‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 102 sur 113 · AU COMTE CESARE BALBO, A CAMERANO · texte numérisé non relu

AU COMTE CESARE BALBO, A CAMERANO

Turin, jeudi 20 juillet.

Très-cher comte ,

Mon petit voyage à âne, jusqu'à ChieriS fut des plus

heureux. Le médecin vous aura donné de mes nou-

* Les lecteurs ont probablement déjà remarqué que CfUeri et Quiers sont un seul et même lieu, celui où se trouvait le coûtent de la sœur de Pellico. Nous avons employé presque

d'un mérite distingué ; vous me feriez un bien grand plaisir en m'écrivant que vous vous en occupez avec quelque assiduité. S'il y a quelques points sur les* quels nous ne nous expliquerions pas en termes identiques, la différence de nos vues sera toujours fort petite y et lorsque je vous fais un peu opposition , je ne suis jamais tellement obstiné dans mes opinions que je ne finisse par dire sincèrement en moi-même: 11 se pourrait bien que je me fusse trompé.

Du reste, dans un livre, comme dans la vie d'un homme, il importe d'avoir raison sur la plupart des choses, et si on ne Ta pas sur toutes absolument, le mal n'est pas grand. Chaque fois que je lis mon Pat* cal. je sens combien je serais satisfait d'avoir composé un petit volume comme celui-là, quoiqu'il s'y trouve quelques expressions outrées qui peuvent donner lieu à des discussions.

Les modifications que me demande la censure pour laisser passer mes Mémoires sont peu de chose. Je m'occuperai bientôt de l'impression.

Adieu, cher comte, ayez soin de votre santé, travaillez et aimezH[noi.

AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO»

Camerano, vendredi 19 août

Cher Gian Gioseffo, Tu ne veux pas, lorsque j'écris à la niaison, que

< L*aulograpbe de ceUe lettre appartient à madaiM la baroBM Cro?a, sceur du défunt comte Cesare Balbo. C*est à roUigeaaic

j'omette de décrire aussi deux lignes. Eh bien^ je te dirai que je suis charmé d'être venu à Camerano. J'y ai gagné de connaître de plus près et plus intimement cette vertueuse famille Balbo. Je ne sache pas au monde de spectacle plus déUcieux qu'une famille bien unie et de mœurs aimables^ distinguées^ et en même temps simple et sans cérémonie. Un mari et une fenune qui s'aiment et s'estiment; des fils bien élevés sans qu'on les tyrannise; un domestique peu nom* breux et accoutumé à tout faire avec convenance ; de l'ordre et de l'économie sans avarice^ et au contraire avec cette abondance raisonnable qui rend la vie confortable; une sociabilité vraie> c'est-à-dire le goût bienveillant d'un libre échange d'idées et de sentiments^ et l'art de donner à cet échange un caractère constant de fraternité réciproque, en même temps que de réciproque déférence; des pensées élevées et nourries de l'étude de la civilisation et d'une foi Jenne et éclairée dans la seule doctrine Ubérale parfaite, qui est l'Évangile; tout cela se trouve heureusement réuni ici^ sur une gracieuse petite coUine^ dans un charmant château où il y a de bons livres^ un beau jardin dont on jouit ^ de jolies vues sur une campagne émaillée de bourgs^ de villages fleuris^ et un certain frère réjoui^ qui a nom Silvio Pellico^ lequel comme tu sais^ sans être enthousiaste de rien^ apprécie de cœur le beau et le bon partout où ils se

intervenlioD de M. Bonifazio Silva, professeur de rhétorique à Nice, que nous devoos de pouveir publier ce précieux et fidèle portrait de Fillustre famille du comte Ealbo.

{Natedei'EdUeur.)

montrent. Il est tant de lieux sur la terre où manquent et le beau et le boni II faut alors prendre patience^ et ne pas s^ndigner pour cela contre la pauvre race humaine^ qui au milieu de ses sottises et de ses perversités^ est encore çà et là parsemée d'enfants de Dieu qui soupirent du mieux qu'ils peuvent après la vérité, la vertu, Tamour.

Adieu, bon ami ; as-tu envoyé le Chateaubriand au chevalier Biandrate? Porte-toi bien ainsi que tes frères, et les amis Gioberti et Bruno, ainsi que tous ceux qui nous sont chers, et mille millions d'autres encore.

CCCXLIII

AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO

Cher Gian GiosefTo, Arrivé, il y a un instant, de la Vigna Barolo pour embrasser mes parents, et sorti pour faire une commission, voilà que je rencontre notre cher avoca^ Bertinatti, et aussitôt nous parlons de toi. Je savais déjà le service d'ami, de véritable ami qu'il t'avait rendu, et ce mérite l'élevait dans mon affection de dix degrés au-dessus de celui qu'il y occupait. Nous parlons donc de toi, et lui et moi nous nous accordons, conunc tu peux le croire, à te déclarer une des âmes les plus sincères qui soient sur la terre, et à nous réjouir ensemble des bénédictions que Dieu t'accorde. Bertinatti me dit que d'un moment à l'autre il se proposait de t'écrire, ^ qu'il allait même t'écrire dans ta chambre. — J'y veux aller aussi, lui dis-je, et j'aurai ainsi le plaisir de voir son nouveau logis que

je ne connais pas encore^ et de lui adresser deux lignes pour le saluer.— A merveille, allons. — El me Yoîci conséquemment ici, à Tun de tes bureaux, content d'avoir trouvé cette occasion pour secouer ma paresse et me rappeler à ton amitié, et content de ton petit apiiartement. — Je suis ravi de te voir au nombre des créatures qui peuvent être beureuses; et toi qui es sage, et qui as des désirs modérés, tu peux Têtre.

Eu attendant, tu es au château de Masino, dans un des plus beaux pays du monde, auprès d'un ange d'esprit et de bonté, conmie est la digne, (ou pour me servir de ton épithcte favorite) la sublime comtesse.

Qui est plus heureux que toi ? Travaille donc à raffermir ta santé et à te tenir en joie ; mais souvienstoi aussi de ne pas laisser ton intelligence oisive. Étudie, étudie. A ce que tu sais déjà, tâche d'ajouter toujours quelque chose. L'exercice de l'esprit est chose noble, et contribue à nous rendre heureux ; n'est-ce pas vrai, mon bien-aimé Joanni?

Je suis toujours tourmenté de Tasthme, d'une toux qui va et vient, de petits malaises nerveux. Hais je me ris des maux physiques, et je remercie Dieu de ce que je ne m'attriste pas aisément. Toutefois ces incommodités m'empêchent de voleter comme je fis l'an passé, de campagne en campagne ; et en vérité je serais allé si volontiers à Hasino ! Hais l'air est trop vif par là, et je reste ici. Adieu. Présente mes respects à Texcellente comtesse, dont les adorables qualités de tous genres occupent bien souvent ma pensée; çt dis-lui que je serais heureux si par chaque centaine de fois que je me souviens d'elle, elle se

CCCXLVIII

AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO

Mon Gian Gioseffo ,

Je te donne le plus tendre embrassement. Je te remercie de la lettre de Quirina^ je te rends les seize sous que tu as payés pour le port^ et je te demande une grâce.— Une voisine à nous^ qui se nomme madame M...^ s'étant trouvée je ne sais dans quelle maison où Ton parlait de toi, apprit que tu étais de Drusacco. Et comme elle a à Drusacco une fille imbécile, qu'elle y a mise en pension dans une bonne famille de paysans, qui demeure assez près de Téglise, elle m'a chargé de te supplier de vouloir bien, tout à fait à ton aise, quand tu auras l'occasion d'écrire à tes parents, ou à ton cousin, le curé de Drusacco, demander des nouvelles de la petite fille imbécile et malade.

Adieu, cher ami, aime-moi comme je t'aime.

AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO

Samedi-Saint.

Mon cher Gian Gioseffo, Mille remercîments pour la chère lettre de Piero que tu m'as envoyée, et dont je te dois le port. J'irai te voir, et j'y serais allé plus tôt si j'avais su que tu fusses malade. Je crains que tes maux ne soient provenus des ennuis que tu as éprouvés. Mon pauvre cher

ami ! je ne saurais l'exprimer combien j'en suis affliges moi aussi. Hais j'espère que cela ne durera pas.

Tu yeux qu'on ne l'envoie que le livre de Yoigt, mais j'y joins aussi les cahiers. Il est inutile qiie je les garde. Je les ai lus^ et je n'y ai rien trouvé à corriger. C'est un bon travail.

Je f embrasse avec la plus vive tendresse^ et suis tout à toi.

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