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tous, pour atteindre son but si vivement désiré. Elle refusa de soumettre les actes de son procès à une nouvelle révision. Quand le P^^ Nicolas Wittgenstein mourut, le 10 mars 1864, elle ne parla plus de vouer à Liszt sa liberté, qui lui arrivait trop tard. L'offre de M-"" Hohenlolie de bénir lui-même sa nouvelle union dans sa chapelle ne fut point acceptée.
L'harmonie parfaite de leurs âmes avait en outre été quelque peu ébranlée par une entière séparation de i)rès de deux ans. Rome avait révélé à la Princesse un monde nouveau, qui l'absorbait complètement. Entièrement soumise à Liszt en Allemagne, et uniquement dévouée à ses intérêts, elle sétait subitement identifiée dans la Ville éternelle à toutes les questions vitales de l'Eglise. Son esprit inquiet, toujours à l'affût de nouveaux problèmes, se détacha imperceptiblement des préoccupations de son ami. Elle se plongea dans des études théologiques, rédigea des écrits religieux qu'elle fit imprimer à ses frais, en n'en publiant qu'un petit nombre. Peu à peu elle se crut appelée à la mission de contribuer au salut de l'Eglise, comme elle avait eu foi auparavant en sa mission pour le salut dune àme d'artiste! Le désir s'éveilla en elle de réunir ces deux missions, dont elle voulait ardemment rendre compte à Dieu, et elle chercha à attirer Liszt vers le même but sublime auquel elle tendait, en le persuadant de mettre son art au service de l'Éfflise. Cette décision offrait aussi une issue à une position devenue difficile, depuis qu'elle se refusait à conclure le mariage si intrépidement poursuivi et qu'aucun obstacle n'entravait plus.
L'impulsion dans cette voie fut donnée par elle, et Liszt la suiAat avec toute la ferveur de son âme, facilement accessible aux élans généreux. Il reçut le 25 avril 1865 les ordres mineurs des mains du Cl'^-Aumônier du Pape, Archevêque d'Edessa in imrtUms^ W Hohenlohe. en sa chapelle du Vatican.
Limpulsion de la Princesse avait réveillé en Liszt les fibres les plus pieuses de son cœur, engourdies depuis
qu'il îivait renoncé dans sa jeunesse à se faire prêtre. Néanmoins, cette décision inspirée par de très nobles motifs, fut suivie d'amères déceptions pour tous deux. La Princesse avait rêvé pour son artiste de hautes distinctions dans rp]glise: elle le voyait continuer l'œuvre de Palestrina a la chapelle Sixtine, et fut navrée de voir ses espérances déçues. Liszt n'avait aucune ambition personnelle; sa sincère piété lui inspira ses œuvres religieuses. Après avoir en Allemagne adopté de préférence la forme symphonique, il composa à Rome des œuvres d'Eglise. h'Elisahcth, le Christ, la messe du couronnement, les Psaumes, des chœurs d'église, Jlissa cJioralis, le Requiem, etc., sont les fruits que Rome fit germer en lui. Mais Rome nourrie des traditions musicales des siècles passés, ne comprenait rien aux pulsations de la vie moderne, qui vibraient dans la musique de Liszt; elle ne lui fit aucun accueil. Son idéal dy régénérer la musique d'église ne fut point réalisé; le besoin ne s'en faisait pas sentir au centre même de la catholicité. Il s'était arrangé une vie d'artiste semiclaustrale dans la Ville Sainte, et songeait de bonne foi à s'y ensevelir, mais à la longue il manqua y étoufi"er. En dépit de ses résistances intérieures , un fort penchant l'entraînait malgré lui dans le courant de la vie active, hors des austères retraites de Madonna dei Rosario au Monte Mario, et &" Francesca Romana. Il sentit le besoin de se rapprocher de l'Allemagne. Depuis 1 869. il retourna annuellement pour quelques mois à Weimar , où la Cour lui fournit une modeste demeure à la Hofgdrtnerei. L'année suivante, Pest le combla d'ovations, et prétendit également avoir des droits sur son artiste national. Liszt consentit à vouer les conseils de son expérience à ses compatriotes, et dorénavant il partagea son année entre Rome, Weimar et Pest. Mais sa longue retraite avait singulièrement modifié sa position dans le monde artistique. La soutane qu il portait entravait sa carrière publique. Il ne se montra plus au piano ni au pupitre qu'à de rares intervalles, dans des occasions exceptionnelles. Et pourtant ses compositions
La M ai- a, Lettres de Liszt. IV. h