose de curieux que l'embarras où étaient hier nos Béotiens : l'Intendant avait annoncé avec le ton d'importance et d'usage la nomination de M. de Brienne; l'évêque débitait modestement celle de M. de Joignez (sic); auquel croire des deux Démétrius? La ville était partagée; avec un seul grain d'énergie, s'il pouvait y en avoir dans ce pays, on aurait vu des factions. Grâce à la fraîcheur de nos Palus Meotides, tout s'est passé en paisibles discussions, on chuchotait même généralement que depuis quelque temps les nouvelles de l'Intendance n'étaient pas de la haute cour et qu'on devait douter après elles; aujourd'hui, confirmalion en faveur de l'évêque. Au demeurant, c'est à toi de nous redresser si nous sommes dans l'erreur. N'est-il pas singulier que du fond de la province et du coin de mon feu je t'entretienne de nouvelles, toi qui cours le monde et la capitale, et pour qui elles devraient être vieilles quand elles nous parviennent? Mais je crois qu'au milieu de tes affaires elles ne t'occupent pas beaucoup, et qu'elles ne te paraissent bonnes à mettre sur le tapis que dans des moments de loisir, tels que ceux où tu

(l) Papier» de Ratière. — C'est la fin de la lettre du 26 décembre 1781, que j'ai donnée dans mon premier Recueil, t. I, p. 83-87. Le feuillet se terminait en parlant de M. de Juigné, qui venait d'être appelé à l'archevêché de Paris (a3 décembre 1781), par ces mots : «théologien et fanatique». Ce nouveau feuillet commence par : «petit homme à petites tracasseries. . . ».

(s) 11 y a, dans cette lettre, plusieurs pas-

sages ainsi soulignés, sans qu'il apparaisse qu'ils l'aient été par M°" Roland elle-même. Est-O' Roland? Est-ce un de ses descendants? Dans le doute, il a paru préférable de respecter ces soulignements.

W Évêque d'Amiens de 1774 à 1790.

(') On peut conjecturer que c'est l'ami de M"" Roland, Deu de Perthes, originaire de Chàlons sur-Marne, qui lui avait fait ce portrait peu flatté de M. de Juigné.

dois me lire. Autant vaut , les soirs après souper, autant vaut ma lettre qu'une affiche de Picardie W.

Tu ne sais peut-être pas encore que le célèbre Tronchin'-2' est mort le ier île M mois; j'ai appris cela dans les feuilles que M. Deu m'enrôle et que je lis faille de pouvoir mieux faire. Attends un peu, si je suis encore malade quelque temps, je deviendrai capable de tenir tète aux bavards de société et aux nouvellistes de profession; pourvu toutefois qu'il ne Mil question de guerre ni de finances, car la jmlilique m'ennuie toujours à la mort, et toutes ces querelles de princes qui se chainadlcnl BM iltoiiu ut {RM île dormir.

J'ai oublié de le dire qu'un petit bonhomme fort jeune et fort étourdi était venu de la part de M. (îodefroi , marchand, rue des Orfèvres, demander s'il fallait mettre des plombs" à des coupons de tel ouvrage. Comme je n'entends pas gramTebose i ees antres bêtises (pardon, monseigneur), et qu'en y entendant je ne croirais pas encore devoir faire l'inspecteur, j'ai répondu que tu étais absent. qoe je ne misais pas ta place (car on avait voulu me parler, à moi), et qu'on pouvait s'adresser au sous-inspecteur. M. Dupcrroii'*', consulté, a dit qu'il falla.l mettre des plombs. Ainsi soit-il! Je m'en bals l'œil.

N'oublie pas mes graines, lentilles et autres : car j'espère manger des purées el en donner un jour à (a Bile, qui suce déjà des carottes bouillies au jhiI en place de hochet. Il faut que le luit d'une mi ee s,,ii bien substantiel pour tenir lieu de toute fa nourriture d'une antre espère que prend un enfant si jeune;

presque incroyable. Juste rirl ! t'.omli'irn il doit ij nroir ih- différence pour l'accroissement . de ce premier aliment si bien nppropi U . aux autres aliments dont la plus grande partir te change M i.irn'ments! Je n'ose réfléchir à cela, et ces idées me reviennent comme les mauvaises pensées aux dévols.

Je voudrais que tu allasses à Longponl'5', c'esl un changement d'air, une petite vacance qui le ferait du bien, en emportant tes dro;;ues | r ne pas mettre d'interruption dans le traitement. Fais bien des amitiés à ce prieur; 1/ me semble qu'à mesure qui- je souffre et que je suis mal dnn.s mon pnuere rarpx . je me raccroche à tous mu que /mine, et j'oublie mou e.i islence douloureuse en songeant h eux.

Je suis bien [aise?] de ce que tu fais avec ton censeur"'; je songe peti à notre grande affnin , je n'entrevois que des brouillards, beaucoup d'obstacles et peu de

<•' Journal 'les annonces d'Amiens. manufactures, faisant fonctions de «ous-ins|.. c

'*> Théodore Tronchin, In célèbre médecin tour.

1781), mort à Paris, médecin (*> Chez le prieur Pierre Roland.

du <]\ic d'Orléans. (•) Houard, COMMIT royal, pour les Lettres

<l> Pelils sceaux de plomb apposés aux mar- d'halte. chandises pour en garantir l'orijjino. <" L'affaire des ^Lettres de noblesse-?, déjà

(l) Conard du Perron, élève-inspeeteur des engagée.

secours pour les vaincre. C'est un de ces malheurs dont on se console; je fattmt qu'il me paraît plus triste de n'avoir plus de lait à donner à ma fille que de ne pouvoir lui transmettre les privilèges dont ces Lettre» nous feraient jouir. Puisse-t-elle un jour mériter et trouver un mari qui te ressemble! Elle aura assez de bonheur et ne trouvera pas que rien lui manque.

Bien des choses à noire ami, ton compagnon <:>. Vivez en paix et contents. Je laisse une petite place pour te donner demain des nouvelles de mon déjeuner, que je prendrai de grand matin. Cette après-midi s'est bien passée; je me meurs de faim. Bonsoir, mon cher et tendre ami.

Le 37 au matin. — Couchée à 9 heures et demie, endormie à 1 1 , je me suis réveillée à 2, sans qu'il m'ait été possible de reprendre sommeil; il est survenu un vent affreux qui m'empêche de faire du feu nulle part, et j'ai l'air de garder le lit tout le jour de peur d'avoir froid, à moins que.de descendre en bas. J'ai pris ma dégoûtante médecine à h heures, je l'ai gardée jusqu'à 8 sur l'estomac, et elle commence à me remuer à près de 1 1 .

Je t'en rendrai meilleur compte après-demain ; c'est-à-dire que je ferai alors mon expédition, car je compte bien causer demain après-midi.

Je t'envoie une lettre d'Aristote'2'; elle vient de n'arriver; je l'ai lue, et ce qui m'en occupe davantage est la maladie de notre amie(3). Pour le reste, nous nous en entretiendrons; mais l'occasion est bonne pour continuer d'aller bonnement, et je ne le trouve pas maladroit de saisir celle de rappeler le pacte de Rolle'4'. Il n'imprimera pas, je le crois bien.

Adieu, écris-moi, fais-moi écrire, donne enfin de tes nouvelles. Je t'embrasse de toute mon âme.

À ROLAND!5). — [38-39 décembre 1781.]

Tu sais combien l'on est endimanché dans ce pays ; c'est par cette raison sans doute que j'ai eu tant de visites ces fêtes; on s'habille, on sort, on est désœuvré,

'') Lanthenas. milieu d'une lettre commencée ie irvendredi au

'*' Michel Cousin. Voir sur lui mon premier soir, a8 décembre» et terminée le 29. J'en ni

Recueil, t. 1", p. 586. donné, dans mon premier Recueil, le commen-

'*' L'une des demoiselles Malortie. cément et la fin (tome 1", n" \xi\ et \\\ ). Ce

'*) Voir les Lettre» d'Italie, t. VI, p. 384. fragment, récemment retrouvé, relie les deux

W Papier* de Ratière. — Ces pages sont lu partie* de ce rériUfcle journal.

on va voir ses connaissances. J'excepte pourtant, de ceux conduits par ce motif, le bon M. de Bray, qui parait venir avec empressement et intérêt; je croirais volontiers qu'il a encore quelque peur que je ne sois pas tout à fait contente de ce qu'il avait confondu mes précautions et renversé mes batteries; il me ferait peu justice s'il pensait que je la rendisse aussi mal à ses intentions. Quoi qu'il en soit, j'avais la colique hier quand il est venu, j'ai fait bonne contenance et nous avons i.i\ardé chimie; il est de ma force sur l'article, et nous pouvons très bien déraisonner ensemble; ainsi avons-nous fait.

\ propos de lui et des siens, l'ami de Vin me racontait aujourd'hui un effort de visnew de la grand'mère. L'mmUi bru grimaudait chez elle hier suivant sa coutume et m plaignait d'un arrangement qui lui déplaisait. «Madame, lui dit la vieille, avec une résolution dont on ne la croirait pas capable, vous pouvez être <hc/. vous comme vous jugez convenable; chez moi, vous suivrez mes volontés. - L'autn, un peu étonnée, voulut faire valoir la gêne qu'elle s'imposait pour venir ainsi, rr Eh bien. Madame, si c'est pour vous une gêne que de venir dans ma maison, vous \ous (iendrez dans la vôtre et vous ferez bien.* L'aigre belle-fille a baisse I.' ton; les assistants jubilaient, et la vieille mère, fort contente d'elle-même, branlait la tète deux fois plus par l'effort qu'elle s'était fait. Le mari était avec moi durant r.-tit' scène.

Ou débite ici l'aventure d'un autre chevalier de Lamet^, frère de celui dont je te parlais l'autre jour et beaucoup moins bon sujet; il a pris querelle au jeu MM le comte de Vaudreuil, ils se sont battus, et le chevalier a reçu trois coups d'épée. Il y a plusieurs éditions de celte histoire; les uns disent le comte de Vaudreuil tué par un second du chevalier; d'une autre part, on veut que les champions aient été Mata, que ce soit le chevalier qui est le blesse et qui l'a bien mérité par de mauvais procédés.

L'Intendant débitait hier la nouvelle à son audience, au désavantage du chevalier, avec un air de triomphe tout à fait indécent et dont on a été généralement scandalisé; il est mal avec la famille des Lai ne t.

'lu raconte une anecdote du Maugendre et de sa femme (2) lui faisant faire une perruque; r est à mourir de rire : mais en vérité le nom des acteurs ôte à la pièce de Mériter d'être écrite.

I ne chose plus étrange est la liberté de propos de quelques particuliers qui disaient hier, assez haut, au speriai-le, en voyant paraître l'Intendant dans sa loge : "(Juoi! Le voilà? Il n'est ni pendu, ni exilé? C'est dommage. n

La Ville n'a encore rien décidé sur l'exécution de l'arrêt du Conseil; on n'a pas lu

' l'roliahleni. nt Alexandre de Lametli, plu- -,] Maugendre était premier secrétaire de

toi ne Théodore, qui était alois. marin. l'Intendance.

Mxk LETTRES DE MADAME ROLAND.

l'avis de la Chambre de commerce; mais Janvier W a fait un mémoire où les opinions différentes sont résumées, et la sienne propre, qu'il y expose, est conforme à ton avis; ces têtes à perruque ont écouté cela, l'ont trouvé bien, mais n'ont rien déterminé.

Le procureur, auquel M. Flesselles met un peu le feu sous le ventre, a dit à Janvier que, si l'on tardait encore, il ferait une sommation, et qu'il était honteux de mettre six semaines à répondre à une requête.

J'ai écrit à Caron pour les exemplaires de l'almanach'2'; il me les a envoyés tous les six; je ferai demain mes paquets pour les expédier le 3o.

Mot de personne pour de nouveaux exemplaires des Lettres W; ni pour ceux vendus, ni pour en prendre d'autres.

L'affaire de Lille est tombée tout à plat; peul-être Flesselles te l'aura-t-il mandé, puisqu'il t'a écrit nouvellement, suivant ce qu'il vient de me dire; il a passé une heure à causer et regarder manger la petite, qui est insatiable. Il me fournira du IiotaW quand j'en aurai besoin; mais ce n'est pas encore tout à l'heure; je n'y vais pas si vite, quoique nous nous y mettions deux actuellement, mère et fille.

L'ami de Vin me cédera du cidre en bouteilles; je verrai à faire l'acquisition de celles-ci pour mon vin, quand j'aurai fait d'autres dépenses, et j'aurai un peu de bière pour mes filles; je vois que cela me coûtera peu, aura un air d'abondance et du bien-être pour elles, et préviendra l'envie de faire quelquefois de petites tricheries sur la boisson des maîtres.

Je respire en m'assurant que tu es présentement plus tranquille et j'attends avec impatience des nouvelles de toi plus étendues que les dernières.

Ronsoir et amitiés au fidèle Achale. La paix, la joie, la santé soient avec vous; pour moi, j'y suis toujours. Demain, je finirai cette feuille de mon journal; je t'embrasse en attendant.

Le ûq, à 10 h. 3o. — Je viens de déjeuner dans mon lit et j'y suis encore; j'ai eu hier une soirée excellente, j'ai fort bien soupe à 7 heures, je me suis couchée et j'ai pris mon opium à 9; mais, je ne sais par quelle fatalité, j'ai demeuré sept heures de suite sans pouvoir fermer l'œil; j'avais un peu de chaleur et de sécheresse à la gorge, aucune douleur d'autre part; mon imagination était vive et gaillarde, en la contraignant un peu j'aurais fait des vers; je l'ai laissée gambader

M Louis-François Janvier (1735-1807), 110- Roland, sur ffl'état actuel îles manufacture* de

taire à Amiens et secrétaire-greffier de la ville. Picardie et du commerce qui en résulte-.

<2' Caron fils, imprimeur du Roi à Amiens, M Des Lettre» d'Italie, qui n'avaient pas un

publiait VAlmanach historique et giogt wpkiqu* grand succès de vente.

de Picardie , et celui de 17 82, qui allait paraître, (4) Vin d'Espagne. Voir lettre du 3 jan-

contenait (p. 68-73) une longue notice de vier 1782.

à son aise, par régime, et je n'ai l'ait, à proprement parler, que rêver éveillée durant ret intervalle. Celte situation m'était nouvelle et m'a paru fort singulière. Enfin, mis les 'i heures, j'ai senti le calme venir à petits pas : j'ai dormi d'un sommeil léger eomaa relui des chats, souvent interrompu par des réveils subits qui le coupaient tout net, jusqu'à 7 heures, que je me suis endormie profondément durant deux heures et demie, après lesquelles je me suis trouvée reposée comme si j'eusse fait une bonne nuit.

J'ai pris mon lavement à l'huile, je l'ai gardé très longtemps, rendu sans douleur avec beaucoup d'effet; le cacao a été fort bien accueilli ensuite, et me voilà te contant ma chance.

Je mange aujourd'hui pour la première fois un peu de poulet rôti, par l'avis de mon docteur impatient que j'en essaye et disant qu'avec cette nourriture plus succulente j'aurai moins de tiraillements et je fortifierai plus promplement(1)

\ UOLANDW. — Lundi matin. 3i [décembre i78i<»>].

Lundi matin, 3i.

Il n'\ 1 pu moyen de faire le paquet sans le dire un mol; il n'est pourtant que 8 heures et je ne le fermerai pas avant l'arrivée du facteur, pour l'accuser une réception ou te faire un envoi, s'il me parvenait quelque chose. Je m'ennuie de dormir; je m'en suis bien acquittée depuis hier 10 heures jusqu'à i. De ce moment je tourne et réwo; j';ii ressenti un peu de coliques et été detH Ut à la garde-robe : il me parait qu'il faut s'attendre à souffrir DM mi-ères encore quelque tempset l'estimer heureuse de ne rien rendre d'une certaine espèce. M.d'llervillei'*' m'assinv que tout cela disparaîtra avant la lin de ma seconde bouteille de quinquina; je vais commencer à l'instant à prendre ce régal.

Ma fille a le dévoiement depuis hier et se frotte toujours les gencives; j'en suis un peu effrayée; après la crise qu'elle vient de supporter, je doute qu'elle soutienne un développement aussi prématuré, s'il est vrai que le germe des dénis l,i Gmm souffrir, comme je serais portée à le croire. Je ne puis attribuer cette disposition à

M termine la feuillet. Le sui>ant, qui dominent un posWriptum i la lettre du 3o dé-

(lil)uie tardai inte-tin--. a lourni la latlniu eaatBN (■ \m cU mon premier Banal). il mon premier Itecucil. dont celle-ci se trouve l.i date du moi- et de l'année ressort de

donc être le commencement. la teneur de la lettre. w l'opter» de Roiiére. Ce feuillet e-t évi- W Son médecin.

la pomme cuite que je lui faisais manger : j'ai cessé de lui en donner dès que j'ai vu son corps assez libre, sans être relâché.

Bon Dieu! une heure d'espoir, un jour d'alarme; ainsi passe la vie; souvent en crainir pour ce qui nous est cher, nous n'en jouissons qu'en tremblant. Au reste, dans les jours si doux que je coule avec loi, j'ai trop de bonheur pour ne devoir pas souffrir quelquefois <•). J'oublierais autrement que je suis mortelle, ou je n'y songerais qu'avec désespoir.

J'ai faim de tes nouvelles; en causwU beaucoup avec toi, je sens toujours mieux que fa es loin , je suis toujours seule à le dire.

Si tu étais à Longpont, j'en aurais de la joie.

As-tu le temps d'aller voir des ventes de tableaux? il s'en fait une où l'on dit être beaucoup d'originaux; le catalogue s'en distribue chez Ksapcn. M.iis de quoi vais-je te parler? C'est comme si je cherchais à t'apprendre les préparatifs fous que l'on dit se faire à Paris pour les fêtes que la maladie de M"" d'Artois retarde'2'.

J'attends l'heure et la lettre de M. de Bray. Je viens de boire lanière infusion. Mon cœur en est un peu soulevé.

Onze heures sont passées, point encore de nouvelles; lu m'en donneras peut-être

pour ma nouvelle année. Ta petite fdle? Tu sais bien? je l'embrasserai ce

soir à ton intention. Allons, entrons en 8a , sur l'augure du fidèle Achale; dis mille choses à ce cher camarade.

Adieu, mon ami. Je t'aime de tout mon cœur et certainement bien plus qu'au premier jour où je te l'ai dit, quoique ce ne fût pas peu.

M"0 de La Belouze(1) est-elle toujours malade? Et la petite cousine, \lmeMiot Salut, amitiés à tout ce monde et aux autres que tu sais.

(1> Souligné dans l'autographe. Voir ma re- crelt, janvier 1783, et mon premier Recueil,

marque précédente (à la lettre du a6 décembre), lettre u.)

(î) Les fêtes que voulait donner la ville de (3) La parente de Roland, dont il a éM ■

Paris pour célébrer la naissance du Dauphin souvent question.

(né le 32 octobre 1781). <•' On voit ici que Mm* Miot, dont il est plu- Retardées en effet par une maladie de la sieurs fois parlé dans mon premier Recueil.

comtesse d'Artois, elles n'eurent lieu (pie les mais que je n'avais pu identifier, était aussi

ai et a3 janvier 1782. (Voir Mémoires se- une cousine de Roland.

SUPPLÉMENT, ANNÉE 1782. !itf

À ROLAND'1'. — [Mardi, 99] janvier i78a W.

Mercredi, ai janvier 178a.

Les badauds auront été bien joyeux hier de voir le beau temps favoriser la fête(3); le soleil m'a aussi égayée, j'ai respiré dans mon jardin avec plaisir, et l'air me parai—ait suave et gracieux. Mais re bien-être est rapide et peu commun dans nos marais : il pleul aujourd'hui, il règne je ne sais quoi de sombre et d'épais qui m'abat : j'ai de la lassitude et presque du dégoût.

J'ai aussi un peu d'humeur. Depuis douze jours j'attende qu'il arrive du bois qu'on me faisait espérer être meilleur que celui qui était au port; en attendant aiii^i, j'ai i't" réduite à l'extrémité, puis le bois nouvellement arrivé ne vaut guère mieux que l'autre et je suis très médiocrement servie, pour ne rien dire de pis. Il n'y a pas de charme; le hêtre est petit; le chêne écorcé, détestable. J'ai grondé, on prétend me satisfaire en me disant qu'on ne saurait être mieux dans ce temps-ci; ein ore ne puis-je faire revenir M™" Turbet, qui m'a laissé quelque incertitude sur le prix. Voilà une drôle de lettre, commençant par des bavarderies de ménage. J'ajouterai encore que je viens d'arrêter une fdle; elle me plaît par un air très propre et assez doux : j'y ai pourtant regardé à deux fois, car elle a demeuré quinze mois à Paris, et elle est assez gentille pour y avoir fait quelque rencontre; elle est de retour depuis quatre mois, et quoique fort grasse et ronde, je n'y crois rien de plus. L'idée m'en est venue : j'ai lieu de la juger mal fondée; j'en ai ri avec moi. Si j'étais vieille comme Sarah et que lu fus ($ic) un patriarche, cela ne serait pas mal choisi; elle a vingt-cinq ans, de la fraicheur et d'assez jolis yeux. Si elle est

<" Ptfttre de Runert. — Dans un angle de qu'elle dit hier en parlant de la fête donnée

la lettre, il y a "à extraire", d'une écriture If -m par la ville de Paris pour la naissance du

différente, probablement de Bosc ou de i.Imih Dauphin, et ce 1 a est un mardi. On va voir

pagneui. d'ailleurs que son post-script 11 m ilu lendemain

l*' M** Roland a mi* mercredi, ai janvier. est daté (exactement cette fois) du mercredi. Double erreur. Cest U a» qu'elle écrit, puis- <*> La féto du 11.

d'ailleurs telle qu'on l'annonce, on me la débauchera quelque jour pour en faire une femme de chambre. Elle paraît propre à cela et sait bien travailler. Nous commencerons à l'essayer après-demain.

Je n'ai point encore entamé la caisse, parce que le bois n'est pas payé et que l'Aposlole'1' ne m'envoie pas le mémoire demandé depuis longtemps; mais j'ai les 36tt de M. de Vin qui ne me parle plus des vingt-deux, et auquel je rappellerai du moins le cidre promis. M. d'E. [Eu] ne m'a pas remis non plus les 4oott qui restent pour le complément des seize. Le temps amènera tout.

Notre petite continue d'aller toujours mieux; elle ne prend plus qu'une soupe, et une seule fois du lait coupé toutes les vingt-quatre heures, et cela dans l'intervalle de 10 du soir à 3 du matin, pour ne pas interrompre mon premier somme; reste de ménagement de convalescente (i>. L'enfant repose bien et n'a plus la fantaisie d'être hors du berceau pour dormir; ainsi nos affaires s'arrangent.

J'ai voulu lire dernièrement de l'anglais dans le traité de la moutonnaille'3'; j'y suis autrement perdue que dans l'italien : celui-ci va tout seul et je crois que je pourrais impunément faire trêve avec lui, puis le reprendre à volonté, sans beaucoup de mécompte. Il n'en est pas de même avec l'autre; il faut le dictionnaire; au reste, avec ce secours je me tire encore un peu d'embarras.

Je ne t'en dirai pas davantage ce soir, mon bon ami; je me sens lourde et paresseuse, bonne à faire la nourrice au coin de mon feu et rien de plus.

Je t'embrasse de tout mon cœur; adieu, jusqu'à demain matin.

Mercredi matin^ — Le temps est aussi maussade aujourd'hui qu'hier, mais j'ai beaucoup dormi et je me sens moins accablée, le ne suis rependant interrompue pour donner le sein à ma fille; car, quoiqu'elle suit moins souffrante et bien plus tranquille, elle ressent l'effet du dernier changement par un peu de relâchement; ce qui fait que je voudrais mêler à mon lait le moins de nourriture étrangère qu'il soit possible.

Ton jardin est dans le plus triste état; il aurait besoin d'une réparation que je ne veux pas entreprendre sans toi ; la saison avance cependant et tu feras bien de te dépêcher sous peine de l'avoir mal en ordre tout l'été.

N'est-ce pas une puissante raison de hâter ton retour? Tu auras aussi de l'exercice à prendre, si tu veux, autour de mon bois; celui de la première voiture me parut si petit scié en trois, que je n'ai fait partager qu'eu deux celui de l'autre demi-

'"' Lapostolte, apothicaire-chimiste à Amiens. <5> Il s'agit d'un traité anglais sur l'éducation

'-• La jeune mère, après avoir perdu son lait des troupeaux, probablement le Traité du brtatl

vers la fin de novembre , avait réussi à le faire de John Mills (Londres, 1776). que Roland

revenir et recommençait à être nourrice. Cf. let- traduisait pour son Dictionnaire det manufac-

tres des 39 novembre 1781 et 10 janvier 178a. titres.

corde; il s'est trouvé plus beau, et tu pourras t'amuser dans ton bûcher où j'irai te trouver avec ma petite quand il y aura du soleil.

Je n'ai pas vu notre voisin d depuis deux jours; peut-être lui est-il encore arrivé de sonner sans être entendu; la petite fait quelquefois assez de bruit pour que la bonne et moi n'entendions pas celui qu'on peut faire à la porte, et Marie-Jeanne est un peu sourde.

Je ne m'entretiendrai pas plus longtemps avec toi; j'ai demeuré au lit fort tard, l'heure du courrier approche et je profite de l'instant où la petite est au sein gauche pour employer la main droite à te tracer mon bonjour.

Ménage ta santé, donne-m'en des nouvelles. Amitiés au compagnon. Je t'embrasse lenerùtimamente.

Je viens de réfléchir quVn t'écrivant si négligemment et te parlant de lassitude tu serais capable de me soupçonner moins bien portante et de prendre de l'inquiétude. Si je croyais cela fermement, je jetterais ma lettre au feu : j'espère du moins prévenir ou effacer cette impression par l'assurance positive de ma bonne santé. J'ai toujours bon appétit, cl je n'ai eu de particulier que M qui arrive par moment aux mieux portants et qui est Mb d'une atmosphère plus ou moins chargée; le soleil répare el ili»i|»' promplement ces petites misères, dont je ne parlerais pas si je ne te disais tout. Adieu donc, paix et salut.

»> M. Dcu.

LETTIU DP! «4M HE IOUND. — II. «g

nrUUUI WATIOI1LK.

À ROLAND'1). — D'Amiens, mardi, 1 4 janvier i783.

Amiens, mardi au soir, îi janvier 1783. M. de Lajilatière.

Quel temps affreux! Où es-tu, mon ami? Je crains bien que ton arrivée soit retardée. Il pleut et vente horriblement, il fume dans la maison, tout prépare une nuit semblable à celle qui a précédé ton départ. Je crois pourtant qu'elle ne sera pas si mauvaise pour moi quant à la santé : je regorge de lait dont je ne sais que faire, mais excepté la sensibilité douloureuse qu'il cause dans les mamelles, je me trouve assez bien. J'ai passablement dormi pendant que tu courais la poste, j'ai peu mangé aujourd'hui; je me suis beaucoup agitée; je ne sens pas de lassitude.

La petite est gaie à faire plaisir; elle a passé toute sa nuit paisiblement : son appel ordinaire m'a fait tressaillir, mais après avoir tendu vers moi ses petits bras, elle s'est laissé distraire par sa bonne qui l'a faite boire et manger, et le reste du jour s'est passé comme de coutume.

M. d'Hervillez n'a pas manqué de venir; il prétend que toutes mes misères, que je lui ai bien racontées, viennent de l'estomac, dont l'indisposition peut causer jusqu'à des vertiges. Ainsi, tu as grande raison de veiller au premier pour avoir une femme raisonnable! Bientôt il faudra savoir comment les gens se portent pour juger s'ils ont le sens commun. Cette doctrine parait plaisante; quoique au fond je la croie très bien appuyée, je serais tentée de la berner : elle prête admirablement à la palinodie.

Le bon M. de Rray vient d'envoyer savoir de mes nouvelles; je n'ai rien vu dos autres, pas même l'almanach, que je ferai demander demain au seigneur paressnn .

M Papiers di Rmièrr. — Il y a dans un roin : ainsi que je l'ai fait déjà remarquer, dans l.i

«M. de Laplalière», ce qui veut dire que correspondance des Roland. M™' Roland insère celle lettre pour son mari Roland était parli b veille pour un séjour à

dans un pli adressé à leur ami Bosc d'Antic, Paris, qui devait se prolonger jusqu'au com-

qui le remettra au destinataire. Cas fréquent, mencement de février.

Le petit Cornette^ est venu tout échauffé, tout mouillé, à i heure et demie; nous avons un peu travaillé; il prêche toujours la préférence au clavecin.

Ta cuisinière a dix écus à faire venir de Paris et m'a demandé un moyen; je n'ai pas voulu mettre à même de juger du temps que tu pouvais être à Paris, j'ai donné l'adresse de M. Lanthenas : ainsi, on lui remettra le paquet et tu voudras hien t'en charger.

J'ai reçu le prospectus'21 et une lettre de M. Pucelle qui. définitivement, faute de compagnon, ne souscrira poinl; d'ailleurs, dei lenirniements, des honnètelés, etc. Hien du Cosuard^K à qui j'enverrai demain la lettre.

Je suis bien en peine d'apprendre ton arrivée; mes tendres embrassements au cher Longponien. Sa petite nièce bredouille déjà immonde; c'est une découverte que j'ai faite aujourd'hui; j'ai dit à sa bonne, qui la sifflait, que ce n'était pas le moment, parce que c'était pour l'enfant un nom sans idée et qu'il fallait voir l'objet avant de l'appeler.

Dis-moi quelque chose du pauvre D. La Croix (*'; vois-le, rappelle son énergie. Si tu MMWÙ le servir! Quel plaisir de soutenir ou venger l'innocence contre £wUèmn ilélateurs !

Amitiés mille et mille au fidèle Achate et à M. d'Antic, à qui je dis que je t'en charge.

Addio ti, per oggi; domani ti dira quel ehe proverô; ma giammai non potro dirti qunnto t'amo e sogno a ti. Ti bncio di qun . di lu , rt gli airi nirhi a unira ^K

Mercredi matin .à 1 1 heures. — La nuit n'a pas été aussi bruyante que je le craignais, je l'ai passée assez, bien. Mais, si je n'ai pas eu les rêves d'un estomac fatigué, j ;ii eu reu\ «l'une tête vide. Ainsi, cette pauvre tête est condamnée à jouer sur l'oreiller puni- des digestions pénible-, ou faute de digestions à faire. La médecine m'a causé pendant une demi-heure tant de malaise et soulèvement que je doutais en moi même que l'apothicaire M lui trompé C'1

J'en suis là; il est 1 1 heures. J'ai la tête fatiguée, je suis encore au lit, avec les seins c -munie deux pierres, et ne remuant les bras qu'avec un peu de douleur. J'attends M. d'Hervillez pour savoir s'il n'y a pas d'autres moyens d'évacuer le iail

<" On voil iri que Cornette ( mi GofMt), <|iii t. I, p. mis, sur rc bénédictin, persécuté dans

apparaît déjà deux loi» dans le premier Recueil, M ordre.

i|.'\.iil élre un maitre 'l<- mii-Miu*'. '*' «Adieu, pour aujourd'hui : demain je le

I)" rSoeytloptdit mtOtodiqut. dirai comment je serai; mal.» jamais je nopoiiir.u

1 M"* Roland joue iri sur II nom la le dire romliien je t'aime et sonrje i toi. Je l'i m

Couard Duperron, réléve-in»[>erleiir; ailleurs brasae de ci, do là, et te» cher* \eux.»

elle écrit Curnanl. '•> Je retranche ici dan lignes de détail»

- Voir les noies de mon premier Recueil, intimes de santé. Trop est trop.

promptement. La petite tourne autour de mon lit, tire les couvertures, appelle maman, et n'est contente que lorsqu'on l'a mise à portée de me donner un baiser; elle s'en retourne gaie, mais il faut recommencer dix minutes après; et voilà son train depuis 8 heures, tout en mangeant sans demandera téter.

Flesselles vient d'envoyer savoir de mes nouvelles.

Je recois une lettre de M. de Montaran qui accuse réception de la tienne du 21 du mois dernier, ajoutant qu'il demandera bien volontiers à MM. de Liancourt et de Castagny les éclaircissements dont tu as besoin sur les moutons de Hollande; une phrase d'honnêteté termine cette lettre que je te rends toute entière.

Adieu, mon bon ami; ménage-toi pour l'intérêt de ma santé qui dépend en grande partie de la tienne que je soignerai aussi en moi. Point d'inquiétude.

À ROLAND O. — D'Amiens, 18 janvier i783.

Amiens, 18 janvier 1783.

J'ai l'obligation à M. d'Antic(2! de savoir comment tu as passé la journée de ton arrivée ; sa lettre, qui m'est parvenue hier, a complété les nouvelles que je pouvais avoir jusqu'à ce moment. En aurai-je d'autres aujourd'hui ? Seront-elles de toi ? Je m'en accommoderais bien. Mais tu as tant à faire, que tu es tout pardonné si je n'en dois pas avoir; pourvu cependant que cela ne dure pas longtemps.

Comment te trouves-tu de l'air de Paris? que fait ton estomac? as-tu du sommeil? tu occupes donc certaine chambre et certain lit. . . Mais, après t'avoir fait nies questions les plus pressées, il faut te rendre compte de ma conduite : tu es un terrible homme, toi ! il ne faut pas broncher loin de tes yeux. J'ai pourtant une confession à te faire : mon bon ami, j'ai eu une faiblesse. Je suis femme, et tu es trop sage pour t'effrayer d'une chose si naturelle. Écoute donc les circonstances : car, si je tais quelque chose, c'est un crime irrémissible. Hier, après t'avoir écrit, et une de mes filles étant sortie, j'ai voulu me lever; aux premiers mouvements que je me suis donnés pour cela, le lait a monté avec furie, mais, combattu par la drogue que j'avais avalée, il m'a causé une révolution dont j'ai été affaissée : la tête m'a tourné. J'ai perdu connaissance. La crise s'est terminée par . . . beaucoup de faiblesse et un peu de mal de tête. Caron, venant l'instant

W Papier» de Rosière. Dans un angle du papier, il y a : «M. de Laplatièrei. Même remarque que pour la lettre précédente. — <s> Bosc.

d'après, porta la nouvelle à M. Deu, qui accourut et renvoya après M. d'Hervillez , qui était déjà venu plus matin. Il n'a rien trouvé d'étonnant et m'a conseillé seulement de garder le lit pour être le plus chaudement possible, de manger un peu, de mettre fréquemment des linges chauds sur le sein et de continuer les lavements. Revenu le soir, il m'a trouvée bien et n'a changé à mon régime que de prendre en deux fois la dose de tartre qu'il m'avait prescrite, afin d'éviter une secousse semblable, et que la drogue entraînât le lait sans agir comme purgatif. En conséquence, après une nuit tranquille, j'ai pris à 8 heures une moitié de ma dose, gardant l'autre pour le soir; elle a bien passé, sans beaucoup de soulèvement*. J'ai eu un peu faim depuis : j'ai pris quelque chose, je n'ai plus de mal de tête et je vais me lever.

Mais pour achever la journée d'hier, lu sauras que M"e Cannel (1' vint à 3 heures pour DM proposer une promenade : on lui dit en bas que je ne pouvais seulement sortir de mon lit; elle s'effraye, monte, sa digestion toute troublée, m'embrasse, et finit par se trouver mal, vomir son dîner, etc. Elle est restée jusqu'au soir; j'ai envoyé chez elle dès ce matin; elle va bien et doit venir me voir.

Voilà bien des histoires de femmes; des évanouissements, du fracas, et au bout du compte on n'est pas malade. C'est une cocasse chose que notre organisation femelle.

Le seigneur de Vin est venu me voir, quittant les grands parents où l'on a passé hier toute la journée pour la fête de la bonne mère. M. Deu est venu, revenu, a déjà envoyé deux fois, etc.

J'ai un mandat sur M. Haudry; j'ai fait les remboursements, j'envoie les quittances et le mandat avec une petite lettre au Cosnard aujourd'hui.

Je t'envoie une lettre que je reçois, ou plutôt je vais t'en dire le contenu; elle est d'un sipur Ihimnilu, directeur entrepreneur de la manufacture royale de Béarnais, rue Boucher, à Paris. H te répond sur ta lettre, qui lui a été renvoyée par son régisseur à Beauvais, et se propose de te faire passer au i" mars la réponse à tes questions. Sa lettre est honnête, annonce de la bonne volonté; mais, si je juge do l'homme par le style, je ne le crois pas un grand clerc : cela sent le rmnhand à plpine bouche. Peut-être gagnerais-tu à le voir?

Je ne te dis rien pour les amis; j'en charge M. d'Antic à qui j'envoie una ciar- Irria ».

Aie bien soin de la santé; n'oublie pas de consulter les docteurs; songes-tu à prendre tes pilules et ton infusion?

Bonjour, tendre ami; embrasse pour moi le Longponien; je voudrais que lu passas (*tr) le dimanche avec lui.

f'1 Henriette Cannet. Sophie était mariée depuis le 16 novembre 178a. — ;'' Une caqueteric.

/i54 LETTRES DE MADAME ROLAND.

La petile se porte à merveille, mange et boit comme quatre, l'appelle, et me caresse bien , sans chercher le sein.

À ROLAND M. — 19 janvier i783.

19 janvier 1783.

Je désirerais bien, cher ami, que tu sois actuellement à Longpont; tu ne recevrais ma lettre d'hier qu'avec la présente et ce serait autant d'inquiétude d'épargnée. Je connais ta trempe active et la sensibilité, je tremble de tes craintes et de leur effet; j'ai voulu te tout dire et je présume que ton imagination s'élance au delà pour te tourmenter. De peur d'accident, je vais t'envoyer celle-ci par la poste, quoique j'écrive aussi à M. d'Antic.

Le courrier in'arrive, j'ai de toi une lettre que j'attendais impatiemment et je vois tristement qu'il y en a une de moi de retardée. Je te fais passer une lettre du pauvre malheureux cousin, peut-être pourrais-tu le voir; au moins ferais-tu bien; c'est un moment à saisir. J'envoie celte lettre par M. d'Antic et je t'en adresse une de M. Osterval W.

Je vais bien mieux aujourd'hui, mais je n'ose remuer ni pieds ni pattes à cause du froid; je vais du lit à la cheminée où je t'écris toute empaquetée de chiffons. Je prends des lavements purgatifs qui font effet, puis ma drogue; les seins commencent tant soit peu à se détendre; il ne faut que de la patience et de la chaleur. Je repose assez bien et tout ira , pourvu que je ne sois pas tourmentée de tes craintes.

Flesselles a su par Martin l'exil de D. de La Croix, il a été sur-le-champ voir M. Homelane'3', parler, etc., et il vient d'après m'apporter la lettre que voici. Je ne sais comment faire en voyant encore des retards à mes lettres, j'en suis étourdie, je me bâte pour l'heure, quoiqu'il n'en soit que 1 1.

Sois donc tranquille, cher ami; je n'ai manqué de t'écrire que le jeudi; tu dois avoir et tu auras depuis ce temps-là des nouvelles tous les jours.

Adieu, je t'embrasse, je te quitte pour te retrouver.

Toute réflexion faite, j'enverrai la lettre Osterval demain par M. d'Antic.

<*) Papiers de Rutière. Neuchâtel, en Suisse, qui imprimait alors ponr

Rolond, ce jour-là, «9 janvier, devait se Roland,

trouver à Longpont, chez son frère. (31 L'abbé 0' Mellane, secrétaire de i'évêque

<5) Le banneret Osterwald, imprimeur à d'Amiens.

A ROLAND'1'. — [Amiens], dimanche au soir, (19 janvier] 1783.

Dimanche au soir, 1 783.

Je t'ai écrit ce malin, mon cher ami, mais si fort en l'air et tellement étourdie du retard des lettres, de les inquiétudes, etc., que j'en étais mal à l'aise et que mon t:[iilrt' s'en e>t sentie. Il faut prendre mon temps pour te donner des détails, el ce n'est pas uni- petite affaire pour une femme qui se purge quatre fois le jour, H qui, le n'ste du temps, s'enveloppe de linges qu'où fait réchauffer à tous moments; si tu juins à cela l'histoire de se lever et les distractions de l'enfant, lu verras que la journée est remplie de soins fort ennuyeux, excepte ceux pour le petit . nuis qui ne laissent qu'à peine le temps de se reconnaître.

Je dis que je me purge quatre fois le jour, c'est-à-dire que je prends deux fois du tartre, et deux autres fois un lavement, soit à l'eau, soit avec du lénitif; chacune de ces choses me tracasse, me donne de petites coliques, de la fatigue et ne me laisse pas capable de faire grand'chose tant qu'elle agit; mais le mieux de tout, c'est que les évacuations répétées commencent à diminuer la tension des seins, qui déjà ne sont plus douloureux que lorsque j'y touche. Le docteur dit qu'il ne faut que de la patience, la continuité de ce régime el surtout de la chaleur, le plus léger froid pouvant occasionner des dépôts laiteux. Je me choie donc comme une nouvelle accouchée et je ne suis pas plus malade. Dès l'instant que I' -eins commencent à perdre de ta dureté, il n'y a rien d'inquiétant; ma situalion esl gênante el désagréable, mais elle ne fouruil pas le plus petit sujet de s'alarmer, en prenant les précautions convenables.

Ainsi, mon ami, fais tes affaires paisiblement, songe à ta santé, ménage-toi, prends ton temps, mêle un peu de dissipation aux sollicitudes qui te préoccupent; que ton voyage soit utile à ta santé autant qu'à Ion travail. Ce n'est pas trop exiger, mais pour cela seul il faut moins d'empressement que tu n'en mets dans ton objet, et surtout moins d'inquiétude sur mon compte.

Je te dis tout, j'ai soin de moi, fais-en de même. J'aurais voulu, je le répète, que tu fus (sic) à Longpont; eh bien! un jour de retard, tu le regardes comme perdu à certains égards; moi, je crois que ce serait autant de gagné pour ta santé, et je ne cesserai de désirer, de demander que tu en perdes quelquefois ainsi. Entre un peu dans mes vues, et seconde le plus ardent de mes souhaits.

Papitrt de Rotièrt. Publié en 1911 dans t Amateur d'autographe:

L'expression de tes craintes, de ton agitation, le retard qui l'a causée, l'idée de leurs effets sur toi, m'ont fait plus de mal que tous mes petits bibus dont tu t'inquiètes si fort. Consulte bien et examine bien pour toi. Ma disposition présente est naturelle et passagère, on connaît les moyens, et les périodes de la guérison (s'il faut appeler cela un mal) ne sont qu'un peu plus ou un peu moins rapprochés suivant les individus, mais ils sont certains.

Les bonnes femmes vantent beaucoup ici l'infusion de canne de sucre, j'en parlerai aussi à mon docteur. Depuis que je prends deux fois du tartre au lieu d'en avaler la dose d'une seule, je n'en ressens plus de violents effets; d'ailleurs, les évacuations donnent lieu au lait de prendre son cours, je ne le sens plus monter comme le jour qu'il m'a fait évanouir, chose que je craignais de te raconter, connaissant ton imagination ardente, mais que je ne pouvais te celer sans courir d'autres inconvénients; et certainement je ne te cacherai plus les choses de ce genre pas plus que celles d'aucun autre.

J'espère que ma missive retardée sera venue enfin à sa destination. Depuis ce que je t'y racontais, j'avais appris par Flesselles l'exil de D. de La Croix; je l'avais appris avec une indignation et un serrement de cœur qui ne peuvent s'exprimer : la lettre de Flesselles te dira le reste. Ce brave homme est tout de feu pour les honnêtes gens et contre ceux qui ne le sont pas.

Je vois tous les jours M. d'Eu, et tous les jours avant 8 heures il vient demander lui-même comment j'ai passé la nuit; j'ai beaucoup à me louer de ses soins obligeants.

// cicisbeo est venu hier au soir passer deux heures; je l'ai mis sur les théâtres; il est mieux là que dans sa politique; on est quasi étonné qu'un homme qui ne parle jamais que des derniers combats ait dans sa tête de grands lambeaux et presque des pièces des meilleurs auteurs; il ne m'a pas ennuyée cette fois.

Il y avait une note de M. de Rray, dans la lettre que tu devrais avoir reçue samedi. Il envoie souvent, mais je ne l'ai pas vu depuis quelques jours.

Déjà le sieur Cornette m'a envoyé sa mère avec une lettre; j'ai répondu aussi net que je lui avais écrit la première fois sur ses retards, et j'ai envoyé tout juste ce que je lui devais.

Il est donc vrai que ce pauvre Godinot(1) a perdu sa femme; sa lettre m'a touchée jusqu'aux larmes : je me suis empressée de te l'envoyer, je n'ai pas remarqué s'il te donnait son adresse à Paris où il t'offre ses services — mais tu sauras peut-être où le trouver. Je crois que tu ferais bien de le voir; peut-être ne vous retrouverez-vous pas de longtemps, s'il s'en va à Briançon : il me paraît si

M Ancien inspecteur principal des manufactures à Rouen, où il avait protégé les débuts de Roland, son parent par alliance.

malheureux, qu'il m'intéresse singulièrement. Si tu ne le trouvais pas à Paris, tu pourrais lui écrire à Versailles.

Je t'envoie la lettre de M. Osterval, parce que je crois utile que lu y répondes et que je m saurais n faire un extrait qui le permit de le faire pertinemment. Il se défend ni républicain, dignement; mais aussi en renard de la Suisse, et je crois qu'après l'exposé de ce qu'a fait ton imprimeur, pour justifier les plainles, il est important de s'expliquer sur le refus de tes lettres et les envois qu'il va le faire. Ceci demande du ménagement ou je prévois de la brouille. J'aurais gardé cette lettre jusqu'à ton retour, si les envois prochains ne semblaient nécessiter une réponse avant ce temps.

J'attendrai le courrier de demain; s'il m'apprend encore des retards, je ferai mon earoi directement pour tenter de les éviter. Sois tranquille, je t'en conjure : enfant et mère iront bien. M"" et M"' de Chuignes sortent d'ici.

A ROLAND'1'. — [Amiens], mardi, 21 janvier 1783.

Mardi, ai jamior 1783.

Du moment, cher ami, que j'ai reçu ta lettre cl les ordonnances qu'elle contenait, je me suis occupée de faire le cataplasme prescrit par l'une d'elles. Ce n'est pas que les seins me fissent beaucoup souffrir, mais il y avait encore de la tension et itt iluretés locales, surtout à uu. L'une et l'autre sont diminuées et san. doute ce cataplasme a accéléré cette diminution.

M. d'Hcrvillei sort d'ici; je n'ai pas cru devoir lui rien dire, parce que je ne crois pas bon de laisser voir un manque de confiance à un homme dont on pat forcé de se servir quelquefois; mais lui exposant seulement l'état des choses, il a jugé à propos de m'ordonner une médecine pour demain; je balance actuellement entre l'usage de celte médecine et celui du sel dans une décoction de chicorée sauvage, indiqué par M. d'Antic ('-'; voici pourquoi :

Il parait que les lavements, etc. . ., font prendre le cours convenable à mon lait, et que le temps et le régime continueront d'en favoriser l'évasion; mais mon estomac est en souffrance : je mange peu, et le peu que je mange digère

(l> Papiers de Rutiire. Publié en 1911 dans quartier, que Roland consultait pour lui-même F Amateur d'autographee. et pour sa femme , ainsi qu'on le verra par les

<*' Le père de Bosc, médecin du Roi par lettres suivantes.

difficilement : les liquides me pèsent beaucoup; une purgation, telle douce quelle soit, mise en lavage, est un terrible travail, et je ne sais comment je pourrais soutenir une pinte de boisson dans la matinée, de deux jours l'un, durant une quinzaine. M. d'Hervillez, avec qui j'ai raisonné de mon état, sans parler de l'avis de personne autre, est aussi de l'avis des purgatifs doux, veut me donner en conséquence du catbolicon double, avec du sel de duobus et du sirop de chicorée pour ma médecine, et puis me faire prendre les jours d'après un peu de rhubarbe qui entreliendrait les évacuations en remettant l'estomac.

Que dois-je faire? je relarderai sous quelque prétexte ma médecine d'un jour ou deux pour attendre ta réponse.

J'ai reçu des nouvelles de Rouen, mais je t'en rendrai compte demain; l'heure me presse, je n'ai que le temps de t'embrasser.

Mille choses et mille au fidèle Achate.

A BOSCW. — [Amiens], 21 janvier 1783.

Mardi, ai janvier 1783.

A vous, enfant d'Esculape, qui introduisez vos amis dans le sanctuaire et leur faites rendre des oracles, grâces et salut. Je me suis empressée d'exécuter l'une des ordonnances du seigneur père et docteur, et je crois devoir lui attribuer les progrès du mieux que je commençais d'éprouver. Je suis un peu embarrassée pour le reste, mais ce n'est pas à vous d'être étourdi de mes misères, je les raconte de l'autre part'2'.

Je suis enchantée d'avoir des consultations et des règles pour l'ami; si le succès rôpond à mes espérances, vous aurez plus fait à mon bonheur que ne pourraient faire jamais tous les rois de la terre.

M Papier» de Ruiière. Publié en 1911 dans (,) Dans la lettre suivante , adressée à Roland

l'Amateur d'autographe: sous le couvert de celle-ci.

À ROLAND W. — [Amiens], ai janvier i783.

Mardi soir ai janvier.

Depuis que je t'ai écrit ce matin, j'ai réfléchi que deux jours d attente et peut-être trois pouvait être nuisible et qu'il fallait profiter du mouvement des humeurs. D'ailleurs j'ai bien digéré mon petit dîner; peut-être encore les laveiiKTits répétés sont-ils en partie cause de l'aiïaiblissement de mon estomac; j'ai donc résolu de diminuer le nombre de ceux-ci et d'essayer demain de l'ordonnance de M. d'\ntie; je jugerai par son effet de sa convenance avec ma disposition présente et je partirai de là pour la suivre les jours suivants ou pour revenir à celle de M. d'Hervillei, auquel je laisserai croire que j'ai pris sa médecine, dont je pourrai faire usage sans lui, quelques jours plus tard, si l'état des choses m'y engage. Voilà donc qui est arrêté; ce n'a pas été une petit* affaire à décider à part moi, car je n'aime point du tout à faire le docteur même pour ma personne, et je trouve fort doux d'être conduite. Je serai dans |i cas de te dire demain, avant de fermer ma lettre, quelque chose de l'effet du lavage.

Je ne suis point encore rentrée au cabinet; la matinée se passe nécessairement dans ma rhambre, j'y demeure le reste du jour. J'y ai fait apporter aujourd'hui l'épinette I2', sur laquelle j'ai cru que j'avais oublié en huit jours la moitié de ce .|iip j'avais appris en un mois.

Le petit Martin vient de finir la copie de la filature; je lui ai donné les cahiers de M. Delporte'3'; durant la copie de ceux-ci, j'espère rattraper la faculté de préparer autre chose.

Les amies de Itouen nous écrivent longuement, d'abondance comme à l'ordinaire, et de ce vrai ton du cœur qui va droit à celui-ci. D'Ornayl*', qu'elles ont vu deux fois, parait ne rien savoir, n'avoir rien vu, et désirer de connaître ce qui court par la ville; elles jugent qu'il joue l'ignorant pour n'avoir rien à dire.

(,) Papiers de li<*irrr. Publié en 1911 dans m Les frères Delporte, de Roulogoe-sur-

VAmtUrur d'aitUtj'rafhrt. Mer, «ver lesquels Roland correspondait pour

(,) M"* Roland, qui n'avait pas encore de son Ihctumnaire. forte-piano à elle, s'était fait prêter le clavecin <•) Sur cet ami de Rouen, voir mon premier

de la salle du concert d'Amiens. Recueil, 1. 11, p. 58o.

C'est celle qui court si bieu qui fait tout de ses deux mains, de ia gauche au défaut de la droite. Aristote'1' croit que cela vient de Paris; on lui a lu ta lettre; il était préoccupé d'un rapport de sa façon qu'il portait à l'Académie !2) sur une querelle d'importance entre M. de Couronne (3) et l'abbé Vrejeon , faisant les fonctions de bibliothécaire de l'Académie. Primo mihi. En conséquence, il n'a donné qu'une médiocre attention à notre affaire.

Je trouve un papier indépendant de la lettre, laquelle ne renferme rien qui y ail rapport; ce papier contient une liste de vingt-deux noms'4'; je ne sais trop si cela veut dire que c'est autant d'employé ou que c'est le nombre dont on a besoin, et par réflexion je te l'envoie.

J'adresserai la présente directement par une autre raison que voici : M. d'Eu m'a rapporté ta quittance; on en veut deux au lieu d'une seule renfermant toute la somme et l'on demande qu'il n'y ait point de chiffres. Après les avoir faites, tu les remettrais à M. de Lasballes, place Vendôme, en faisant décharger le litre d'autant, pour le compte de M. de Vin. J'ai eu, j'ai souvent et assez longuement la visite de celui-ci et de M. d'Eu, qui m'envoie aussi journaux, etc. J'ai vu que M. Pilâtre '5) savait vomir des flammes et j'ai trouvé cela très beau ! Si le fait n'était pas public et qu'il ne promit pas la même publicité pour ses moyens, on serait tenté de croire au charlatanisme.

M"0 Cannet '°' sort d'ici : il est question d'un parti, elle se décide à rester fille à cause de sa santé; c'est d'une sottise inexprimable. Je lui en parle dans ces termes; elle parait inébranlable.

Mercredi matin, 11 heures.

J'ai pris ma pinte de boisson, elle passe assez bien, mieux que je n'osais l'espérer. Je n'en éprouve aucun autre effet sensible.

Le brave M. d'Hervillez est venu pour savoir l'effet de sa médecine : j'étais sotte autant qu'il se puisse, j'avais le nez dans mes draps; Marguerile a répondu ce qu'elle a voulu. Comme il croit pouvoir terminer par là, je me dépêcherai de lui donner son compte demain, pour n'avoir plus à dissimuler; c'est un genre de supplice auquel je ne suis point accoutumée et qui pourrait me faire plus de mal que les remèdes ne pourraient me faire de bien.

M. d'Eu m'a écrit qu'il envoyait d'autres effets à la place des 1,600 livres et que tu pourrais tout uniment lui renvoyer tes quittances.

I1' Michel Cousin. sans doute celle des personnes à qui Roland

'*' L'Académie de Rouen. devait envoyer un de ses ouvrages, probabU-

(3) Haillet de Couronne, secrétaire perpétuel ment les Lettret d'Italie. de cette Académie. <s) Pilàtre de Rozier.

C Cette liste est annexée à la lettre. C'e9t <•> Henriette.

J'attendais une lettre de toi; l'heure passe, je ne vois rien, et cette privation m'est pénible.

Tu as terriblement à faire, mais il y a bien longtemps aussi que lu ne m'as l'ait une petite causerie. Ta fille se porte bien. Amitiés alfratello (l', sans oublier M. d'Antic.

Ti baccio sulli occhi ed anche la bocca (sic) W.

À ROLAND W — a5 [janvier] i783.

Le a5 au soir, 1783.

Il est arrivé ce que j'avais prévu, ce qui m'avait fait t'observer l'état de mon estomac et te prier d'en conférer de nouveau avec M. d'Antic <*', avant de passer outre et de rien dire à M. d'Hervillez. Celui-ci ne me conseille pas de continuer l'usage du sel d'Epsom et t'en écrit. Arrangez- vous, mes amis; pendant que vous discuterez, j'ai grande envie de me bien porter, et c'est assurément ce que j'aurais de mieux à faire. Quand ma règle de conduite sera bien établie, nous verrons : en attendant, je m'en lave les mains; mais je persiste à croire qu'on ne peut servir deux maîtres et que, si l'expérience de M. d'Antic sur cet objet doit l'emporter, il fallait tout uniment bien digérer avec lui, sur mon exposé, ce que nous devions faire, et n'y pas mêler la musique d'un autre qui ne fait qu'éveiller des doatflfc Au reste, je puis me tromper en ceci comme en bien d'autres choses, H j'en parle comme d'une chanson. Je prends mon courage à deux mains, je sortirai la semaine prochaine, s'il y a de beaux jours, et je vais faire tant de musique et de bonne humeur que je pourrai me moquer du reste. Mais ne te fâche pas, ne me gronde plus, ne me fais pas des querelles d'Allemand sur de prétendues cachotteries : quand je trouve ces diables de mots dans tes lettres, ils m'agacent comme du verjus sous la dent; ils troubleraient la meilleure disposition de mon estomac.

Je sens bien que, pour être plus sage que toi, il faudrait, en continuant mon petit journal aussi fidèlement, prendre mon parti sur ton incrédulité qui me rend malade; mai3 il faudrait aussi pour cela une tête froide que je n'ai jamais qu'à

(0 Ltnthenas. lettre, il y a : « M. de Lapl.o. Même remarque

M inutile de traduire. que pour les lettres précédentes.

W Papiers de Rosière. Dans un angle de la W Non pas Bov , mais son père.

l'aide de la réflexion et toujours quelques heures trop tard pour mon plus grand bien. Encore passe quand lu es présent; alors il me surfit de mon cœur; mais de loin tu es un terrible homme. Embrasse-moi une fois de plus; rabats ou ne rabats rien, tout comme tu voudras; je ne protesterai plus de quoi que ce soit, voire même de ne pas faire ces protestations dont tu fais fi. Mais, si tu reviens sans aller à Crespy ! . . , (1) Suffit; je ne veux plus rien dire.

Puisque tu lis bien toutes mes lettres, il ne me restera donc qu'à désirer que tu le fasses avant de me répondre, surtout quand tu n'es pas content. Leur luxe me parait un peu chère, mais j'étais si fort impatientée d'entendre que tu n'avais pas reçu, que, pour m'éviter ce chagrin, j'aurais payé 20 s. par jour sans scrupule. Au reste, certaine grande enveloppe sur petit papier a été nécessitée dans son temps, sans avoir été projetée, par une lettre de Flesselles à joindre que je n'attendais pas; enfin, le certain port de 3o s., que j'avais la bonhomie de vouloir perdre et que tu as dû ravoir, sera, s'il te plaît, pour mes mauvaises enveloppes, et si tous ces détails te font enrager, tu me donneras un baiser pour me faire taire; je t'en rendrai deux pour n'être jamais quitte et j'enverrai de nouveau par M. d'Anlic'2'.

Je vois bien que tu cours, car tu m'écris aussi en courant. Cette pauvre M"0 Desporles! Je ne sais ce qu'elle a, mais c'est un grand mal que d'être vieille fille'3'. Si le hasard te faisait revoir la cousine de Bourgogne'4', tu me ferais grand plaisir de lui dire que je me souviens de l'ancienne amitié, et qu'il n'a pas tenu à moi qu'elle s'en souvienne aussi; tu pourrais charger M"e Desportes de la commission, si tu la revois seule.

Je suis aise que tu aimes mon Agathe'5', mais je ne te tiens pas quitte des nouvelles de mon ancienne inclination, M. de La Blch. (6). Et Longpont? et le reste? En vérité, excepté les grondes (7', toujours bien conditionnées, le reste de tes lettres paraît fait sur la pointe d'une aiguille, où tu suis rigoureusement avec moi la maxime de certain sieur d'écrire aux femmes avec la pointe d'un canif.

Mon oncle'8' se gouverne en chanoine, et l'allure de ces messieurs n'est pas celle des lièvres; d'après tout cela, je ne vois guère le moment d'acquérir mon forte-piano.

Mais parlons de M. Descroisilles (9>, arrivant aujourd'hui, parlant demain,

O Chez son frère, le prieur Jacques-Marie. (5) Angélique Boulllers, sceur Sainte-Agathe.

<s> Cette fois il s'agit du jeune Bwe. (,) La Blaiicherie.

C«J M,"' Desportes, la cousine do Marie Plili- <:) Sic, pour gronderies. Probablement un

pon qui apparaît si souvent dans ses lettres, mot du parlu populaire de la Cité,

mourut cette année-là. (s) Le rliauoui ■ liiniont.

{») Jp»' Trude, née Robinau, élait en effet (,) Chimiste rouennais, ami des demoiselles

originaire de la Bourgogne. Malortie.

regrettant beaucoup de ne pas te voir, parlant de tourbes, des analyses demandées, etc. . . Je lui ai dit que l'ouvrage était à l'impression, en réponse à ses regrets de n'avoir pas rempli sa promesse. Nous nous sommes de'bité beaucoup de choses honnêtes. Il était ici quand M. d'Hervillez est venu recevoir ma confession, et il en a été témoin. Il court le monde, un peu, je crois, pour affaires de commerce, et débitant des mordants pour la teinture. Il se plaint de l'ignorance et du peu de goût qui règne à Rouen, comme on pourrait s'en plaindre à Amiens. Je dois le revoir demain matin avant son départ; je ne lui ai rien offert, étant veuve et malade, ou censée telle. Il m'a beaucoup chagrinée à l'égard des amies; il juge l'état de l'aînée presque désespéré. Ce sont des obstructions avec lesquelles elle peut vivre encore longtemps, mais de la plus triste des vies, toujours souffrante. Il m'a paru à son air qu'il n'avait pas jugé d'abord que j'y misse autant d'intérêt, car il a cherché à raccommoder les affaires et à me faire croire à l'espérance quand il a vu que son récit m'affligeait.

Adieu, pour ce soir.

Je fais des confitures de pommes à ma fille, pour qu'elle te laisse tes groseilles.

Amitiés à nos amis; j'écris un mot à M. d'Antic.

M. de Vin est tout en colère des friponneries de Pke [Panckoucke], il se dégoûte de sa souscription. 11 est aussi tout humilié de la pai\ ' et que M. d'EsIg. [d'Estaing] n'ait servi qu'à faire peur aux mouches; il ne veut pas croire aux articles; c'est une comédie.

M. Deu te dit mille choses; il m'a montré un nouveau prospectus de M. Sonnerai où l'on annonce que l'ouvrage se distribue actuellement. Tu est prié d'y voir.

J'avais envoyé ta lettre et tes quittances.

X ROLAND'1». — [Amiens], q6 janvier i783.

M. d'Hervillez m'apporte sa lettre, ne sachant où le l'adresser. La mienne est liitc, ce grand papier-ci grossirait beaucoup le papier à M. d'Antic, et je crois par délicatesse ne devoir pas y joindre la présente.

H Les préliminaires de la paix avaient été Ce billet est écrit sur la seconde feuille d'une

signe* entre la France et l'Angleterre le 10 jan- lettre adressée à Roland par M. d'Hervillez, n>-

>i-T 1783. lative aux ordonnances du (liii'tciii II' 1 d'Vnlie,

(') Papieri de Rosière. — Publié en 1911 dan» qu'on s'était décidé à lui communiquer et aux-

l'Anuileur d'autographe: quelles Une souscrivait pas.

J'observe, en relisant ici l'exposé de son ordonnance, qu'il l'a un peu oubliée el que dans celle de ma première médecine je n'avais pas du catholicon double, mais du séné; c'est un rien qui sans doute ne tire pas à conséquence et que je note parce que cela me frappe à l'instant.

Je ne me trouve pas mal, j'ai un peu de démangeaison aux seins et une légère ébullition presque imperceptible qui n'est, dit M. d'Hervillez, qu'un effet ordinaire après les cataplasmes.

J'ai la bouche un peu mauvaise et quelque lassitude dans les jointures : à ces observations, il m'a répondu que peut-être il faudrait encore une fois prendre un purgatif, mais qu'il regardait bien comme tel le sel d'Epsom, et qu'il fallait mettre des intervalles pour laisser la nature reprendre ses droits, etc.

Voilà où j'en suis, forcée de suspendre, mais ne le regrettant guère, parce que je me trouve passablement; je sortirai au premier jour et l'air me rendra des forces.

La petite, à qui j'ai découvert mon sein, le regarde en souriant comme un objet de connaissance; elle le baise, mais ne songe pas à le prendre, je n'aurais pas cru que cela s'oubliât si tôt.

L'heure avance et me presse. Je t'embrasse de toute mon âme.

J'ajouterai encore au compte exact de mon état que j'ai un peu d'échauffement , que je rends peu d'urines, qui sont fort chargées. Pour le coup, c'est bien tout. Adieu donc.

À BOSCO. — 11 février i783.

Amiens, le 11 février 1783.

Et sûrement, je l'ai embrassé! Rien d'autres en auraient fait autant à ma place. Il est arrivé hier à h heures, bien fatigué, bien maigre, ayant essuyé un temps détestable. Enfin le voilà au colombier, je le choierai bien et nous lâcherons de faire mieux.

Je suis étonnée que vous ayez été trois jours sans lettres de ma part, je n'ai pas été ce temps sans vous écrire; il y a quelque épltre d'arnétée. Je vous ai écrit dimanche pour notre triste caisse qui n'arrive point; je priais l'ami Lantbenas de voir si elle était partie, et d'en avoir quelque révélation de manière ou d'autre.

Papiers de Rotière.

Je reçois sa réponse à mon anglais'1' el cette affreuse nouvelle de la diligence de Bordeaux; cela glace le sang dans les veines et lait frissonner d'horreur.

Nous sommes pressés à n'avoir pas le temps de lire vos lettres à notre gré; nous les reprendrons aujourd'hui et nous vous y répondrons, celle-ci n'est qu'un bonjour. Santé, joie, amitiés à vous deux'2'.

À ROLAND®. — [Paris], 19 [mars i784]<»).

Le 19, à g henri ■-.

Je suis arrivée bien portante, mon bon ami; j'ai trouvé le fidèle Achate au logis, qu'il avait pris soin de me faire préparer. Nous avons causé, il est sorti pour avertir le brave Klesselles, qui est arrivé de lui-même l'instant d'après; il est ardent comme tu peux croire d'après son excellente âme, et il a cette sorte d'espérance qui accompagne l'extrême envie et le courage de bien faire. Il reviendra demain après midi; le matin, je me rendrai chez M"' de La Belouze.

L'ami d'Anlic est arrivé, je n'ai pas eu de peine à le reconnaître, el je sentais trop bien son cœur pour ne pas le distinguer sur sa physionomie. Il est doublement triste, sou père est malade et je suis affligée de sa peine.

Autre chose du même genre, Klesselles s'est purgé hier et ne se porte pas encore bien, il ne mange point, il a des aigreurs, il m'inquiète.

Je viens de lire tes lettres, je reconnais les personnages et l'indisposition de leur amour-propre, au ton de M. Mt(5>. C'est tourné si adroitement qu'il sera nécessaire de bien développer les causes.

I • •• tradurlion- d'anglai> qu'elle f.iisaif 19»; iinv main inconnue a ajouté, avec rai-j>ri (••nir son mari, el qu'elle avait wmmiam ■< l.an- d'ailleurs : "mai--. 17S/1-. On partait d'Amiens therus. le soir à 1 o heures , pour arrivera Paris le len- "' Bosc et Lanthenas. demain soir à 7 heures. Celte lettre a dom- ei • l'apiert île Ratière. — Public' en 1 y 1 1 écrite dés l'arrivée a l'hôtel de Lyon, où desdans l'Amateur d'autnfiraphei. cendaient les Roland et où habitait Lanthenas. !,) Sur l'autographe, il j a iMSfflMBl -I" M. de \lontaran, intendant du commerce.

LETTIIS Dr. BADINE ItOUXD. — II. 3o

llrKlUUI .ATIOIALI.

Que dis-tu de la lettre de la petite et des trois mois que donne le père? je n'ose ajouter que penses-tu? car je sens sur tout cela ce que tu peux bien imaginer.

A propos, je n'ai point dans mes papiers le précis des deux mémoires"); il faut que tu me l'envoies, tout de suite; je suis montée à rien négliger, à faire le possible et même l'impossible. Flesselles en est au même point, avec cette énergie que donne le goût d'obliger.

La bonne (2) ne fait que pleurer sa petite. Ménage-toi, embrasse bien notre Eudora; promène-la, si tu peux, au soleil avant de dîner; il faut la distraire, de peur Adieu, car je pourrais bien déraisonner.

Je t'embrasse de tout mon cœur et il me semble que c'est encore trop peu dire.

À ROLANDE — [Paris], 7 avril [i784].

Mercredi , 7 avril , au matin.

Mon premier soin, hier, a e'té d'aller voir M"e d'Antic(4>; elle est rue de l'Observance, chez M. de La Garde (5), auditeur des Comptes, maison d'amis, gens très riches, très dévots et très hauts. Je sais tout cela parce que MUe Desportes était bien avec eux, dont cependant je ne suis pas connue. J'ai trouvé notre chère demoiselle le cœur trop serré pour avoir encore jeté une seule larme, mais j'ai pleuré de si bon cœur que je lui en ai fait répandre. Je lui ai promis de l'aller voir tous les jours le temps que je demeurerai encore ici , et en vérité j'y resterais un peu plus pour cela seul, quaud je n'aurais plus d'ailleurs qu'à partir.

Elle songe au couvent et paraît en effet n'avoir pas d'autre parti à prendre; environ six cents livres de rente, voilà ce qu'elle compte. Elle avait plusieurs

*'! Les deux mémoires dressés par Roland pour se faire anoblir. Ils existent aux Papiert Roland de la Bibliothèque nationale, ms. 6a43. Dans l'un , l'inspecteur, énumérant ses services administratifs, sollicitait d'être anobli à ce titre; dans l'aulre, dit Mémoire d'extraction, il demandait d'être rétabli dans la noblesse que ses ancêtres, d'après ce qu'il prétendait, avaient possédée jadis.

Ainsi cette lettre est la première des cinquante-huit lettres de M™* Roland relatives à cette, entreprise.

(,) Marie -Marguerite Fleury, qui avait suivi M™* Roland à Paris.

('1) Papiert de Rotière. — Public en 1911 dans l'Amateur d'autographe$.

'41 Le docteur Bosc d'Antic venait de mourir (li avril), laissant d'un second mariage (Louis Bosc , le jeune ami des Roland , était d'un premier lit) deux enfants : Sophie, dont il est parlé ici. et Joseph, dont il va être question, qui fut plus tard député aux Cinq-Cents.

(i) Peillot de La Garde, conseiller-auditeur de la Chambre des comptes.

partis qui la recherchaient, et elle a le bon esprit de croire qu'ils se retireront tous. Le plus jeune frère n'est encore que surnuméraire dans les Domaines, il n'est par conséquent que sur la voie d'une place et n'en a point véritablement. J'ai écrit à notre pauvre ami, je n'ai pu le voir, il court comme un fou, comme un homme hors de lui. J'étais engagée avec M. Lanthenas chez M. Dhuez'1', j'y ai été, et en sortant j'ai fait visite dans la maison Sénart (2!, dont le chef est au Plessier, taudis ijuc M. de Crécy est ici entre les mains des médecins; on lui a fait la ponction, e'wt une hydropisie, et son état est très factieux. J'ai vu toutes les femmes, la mère et les deux jeunes, assez tristes, et un peu traînantes. J'ai fini au magasin l'affaire des bas, et j'ai payé i5 livres pour ces objets au jeune Sénart, le mari de M"* de Sélicourt. En revenant, je suis montée avec l'ami 3) chez M. d'Antic, pour voir si le hasard nous l'y ferait pas rencontrer; il n'y était point. Quand je sui^ rentrée, j'ai trouvé tes deux lettres du 3 et du U qu'il a>ait apportées, posées sur mou bureau, s'en allant aussitôt sans ouvrir la bouche.

Klesselles n'a pas pu rejoindre le secrétaire de M. Vaudreuil'*1; d'ailleurs, je te l'ai dit, il m'est démontre que M. de Calonne ne changera pas la marche ordinaire, el cpn- l!l>l a du crédit. Je ne me flatte plus de rien, j'attendrai ta réponse à ma lettre d'hier pour aller voir ces Intendants. Ne voulais-tu pas écrire à M. Itousseau et à M. Vallioud'"?

J'ai le cœur navré de M. d'Antic; il avait eu une foule de malheurs, il était au moment de jouir, une perspective brillante se rouvrait pour sa fille, tout est engaMtil Nous ,imiii.s ou priser notre tête, nous ne sommes point malheureux.

Je suis convaincue que la révocation'7' est une chimère, et quelquefois je doute si l'on n'obtiendrait pas de meilleures conditions pour la retraite avant la nomination de |), l.o ? M.iis quoi? on ne l'accordera jamais tout; le petit Bld. est sûr <l< son fait. Tu pourrais toujours compter sur quelque chose de mieux que les i.)oo livres. Vivons en paix, achève relie entreprise Encyclopédique, qui me fait plu> de peine que tout le reste parce qu'elle m'effraye pour ta santé, mais poursuisla sans autant d'acharnement et de vivacité; prenons de l'aise dès à présent et souvenons-nous du conseil de Cinéas, trop sage pour ne devoir pas être suivi.

Vmi des Roland , que je n'ai paa réussi a identifier.

<*' Le* frère» Sénart, habitant Pari*, nie l.iiiin. uii|rfii\, avaient une grande manufacture de bas au Plessier-Rosainviljers , près de Monl- ■ li.li'T. M. de Crée) était un membre de leur t.uiiill''.

M Lanthenas.

Ce secrétaire l'appelait M. da Kmeville, et l'on comptait sur lui pour faire alioutir, par

M. de Yaudreuil, Irè* en faveur à la Cour, l'affaire des Lettres de noblesse.

W Blondel , un de quatre Intendants du rum

nuire.

<•• Rousseau, premier commis de M. de Montaran; Valioud, premier commis de M. To- Iwaii . autre Intendant du coinne ■

(,) C'est-à-dire la reconnaiitance de nobles-.

<'I De Lo des Aiiiniis, ioapectev des m i

factures à Sedan.

Je n'ai pas vu un chat de chezDeLadreux'1'; je ne prends point sur mon compte une emplette pour M. d'Eu, je n'aime point à faire naître des regrets. Dans ma première lettre je le donnerai une nouvelle note pourLavater 2', afin que le voisin se décide de lui-même; autrement, je ne fais rien.

Comment te sens-tu? Le magnétisme (3), les digestions, la démangeaison? Il est près de 8 heures, je me hâte et je t'embrasse de toute mon âme.

M"e de La Blz. est venue lundi matin avant mon retour de Versailles, j'ai dessein d'aller la voir.

À ROLAND W. — [Amiens], 1 5 avril i784.

J'ai été ce matin dans les bureaux de M. Tlz'3'. J'ai remis ta lettre à M. Vaill., qui m'a donné la note des dernières retraites, dont il résulte que le traitement ordinaire est la moitié des appointements. M. Godinot avait 6,ooo livres, et c'est la raison de ses mille écus; son titre d'ailleurs est le même que celui dont il jouissait , inspecteur principal et rien autre. M. de Boisroger'6' a eu aussi mille écus de retraite, mais il avait quarante-cinq ans de services, et son traitement, de 5,ooo livres, avait été réduit à ce taux par arrangement général au commencement de son inspection : on a eu égard dans la retraite à celte réduction accidentelle. Les Imbert, La Conté, de Perrière <7) ont eu i,5oo livres, juste moitié de leurs appointements. 11 est vrai que ceux de M. Brunet(8) n'étaient que de 4,ooo livres, mais, comme je te l'ai dit, il n'a obtenu les mille écus qu'à force de protection, et il avait trente-sept années de services.

J'ai fait dans les bureaux mêmes ma lettre à M. Tlz. pour lui demander un rendez-vous, après avoir demandé h M. Vil. s'il croyait que cela put m'avancn •; elle doit lui être remise demain au soir, à son arrivée; mais samedi il a tribunal, dimanche autre affaire, lundi je ne sais quoi, et je serai mise probablement au

t'I Deladrcux, marchand à Paris.

M La traduction dos premiers voluim • delà Phyiiognomie de Lavalcr avait ]>aru en 1780% avec un très vif succès.

(') Toute la société d'Amiens, et Roland, et le médecin d'Hervillez allaient au baquet magnétique.

(*) Papiert de Rosière. — Publié en 1911 dans l'Anuiteur d'mitngraphei.

N Tolozan. Remarquons une fois pour toutes

que M™* Rotand écrit presque toujours les noms propres en abrégé, Tlz. pour Tolozan, Vaill. ou VU. pour Valioud, Ru. pour Rousseau, Mt. pour Montai-an, de La B. pour de La Belouie, etc.

(,) Ancien inspecteur des manufactures à Elbeuf.

(7' Imbert de Saint-Paul, ancien inspecteur à Nimes; Watierdela Conté, à Paris; Godinot de Ferrières , à Caen.

<*) Ancien inspecteur à Alençon.

mardi, jour d'audience, mais à une heure où je pourrai l'entretenir plus longuement que si je me fusse trouvée avec tout le monde.

J'ai été voir M. Rss. , qui voulait prévenir M. de Mt. de mon séjour ici , ce que je l'ai prié de ne pas faire parce que je voulais voir M. Tlz. avant lui. De là, j'ai été l'aire une causerie avec M"0 de La B. , qui m'a fait promettre de l'instruire du jour du rendez-vous et d'aller déjeuner avec elle. Nous en avons décousu fort joliment : elle avait quitté sa toilette en apprenant que c'était moi qui la demandais, et elle est venue de fort bonne grâce, tout échevelée, per ciarlare a cuore apertoW.

Je viens de recevoir un billet de Mm° de Vouglans (2), par son laquais qu'elle avait chargé de me demander réponse. Elle me dit des choses très aimables, qu'elle volerait dans mes bras si elle n'était retenue par des considérations de la première force, que je suis pour elle ce qu'Isaac était pour Abraham, qu'elle fait bon ménage à force de sacrifices, et qu'elle ne cessera de nous chérir tous deux, etc. le lui ai répondu, du ton d'amitié que je dois à son cœur et à sa situation bien plus qu'à sa tête; je lui dis d'être heureuse en rendant heureux à sa manière l'honnête homme à qui elle s'est dévouée; que c'est mon souhait le plus vif, etc. Je t'en aurais dit plus long ce soir, mais nous avons fait un peu d'anglais avec M. l'arault ' . L'ami ' arrive et je te quitte pour l'embrasser.

Addio, rarittimo, ii bacio per tu lin.

Je vous embrasse <s).

À ROLAND (•>. — Samedi au soir, [a4 avril 1784].

Samedi an soir.

Je reçois toutes tes lettres, celles des bureaux et celle d'hier par le courrier, je M mn te dire qu'un mot, parce que je suis très fatiguée et que j'aspire après mon lit. J'ai vu M. Vailloud et j'en suis très contente : il me donnera la petite note des retraites.

Dans le temps que j'ai passé à son bureau , M. Tolz. y est venu; on lui a dit qui j'étais; je lui ai adressé quelques mots d'honnêteté d'un air assez délibéré. Il m'a

(1) Pour babiller à cœur ouwrt. (•> Bosc.

"> Henriette Cannet, <(iii demeurait à Paris, "» Ligne de l'écriture de Bosc, ajoutée en

nie de Vaugirard , n* lia, près le Petit-Calvaire, transmettant la lettre.

"I Parraud, ami de l.antbena> et de Bosc, <•> Papiers de Ratière. — Publié en 1911

traducteur de Swedenborg. dans l'Amateur d'autugrapket.

répondu aussi honnêtement que peut le faire sa petite tête et son chien de visage : il a demandé comment tu te portais, m'a dit quil était bien aise de me voir et te fait mille compliments. M. Vailloud ne le croit pas mal disposé pour toi; j'ai amené de petites causeries sur cet article sans dévoiler ce que je devais taire, et je n'ai pas perdu mon temps. Je t'en dirai davantage un autre jour, je meurs de faim, de lassitude et de sommeil, et je t'embrasse de tout mon cœur.

Lanlhenas ajoute, le lendemain matin :

Je reprends, mon ami, où la chère sœur en est restée de nos courses de hier au soir : après avoir beaucoup causé avec ces messieurs du bureau de M. Tolozan et M. Vallioud en particulier, nous avons été chez M"" Duhez, chez qui nous devons aller dîner aujourd'hui. Ne les ayant pas trouvés, la chère sœur a employé le reste de la soirée à voir encore dans quelques couvents s'il n'y aurait pas moyen d'en trouver au moins un de convenable pour M"e d'Anlic'1'. Nous avons été dans deux, où, quand nous aurions trouvé de la place, sans doute le prix n'aurait pas convenu. Ces couvents ressemblent plutôt à des palais parleurs cours spacieuses remplies de voitures et fournies dans tout leur tour de remises. En rentrant, nous avons trouvé M. D. I2) toujours très affligé de l'incertitude du sort de sa sœur. La chère sœur vous a écrit et nous l'avons laissée coucher, en ayant extrêmement besoin par la fatigue que les courses qu'elle a voulu faire à pied lui ont donnée. M. Flesselles a du partir ce matin pour Versailles. La chère sœur lui envoya hier au soir une lettre pour un des commis de M. de Vergennes, qu'elle avait vu, afin qu'il puisse se procurer une copie du témoignage donné par M. de Flesselles, l'Intendant de Lyon. Je ferai passer, mon ami, au plus tôt les questions à Fréjus<3). Je vous embrasse de tout mon cœur. Ménagez bien votre santé, et donnez -en toujours des nouvelles.

M Sophie d'Antic, réduite à de très faibles & D'Anlic, cVst-à-dire Bosc.

ressources par la mort de son père, songeait à p> A l'abbé Turles, supérieur du séminaire

se mettre dame pensionnaire dans quelque de Fréjus, ami de Lantbenas. Questions sur les

couvent. (Voir la lettre cxn de mon premier huiles de Provence, pour le Dictiunnaire det

Recueil.) manufacture:

Pour Aniifii.i.

À ROLAND!1'. — 37 avril [t784].

Mardi au soir, 97 avril.

L'ami m'a remis ta lettre el le morceau de musique qui n'est pas celui que je voulais , mail n'importe, je retrouverai l'autre, et au bout du compte j'ai ici de quoi travailler. Pour les lettres, c'est toujours du bonbon que je savoure en vraie friande el dont je suis bien avide. Tes petits contes d'Eudora (2) nous réjouissent beaucoup, je déride la bonne avec cela, qui lui vaut un restaurant pour quelques h.'iires.

Je te dirai que le billet ci-joint ■'ayant été apporté hier par un laquais, j'ai répondu sur-le-champ par un autre billet, malignement adressé à M. lîss. péri'; ce pin >•-! arrivé re matin en personne, pour réparer son tort, m'a-t-il dit, de n'être pas venu bier, etc., me pressant beaucoup; disant qu'il comptait me donner sa tille, la femme du notaire, <|ii'il sciait inliuimeiit tlatté, que j'inspirais le plus vif empressement, etc., beaucoup de compliments, de choses honnêtes, auxquelles j'ai répondu convenablement et faisant valoir mon rhume. Le procèsde M. de Ml. M met lundi sur le bureau et sera jugé le mois prochain. Si l'on jugeait d'après l'homme, me disait M. Rss., il gagnerait sûrement; mais les formes, ces billets jusqu'à la concurrence de onze cent mille livres qui ont été brûlés après avoir été payée, ce que nie aujourd'hui le mineur d'alors? Si M. de Mt. perdait, il en serait pour son quart de ces onze cent mille livres, terrible brèche à sa fortune, sans compter le déshonneur et le chagrin (3). C'est une chose affreuse! M. de Klesselles'4' doit aller voir aujourd'hui la machine de Flesselles, qui espère bien en tirer parti pour s'assurer de la ressemblance ou non-ressemblance avec celle de Mill'51; demain, M. de (lalonne; ce qui parait plus sûr cette fois, parce que le valet de chambre a la patte graissée.

"' Papier» de ttutièrr. — l'ulilié en 1911 <4> M. de PImmRm, Intendant de Lyon,

dan* F Amateur iFauliigra/theê. devait M voir une machine à filer le colon

(*' Roland , dan- toutessos lettres (ms.6ain , ftêawMt par FlaweHw, le inanulai liirier ami

fol. 197-1 10), donnait de. nom elle, de l'enfant, de Rnland, différente de celle que le sieur Mi In

de -e* espiègleries. A ■- petits caprice* , etc. avait mutilée | Ncinille-.iir-Sfle.iie {Intendance

^nr re procès de M. de Mnntaran, voir de Lmhi i. mon premier Recueil, t. I, p. 36a. "' Lisct Miln.

Je viens d'écrire aux amies de Rouen. Le Toi. a reçu, lu ma lettre et promis d'une manière positive qu'il parlerait vendredi prochain; ainsi, prenons patience.

Je vais fermer le paquet ce soir pour l'expédier demain avant 8 heures, s;mavoir à m'en occuper, car j'ai de l'eau à prendre de plusieurs laçons. Adieu, mon hon ami, reçois mes tendres Bouton*1'; j'enrage de bon cœur de ne pouvoir les donner qu'au papier. La grand'mère (2) est bien cocasse avec son embarras des gens qui lui font honneur.

À M. DE TOLOZAN*3). — Crépy-en-Valois, 3o mai i784.

Crépy-en- Valais, le 3o mai 1786.

Je sens tout ce que je vous dois; vous avez bien voulu déterminer ce qui faisait l'objet de tous mes vœux : je suis rendu à mon pays, à ma famille; vous avez accumulé les témoignages de votre bienveillance, et la manière dont vous me les avez accordés est pour moi un nouveau sujet de reconnaissance. J'aurais eu l'honneur de vous l'exprimer plus tôt; mais le jour que j'attendais [ma femme, j'ai reçu des nouvelles qui m'ont appris qu'elle avait été forcée de retarder son départ à cause d'un violent accès de fièvre et d'une indisposition] (4) propres à faire naître [beaucoup d']<5) inquiétude. La mienne devint extrême. Frappé des inconvénients dune voiture publique et de tous ceux [enfin] (6) qui pouvaient résulter de [l'altération de la santé de ma femme, je suis parti] (7) en poste, j'ai passé vingt-quatre heures à Paris, [où j'ai trouvé ma femme] '8) dans une faiblesse extrême et d'où je

(1> Baitert, en languedocien. Roland avait dû rapporter ce terme de Clermont-de-Lodève , où il avait été sous-inspecteur de 1764 à 1766.

(ï) La mère de M°" de Chuignes. Allusion à un incident sans intérêt raconté dans une lettre de Roland.

<3' Papier» de Rvêière. — Publié en 1911 dans l'Amateur d'autographe».

C'est le brouillon rédigé et écrit par M"' Roland, d'une lettre par laquelle Roland remercie le puissant Intendant pour sa nomination d'inspecteur à Lyon.

Sa femme étant tombée malade à Paris, Roland était accouru la chercher et la ramenait à Amiens à petites journées; ils faisaient halte à Crespy, chez le frère de Roland, Jacques-

Marie, prieur du couvent de Saint-Arnoult. A ce brouillon sont joints quatre autres, de la main de Roland, pour remerciements plus ou moins identiques, aux autres intendants, Blondcl, de Montai-an, de Vin de Gallande.

L'intérêt de celle pièce est de montrer M™ Roland dans ses fonctions de secrétaire : elle rédigeait, et son mari corrigeait, à son idée.

l4) A la place des mots entre crochets, Roland a écrit, en surcharge : «M-* de Laplalière, je reçus de sa santé des nouvelles . . . »

M 1 del' »

(•) BilTé.

O «son état, sur-le-champ je partis. . . »

<8' itoù je l'ai trouvée ...»

la ramène à petites journées. [J'ai passé]'1' passé par ici où nous nous sommes arrêtés et reposés [près d'un frère que j'y ai]'2'.

Il n'y avait que le vif sentiment dout j'étais entraîné dans celte circonstance i|ni pal me faire Boependre l'expression de ma reconnaissance, que j'espère, Mnii-ii-iir, veilla prouver parliculièremenl par mon exactitude à profiter des observations que vous avez bien voulu faire, et par le soin de justifier tout ce que vous êtes en droit d'attendre de mon zèle et de mon dévouement.

Je suis, avec respect, etc.. .

À ALBERT GOSSEM. — a janvier i785.

la l'Un-, ilunt je n'avait pu donner qu'un fragment dans mon édition, a fi{juré dans une RtaU publique à Londce-, lu 4 mai 1901 (adjugée au prix de 375 francs).

M"' Roland, dit lr Catalogne, raconte sa visite à Londres et »déplore l'animosité qui règne en France contre l'Angleterre». Ce mot n'était pas dans les fragments que j'ai publiés.

<>n retrouvera ces sentiments anglophiles dans le Voyage en Angleterre rédigé vers ce moment- • MM de M" Roland, an vin, t. III).

"> «Nous avons*. — "> «prés de l'un de mes frères qui nous est et à qui nous sommes très cher».* — <3> Amateur d'autographes de septembre 1908.

Ixlh

À ALBERT GOSSEO. — Villefranche, 6 mars i785.

Questions à éclaircir sur les successions en Suisse et en Allemagne.

1° Suit-on, dans ces pays, le droit romain?

a ° Peut-il y avoir, comme en France , des coutumes introduites par une sorte de féodalité , qui dans les successions fassent retomber les fiefs sur la tête des aines des familles, règlent différemment les prétentions des cadets, etc.?

3° Si ces coutumes, qui dérogent du droit romain, s'y sont introduites, n'ont-elles force, comme dans quelques provinces de France, que sur les fiefs; ou, tous les biens, quelle que soit leur nature, y sont-ils également soumis?

h° Si l'on ne connaît point heureusement, en Suisse et en Allemagne, la barbarie des coutumes qui régnent en France et si le droit romain y fait la base des lois, les pères alors étant les maîtres de tester, s'ils veulent , et de disposer de tout ce qui reste de leurs biens . la légitime de chaque enfant, que ce droit établit, étant prélevée, même en faveur d'un étranger, on demande : i° les pères testent-ils ordinairement, ou laissent-ils à leurs biens la direction que la loi leur donne vers tous les enfants, à qui elle la distribue quand les pères n'ont pas testé par portions égales? a°si les pères testent communément, se conduisentils dans leurs dispositions sur des principes raisonnables d'équité naturelle, ou ne sont-ils guidés que par leurs préventions ou usages, qui, dans les provinces de France, font sans nécessité faire des testaments aux pères, dans la vue seide d'instituer un héritier au préjudice de tous leurs enfants.

5° Si une coutume ne réglait ainsi en faveur d'un héritier que les successions des fiels,

(') Publié par "M"' Danielle Plan, dans Un Genevoit d'autrefuit, Henri-Alberl Gutie, Paris et Genève, 1909, p. i5o-t5a, d'après ht papiers de Gosse, appartenant à son arrièrepetite-fille, M"* E. Maillart.

Je ne saurais assez signaler l'intérêt de la publication de M"* Plan, particulièrement en ce qui concerne M™' Roland, dont elle a donné treize lettres inédites , quelques-unes de la plus haute importance. M™ E. Maillart avait bien voulu me les communiquer dès 1908; mais l'ouvrage de MIU Pion étant déjà en préparation, je m'étais engagé à attendre qu'il eût paru pour les donner à mon tour.

Lanthenas , qui était rentré au Puy à la fin de

1784, chez son vieux père, et qui s'y morfondait dans un état de dépendance rà-A-râ de son frère aîné, avait dès lors commencé à écrire un ouvrage sur ou plutôt contre le droit d'aînesse, ouvrage dont il lit imprimer une partie dès 1787, mais qui ne parut définitive ment qu'en août 1789.

Albert Gosse, de vieille famille genevoise, était allé étudier la pharmacie et la chimie à Paris de 1779 à 1781, et v avait connu, aux cours du Jardin du Roi, Lanthenas, Rose et la* Roland; ils étaient restés en correspondance. On remarquera que, bien que Gosse connût Lanthenas, Mn" Roland évite de lui dire pour le compte de qui elle l'interroge.

Im nfm lii.ns i-estant soumis au droit romain, on demande alors quelle est la disposition ordinaire que les pères font de ceux-ci?

Qm peuvent (1> enfin ceux qui dirigent la conscience de ce partage si inégal entre les enfants, qu'établit le droit d'aînesse? Si les lois I obligent et le nécessitent, ils l'approuvent -ans doute pour les intentions du législateur: mais, si les lois ne l'obligent pas, dans le cas. par exemple. <>ù l'on ne suive que le droit romain seul, alors que pensent-ils de ce partage inégal que les pères, usant indiscrètement du pouvoir que leur a laissé le droit romain de Mer, établissent dans l>eauroup de provinces de France, par des testaments qu'inspire la vanité d'un nom, ou l'avarice, qui croit retenir encore des biens même au delà du tombeau? Les pères font-ils souvent les mêmes injustices en Suisse et en Allemagne, et, dans ce cas, lu ministres de la religion les flattent-ils comme ils font chez nous?

Villefranclip , le 6 mars 1785.

Vous ne saurez que penser, Monsieur, en ouvrant ce papier et y trouvant de pareilles questions. Un de nos bons amis, relégué en province dans ce moment, se trouve porté, par une multitude de circonstance-;, à traiter du droit d'aînesse: il a cherché dans l'étranger et s'est déjà procuré sur ce sujet beaucoup de renseignements, qu'il aurait besoin de compléter quant à la Suisse et à l'Allemagne, où il n'a point de relations et où il nous a prié de faire quelques recherches. Ce»! une partie dans laquelle nous ne sommes point versés, nous avons présumé de votre complaisance que vous voudriez bien concourir, autant qu'il serait en vous, et par les personnes occupées d'objels de ce genre que vous pouvez connaître, à nous procurer pour notre ami des matériaux propres à la confection de son petit traité et à le rendre digne du public. La sensibilité d'une âme honnête, révoltée de l'injustice si commune chez nous où elle a tant fait de victimes, a donné la première idée de cet ouvrage. Je me proposais de vous entretenir un peu [longuejment, mais je me trouve surchargée de travail en ce moment; M. Rld. est sur le point de partir pour Lyon et excessivement occupé. Trouvez bon qu'en satisfaisant d'une part aux lois de l'amitié, je m'en tienne, par rapport à vous, pour cette fois, à la simple expression de cette franche et bonne amitié que nous vous avons vouée pour toujours.

P.-S. Voudriez-vous bien encore vous occuper d'une petite a lia ire qui nous regarde personnellement; il s'agit de voir un nommé Chirol, libraire de votre ville, à qui M. Roland a écrit en lui envoyant deux exemplaires de ses F^ltrei de Suisse, £ Italie, de Sicile et de Malte, et lui proposant des échanges de cet ouvrage, tvec d'autre- ouvrages qu'aurait le libraire, et de savoir s'il a reçu cette expédition,

W 11 faut r rliiiHMicnt lire/»«M«»«.

pourquoi il n'a pas fait de réponse et quelles sont ses intentions. Dans les règles de la seule politesse, je vous devrais des excuses de vous donner ces soins, mais l'amitié, plus confiante, la réclame avec franchise et ne redoute pas la reconnaissance.

À BOSCO. — 6 juillet i785.

Villefranche , 6 juillet 1785.

C'est une ennuyeuse chose de ce monde que d'y être toujours pressé! Enfin, il en est ainsi, et encore faut-il prendre patience.

Je vous envoie une lettre du Puy12', et vous charge de deux autres, une pour M. Le Monnier'3', une pour M. Deu.

Voici les fleurs jaunes, à huit étamines, de la plante dont je vous parlais dans ma dernière <4) et dont je veux savoir le nom, parce qu'une sœur hospitalière (5) en a hesoin. J'y joins quelques autres plantes que je n'ai pas le temps d'étudier.

Donnez-nous de vos nouvelles. Je n'ai que le temps de vous embrasser, mais c'est de tout cœur.

À L'ACADÉMIE DE MARSEILLE <6). — 18 septembre i785.

Le 18 septembre 1785.

Monsieur,

Je reçois avec sensibilité, reconnaissance, l'honneur que me fait l'Académie par le titre qu'elle veut bien m'accorder; il m'est flatteur d'appartenir à un corps qui

(') Papiert de Rotière. pharmacienne de l'Hôtel-Dieu de Villefranche ,

W De Lanthenas. que M"" Roland voyait souvent.

(3) Le peintre A.-C.-G. Lemonnier, que Ro- (•> Papiert de Rotière. — Publié en 1911

land avait connu à Rouen dans ses années de dans l'Amateur d'autographet. jeunesse, avait retrouvé à Rome en 1776, et Roland avait été reçu de l'Académie de Mar-

qui, rentré en France en 1784, s'était filé à seille le a 5 août. Cette lettre dut être aili

Paris. à M. Bertrand, directeur de la Compagnie

O Du 4 juillet. d'Afrique, secrétaire perpétuel pour les sciences.

W Probablement la sœur de La Chasse, Elle est de la main de M™* Roland.

SUPPLKMKNT, ANNEE 1785.

vous compte parmi les gens de mérite dont il est composé, et qui s'est distingué dans le nombre des corps du même genre dont l'existence étend l'empire des belles connaissances et donne à la France un nouveau lustre.

Empressé de témoigner à l'Académie que je ne regarde pas le titre dont elle m'honore comme une simple décoration qui n'entraîne point de nouveaux devoirs, je lui adresse un discours'1' que le sujet peut rendre digne de ses regards.

Fixé depuis peu de temps en province où les liens du sang et l'attrait du sol natal m'ont appelé, la question qui fait l'objet de ce discours s'est présentée à mon esprit; la maladie d'un frère qui devait parler à la séance de notre Académie, et le besoin de me distraire de travaux plus sérieux, m'ont offert l'occasion de la traiter; je l'ai fait dans la persuasion de son utilité, et je ne saurais mieux l'adresser qu'à une Compagnie qui prouve la réalité des biens et l'étendue des ressources qu'on doit attendre de la culture des lettres. Puisse-t-elle agréer ce faible hommage et le regarder comme une nouvelle preuve de mon respect et de ma reconnaissance! Offert par vous, Monsieur, il acquerra un prix qui motive ma confiance; c'est un service à joindre aux bons offices dont je vous suis redevable, et les sentiments que vous m'inspire/, ne me laissent pas craindre d'ajouter à cette espèce de dette.

Je passe aux objets sur lesquels votre complaisance se prête encore à me fournir des secours (î>.

'"' Cesl le discours «sur l'avantage des l.et-

tres et des Arts relativement au boni r de

ceux qui les cultivent et de leur influence sur les mœurs-, que Roland avait préparé MB sa réception à l'Académie de Lion. Lorsque la petite Académie de Villefranrhe tint sa séance publique du |5 août 17X5, le chanoine Dominique (le frère aine de Roland), qui devait y faire une lecture, se trouva î 11 c 1 ■ -. [ >> >-•>• . et Roland, pour le remplacer, y lut ce discours.

(,> Le reste de la lettre est de la main de Roland, qui entretient son correspondant it M recherches (pour le Dictionnaire det manufacturée) sur les huiles, les peaui et cuirs, et «la teinture en rougo façon d'Andrinople». -fin I fort bien fait cette couleur aux environs île M,tr*eil|o; on la tente, on en fait des essais d'un bout du royaume à l'autre; rarement ils reu -is.eni ; c'cst stirtnut à l'avivage que l'on échoue.»

AU CHANOINE DOMINIQUE ROLAND o. —Novembre i78:..

Dépense faite par moi depuis le 1" janvier jusqu'au 1" novembre iy85.

Ménage :

Janvier 53 1. o s. o d.

Février 56 7 3

Mars, à cause des gages, d'ancien mémoire à

l'épicier et du compte du boucher 618 10 o

Avril 90 1 5 o

Mai 54 i5 0

Juin &7 16 9

Juillet 81 3 9

Août, payé le boulanger 160 4 3

Septembre et octobre, dépenses de la ville. . 169 6 9

Gages de l'année 1 53 1 5 o

Total i,466 1 9

Plus acquisition de linge, seulement pour la maison, journées d'ouvrières, fil pour

raccommoder, ancien mémoire à la Resson. 3o,5 i3 o

Plus, fin de mémoires au menuisier, au serrurier, etc. Ports de lettres, petits meubles pour notre appartement W, enfin notre entretien 1 , 1 5 4 17 o

Total des dépenses 3,oi6 1 1 9

O Papier» de Rosière. — C'est un compte de ménage, annexé à une longue lettre écrite par Roland, de Lyon, le 26 novembre 1785, à son frère aîné , et que je crois inutile de reproduire ici. Roland s'y plaint, d'ailleurs avec des ménagements infinis, que le rtm»"inf dépense trop aux constructions du Clos, et ne contriliup pas assez à l'entretien du ménage commun de Villefranche , tandis que lui , pour sa pari . a déjà payé, itdu 1" janvier au 1" novembre 1786, 7,000 livres», ce qui excède ses moyens.

Puis il joint à l'appui de ce compte la note qu'on va lire, de l'écriture de sa femme, et qu'il y a lieu de donner, en tant qu'elle nous montre M™* Roland dans le train quotidien de sa vie de ménagère. On remarquera d'ailleurs que ses additions ne sont pas exaclr>.

(,) Les Roland, en s'installant dans la maison familiale de Villefranrhe, y avaient fait aménager pour eu k second étage. Roland, dans son compte au chanoine, inscrit encore 858 livres pour le même objet.

Recettes du Clos :

Beurre, au total a 1 6 livres i/4

Œufs 8a6

Huile de noix. Je n'ai pas commencé tout de suite à compter ce qu'on en apportait, mais je puis estimer ce qu'on en a reçu à 5o livres.

Vente faite sur ce produit :

Beurre î y 1. i 9 s.

Poires 3 !

Amandes î U

Total ik a

Recette en argent^ :

En janvier a3o titra.

Mars î ,aoo

Avril yG

Juillet. . . .■ i ,ioo

Plus, ma petite rente'3' 4oo

Total général des recettes 3,o5o

(l) Argent remis par Roland. ' Roland disait, dans sa lettre au rlianoine :

"' M"* Roland fait une erreur d'addition. «4oo livres de l'aident de ma femme, argent

Klle aurait dd ivrire 1,7*6 livrti, et, par suite, qui n'a point passé par mes mains, et qu'elle

3,i ùo au total suivant. n'a pas moins dépensé dans la maison.»

À ALBERT GOSSE'1». — [De ViHefranche] , 5 mai 1786.

Le lundi 5 mai 1786.

Je présume que vous avez quitté Lyon, mon digne ami, ou que vous êtes sur le point de l'abandonner; car M. Chaix'2' me mande qu'il est chargé de deux petites fioles qu'il doit m'envoyer incessamment. Mais il ne me parle point de lettre, je n'en reçois pas de vous, et malgré tout le prix que j'attache aux choses que vous avez fait préparer pour ma santé, je mettrais encore plus d'intérêt à vos nouvelles. Je sens à merveille combien vous avez dû être occupé dans les derniers moments de votre séjour en cette ville; aussi, je me plains des choses et non de vous.

J'imagine que ma dernière vous sera parvenue; j'étais embarrassée comment vous l'adresser; j'avais prié M. Chaix de s'informer de votre demeure à M. Gilibert; mais il a vu M. Teissier et lui a remis la lettre que celui-ci s'est chargé de vous remettre.

Je ne me soucie pas que la présente suive la même marche. J'y joins des marques des mêmes auteurs que les premières, mais qui n'ont subi aucune épreuve. Je remplis l'intention du fondateur, je veux dire de mon ami qui ne fera rien et n'offrira rien à l'administration qu'après vos résultats.

La plus pâle est de M. Teissier; l'auteur de l'autre doit avoir renforcé son noir au point de le rendre indestructible; vous en voilà juge.

Je ne vous parlerai pas encore de l'arrivée de M. Rld. Il m'a écrit d'Auxerre, ayant beaucoup couru et fort peu dormi parce que la diligence s'arrête peu et a supprimé plusieurs couchées; cette voiture a aussi changé de route, de manière qu'elle n'a pas dû passer à Essonne où notre ami devait descendre et être attendu

(>> D. Plan, op. cit., p. 169-171. — Roland Clos. Avant de quitter Lyon, Gosse avait en-

était parti le 2 mai pour un voyage à Paris, voyé à M™* Roland des remèdes pour sa fille et

Rouen, Dieppe et Amiens. Gosse s'était rendu à pour elle, à Roland des échantillons de teinture. Lvon quelques jours auparavant , et était allé de <*> Chaix, marchand de Lyon; Teissier (ou

là voir ses amis à ViHefranche et peut-être au Tissier), apothicaire; Gilibert, médecin.

avec des chevaux pour se diriger à sa destination (l). Je ne sais ce qu'il aura fait et j'attends la première missive avec impatience.

Je ne puis partir pour la campagne que jeudi prochain, si le temps le permet; car, mon enfant allant sur l'âne, je ne puis l'exposer aux inconvénients de la pluie. Sa santé me parait s'affermir et me réjouit d'autant; la mienne a grand besoin de l'air, du loisir et de la paix des champs; c'est là que j'ai hâte d'aller me régénérer le corps et l'âme. Je vous aurais bien laissé tranquille aujourd'hui; mais si je ne vous avais assassiné d'une lettre par ce courrier, les mille et une affaires de ménage et autres, jointes ensuite à mon exil des lieux où siège la poste, auraient rejeté trop loin l'envoi que je vous fais, et l'expression, que j'ai tant de plaisir à vous réitérer, de mon inviolable attachement.

Peut-être êtes-vous encore à Lyon; ce ne serait plus, sans doute, que pour un instant, que je voudrais saisir. Adieu; parlez quelquefois à vos bons parents, pour l<'M|iiels les signes de votre attachement m'ont attendri, des bonnes gens qui vous chérissent si sincèrement.

\\\II À ALBERT GOSSE'1». — Du Clos, — 18 mai 1786.

Le On, 1i» mercredi 18 mai 1786.

Je ne puis vous exprimer, mon digne ami, combien je suis affectée du renversement de vos espérances; j'ai regret aussi d'avoir autant tardé à recevoir votre lettre : M. Chaix l'avait jointe aux petites fioles, qu'il avait cru m'envoyer par BB6 occasion qui a manqué et qui définitivement ne me sont arrivées qu'avant-hier. Il semble que ce soit un vol fait à mon amitié que ce temps où je suis demeurée ignorante de ce qui vous intéressait; et je a alllige de n'avoir pu prendre part [iliis lot aux peines que vous ressentez. Je présumerais que, si vous vous, sentez le courage (li- \ous charger seul du commerce*3', et que vous y trouviez votre bienèlre m la Iranquillité de vos durs parents, ce serait le cas de songer à un mariage soi 'laide qui vous fit trouver dans la dot de votre femme les fonds dont von 1 ■«Cl li.-oin. MM que VMM Mya olili;;*'' de faire pour cela beaucoup d'enquêtes, peut-être sans fruit : car tels nombreux et bien disposés que puissent être vos

\ Lonffpont, chex son frère, le curé- l.iit allé chercher à Lyon itun un-

prieur. socié avec lequel continuer le commerce de

l>. Plan, 'iii. cil., p. 171-174. livres de son père» (D. l'Ian).

LITCIIM DIS H1D1IIE ROUHD. II. Il* .

amis, il est difficile qu'ils réunissent la faculté de vous obliger à la volonté qu'ils en auront. Des moyens bornés ou une fortune en fonds de terre, ou les revenus de quelques places, ne permettent pas plus les unes que les autres le libre emploi de vingt mille francs; combien d'autres circonstances peuvent encore s'y opposer? Je sais de bonnes gens qui auraient pu saisir une pareille occasion de montrer leur attachement et leur confiance, et à qui des affaires et des malheurs inattendus d'une personne entre les mains de laquelle ils avaient placé une somme un peu plus considérable la leur ont fait perdre entièrement. Peut-être aurez-vous entrevu quelque autre voie depuis que vous êtes auprès de vos bons parents; je suis tourmentée de votre incertitude et je donnerais beaucoup pour vous voir dans une assiette fixe et tranquille. i\e manquez pas de m'informer de vos projets, de vos résolutions, de vos succès ou de vos chagrins.

Vous faites des vœux pour ma santé et vous avez voulu contribuer à la rendre meilleure; mais il faut que je vous dise pourquoi je n'use point encore de votre élixir. Lorsque vous eûtes remis les fioles chez M. Chaix, la plus grande fut malheureusement cassée; il me manda qu'il l'avait fait remplacer chez M. Teissier; je fus un peu en peine de savoir si la drogue aurait été refaite suivant votre indication; je l'écrivis à M. Chaix qui me répond : cfVous pouvez être tranquille, elle a été remplacée par M. Gosse chez M. Teissier, où il a fait préparer le remède devant lui; sa composition est de deux onces sirop de quinquina, une once sirop de chicorée composé et douze gouttes de liqueur minérale d'auphena(?).*

11 est bon de vous dire qu'en partant pour la campagne, où je suis depuis six à sept jours, je voulus prendre le papier où est écrit et la recette de votre élixir et la manière d'en user, ainsi que de la drogue pour l'enfant; je ne sais ce qu'est devenu ce papier; je l'ai cherché ici inutilement et probablement il est demeuré à la ville parmi mes paperasses, lorsque je fis le choix de ce que je devais emporter. Comme notre cabinet est fermé, que je ne veux envoyer personne y fouiller, je suis réduite à vous demander une nouvelle instruction pour moi et mon enfant; je l'attends et ne puis user de rien qu'après l'avoir reçue.

Je devais prendre ici le lait d'ànesse; mais je me sens. . . je ne sais quoi, et une extrême amertume de bouche; je n'ose commencer le lait dans cette disposition; je répugne à me purger et je ne sais que faire. Eudora se frotte le nez sans cesse et prétend qu'il lui démange; depuis deux jours, elle a été brûlante par moments et son haleine m'a semblé fadasse le matin à jeun. \oilà notre état, nos misères; je vous raconte tout avec l'effusion de l'amitié. J'ai beaucoup de joie d'être à la campagne; j'y suis fort occupée dans ce moment du tracas d'une lessive considérable, j'y ai aussi apporté d'autre travail; mais le bon air et la paix des champs rendent tout facile et doux. Mon bon ami est à Paris, fort content, un peu échauffé, assez bien portant au total.

Si j'avais eu votre lettre dans son temps, je ne vous aurais pas envoyé ces nouvelles marques, puisque vous avez trouvé ce qu'il nous faut; je réjouirai bien notre ami en le lui mandant. M. Lanthenas m'écrit et me parle du marquis d'Aoust, de Buffon, d'Aubenton, etc. Ce sont des drôleries dont je vous entretiendrais si j'avais plus de loisir it que je vous en supposasse davantage.

Ecrivez-moi toujours à la ville; j'y envoie deux fois la semaine chercher mes lettres : je voudrais envoyer la présente à Lyon, mais on ne trouve personne actuellement dans les bureaux et M. Chaix me mande qu'il n'a reçu qu'après sept jours de date celle que je lui avais fait passer sous couvert.

Adieu, mon digne ami; vous avez une âme honnête, des goûts simples, des lumières, assez de jeunesse et de la santé; que de moyens pour lutter avec courage contre la mauvaise fortune et la vaincre enfin! Je suis impatiente d'avoir d'autres nouvelles; je ne puis vous exprimer tout ce qu'inspire la bonne et tendre amitié; je griffonne comme un chat, je suis pressée par une occasion d'envoyer cette lettre à la ville; tâchez de la déchiffrer et reconnaissez-y les caractères du sincère attachement. Je vous embrasse de tout mon cœur.

De Lp'.

À ALBERT GOSSE»1». — [Du Clos], — 4 juillet 1786.

Le & juillet 1786.

Je suis en peine à votre sujet, mon digne ami; je n'ai pas de vos nouvelles depuis votre lettre du q3 mai à laquelle je répondis aussitôt; je vous avais écrit précédamment plusieurs fois, et comme j'ai eu plusieurs lettres d'égarées et une 1res certainement perdue dans les bureaux de Lyon, j'ai quelque doute qu'il soit arrivé la même chose à celles qui vous étaient destinées et pour lesquelles j'avais pris cette voie.

Si je vous savais dans une situation fixe et heureuse, je remarquerais moins votre silence; je vous considérerais livré à des occupations de votre goiU, ou distrait pu des jouissances, et mon amitié, tranquille sur votre sort, ne solliciterait de vos nouvelles que pour s'assurer de la constance de votre félicité. Mais vous êtes pour vous-même et pour des parents qui vous sont chers dans un état de crise propre à alarmer vos amis; la santé, les affaires, tout devient inquiétant au milieu de l'in-

<•> D. Plan, "/>. ait, p. 174-176.

Si.

certitude et des craintes de votre position. Ecrivez-moi donc un seul mot qui me mette au courant et me fasse savoir ce que je dois partager avec vous d'espérance ou d'autres sentiments.

J'imagine que vous vous êtes peut-être abandonné au travail que réclamai! l'Académie'1' et M. Tillet dont je vous lis savoir la conversation avec mon mari; dans ce cas ne vous interrompez point, et donnez-moi seulement le premier instant après l'accomplissement de ce grand œuvre.

Je suis seule encore, et toujours à la campagne dont le séjour paisible s'accorde admirablement avec mes goûts et ma façon d'être; j'y ai eu, durant une quinzaine de jours, une femme de nos amies (2) avec sa petite enfant; le mien y a repris sa première vigueur et je m'en applaudissais lorsqu'il lui est survenu, avant-hier, un vomissement, ou plutôt une indigestion dont il lui reste, malgré mes soins, de l'abattement, une haleine fiévreuse et je ne sais quoi d'altéré qui me donne de l'appréhension. Je vais lui administrer le sirop de mousse que vous m'avez procuré. Quant à moi, j'ai usé du lait d'ànesse avec assez de succès; je l'abandonne pour ce qu'il commence à me répugner. J'ai pris quelquefois de votre élixir, mais rarement et pour donner du ton à l'estomac, ce qu'il ne manque pas de faire, en aiguisant l'appétit; j'ai cru m'apercevoir qu'il m'échauffait et c'a été ma raison de n'y pas recourir souvent.

J'attends mon bon ami cette semaine, j'espère goûter sans mélange le plaisir de le revoir et de lui faire retrouver notre enfant plein de force et de gaîté; l'indisposition de cette pauvre Eudora vient altérer mon bonheur. Je crois que la cause de son malaise vient des indiscrétions qu'elle commet à la dérobée, en ramassant au jardin, malgré ma vigilance, des fruits verts et mauvais qui tombent avant le temps, et que la gourmandise de son âge lui fait dévorer en cachette.

Et votre composition de noir pour les marques? Notre ami ne vous en fera pas grâce.

Adieu; je ne vous parle pas de mes souhaits pour votre bonheur, mais je vous réitère avec effusion l'assurance de l'attachement inviolable que je vous conserve.

(l> Il s'agit cette fois de l'Académie des sciences, <|ui avait déjà couronné deux mémoires de Gosse. Tillet en était membre et trésorier adjoint. - - M M"" Chevandier.

WXIV

À ALBERT GOSSE W. — [De ViHefranche], — a3 juillet .786.

Monsieur badine; il faut bien laisser faire les maris. Mais j'imagine qu'au milieu de tout cela, vous distinguez à merveille l'attachement sincère que vous a voué le petit ménage. Réveillez-vous, ami; vous vous abandonnez à une mélancolie qui ne peut que vous devenir funeste : voyez la nature et goûtez ses charmes; plaignez l'humanité et continuez de lui être utile, vous aimerez la vie.

xxw

À BOSCW. — [De ViHefranche],— 3 août 1786.

I •■ 3 août 1786, midi sonné.

Vous êtes un maître étourdi ; c'est ce que je suis pressée de vous dire. Vous demandez si vous avez les questions sur les pelleteries (:1), au même moment où vous les renvoyez.

Je devais vous les réexpédier aujourd'hui, mais comme ce sont des minutes, je les avais données à copier; on m'a manqué de parole, je vais les copier moi-même pour le prochain courrier.

Mon bon ami est à Lyon d'hier, je suis extrêmement pressée et vous quitte subito.

Si vous voyez M. ou M"" d'Austel1*1, de chez le procureur général, sachez si elle ■I les renseignements que notre ami lui a envoyés.

Adieu, je vous plains et je vous embrasse.

h. l'Ian , «p. cil. , p. 178. — Cest un post- (,> Papiere de Ratière.

• ii|ituin à une lettre de Roland, sans intérêt l'> Roland étudiait les pelleteries jKiur son

d'ailleurs, où il parle de sa femme avec un en- Dictionnaire dee manufacture: 11 y travaillait

jouement un peu lourd. L'original est à la bi- encore en 1791.

bliothèque de Genève, donné par le petit-lils (') M** d'Austel [ou d'Hauslel, ou d'Hostel ]

de Gosse. était la sœur de M. Deu.

À ROLAND O. — Lundi matin, [iU août 1786^)].

Lundi matin.

J'ai reçu, mon cher ami, ton petit mot par Vincent (3), hier à g heures du soir. Je t'avais écrit par le courrier du jour, ainsi que j'avais fait aussi le vendredi. Je ne conçois rien à ces négligences et je ne sais à qui m'en prendre.

J'ai bien regret à ma missive, et par les inquiétudes que tu en as, et à cause de ce qui l'accompagnait. Je te renvoyais une lettre de M. de Gallande^' sur les affaires courantes; je te renvoyais une lettre de Lanthenas sur une chose qui lui est personnelle et pour laquelle il voulait avoir ton avis sur-le-champ. Que deviendra tout cela ? Je l'ignore.

Je t'ai renvoyé hier une lettre de M. Voisin.

Persuade-toi bien que je t'écris par tous les courriers; que je le ferai toujours, ne fût-ce qu'un mot, et que c'est une cause étrangère qui le prive de mes lettres lorsqu'elles viennent à te manquer.

Lyon est donc enfin tranquille? Je le serai davantage aussi. Tu sauras pour nouvelles qu'il n'a pas plu au Clos depuis trois mois, que la citerne est presque à sec, qu'on n'a de l'eau que pour boire, encore faut-il la ménager beaucoup; qu'on n'arrose plus, et que le jardin, aussi sec que nos appartements frottés, ne produit pas davantage. Voilà ce que le frère m'en a appris et ce qui m'a été confirmé hier par un vigneron. Il pleut souvent ici, mais cela ne s'étend pas jusqu'à Thézé; il n'y a que la vigne qui ne souffre guère encore de cette extrême sécheresse.

Lundi soir. — J'ai attendu le courrier, espérant bien qu'il m'apporterait quelque chose de toi; mais je me flattais aussi qu'il m'apprendrait que la lettre du vendredi te serait revenue. Il me fâche beaucoup de celles de M. de Vin [de Gallande] et de Lanthenas, qui y étaient jointes.

Je te vois très occupe'; tu ne me dis rien de ta santé, et tu es inquiet, c'est beaucoup trop en vérité pour notre pleine satisfaction. Mais enfin celle du dimanche n'aura pas eu le même sort, et sans doute que tu es hors de peine.

(l) Papiers de Rosière. lettre dit : <rLyon est donc enfin tranquille'?-

<2) La teneur de la lettre indique qu'elle est (J> Voiturier commissionnaire de Lyon à Ville-

du lundi lu août 1786. Il y avait eu une san- franche.

glante émeute à Lyon du 7 au 10 août, et la (t) Un des quatre Intendants du commerce.

Je verrai avec plaisir ce qui concerne M. Poivre'1'; ces journalistes ne finissent de rien; j'ai déjà cherché deux fois cette annonce, elle se fait assez attendre; il faut prendre patience.

Le Doyen '2), qui sort d'ici, où il est demeuré quelque temps, te dit mille choses et te prie de lui rapporter la suite nouvelle de SavaryW.

Notre belle amie'1' sera traitée avec la franchise et le sans-façon qu'elle me connaît déjà; elle sait mon allure, je la conserve toujours; et si le jardin n'est pas mieux lourni cet automne qu'il n'était ce printemps, nous ferons comme nous avons déjà fait, et nous manderons des pèches au lieu de fraises, des raisins en place de groseilles. Il pleut bien dans ce moment, et il pleut du vent d'ouest, peutêtre le <!!<» - 'ahreuvera-t-il à son tour.

Eudora, ange hier, est diable aujourd'hui; la girouette a tourné, c'est un malheur. Mais comme on se fait à tout, je commence à n'avoir plus besoin de tant d'efforts pour être sévère et nous y gagnons toutes deux. 11 est, dans les mères, un degré de sensibilité, je n'ose croire d'attachement, qu'il faut qu'elles perdent après le premier àjje des enfants, pour être plus propres à les élever. Peut-être cela se fait-il de soi-même <|uantl on a plusieurs enfants qui se succèdent; le sentiment se modifie suivant l'âge et la faiblesse de ces petits êtres. Quand il n'y en a qu'un, qu'on n'a jamais éloigné, on croit toujours le porter dans son sein et l'on frémit à li nécessité de lui montrer un front rigoureux.

Je joindrai le papier (pie tu m'envoies à ceux de même genre dont je ne m'occupe paa encore; je t'avoue que le bon frère'"'' avait les yeux si rouges, la tète si malade de douleurs rhumatismales, etc., que je n'ai pu résister au plaisir de lui éviter une peine, je lui fais le mis au net de son discours. Il est d'ailleurs fort occupé des affaires de la marguillerie, pour lesquelles le Chapitre lui a nommé des collègues qu'il a demandé-. Je compte finir demain, s'il ne survient pas de distraction.

Le Doyen nous donnera l'éloge historique du duc d'Orléans'6'.

Addio, carissimo; h Imrio di more; add'm, care mie viscère, anima mia, sono luUa du ti.

(" Le célèbre naturaliste lyonnais, mort le (i> Le chanoine l)imiinii|iie, qui préparait un

6 janvier précédent. discours pour la séaiwe piililiquc il.- la petite

'*' L'abbé Chàtclain-Dcssertines, doyen ilu .Académie île \ illeframlie ( -j5 août 1786V chapitre de la collégiale de Villefranche. (,) Le duc d'Orléans, père de l'hilippc-Efja-

(,1 Auteur du l'urfail négociant, ouvrage sou- lité, seigneur apana;;i-.te du Beaujolais et /»<»-

rent réimprimé à cette époque. Itetew de l'Académie de Villel'i-ani-he , était

(♦> M"* (llietandier. Itoland allait la ramener ri le iS no\enihre 1 785. Cf. la letttre du

pour un second séjour au Clos. aa décembre 178a (premier Recueil).

À ALBERT GOSSE M. — De ViHefranche, — 10 décembre 1786.

De Villefranche , le 10 déremlire 1786.

Il y a des siècles, digne ami, que nous n'avons eu de vos nouvelles; nous avonî longtemps respecté votre silence par l'idée des travaux qui vous occupaient. Mais sans doute, ce qui vous pressait pour l'Académie est achevé maintenant, et l'amitié peut réclamer ses droits. Malgré toutes les raisons de vous croire assez préoccupe' d'objets divers pour mettre une longue interruption dans votre correspondante avec vos amis, je ne puis cependant me défendre de quelque inquiétude. Vous étiez dans des circonstances difficiles; si vous eussiez obtenu quelques succès marqués, vous en auriez fait part à vos amis pour le plaisir de leur donner une salisfaction à goûter avec vous. Vous vous êtes tu : vous n'êtes point heureux! Cette idée m'attriste singulièrement. Adoucissez-la, si elle est fondée, par le partage fait avec confiance de ce qui vous intéresse; détruisez-la, 6i elle est fausse; vous nous devez ce bienfait. Parlez-nous de vos chers parents, de votre situation commune et de vos projets. Je sais que la sensibilité répugne quelquefois à entretenir de ses peines ceux qui, ne pouvant y remédier, augmentent de ce regret le sentiment douloureux avec lequel ils la partagent. Mais on soull're moins encore des peines d'un ami que du silence qu'il garderait en les supportant seul, et la confiance sait tout charmer.

Nous venons de passer deux mois à la campagne où nous aurions dû vous avoir si vos affaires vous l'eussent permis; tâchez donc que ce soit pour l'année prochaine. Si nous pouvions réaliser tous les projets que nous aimons à faire, vous nous verriez avant cette époque; mais les plans, les rapports et les devoirs de la société multiplient tellement les chaînes et les entraves, qu'on ne peut pas toujours s'assurer de ce que l'on fera dans six mois.

M. de Laplatière dit qu'il ne vous tient quitte de rien de ce qu'il peut attendre de vous; visites, renseignements, notes, et pour le boijaudier, et tout ce que vous auriez de relatif aux peaux et cuirs.

Je ne vous entretiendrai pas de petites nouvelles de la république des lettres par deux raisons : la première, c'est que je ne suis guère au courant pour le moment; nous n'avons vu que vendanges et gens du monde, dans le temps de nos vacances;

<•> D. Plan, op. cit., p. 179-180.

la seconde, c est que j'ignore où vous êtes, dans quelles dispositions d'esprit et de corps, content ou malade peut-être, et que. dans cette incertitude, je n'ai pas le Murage de causer de choses qui ne vous touchent pas de très près.

Instruisez-nous donc mieux de ce que vous faites, et cultivez avec plus de soins cette plante agréable, cette amitié, qui doit croître avec vous, que vous retrou- *ena toujours parmi nous, mais qui veut, au moins, d'évidents témoignages de souvenir. Adieu, nous vous embrassons toujours avec le même empressement, le même cœur et la même affection.

Ph. D. L. P.

À BOSCO. — [De Villefranche], — i3 décembre 1786.

Voilà le petit bouquin, dont les d'autant que, les parce que, les à cause, etc., t'ont pae le mu commun, non plus que le reste. Grand bien vous fasse et à la menco] Quant à moi, il m'a fait perdre une demi-heure, et c'est beaucoup plus qu'il ne mérite à mon avis. Si vous vous avisez de faire un livre sur le même HJet, j'eipère qM vous M le remplirez pas de conséquences tirées d'Aristote, et, avec cela, je ne n-ois pas que je le lise jamais. Je pense que tout votre savoir ne va guère plus loin que mon instinct et j'aime mieux exercer celui-ci tout houucment que de le noyer dans les recherches d'autrui. Mandez-moi la réception du paquet et m du précédente est penoame à Laathenaa.

Adieu, 11 loniteraaa eat à Lyon et vous avez eu de ses nouvelles. Je vous

dirais bien an mot d'amitié, mais, comme j'' ne saû s'il ne vous trouverait pas dana 11 11 moment de distraction, je m'en abstiendrai pour une fois, car je ne veux pas jeter cela aux mouches. Bonjour.

(,) (Test le U'Ue complet de la lettre ccmn lion Uubrunfaut, fol. 437. Il me fut Mgnalo par

de in.. h j,r 'mi. 1 ll.iueil; je n'avais pu alors M. Koszul, actuellement professeur à l'I niver-

quYn donner un fragment. l.'ori|;in.il se trouve site de Paris. (Je l'ai publié dans l'Amateur

à la Bililiollinpir municipale de Lille, collée- d'aulographet de septembre 1908.)

/i90 LETTRES DE MADAME ROLAND.

À ROLAND'1). — [De Viilefranche], — i3 décembre 1786.

i3 décembre 1786.

. . .douce et intéressante; mais la raison, qui revient au commandement d'un baiser, joue là un rôle qui doit bien l'étonner, car ce signal n'est jamais que celui de sa déroute. En vérité, cela n'est bon que dans un opéra-comique, où l'on gémit en fredonnant.

J'ai fait le pelit paquet des boîtes à poudre que portera Lambert'2', vendredi prochain; je les ai accompagnées d'une petite lettre qui renferme la note de Castaing'3'; objet de 7 liv. 6 s.

Voici la réponse de M. Tabareau M, qui a pris le paquet de Nina pour celui de ton journal.

N'as-tu pas de nouvelles de d'Antic? je lui ai bien écrit comme nous en étions convenus, il y a huit jours; je ne reçois rien de Paris que la feuille où je n'ai trouvé de remarquable que l'avis de réitérer sa souscription dans ce mois.

M. Gillet'5' n'a trouvé personne, attendu que celle sur laquelle il avait jeté les yeux aime mieux satisfaire sa vanité que son appétit, et manquer de pain plutôt que d'être copiste. Il ne pense pas <]ue tu trouves ici qui que ce soit qui puisse te convenir; tous les jeunes gens s'occupent au Palais, ne savent que gribouiller et se divertir. Il y a bien ce certain Jacquet, homme fait et misérable (qui voulail entrer dans l'inspection), qui n'a rien à faire et qui aurait grand besoin de travailler; mais probablement il ferait comme l'autre qui dédaigne l'occupation, et la preuve, c'est qu'il se ronge d'oisiveté, de prétentions et de misère, plutôt que de s'être fait commis quelque part.

Aussi, tout bien compté, nulle espérance. L'embarras n'est pas mince, car pour amener quelqu'un d'ailleurs, il faut le gager, le nourrir et le loger.

Mercredi 1 3 octobre 1 786 , 6 heures du soir.

Et, mais vraiment, mon bon ami, si je faisais comme toi, je serais en lamentation à perle d'haleine ! — Apparemment, j'étais mélancolique, puisque nia lettre en

(') Papiers de Rosière. Publié en 1911 dans (:l; Marchand de Lyon.

l'Amateur d'autographes. '*' Inconnu.

<2> Voiturier de Viilefranche à Lyon. ''' Notaire de Viilefranche.

portait si bien (empreinte; mais crois-tu, en bonne foi, qu'il me soit possible de ne pas l'être quelques petits moments en ton absence, et s'il arrive que j'aie à t'écrire dans ces moments, faut-il que je le montre une gaité d'emprunt? Je veux être du mieux que je pourrai, et me montrer à toi comme je me trouve. Je ne saurais promettre davantage.

Par exemple, aujourd'hui, je me sens en gaîté et je n'en saurais démordre, quoique tu me reproches bien gravement de la couper bras et jambes. Ce n'est pas qu'à ton début je n'aie senti de l'étonnement et du serrement de cœur, mais je me suis fait hou! hou!. . . et je te le rends maintenant. Il n'en aurait pas été de même si ta lettre était arrivée à a heures : je digérais en tète à tête avec ma belle-mère ''', dans la salle noire, et je sommeillais pour mettre d'accord mon estomac et indu cerveau; ta gronderie, dans cet instant, m'aurait fait pleurer comme une folle. Depuis ce temps-là , j'ai lu du LttciusW et du llousseau, du Montaigne et du < !Umenl '^,y.\i fait un salmigondis de leur philosophie avec des enfantillages de mon Eudora, que j'ai bien jouée, et je suis prête aussi à jouer avec toi, si tu raisonnes.

Le frère est parti M matin pour le Clos, et ne reviendra qu'uprès-demain; je crois qu'il y est allé plus pour sa tète et ses yeux, qu'il sentait fort malades, que pon aucune autre grande affaire : mais, s'il y reçoit quelque argent, je le ■aimî à son retour et m'en prévaudrai comme il convient.

Tu es fort heureux d'avoir du beau temps. La Calade^ est donc maudite? Imagine-toi que la pluie ne discontinue pas ici; c'est au point de réveiller la nuit et d'empècher de sortir le jour. Un quart d'heure d'espérance a fait résoudre ton frère au départ, mais il n'aura pas été à Helleroche (5) sans se mouiller. Il a laissé, connue toi, son avis par écrit, pour l'élection des académiciens.

Il m'a .semblé que I)e/.achlc) tombait dans ta lettre comme une bombe; ce Gotha, uni à Saxe, m'avait fait oublier que notre Hongrois avait quelque rapport avec le dernier. C'est un vivant qui songe plus à son affaire ou à sa gloire qu'à Ion- les amis du monde.

Qu'est-ce donc que cette petite crise avec la belle dame'7'? Je serais curieuse de l'anecdote.

Va, va! sois tranquille, Eudora parle bien de toi; que voudrais-tu que nous fis-

'') La mère de Roland , alors âgée de 80 ans. Clùleaii aux portes de Vdlefranche, sur

I ■■ conte de L'Ane d'or, de l.urius de l'a- la route du Qm, Iras, dans Lucien. (•) L'astronome de Zach, néàlVesbourg, était.

M Le littérateur J.-B. Clément (17A9- par Bosc, en relations assez suivies avec les lin

181a) venait cette année-là de publier ses land. Attardé depuis peu au duc de Sa\-

Suhrr: (iotlia, il venait de passer à Lyon avec lui. M

(,) Nom populaire de Villefranclie encore rendant à Marseille. ii-iti' de nos jours. '.') Probablement M** Clievamlier.

sions de mieux ensemble? Autrement, il me faut bien toutes tes jouissances pour être bien ici sans toi; est-ce que tu n'as pas fait quelquefois cette réflexion? Et je n'avais pas encore tes meilleures lettres quand lu as reçu l'une de mes tristes. Adieu, mon bon ami, passe-moi de te dire encore de te ménager et embrassemoi de bon courage. Adieu, loup-loup.

À ROLAND W. — [Fin de 1786].

. . .toute notre vie, de francs originaux, occupés d'être heureux, chéris du petit nombre et nous moquant du reste !

Sais-tu qu'il m'est venu en pensée que telle personne, qui taxait le docteur Rast'2' d'un peu de jalousie, n'était pas exempte de la commune sottise? Et que ce docteur pouvait bien avoir ses raisons pour ne pas se soucier que sa femme fréquentât cette personne? Celle-ci est un peu comme les romans, charmants à lire, mais bons seulement pour ceux qui ont leurs principes faits et leur allure déterminée.

M. Hbt. <3' est venu avant-hier, après dîner, pour parler à mon frère; nous étions encore tous ensemble; on a causé, j'étais en train; mais, après son départ, j'ai réfléchi qu'il y avait des êtres si équivoques qu'on ne pouvait rien dire devant eux sans e'pigrammes; j'en ai fait deux à M. Hbt., le plus innocemment du monde, j'en ai été fâchée; mais aussi pourquoi est-il parvenu et cocu? Il faudrait se tordre la langue à tous moments, quand on plaisante devant les gens de cette espèce.

Ci-joint le petit mot de compliment que tu jugeras.

L'enfant du portier pourrait effectivement convenir; c'est peut-être précisément de ce genre qu'il le faut pour plus de liberté, de service, et moins de dépense : il ne s'agira que de le former, s'il y a de l'application et de la bonne volonté.

Ronjour, jusqu'à ce soir : je m'amuse à babiller, puis à lire, puis à l'enfant, puis que sais-je? et la copie va comme elle peut.

Au soir.

Je reçois ta pacotille et je ferai de ses diverses parties l'usage indiqué.

'•' Papier» de Ratière. Publié en 1911 dans lettre écrite peu après (même format, même

¥ Amateur d'autographe». Le commencement et teinte de papier), la fin de cette lettre manquent. Il semble que !,) Rast de Maupas, médecin à Lyon,

ce soit une suite à la lettre précédente, ou une W Je n'ai pu identifier le nom.

Ce que tu mandes du Vil.'1' ne m'étonne pas : il n'est rien que je ne croie possible à un homme capable d'une fausseté aussi soutenue, et je m'applaudis du sentiment d'horreur que m'a inspiré son premier aperçu. Jean-Jacques a bien raison. La vertu ne plaisante pas sur ce qui la blesse, elle s'indigne en devenant terrible.

Ce tapage académique n'est pas du genre, il me divertit et j'espère que tu ne l'en échauffe! pas. Quant à tout projet qui met le fourbe à sa place, il est bon, pi m rv h qu'il soit sage et sur.

IJr. - est toi que je te le disais, si l'aiïaire est vraie, puisqu'il serait né en second mariage, du vivant du premier mari, cru mort. Il est parent ou allié aux T;i\frnost'3).

Je vais voir le frère après le courber de l'enfant, peu avant le souper; il a une iuor.il*» déaoiailte, el qui >ur tous les points me fait l'effet que je te disais : il n'est pas heureux, il ne croit pas au bonheur pour ce monde, il gémirait volontiers sur eeoi qui ae llalteraient d'avoir trouvé le bonheur. Il trouve que toutes les jouissances que l'on se fait de tel arrangement, de tel projet, etc . . . , n'existent que dans I i-|":i,mce et que le dégoût suit les choses faites; il l'a toujours expérimenté ainsi. ■ ii 1 1 i ;n artère d'inerte mélancolie, ce sont des principes si lâches cl si tristes!... Je mourrais, cent fois avant une bonne, s'il. . .

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