À BOSCO
[De Villefranehe], — 21 juillet i788<2'.
ai juillet 1 787.
La ménagère du Clos ne sait, n'imagine et ne croit pas d'équivalent à un époux estimé et chéri <3*, et elle invite les consolateurs à chercher fortune près des femmes qui comptent pour rien leur mari; c'est une assez grande carrière, très facile à parcourir.
J'ai la recette d'un arrosement qui détruit la Cassida viridù; mais, comme Im savants n'ont pas besoin de ces niaiseries, je me contente de m'en servir pour conserver de bons artichauts que je mange fort bien sans eux, quitte à leur envoyer le bout des feuilles, s'ils veulent en observer le parenchyme.
On était convenu que vous expédieriez l'huile empyreumatique par la diligence, dans une boite disposée à cet effet ; on demande pourquoi cela n'est pas fait et l'on prie de le faire.
Je demande à mon tour ce que M. le journaliste veut faire de mon Voyage^. Je le prie aussi de me l'expédier par la voie ordinaire. J'ai un nouvel article Lavater à substituer, et des notes à ajouter.
Je demande pourquoi on ne sait où sont des gravures qu'on avait dû expédier par la caisse de Visse ou la malle du frère'5' ?
Je gronde, nous grondons, je gronderai, nous gronderons, et ainsi de suite, toute la conjugaison, si l'on ne fait raison claire et nette.
Je voudrais savoir si trois lettres, expédiées à vous vers la Saint-Jean, pour mes père et oncles^, vous sont arrivées et si vous avez bien voulu les envoyer à leur adresse ?
Je sue, j'étouffe, la ville est trop petite pour mes poumons campagnards, je vais me sauver. Adieu, salut, santé, joie, science et vertu, l'amitié n'y peut manquer.
M Papieri de Ratière.
;») Mm* Roland a écrit : «1787». Mais c'est un lapsus évident, le ai juillet 1787 elle était en Suisse. 11 suffit d'ailleurs de rapprocher cette lettre de celles qu'elle écrivait à Bosc les 18 juin et 4 juillet 1788 (t. II, p. 17-19 du premier Recueil), pour se convaincre qu'elle est de cette année-là.
<3> Roland devait être à Lyon, d'où plaisanteries amicales de Bosc' sur cette absence. Quant
à M"* Roland, qui était installée au Clos, on va voir qu'elle était venue passer une journée à Villefranehe.
(1> Le Voyage en Suisse.
(i) Le chanoine Dominique Roland, qui était alors à Paris pour les affaires du bailliage de Beaujolais, dont il était conseiller-clerc.
<"> Pour la fête de son père et de son oncle Bimont (29 juin , Saint-Pierre) et de son grandoncle Besnard (a4 juin, Saint-Jean-Baplisto).
À M. DE LANDINEO. — [DeVillefranchc], — [. . février 1 789].
' vous. Monsieur, qui vous amusez dans le public à me supposer de l'esprit, c'est vous que je somme de me fournir des livres qui m'en prêtent, si vous ne voulez courir le risque de passer pour un franc menteur ou un malin plaisant, je ne dis pas un mauvais juge, car vous avez fait vos preuves pour votre compte, et les opinions d'un homme de l'art, sur les objets de sa compétence, sont reçues comme des oracles par les personnes qui croient à sa franchise. C'est donc votre caractère moral qui joue ici gros jeu, et faute de se persuader que vous ayez pu vous tromper, on vous trouvera cruel d'avoir ainsi mystifié une bonne ménagère, qui ne sait plus que la Maison rustique et quelques romances de l'autre siècle. Mouillée au fond de mes bois où l'on peut tout à son aise avoir un caractère et M nourrir de philosophie, oublier son monde et devenir gothique, acquérir de fort bonnes choses qui ne servent que dans la vie privée, devenir savante sans en ''•tri' plus aimable et se farcir d'idées dont on ne doive jamais parler, tandis que, pour soutenir le goût, réveiller l'imagination, rappeler le charme des beaux-arts, on n'entend que l'aigre cornemuse ou les mauvais prônes d'un curé de village, j'arrive encore toute raidie par l'influence de ma retraite, dans notre ville, où mon lo;;j- nmili -t" ne m'offre seulement pas une brochure contre l'ennui journalier d'un coiffeur. Quoique je vous aie dit, l'autre jour, que j'étais rassasiée de raison, npendant, pourvu qu'elle soit habillée avec grâce, je m'accommoderai de celte vieilli- compagne.
Kn\oyez-moi donc quelque chose, quoi que ce soit, que je ne connaisse point encore; j'y ferai grande fête et vous me devez ce soin en bonne justice.
Mille choses aussi empressées qu'affectueuses à M"" de Landine.