V ROLANDE
Vill.lranche, — [fin de 1786 <*>].
Hier, j'ai rangé, tracassé, nettoyé; aujourd'hui, j'ai fait mes lettres et écrit (iniii l'ordre et le résumé des différentes parties du ménage.
Demain eommeaMl l le travail. Notre frère est en mangeaille de bailliage'6' pour la Sainl-Nirnla.*: imtie mère va son allure, moi la mienne.
Tu sauras que la vénérable dame de l'Étang'7' a eu, hier, bal chez elle; c'était
"> C.-J. de Yilliers, membre de l'Académie de Lyun et professeur de physique. LN Raànd, après avoir été liés avec lui en 1785, s'étaient brouillés ensuit.'.
J'ignore également à quel nom ces initiales correspondent.
Les Bellet de Tavernost étaient une famille considérable des Dombes, en face de Vill.franebe, de l'autre coté d" la Saône. Deui demoi- oernost habitaient le ehtteau
■Va Croix, près du Clos, et M"" Roland voisinait avec elles.
,4) Papieri de Ruiipiw. Publié en IQli dans /' iwateur d'autographe*.
(4) L'allusion à la fête de saint Nicolas (6 dé- "inlire) fixe approximativement la date.
<•> Le chanoine était conseiller-clerc au bailliage du Beaujolais.
Ducret de l'Etang était lieutenant civil et criminel en l'élection de Villefranchc.
un pic-nic [sic) qu'elle quèlail depuis huit jours pour faire danser ses filles; il v a eu la société ordinaire, et Relleroche '■', et La Tour, etc.
On prétend ici que c'est chose fort ordinaire que ces pic-nic en maison parliculière, et j'ai l'air d'une grande étrangère en trouvant quecela ressemhle à ce qu'on peul faire dans une petite maison.
Je t'envoie une lettre qui te fera '2'.
. . .lu auras vu M"" Ghevandier. Adieu, mon cher et bon ami; je songe à toi sans cesse : j'aime encore plus Eudora de ce que je puis dire quelque chose de toi avec elle; elle me fait pleurer comme un enfant quand nous sommes sur ce chapitre.
Adieu, je t'embrasse de tout mon cœur, je le fais mille fois le jour, sans compter la nuit, et je crois que tu me réponds : ce qui n'empêche pas que je ne sois sage. Fais-en de même; aie bien soin de toi. Ti bucio ancora, tinemmmte.
Eudora me fait rouvrir pour me dicter : ta chère petite Jille t'aime inen. C'est une phrase de sa façon.
À COUSIN-DESPRÉAUXW. — Villefranche,— iU août 1787.
Villefranche, ce ai août 1787.
Nous avons reçu hier, digne ami, votre précieux dépôt (l); nous l'avons accueilli avec tout l'intérêt de la tendre amitié qui nous attache à vous, qui nous lie à ce qui vous appartient, et que la jeunesse honnête mérite si bien de partager. Le courrier du matin nous avait apporté une lettre de M. de La Marre qui fut pour nous un coup de foudre. De retour depuis la surveille, occupés du plaisir de vous posséder dont l'espérance était continuellement devant nous, que nous étions loin d'imaginer un si cruel mécompte! la cause en est honorable et nous applaudi Les CliMelain-Dessertines, seigneurs de C> Cousin-Despréaux venait d'emowr Mi Belleroclie. fils aîné auprès de Roland, pour faire son ap- '*> Déchirure du papier. prentissa<;o d'olève-inspocleur des manufactures. '*' Collection Edouard Le Corbeiller, de Cf. les lettres cczvxvn, cclxixiii et cclixii» du Dieppe. premier Recueil.
dissons à la justice qui vous est rendue; mais pourquoi faut-il que les circonstances s'accordent si peu avec un projet si cher! Nous avions tant de désir de vous voir ~<>'i~ notre toit, d'y causer ensemble de notre enfant, de la marche à prendre dans tout ce qui lui était relatif : goûts, occupations, ordre à mettre dans toutes ces choses, etc. Enfin, la Providence le veut autrement! nous allons nous en occuper mfe Qae rons dirai-je? mon cœur est tout plein et mes expressions manquent; mm- \mon- le fds avec attendrissement, mais l'absence du père tant attendu s'oppose à la dilatation de la pensée. Nous avons été prévenus par la lettre assez .1 temps pour envoyer au-devant de lui; le pauvre enfant se mourait de sommeil hier; nous le laissons dormir aujourd'hui tout son bien aise et nous ferons tantôt le plan de ses journées, chose que nous croyions si bien faire avec vous. Adieu, cher Platon'1', ou plutôt point d'adieu, ne serez-vous pas maintenant toujours avec nous! je me reproche de prendre tant de place sur la feuille que je veux laisser à notre jeune ami pour vous écrire. Mes tendres embrassements aux chères mamans, à la famille, mille clioses affectueuses aux amies près desquelles vous il à qui j'écrirai incessamment. Vous jugez si Thaïes est de moitié dans tout ce que je vous e'cris ! nous vous embrassons derechef avec une affection inexprimable.
À ROLAND'2'. — [De Villefranche], —jeudi 6 septembre 1787.
Le jeudi, 6 septembre 1787.
J'ai le cœur gros de in entretenir avec toi, je suis pressée de le faire et je laisse toute autre chose pour me livrer à ce plaisir.
J'ai reni une lettre honnête de M. Tlz. [Tolozan], qui répond que c'est une affaire liuie. qu'il n'y pense plus et qu'il est persuadé que pareille chose n'arrivera ■M davantage"'. Je crois reconnaître la main de Bllg"1*'" et je crois aussi à son influente sur le style. Mais passons à un autre article.
Au sortir du dîner, le jeune homme"1 était allé aux exercices du collège, le
(,) Dan» la aorictc de grées que Roland avait quelques jours auparavant (premier Recueil,
formée à Rouen avec ses amis, il s'appelait lettre ceux vin).
Thaléâ, Cousin- Despréaux PltUnn, etc. <•' On voit ici que Rellegarde, que je n'avais
l'npieri Je Hoitère. pu identifier dans mon premier Recueil (t. I,
*) Tolozan. Intendant du commerce, avec p. 6o4), était secrétaire de Tolozan. Cf. plus
lequel Roland avait souvent des conflits. «-File loin la lettre du ai août 1790. doux, point de déliais!*, lui écrivait sa femme <5> Le fils de Cousin-Despréaux.
frère m'a fait signe, des yeux, de le suivre dans son cabinet; nous y étions à peine que la mère y est entrée; cela a paru le contrarier, il m'a emmenée dans sa chambre, il en a fermé la porte, et m'a dit d'un ton affectueux : — «Ma chère dame, je veux vous faire part de ma résolution; je ne désire rien tant que le bonheur de ce qui m'entoure, je n'ai agi que pour le bien depuis que je me mêle des affaires, et je n'ai ambitionné que de le faire. J'ai vu qu'il vous ferait plaisir et à mon frère de gérer la campagne, je vous la cède sans partage. Prenez le domaine du Clos, je vous l'abandonne, et faites-y tout ce que vous jugerez convenable. Vous ne m'avez pas encore bien connu; on a pu me supposer des vues particulières, je n'en ai jamais eu d'autres que l'avantage de la famille et je l'ai fait comme je l'ai su, tout de mon mieux. L'intérêt ne me touche point, je suis sensible aux procédés. Puisse mon frère trouver dans ces nouveaux soinet la santé et sa satisfaction ! » — J étais émue, il avait les yeux plus qu'humides, les miens versaient quelques larmes, et je serrais l'une de ses mains sans dire grand'chose. «Quel prix mettez-vous à cela ?n ajouta-t-il. . . — «Quant au sentiment, je n'en connais pas, lui dis-je, et mon cœur seul pourrait vous répondre; quant à tout autre, c'est à vous de le Axer. ■» — «Je demande (la campagne étant l'aliment du ménage) que vous entreteniez celui ci; voilà ma seule condition, vous parait-elle juste ?<> — «Oui, mon frère.* — «Je me réserve cette maison, reprit-il en indiquant celle où nous sommes; disposez du reste comme bon vous semble. Je ferai ces vendanges, après lesquelles vous entrerez en possession; encore, s'il vous faisait bien plaisir, je me retirerais avant, v — Je lui dis que nous ne nous en mêlerions cette fois que pour diminuer sa fatigue et que nous serions charmés qu'il voulût bien en prendre la peine. — «Eh bien, par votre contrat de mariage, vous deviez jouir de ce bien après nous, j'avais le dessein de vous le laisser sitôt après la mort de ma mère, j'aime à avancer cette jouissance autant qu'il est en mon pouvoir; jouissez, et connaissez mon cœur.»
On n'a guère de paroles pour répondre à ces choses-là, aussi en ai-je bien peu proféré; mais il aura jugé ce que je sentais et il y a beaucoup ajouté par des expressions d'amitié qu'il m'a répétées d'un ton qui m'a pénétrée.
Nous avons ensuite parlé de quelques détails; il vient de payer les vingtièmes, le boucher et le boulanger de la campagne, etc. Je n'ai rien dit des dômes tiques, ce n'était pas le moment de calculer de mon côlé. — «Je me servirai moins du cheval, a-t-il dit; d'ailleurs la campagne donne une partie du barrage; ce mrt donc votre affaire. H y a le domestique de ma mère. . . n M. Du Moutier'1* est entré dans ce moment pour le conduire à l'ouverture qu'on venait de faire et dont
(1) Directeur des Aides à Villefranche. Il y a du directoire du district, cl l'abandon [du ici, en note, sur l'autographe, de la main de Clos] est présenta son souvenir, i Cela fias la Bosc : «M. Dumontier est actuellement membre date de la cession.
lu sais l'objet; il s'est emparé de sa personne et nous ne nous sommes pas revus.
Voilà, mon ami, ce que tu n'attendais guère, ni moi non plus; j'avoue que j'en suis singulièrement touchée et que le mode y a fait autant que la chose.
Ne devrais-tu pas lui écrire un mot d'amitié? Il me semble que cela conviendrait. Mais fais-le bien affectueux, pour qu'il cadre avec sa manière. Tâchons ensuite de vivre avec confiance, et, en faisant ce que tu jugeras le meilleur, ne dis plus rien de l'administration passée. Tu feras assez de choses différentes, joins-y l'air de ne point blâmer le contraire et de n'avoir point en vue de le relever. Une fois maître, tu dois être aussi indulgent, aussi circonspect pour le précédent administrateur que tu étais sincère et ferme quand tu n'avais que la faculté de parler. Mais qu'ai-je à faire de te dire ce que tu sens mieux que moi? Mon pauvre ami, viens exercer en cultivateur tes connaissances et ton activité, viens fortifier la santé M améliorant les restes des biens de les pères, en embellissant le domaine de notre enfant; viens jouir en paix et en confiance de la nature et de l'amitié!
Lanthenas a écrit à M. de B. (" pour lui rappeler le projet qu'il avait eu l'honneur de lui adresser; il en a reçu une réponse infiniment honnête avec promesse de s'en faire rendre compte et de lui en témoigner sa satisfaction s'il répond à l'idée qu'il en inspire. Notre ami pense que ce serait le moment de lui offrir tes ouvrages nommément, et avec une lettre de loi; je ne rejette point cette idée et je joindrai ici un brouillon.
I) \ntic a renvoyé la note de Leipsick avec quelques éclaircissements relatifs.
Lanlhenas demande ce que deviennent ses imprimés, Précis du droit d'aineue, etc. Il te prie instamment de t'en occuper; il désirerait que l'abbé Turlesl,) eût ceux qui lui sont destinés, et il travaille au reste, en se prévalant beaucoup pour son entreprise de ce que tu dis de favorable à sa thèse.
Le vendredi. — Non, ce ne sera pas encore aujourd'hui que tu auras le brouillon; j'ai voulu finir la copie, ce qui n'avait pu encore être fait, quoique je ne sois ni manchotte, ni même endormie : mais on veut être à tout, et pour cela il faut faire le diable à quatre. En vérité, une rédaction promise me semble une tâche, et me voilà, modestement comme Jean-Jacques, n'ayant plus cœur à faire ce qui m'est imposé. Nous verrons pourtant à la campagne.
Je viens de l'hôpital '3), où tout était à confesse, des Ursules'4' où j'ai fait mes
<■' De Brienne. Voir, sur ce» démarches indi- W L'Hôtel-Dieu de Villefranche , dont le directes des Roland auprès de ce ministre, les noine Dominique était aumônier, et où M°" Rolottres cclxw, KttXfl et cclthi du premier land fréquentait volontiers, lin ■iieil. (4) C'est ainsi, que, même encore au-
'*' Supérieur du séminaire de Fréjus; voir jourd'hui, à Villefranche, on appelle les Ur-
plus haut la lettre uni. ëulintt.
Lirrais de midiiu iouid. 3a
IMI-BIHLklL NiriUklll.
adieux aux d"M. . . (1), de chez M. Braun'2) qui est toujours un peu malade et très faible.
Ton frère conserve un air, un ton d'affection qui me touche. Te voilà, mon cher ami, non plus agricolâtre, mais agriculteur si tu veux l'être. Je ne sais si cette disposition te fera la même impression qu'à moi, mais je l'attendais si peu et elle a été manifestée d'une façon si pénétrante que j'en suis toujours émue. Viens faire des haies, une basse-cour et le reste, réalisons nos douces chimères; vivons en ménage champêtre, goûtons et répandons le bonheur en établissant l'ordre et la vigilance. Je t'attends avec empressement, je voudrais vous voir vous embrasser, loi et ton frère, avec un attendrissement égal au mien. 11 me semble qu'il me restera toujours à désirer, tant que je ne vous verrai pas ensemble comme je suis avec vous deux. Mais il ne sera pas au Clos lorsque tu y viendras et c'est pourquoi un mot d'amitié ad hoc me semblerait à propos. D'ailleurs, on se retrouve tout établis comme on doit l'être quand on s'est ainsi mis en rapport (pour m'exprimer à la façon des magnétiseurs).
Je serais assez d'avis que tu fisses une seconde visite au command1 !3) avant de repartir; s'il eût été honnête, il aurait fait une invitation, mais il n'en faut pas faire semblant, on garde ces choses pour juger son monde et pour le planter là quand on n'en a plus que faire.
Pombreton'4' veut t'être rappelé dans ma lettre; le frère m'a dit de le faire ses amitiés. Tu penses bien que je n'ai fait part à qui que ce soit de notre grande nouvelle; ce n'est pas le moment, et l'on ne parle de ces fêtes qu'en les chômant.
Il est vrai qu'on avait observé qu'à l'huile cela sentirait longtemps, parce que M. de Ch. (5' devait s'en aller et uu'on n'aurait pas le temps de faire sécher, etc. Mais il avait dû être ciré par-dessus la couleur.
Notre gas*6) a donc besoin d'être remonté; sa femme le détraque, apparemment; ne passe rien, c'est le moyen de n'avoir pas à y revenir.
Le jeune homme revient de confesse, il a lu avec attendrissement ce qui le concernait. Tu aurais bien à répondre sur l'article de Y Histoire de la GrèceW; j'emporte la lettre à la campagne, nous verrons de là. Adieu, mon cher et digne ami, adieu, je t'embrasse de tout mon cœur.
O Mot rongé , illisible. (s) Préveraud de Pombreton , parent de Ro- <J> Manufacturier de Mulhouse, établi à Ville- land , receveur de l'entrepôt du tabac, franche, ami des Roland. (5) Je ne puis identifier ers initiales. <s> Probablement le prévôt des marchands <*> Je ne sais de qui il esl question. «commandant pour le Roi dans la ville de (7) Que publiait Cousin-Despréaui et à la- Lyon», Tolozan de Montfort. quelle Roland avait collaboré.
X M. DE LANDINEO. — [Du Clos], a9 octobre 1787.
Le 39 octobre 1787.
En vérité, Monsieur, j'ai bien honte d'avoir tant tardé à vous témoigner ma reconnaissance du joli cadeau que vous m'avez fait, et ma sensibilité aux choses obligeantes dont vous l'avez accompagné. Je ne sais de moyen d'en réparer mes torts que d'en faire l'aveu, et je le fais avec une contrition bien sincère. Je pourrais vous dire que mes jours ont été partagés entre quelques amis qui se sont succédé, et les petites occupations dont le cours réglé ne peut souffrir d'interruption, le tout couronné de mille sollicitudes qui ôtent, non le souvenir des absents, mais la faculté de s'entretenir avec eux :je vous dirais très vrai; mais il faudrait ajouter que j'ai toujours trouvé le moyen de parcourir l'aimable Conservateur et de me distraire igréablement avec lui. Alors vous seriez d'autant plus en droit de me reprocher. . . Mais voyez comme je suis imbécile d'aller m'accuser de ce qui doit uni- .'tic imputé! Je reprends mes sots aveux, je garde ma contrition pour d'autres occasions et je vous renvoie la balle.
Si je n'ai point satisfait assez promplemcnt à ce que la politesse exigeait de moi dans cette circonstance, c'est la faute de votre livre, Monsieur, qui m'a pris hi moments que je voulais vous donner; donc c'est la vôtre et je n'ai regret à rien. Pour que vous soyez dans le même cas à l'égard du Vofftgt de Suisse, il n'en faut rien voir; j'ai visité en courant, j'ai fait mes notes de même, je n'ai lu les voyageurs que depuis mon retour et, si j'allais rédiger dans l'idée d'être lue, je ferais certainement de bien mauvaise besogne. Dieu me garde de ressembler jamais
Publié par M. Henry Gaiitfiier-Villara dans la tjraiule liecue du 10 novembre 1910, p. la-
M. Gauthier-Villars n'a pas indiqué d'où tenaient les lettres inédites de M"* Roland qu'il a données dans cet article, mais leur authenticité ne parait pas douteuse. Il semble d'ailleurs n'aioir eu sous les yeux que des copies; MM r. la , il n'aurait pas mis au compte de M** Roland deux lettres qui sont rerlainenu lit de son mari (rar leurs écritures ne sauraient se confondre); il < lit évité au-«i certaines fautes
(!•■ Iiitcire évidentes, que je relèverai au jkissage.
Ces réserves faites , les neuf lettres de M™" Roland qu'il a fait connaître sont une contribution de p-ix.
Le littérateur lyonnais Delandine, plus tard membre de la Constituante, faisait paraître à Lyon, en 1787 et 1788, une petite revue intitulée le Conservateur et demandait à 'l.-mil d'y publier son Voyag» tir Suiste, qu'elle rédigeait à ce nionienl-là, et dont il inséra en effet une partie en 1 788.
à une femme auteur! La peur que j'aurais qu'on se moquât de moi comme je vois faire des autres me donnerait une contrainte grimaçante qui me rendrait insupportable à moi-même autant qu'à autrui.
Parlons de plus jolies choses et donnez-nous des nouvelles de Mme de Landine qui s'avise d'être grosse précisément pour ne pas venir me voir. J'espère qu'elle est enfin accouchée, bien portante et prête à recommencer; mais arrangez-vous pour que la catastrophe ne retombe pas aux vendanges prochaines. Pour moi, j'ai grandement l'air d'achever la lecture du Conservateur au milieu des neiges et de me faire dindonnière la plus grande partie de l'hiver. Je ne m'en rappellerai pas moins les habitants des grandes villes et particulièrement ceux à qui j'ai voué, comme à vous, les sentiments les plus distingués.
Je prie Madame de Landine de recevoir mes embrassements et d'agréer l'hommage de M. de Laplalière, qui vous fait mille compliments.
Dispensez-moi de ceux d'usage, car je n'aime point à finir avec un homme d'esprit comme avec tout le monde.
Ph. D. L. P.
À LAVATER. — Du Clos, — 20 novembre 1787W.
Avant de vous connaître, Monsieur, autrement que par vos ouvrages, le désir de vous voir me faisait regarder Zurich comme l'un des points les plus intéressants d'un voyage en Suisse; depuis que je vous ai vu, Zurich est le lieu que je me rappelle le plus souvent et celui où je souhaite de n'être pas tout à fait oubliée. Ne trouvez donc pas étonnant que je cherche à me rappeler dans votre souvenir. J'avoue que je ne saurais y avoir qu'une espèce de droit, celle que peut me mériter une vénération profondément sentie : et je m'en prévaux avec une confiance sans bornes, car elle est fondée, cette confiance, sur l'idée que j'ai conçue de votre personne et du prix que vous attachez à la vérité, à la droiture d'un
(1) Publié dans la Révolution française du insignifiantes. Je les signalerai. J'ajoute que, là
îi mars 1903, d'après une copie, envoyée par où le brouillon porte «M. Roland», la mise ou
M. G. Finsler, de l'autographe qui se trouve à net dit : «M. de Laplalière». la Bibliothèque nationale de Zurich. M"" Roland avait fait, du 17 juillet au
J'en ai retrouvé le brouillon dans les Papiers 2 a août, un voyage en Suisse avec son mari,
de Rosière, et je l'ai publié en 1911, dans sa fdle et son beau-frère, Pierre Roland, le
l'Amateur d'autographes. Je donne ici le texte curé de Longpont. A Zurich, elle avait rendu
de M. Finsler. Les différences sont d'ailleurs visite à Lavater.
cœur ouvert et franc. Je crois que, dans la nature, le sublime est souvent un rapport avec la plus grande simplicité; vous avez été distingué par les dons les plus éclatants, j'ai été gratifiée de la sensibilité qui rend capable de les admirer i't de les chérir, et par cela seul, en mesurant d'ailleurs toute la distance que tant de facultés ont mise entre vous et moi, j'ose rappeler un moment votre attention et solliciter votre amitié.
Je regrette que la Providence ne m'ait pas fait naître plus à portée de la cultiver; je veux que vous soyez dépositaire de mes regrets, que vous appreniez en même temps combien je me félicite d'avoir eu l'avantage de vous connaître, quelle douce et chère image j'ai rapportée en moi-même de votre intéressante famille, du grand caractère de votre âme élevée et pure, et des mœurs patriarcales que vous faites régner dans tout ce qui vous environne.
la ne m'excuserai pas de vous dire ces choses que des gens superficiels appelleraient des éloges; vous êtes trop bon connaisseur pour vous méprendre au langage du cœur et je ne cherche point de méthode pour mesurer mes expressions. Que d'autres s'étonnent d'une connaissance faite en si peu de temps, d'une opinion si fortement établie et prise sur un aperçu, pour ainsi dire, à vol d'oiseau : ceux qui, après vous avoir vu, prétendraient vous assujettir aux règles communes ne vaudraient pas la peine qu'on les détrompât, et je ne me soucierais guère d'être jugée par eux. La dénomination d'enthousiaste n'a rien de déprisant'1' à mes yeux ; il faut l'être du bien pour le faire en toute circonstance, et celui qui ne s'attacherait à la vertu que par le froid calcul de ses avantages courrait le risque de ne pas la suivre toujours assez ardemment.
Nous êtes pour moi la plus grande preuve du système physiognomonique, et, sans l'avoir assez étudié pour oser en appliquer les règles, j'en éprouve trop bien les effets pour [n'y pas] croire. Vous m'avez imprimé le respect que l'on porte à un sage, à un père, celte confiance que l'on voue à un ami; de même que les liienfaits de la Providence excitent notre reconnaissance envers elle et de l'indulgence pour nos frères sur lesquels s'élève également son soleil , ainsi vous m'attachez à l'humanité, à son auteur.
Je ne vous parle point pour moi seule, mon digne ami et respectable époux partage les mêmes sentiments et c'est parce qu'ils nous sont communs que je m'y livre sans réserve; il m'a laissé vous les exprimer, parce qu'il aime à m'abandonner les soins que j'ai du plaisir à prendre.
Unis, sinon par un âge semblable, du moins par les mêmes goûts et les mêmes principes, nous ne nous apercevons que des différences qui peuvent nous rendre plus rhersl'un à l'autre; je n'aurais pas voulu d'un chef qui ne fût meilleur et
l'I mrpriianl, dan» le texte Fingler.
pins éclairé que moi, il s'est l>ien trouvé d'une compayne qu'il était capable de diriger et de rendre heureuse. Nous nous sommes choisis librement, nous vivons dans l'intimité de la confiance; laborieux et partagés entre les travaux du cabinet et les soins des affaires extérieures, je l'aide dans ses occupations, il me guide dans les miennes; concentrés, pour'1* la société habituelle, dans un très petit nombre de personnes, nous sommes ravis lorsque nous en trouvons quelqu'une <2) dont la connaissance ajoute à notre bonheur en fortifiant tous les sentiments qui lui servent de base.
Voilà ce que vous êtes pour nous à un plus haut degré que qui que ce soit que nous ayons jamais rencontré; recevez l'hommage de deux cœurs sensibles et vrais, que vous avez pénétrés d'admiration et d'attachement, affections qui ne s'allient pas toujours, et que vous nous faites parfaitement confondre.
Du moment où nous vous avons quitté, nous avons formé le projet de nous rappeler à vous, et depuis plus de deux mois que je suis à la résidence, chaque jour j'aurais voulu vous écrire. Mais qui peut se promettre chaque jour l'arbitraire emploi de tous ses instants et cette douce liberté de cœur et d'esprit dans laquelle on aime à disposer de ceux qu'on donne au sentiment? Nous vivons, une partie de l'année, avec la mère et l'un des frères de mon mari, nous venons de prendre des arrangements qui nous permettront de rester davantage à la campagne, que nous aimons parce qu'on y est, plus aisément que partout ailleurs, sage, heureux et bon.
N'oubliez pas que vous nous avez donné l'espérance de venir nous voir si vous faites un voyage à Lyon; dans ce cas, ne négligez point de nous en donner avis d'avance, afin que nous ne manquions pas l'occasion de vous rencontrer dans cette ville, où nous sommes rarement. Mais pourquoi n'espérerais-je point qu'au milieu de vos occupations vous voudrez bien quelquefois recevoir de nos nouvelles et nous donner des vôtres ?
Si j'étais seule, je n'oserais pas solliciter une correspondance dont les avantages ne seraient que pour moi, mais je fais pour M. de Laplatière ce qu'il ne ferait peut-être pas lui-même dans la crainte d'une indiscrétion, et quelque éloignées qu'il vous plairait rendre les époques où vous voudriez bien nous écrire, nous nous croirons singulièrement favorisés de pouvoir conserver ainsi l'une des plus chères et des plus honorables de nos relations.
Quelle lettre vous fais-je, bon Dieu!. . . j'aurais dû vous parler de la suite de notre voyage, vous dire que, pressés par le temps et les circonstances, nous sommes passés à Schaffouse sans pouvoir y profiter de l'adresse que vous aviez eu la bonté de nous donner pour MM. Gaupps et Imouf, mais seulement après avoir
in
par, dans le texte Finsler. — *'' lorsque nous trouvons quelqu'un, dans le texte Finsler.
visité ce pont élégant el rélèbre et la divine cataracte du Rhin, cette magnifique et terrible image d'un pouvoir qui nous fait soupirer sur la fragilité de notre i\i^tonce el nous ramène au sentiment de tout ce qui doit en prolonger la durée il. i us l'avenir.
Je ne vous aurais rien dit de Basle, trop commerçante et déjà trop riche pour olfrir au philosophe un tableau aussi touchant que celui de Zurich, quoique le concours des étrangers et tout ce qu'amène l'aisance y répandent beaucoup d'agrément pour les voyageurs; mais je vous aurais parlé de M. Sarrazin'1', que votre recommandation nous a permis de voir, dans sa charmante maison, le moment d'avant son départ pour la campagne, et à qui j'ai presque été fâchée de trouver, malgré l'air de la franchise et le ton de l'aménité, je ne sais quelle ressemblance avec ce que j'aime le moins dans le buste de Cagliostro, placé chez lui en triomphe. J'aurais fait mention du professeur de Strasbourg'2', qui connaissait quelque ouvrage de M. de Laplatière, et dont l'entrevue a été réciproquement agréable à l'un et à l'autre; je vous aurais entretenu du digne pasteur Spoerlin, dont j'ai fait, avec grand plaisir, une connaissance particulière, dont nous tenons un second portrait de vous, Monsieur, et une médaille que nous conservons précieusement parce qu'elle porte la même empreinte; enfin du respectable docteur liciler'3', premier objet de nos relations à Mulhouse, et à qui nous devions toutes les autres, homme vénérable par la plus grande rectitude d'âme unie à la plus grande bonté, par des connaissances distinguées, un mérite éminent et une modestie telle qu'il a toujours pris à tâche de se voiler de l'incognito lorsqu'il a ndu ou communiqué des lumières intéressantes, n'ayant jamais pour but dans la vie la plus laborieuse el la plus active que la gloire du Ciel et le bien de son [m (m hain ; enlevé à son pays, à sa famille, à des amis en pleurs, peu après notre ééjktti de Mulhouse, où il nous avait arrêtés, où nous l'avions laissé bien portant. . . Mais je n'ai su vous parler que de nous-mêmes; pardonnez-moi ce retour personnel, il n'aurait pas été aussi constant si je n'avais eu à vous peindre nos M-nliments pour vous.
[Que ne puis-je espérer de retourner encore à Zurich! Je me croirais fortum'e de revoir cette terre bénie du Ciel, où l'on trouve un gouvernement équitable et modéré, un peuple heureux et fait pour l'être, des mœurs et des vertus qu'épure et ennoblit la culture des connaissances, et une famille comme la vôtre où se réunissent les sentiments et les exemples de tout ce qu'il y a de bon dans le monde^1'.]
■'' M" Roland, dans son Voyage en Sunse (>) Jean Hofcr, médecin et naturaliste de
(t. III de l'édition de l'an thi), parle de ce Mulhouse, oncle de Mm" Iîraun, amie de
Sarrazin, négociant à Baie. M"" Roland. Mort le h septembre 1787.
(,) Ce doit être Bessich (Voyage en SuUse, <*> Ce paragraphe entre crochets n'est pas
p. 378-379). dans le texte Finsler. Il se trouve sur un petit
Permettez que Madame votre épouse trouve ici mes empressés devoirs et mes vœux pour sa santé; que je félicite vos aimables demoiselles d'appartenir à un pays qui a des mœurs et surtout à des parents dont l'exemple ferait aimer la vertu, si elle avait besoin pour être chérie du plus sublime et du plus touchant des modèles dans un père tel que vous.
Je n'emploie point en finissant la formule établie par l'usage, elle serait insignifiante à votre égard comme insuffisante à ce qu'il faudrait vous exprimer; et si le vulgaire ne doit pas saluer nos rois quand il les approche, comment adresserions-nous des compliments au génie?
À Mme DE LANDINEW. — De Lyon, — i4 janvier 1788 ».
Le voilà, Madame, ce fameux Voyage® que je ne vous communiquerais pas si j'étais plus empressée de nourrir une prévention flatteuse que de paraître ce que je suis. Mais je désire trop vivement de vous compter toujours au nombre de mes amis pour vouloir qu'il entre la moindre illusion dans l'idée que vous vous faites de moi. Je ne vous ferai donc pas de belles phrases pour excuser l'incorrection de celles que vous trouverez dans ma relation; je n'ai pas plus de prétention à être auteur ou écrivain que de talent pour le devenir : mais j'ai la plus grande envie de saisir toutes les occasions possibles de vous témoigner mon estime et mon dévouement.
Mille amitiés à M. de Landine, à qui je dois des remerciements du soin de me procurer des lectures infiniment agréables par celles de ses ouvrages.
feuillet épingle au brouillon, et il est de l'écri- W H. Gauthier-Villars, p. j3-i6.
ture de Champagneux, qui certainement ne (1) C'est M. Gauthier-Villars qui donne cette
l'a pas fabriqué, mais qui a dû l'extraire de date.
quelque autre lettre de M"" Roland à Lavater. (s) Le manuscrit du Voyage en Suiue.
À M™ DE LANDINEW. — De Lyon, —janvier i788.
Ce mardi malin, janvier 1788.
J'ai mille excuses à vous faire, ma belle dame, de vous avoir laissé si longtemps l'embarras de mon paquet ; mais je suis obligée de ménager les courses à mon domestique devenu boiteux. Je vous prie de faire ajouter à notre équipage la vénérable perruque demeurée sous une table dans votre salle à manger ; son sort ne laisse pas que de me donner de l'inquiétude : il serait triste pour elle qu'après avoir couvert, peut-être pour la première fois, une tête de sens, elle fut houspillée par quelque petit chien qui la traînerait parmi les écouvilles'2'. Ce que c'est que la gloire de ce monde! J'ai appris hier qu'il y avait eu au bal!3' plusieurs personnes de ma connaissance que je n'ai pas aperçues et que j'aurais eu beau jeu d'intriguer; entre autres un martiniste aimable qui flotte entre la sévérité de sa doctrine et les goûts de son sexe et de son âge; quel texte admirable!
Au reste, il est à parier que je n'aurais pas mieux rempli celui-là que le sujet de botanique avec le docteur Gilibert, sujet qui m'avait paru charmant pour l'imagination, pour le propos, et en faveur duquel j'avais cherché à me rappeler toute ma science d'autrefois; mais je n'ai jamais mieux éprouvé que je n'avais d'espiil qu'un quart d'heure avant ou après le moment où j'en aurais besoin, et, à la première réponse du docteur, je n'osai ni continuer, ni reprendre une matière que l;i liberté du masque me fit voir alors sous un trop grand jour. Dites donc, je vous MM, à l'atoul-partant qu'il n'est guère de parole et que, pour cette tasse de chocolat manquée, j'entends que vous et lui veniez en prendre à la campagne autant qu'il y aura de jours d'ici là; c'est la vengeance que je veux prendre pour notre ami ''t pour moi des charmantes tracasseries qu'il nous a faites. Ah vraiment! c'est comme cela qu'il faut être sous le masque, vif, agréable, saillant, inépuisable; et non bégayant, embarrassé, tout occupé de respirer sans regarder, sans rien voir, et rougissant à faire fondre son masque sur le visage, ainsi que moi, petit novice de passé trente ans. Ne parlez pas, s'il vous plaît, de mou rendez-vous avec M. Domergue; je compte bien y être exacte, mais je veux encore
'' H. Gauthier- VilUrs, p. «6-t 5. un bal masqué, probablement chez l'Intendan'.
'*> Terme populaire à Lyon el en Beaujolais de Lyon, M. de Flesselles, et que c'est dans
pour dire les balwjurtt. On dit aussi équevillet. le logis de M°" Dclandine qu'elle s'était cos-
(') On voit ici que M1" Roland était ailée à tumée.
r>06 LETTRES DE MADAME ROLAND.
l'y embarrasser en paraissant n'être pas celle qu'il y a rencontrée. Veuillez rappeler à M. de Landine qu'il m'a promis le charmant recueil du chevalier de Florian et quelques jolis romans; je les attends avec mon paquet.
Avouez donc que vous êtes un peu scandalisée de me trouver ce goût frivole ; mais, voyez-vous, celui-là ne fait pas tort à d'autres, et d'ailleurs, il faut rendre grâces aux circonstances qui depuis mon enfance m'ont inspiré le choix du parti le plus sage, car j'étais en fonds pour devenir aussi folle que bien d'autres.
Adieu, ma belle dame, je babille impitoyablement et c'est votre faute, car je n'ai ce paquet qu'avec les personnes qui m'obligent à les aimer. Recevez les hommages de mon digne et cher ami, faites agréer nos compliments et nos amitiés 1 M. de Landine; je vous embrasse de tout mon cœur, avec vos jolis enfanls.
À Mœe DE LANDINEO. — Du Clos, — 19 février 1788.
Le 19 février 1788.
Oui, Madame, c'est encore moi, je suis impitoyable et vous bien à plaindre, j'en conviens; quinze jours sont à peine écoulés depuis mon départ de votre ville, déjà vous avez revu mon mari, et vous voici accablée d'une de mes épîtres, malgré le carême, ma retraite à la campagne et tout ce qu'il vous plaira. Étonnez-vous, cherchez ma raison ; j'ai grande envie de ne l'exposer qu'à l'autre page pour vous causer un mouvement d'impatience et m'attirer quelque jolie gronderie comme vous en savez faire. Il faut pourtant avouer, avant tout, que je n'aurais point eu la présomption de me remettre sitôt sur le tapis, malgré toute mon envie de vous être présente, si je n'avais eu quelques observations à vous faire. Au reste, pourquoi m'avez-vous mise dans le cas des observations? S'il arrivait, par malheur, que je vous eusse ennuyée et que ce fût vous, Madame, qui m'en auriez procuré l'occasion, ne me devriez-vous pas encore de la compassion et presque des excuses pour m'avoir exposée à quelque chose d'aussi fâcheux? Je puis donc, en toute conscience, me dispenser d'un préambule; cela me soulage beaucoup en vérité, car le plus difficile, pour l'ordinaire, n'est pas tant de traiter des affaires que d'amener à son sujet.
Vous commencez peut-être à vous apercevoir que je ne possède pas au suprême degré l'art de venir promplemenl au mien; mais, comme il ne doit pas me fournir
(') H. Gauthier- Villars, p. 16-17.
grande matière, je serais obligée, si j'avais commencé par lui, d'arriver aux compliments et de finir ma lettre : or, pour tous les écrivains du monde, comme pour tant d'autres gens de métier différent, mais qui aiment aussi à occuper un peu d'eux-mêmes, finir est ce qu'il y a de plus triste. Finir afflige la naturel. . . Oh! il y aurait là de quoi faire des réflexions morales et autres, et allonger la courroie jusqu'à dimanche; mais, je commence à vous compatir, passez-moi celte tournure italienne. Trêve de folies et de sottises, je viens au fait.
Dans le mauvais petit manuscrit dont vous avez pris la peine de copier quelque chose, avez-vous été jusqu'à Zurich exclusivement, ou si cette partie est comprise ilans ce que vous avez bien voulu recueillir? J'ai une note ou des réflexions à y ajouter. En n'écrivant que pour moi, mon exposé me suffisait; mais ce que j'ai dit 4" Lava ter a besoin d'être autrement motivé dès que cela doit être lu'1' : on a tellement inculpé cet homme respectable que ceux qui le vénèrent doivent justifier leur avis pour n'être pas accusés d'enthousiasme par ses ennemis. Veuillez donc me faire savoir si je suis à temps et si j'ai du loisir.
Il me semble aussi qu'au départ de Grindelval, en parlant des pointes glacées qu'on aperçoit du fond de cette vallée, j'ai laissé en blanc un nom qu'il faut exprimer : il est question du Schrcckorn, * puissant dominateur des glaciers environnants; il les commande comme fait le Mont Blanc à tous ceux de ses alentours*.
Ou je suis bien trompée, ou j'avais négligé d'écrire le Mont Blanc; s'il en est ainsi, je répare l'omission autant qu'il est en moi. A vous le dé, ma belle dame, à vous qui vous avisez de faire gémir la presse. . . En vérité le rouge m'en vient au visage lorsque j'y songe; au moins gardez-nous le secret aussi bien que celui du bal. N'oubliez pas la Saint-Louis'2», la campagne, les vendanges, sans quoi je refuse de croire à votre amitié pour nous.
•vez les nouvelles assurances de celle que je vous ai vouée.
Mille choses à M. de Laudine; j'embrasse les jolis enfants et vous prie d'agréer l'hommage respectueux de mon mari.
Ph. D. L. P.
'■' Voir la lettre suivante. Delandine avaient dû promettre d'assister. Mais
'" »5 «mt, jour où l'Académie de Ville- ils n'y allèrent pas, ni les Roland non plus. franche tenait sa séance publique, à laquelle les (Voir la lettre cccv du premier Recueil.)