‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 2 sur 113 · XY · texte numérisé non relu

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donnable aux yeux de rAutriche. L'Autriche^ maîtresse de Milan, défendait sa conquête, et on ne peut Ten blâmer beaucoup ; mais je tiens à établir que, dès sa première jeunesse, Pellico était dans un camp qui, à aucune époque, n'a été celui de la révolution.

Pendant que d'autres, plus ardents, se précipitaient étourdiment ou avec fureur dans les sociétés secrètes, l'auteur de Françoise de Rimini, le poétique secrétaire du comte Porro, le tendre précepteur de ses deux enfants, travaillait avec ce qu'il y avait de plus distingué dans la jeune aristocratie de Milan à fonder un journal littéraire. Le titre de ce journal, le dmciliateur, n'BBOr nonçait rien de bien violent Toutefois, prenez garde : sous ces fleurs de la poésie se cachait peut-être le serpent d'Eden. Silvio savait et avoue lui-même, trentequatre ans plus tard, que le journal avait pour but de secouer la torpeur nationale. Hais savez-vons comment il s'y prenait lui-même pour tirer l'Italie de sa léthargie ? il se livrait à de calmes et sérieuses études sur les tragédies de Chénier, sur la Marie Stuart de Schiller, sur le Conaire de Lord Byron, sur Rogers, sur Campbell, sujets assez nouveaux alors , surtout en Italie^ mais qui accusent plutôt, on en conviens dra, la hauteur sereine des vues de l'esprit que Tem* portement des passions politiques.

Le silence que Silvio Pellico a gardé sur le fond du procès a fait croire à la plupart des lecteurs qu'il avait appartenu aux sociétés secrètes. Comment , en effets pouvant ruiner d'un mot la base de l'accusation principale, n'a-t-il pas prononcé ce mot; ou, s'il l'a dit devant les juges, neTa-t-il pas répété dans son livre 7

J'étais^ je l'avoue, comme tout le momie, ini|uiet et bien près d'être convaincu. Mais c'est dans sa correspondance qu'il faut chercher la vérité, et la voici exprimée avec toute franchise et avec un suprême sentiment de justice : — « Eh î mon Dieu ! écrit en français Silvio Pellico à la comtesse Masino, est-ce qu'il n'y a qu'un degré de culpabilité? n'est-on qu'une de ces deux choses : innocent ou digne d'être condamné À mort et traîné par grâce dans les chaînes du Spielberg?... Puisque je n'aimais pas la domination autrichienne, mon devoir aurait été de réprimer et de ca* cher mes dangereux sentiments, ou d'abandonner les pays gouvernés par rAutriche. Au lieu de cette conduite sage et chrétienne , je croyais que l'on pouvait professer ouvertement l'opposition, et j'avais la folie de voir sous un aspect avantageux les sociétés secrètes qui pullulaient en Italie.

a Jamais je n'ai été à aucune de leurs assemblées ; jamais je n ai eu sous les yeux les statuts de la Carbo^ neria : cette société devait s'implanter à Milan, mais les statuts n'y étaient pas encore. »

Et, si ces paroles si nettes avaient besoin d'être fortifiées de preuves, je me l)ornerais à rappeler que M. Andryane ne fut arrêté, trois ans plus lard, que pour avoir ap[K)rté de Gênes à Milan les statuts et les diplômes de ces sociétés secrètes, (]uand, depuis deux ans déjà, Silvio était au Spielberg.

11 faut en admirer davantage la résignation sublime avec laquelle , après un moment de lutte, acceptant une sentence qui était à ses yeux Tarrêt de Dieu plutôt que celui des honunes, il se tait sur un \mul de

fait sigrave^ et dédaigne pour ainsi dire de mêler l'histoire de son âme avec celle de son procès.

Je voudrais raconter maintenant la dernière époque de la vie de Silvio Pellico. Les lecteurs, je le sais, la retrouveront dans ces lettres; mais je voudrais, leur en laissant toute la nouveauté, reconstruire, à Taide de documents puisés ailleurs et un peu partout, cette douce légende des suprêmes années. Elle aurait, du moins, le mérite de compléter, en Téclairant, la correspondance elle-même, et de faire connaître des mots admirables, des opinions sincères et peu communes, des fragments ignorés ou peu répandus en France '. Silvio Pellico était arrivé à Turin, le 17 septembre 1830, faible, épuisé, respirant avec difficulté, et ayant grand besoin des soins d'une mère pour réparer une santé presque perdue. Le bonheur de se retrouver au milieu des siens était déjà le plus efficace des remèdes ; mais ce bonheur ne lui faisait pas oublier ceux qu'il avait laissés dans les fers, et l'un de ses premiers soins fut d'écrire aux parents de Borsieri pour leur parler de son infortuné compagnon, et met-

1 Sîlvio Pellico avait écrit lui-même cette histoire de la seconde moitié de sa vie, et Tun de ses amis, Pietro Giuria, raconte lui en avoir entendu lire de nombreux chapitres, et en avoir tenu les cahiers dans ses mains. Au mois de novembre 4837, Pauleur de Mes Prisons voulut bien m*envoyer quelques feuilles du précieux manuscrit en m*autorisant à en donner une traduction française. Ce fragment est aujourd'hui tout ce qui en reste, la plus grande partie ayant été brûlée, par suite de quelque scrupule, assurément digne de respect, mais dont tout le monde regrettera les cruelles conséquences.

^ (Note du Traducteur,)

ire ainsi dans celte pauvre fainilie un peu de la joie qu'il rapportait dans la sienne.

Cette joie était immense. La famille de Silvio Pelr lico se composait encore de cinq personnes :— d'al)ord, son père^ beau vieillard à longs clieveux blancs^ âme saine et forte, intelligence cultivée, de qui Silvio avait reçu le génie poétique en même temps que 1^ viej car Honorato Pellico avait été poëte en son jeupe âge] — son frère Luigi, également |)oëte et auteur d'aimables comédien, esprit modeste et sûr; — un second frère, François, qui s'était fait prêtre, et plus tard jésuite; — puis le génie austère de la maison, celle de ses sœurs qui avait survécu, Joséphine, supérieure d'un couvent de Rosincs, qui venait de loin en loin, à Turin, prendre aussi sa part des joies de ce retour ines()éré ; haute et noble figure de religieuse que Silvio avait l'art de faire sourire, et à la(|uelle il adresse, et presque toujours en français, ses lettres les plus charmantes , les seules peut-être où s'éclaire d'un rayon de gaieté le fond mélancoli(|ue de sa pensée ; — sa mère enfin , cette sainte femme (jui avait entouré de soins si tendres sa maladive enfance , et qui , après l'avoir reconquis, le soutenait chaque jour dans ses nouvelles épreuves, et qui, d'instinct, l'encouragea plus que j)er8onne à écrire et à publier ses Mémoireâ. Il apiKirlenait à un ca^ur de femme et de mère de comprendre mieux que les sages Théroïsme chrétien d'un pareil récit; de telle sorte que, si Honorato Pellico a donné le poëte à l'Italie, c'est peut-être, c'est surtout à la mère (|ue Titalie doit le martyr. Lorsque, autour de cette chère famille (|ue Dieu

venait de rendre à Silvîo, se furent groupés les amis d'autrefois et ceux que lui avaient donnés depuis le malheur et la renommée, que pouvait-il lui manquer encore? Hélas ! la liberté de ceux qu'il avait laissés au Spielberg, et le retour de ceux qui gémissaient loin de leur patrie. Sa pensée se reportait surtout vers celte autre famille qui avait été la sienne à Milan, celle des Porro. Le comte Porro vivait exilé à Marseille, et séparé de ses enfants, qui continuaient à habiter Milan. Nous avons de la pieuse fidélité des souvenirs de Silvio un précieux témoignage : c'est une espèce d'épitre qu'à peine revenu à Turin , il adressait au comte Porro, et dont voici le début :

a Je n'ai pas vécu avec toi, cher Porro, les années de l'adversité; c'étaient, au contraire, les beaux temi>s où nous fûmes unis d'un lien si fraternel qu'il en est peu d'exemples parmi les âmes heureuses.

a Et quoique, devenus la proie d'une fatalité irrésistible, nous ayons été depuis arrachés l'un à l'autre^ que tu aies pleuré au loin le sol de la patrie, pendant que moi, des fers chargeaient mes pieds;

a Ni> certes, tu ne m'as oublié, ni ton ami ne t'a mis en oubli; et le ciel sait tout ce que mon cœur a répandu de gémissements sur tes jours attristés par l'exil I

a Vivant avec toi, j'étais lié à toi par la noblesse de ton âme^ par les périls et le repos tour à tour parta-» gés> mais, plus que tout le reste, par notre douce et commune tendresse pour tes chei^ fils confiés à mes soins.

« Ils étaient mon ambition la plus chère I Ils étaient

le souci (le ma vie, mon vitiiiM niaient à faire montre de Icir aussi [tour moi !

«La foudre lomlta et l'omf ' heureux. A moi elle vous rr toute joie; toi, tu pm, sanç l'exil !

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«Et ce n'est )ju'ii|irt'* '*^^zLi,^, ;s vieux itarenis ri Ii's ■•'^^r . .

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