livre des Eipirances
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i ('omtcsse de Hombello;
Il essoufflé, mais si heu-
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certain nombre d'autres, antérieures à celte époque , aTaient été perdues, ses papiers saisis à Milan ne lui ayant jamais été rendus. Ces publications Toccupèrent pendant toute Tannée 1831.
Ce fut en 1832 qu'il écrivit Mes Prisons. Il raconte lui-même, dans une suite de chapitres nouveaux dont le texte est encore dans mes mains et n'a jamais été publié, comment ce livre fut reçu en Italie *. Son apparition y causa plus de bruit que n'avait fait le retour même de l'auteur. Si la modération inattendue de la relation excita partout de vives sympathies, il se rencontra aussi, comme nous l'avons dit, des incrédules ou descontradicteurs qui ne tardèrent pas à devenir des ennemis. Ceux qui attendaient deSilvio PcUico, parce qu'ils ne savaient de lui que ses malheurs, une œuvre de colère et de vengeance, dont on eût aimé à faire le manifeste d'un parti, lui refusèrent le droit de pardonner à ceux qui avaient, en lui, voulu frapper l'Italie elle-même, nes'a|)ercevant pas, dans raveuglement de la passion, que ce pardon magnanime servait bien autrement que leurs fureurs la cause de Tllalie.
Publié en 1834, le |)elit Discours sur les devoirs des hommes renouvela le succès de 3fes Prisons, mais ranima la lutte un moment assoupie. Moins que jamais, les partis extrêmes se résignèrent a voir Silvio associer dans un même culte la religion et la liberté ; mais les esprits éclairés, qui voyaient, comme lui, dans cette alliance, le salut de l'avenir, se rangèrent du côté de celui qui, condamné a souffrir pour la
« Vojei la note de la page XVII. (Note du Traducteur.)
liberté, pr^iait le monde à témoin , non de ses souffranceSy mais de sa résignation. A la tête de ces courageux défenseurs de Peltico se distinguaient surtout Tabbé Gioberti, encore peu connu, et le comte César Baibo, unis alors dans la même cause, mais qui devaient bientôt se séparer : Fun, demeurant fidèle aux inspirations d'une politique à la fois prudente et ferme, pendant que Tautfe, se laissant emporter à toutes les
violences de la passion irritée, allait compromettre un beau génie dans de misérables querelles.
Après, et ménfie durant ces luttes, où Silvio intervenait le moins qu'il pouvait, il eut un moment d'en, train et de demi-renaissance qui put faire croire à ses amis que dix ans de souffrance pouvaient s'effacer de la vie d'un homme. Il se reprend aux beaux rêves littéraires; il fait des plans de tragédies; il commence un roman dont il place l'époque au sein de notre révolution; il raconte ses premières années; non content d'écrire lui-même, il anime les autres. Il presse le comte Balbo d'achever ce beau livre des Espérances de l'Italie, rempli des nobles illusions de Tun et de l'autre. Pendant Thiver, il voit , non pas le monde , mai? quel(iues familles choisies; pendant Tété, il va de château en château, aux environs de Turin, à la villa (linierano, chez le comte Balbo; à la Vifj^na du marquis (le Barolo; à Masino, chez la comtesse de Mombello; a Chieri, où il gravit un peu essoufflé, mais si heureux ! la colline que couronne le couvent desBosines.
Mais (in événement aucjuel il ne s'attendait guère allait bientôt lui apprendre qu'il avait affaire à une
autre génération que celle qui avait applaudi les belles scènes de Françoise de Rimini. Il eut alors^ en effets la malheureuse idée de faire représenter une nouvelle tragédie^ Corradino. Elle éprouva une chute complète et excita même des risées. Mais cet échec n'était pas fait pour avoir raison d'un tel courage^ et c'est lui-même qu'il faut entendre racontant cette triste soirée. Avec quelle bonne grâce il oublie le premier ce dont les spectateurs auraient dû se souvenir ! La pièce sifflée trouve dans Silvio un juge aussi impitoyable que tous les autres ; et ici je ne traduis pas, c'est encore lui-même qui écrit en français : — « Puis-je être bien en colère contre des jeunes gens qui, pour moins s'ennuyer, s^amusent à siffler? La désapprobation était un peu outrée, voilà tout. Si ma tragédie avait eu de l'intérêt, ils auraient été émus malgré eux ; ils auraient laissé le sifflet de côté pour s'égosiller et bien faire enfler leurs généreuses mains à ni'applaudir. » Vainement, dans la suite, ses amis, sans qu'il s'en mêlât, lirent-ils applaudir la Gismonda et Vlginia : la chute éclatante de Corradino avait été |)Our lui une révélation. Il avait compris, avec cette fermeté d'esprit dont il ne se départait que |K)ur juger les autres, que la faculté tragique s'était à jamais retirée de lui : mais avait-ellejamais été bien puissante?!^ Françoise de Rimini, qui restera son chef-d'œuvre, est-elle autre chose qu'une élégie charmante de la famille de Rérinice ? Plus on |)énètre dans l'àme candide de Silvio Pellico, plus on cherche à se rendre compte des ressources de son génie poétique, moins on y découvre le don de mettre en reUef ces passions vigoureuses sans les-
quelles le drame n'est pas. Quirina Maggiotti, Tamie de Foscok), avait eu raison de lui offrir^ comme au plus digne^ là montre d'Alfleri ; mais elle n'avait pu lai communiquer le génie tragique du maître. Nul^ d'ailleurs^ né sentait mieux que Silvio ce qui manquait à Alfieri lui-même, ce qu'il y avait d'artificiel et de tendu dans cette tragédie au pas de charge. — «Quand j'entends une musique militaire, disait-il en souriant, et particulièrement le bruit du tambour, je me rappelle toujours les tragédies d'Alfleri : elles me font le même effet. » Les personnages de Silvio n'ont rien de cette roideur de soldats en parade, qu'il reproche si sptritnellement et avec tant de vérité à son prédécesseur; mais ont-ils cette trempe énergique qui remplace chez Alfleri bien des qualités absentes? Silvio avait surtout les qualités du style; mais ce rare mé- Tfle ne servait guère chez lui qu'à dissimuler la mollesse de la composition et l'effacement des caractères. Ajoutons, d'ailleurs, qu'après avoir été lui-même, sUr la place de Venise, le héros d'une véritable tragédie, il devait trouver désormais bien pâle toute conception imaginaire de l'esprit, et je croirais volontiers que , s'il continua d'écrire des compositions dramatiques, ce fut un peu par habitude. Sa pensée, accoutumée à se produire sous cette forme, ne s'apercevait pas d'aliord que, tout en gardant Texpression poétique, elle ne créait plus. Il le comprit enfin, et en arriva même à écrire ces proies empreintes de quelque tristesse : — 0 La manie de faire des tragédies était pardonnable ({uand j'étais jeune; je ne Tai plus. »
D'où venait cependant à Silvio Pellico tant de séré-
nité dans la disgrficc littéraire? Un mot de hii jette une grande lumière sur l'état de son âme à cette époque: «Que mon nom soit ou non célèbre, écrivait-il dans une lettre qui n'a pas été recueillie, qu'importe? Toutes les louanges qu'on me donne empéchent-elles qu'une infinité d'hommes obscurs ne soient meilleurs que moi ? » Devenir meilleur, telle était désormais sa grande affaire. Voilà pourquoi, s'écartant de plus en plus de la voie commune, il continuait son œu\Te sur lui-même et cherchait à faire de son àme le plus ac* compli ds ses ouvrages.
Hais, pour pouvoir se livrer sans trop de distraction à ce travail intérieur, il lui faUait un asile qui ne fut pas un couvent, et où, sans renoncer à jouir du commerce de sa chère famille , il se vit à l'abri des soucis de la vie matérielle, une de ces saintes retraites qui tiennent de la vie monastique par la prière^ mais qui se ratlachent encore au monde par les œuvres extérieures de la charité. Cet asile lui fut noblement offert au palais Barolo. On éprouve un légitime orgueil à se dire que la bienfaitrice de Silvio Pellico, celle à qui il dut le re|K)s et la consolation de ses derniers jours^ était une Française, une Colbert, qui, en épousant le marquis de Barolo, se crut doublement obligée, et par le beau nom qu'elle quittait, et par celui qu'elle avait pris. Chrétienne sincère et d'une active charité, et approuvée, soutenue par un mari dont la vertu était à la hauteur de la sienne, la marquisi; de Barolo n'eut |ias de re|K)s qu'elle n'eût doté sa patrie adoptive de ces écoles gratuites tenues par des sœurs, dont elle avait admiré en France les salutaires effets. Ellle fonda
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donc des écoles d'abord, puis des salles d'asile, enfin des infirmeries. Elle avait besoin, pour l'assister dans ses travaux, de quelqu'un dont la vocation eût toutes les délicatesses de la sienne et qui lui servit d'intermédiaire, notamment auprès des évéques, dont le droit etle devoir étaient de surveiller ces pieuses fondations. Elle cherchait une âme patiente et douce , un esprit qui sût parler tour à tour la langue des petits enfants et celle des princes de l'Eglise ; une plume exercée et toujours prête : qui, mieux que Pellico , pouvait être appelé à remplir les multiples fonctions de ce sacer^ doce de la charité ? En 18i5, il avait enseigné dans le collège des Orphelins militaires, à Milan ; plus tard, on le sait , il avait été chargé d'élever les enfants du comte Briche, et ensuite ceux du comte Porro ; et il ne laisse échapper aucune occasion de dire tout le charme qu'il trouvait à s'occuper de l'enfance. D'un autre côté, l'ardeur de sa foi et la modération éclairée de ses opinions le rendaient éminemment propre à la partie, que j'appellerais diplomatique, de ses attributions. On a dit quelque part que Gioberti , en devenant premier ministre, avait eu la pensée (mais le temps lui manqua pour la réaliser), de créer en faveur* de Silvio Pellico un ministère de la bienfaisance publique. Sans que ces grands mots lui fussent venus à la pensée, la marquise de Barolo eut l'instinct de cette aptitude de Silvio, et en fit sans bruit le ministre de la bienfaisance privée. Du reste, loin de s'enorgueillir de cette noble confiance^ Silvio Pellico, tout en grandissant le bienfait, n'est occupé dans sa correspondance qu'à se faire lui-même petit et à diminuer l'idée
qu'on pouvait prendre de son crédit. Il dit quelque part avec une humilité charmante : « Je suis simplement un hdte que madame la marquise a la bonté de souffrir. » C'était bien mieux que cela.
Les loisirs que lui laissaient encore , dans les premières années, ses occupations journalières et le soin d'une santé chaque jour plus exigeante, il les employa à mettre en ordre et à multiplier ses poésies lyriques. En 1837, il les publia en deux volumes, qu'on pourrait appeler le testament de son génie et les confessions de son âme. Le premier contient un certain nombre de Cantiche, récits poétiques d'une forme nouvelle, plus étendue que la ballade, moins familière que la légende, dont il a doté la littérature italienne, et queGioberti (|ualilie « d'unique et d'incomparable, b
Ces charmants petits poënies, pleins d'un doux intérêt, étaient comme une dernière et humble transformation sous laquelle s<^ déguisait encore chez Silvio le goût persistant de la poésie dramatique. 11 y épanchait avec amour ce romanesque du cœur que tout poiUe apporte avec lui eu naissant, et qu'il avait pris longtemps pour l'instinct de la vocation tragique. * Le second volume de Poéaies inédites, car tel est le titre du recueil , était tout lyrique. J'ai essayé autrefois d'y retrouver toute la biographie du poète' ; cette analyse tiendrait ici trop de place, et je demande la fiermission d'y renvoyer le lecteur : mais plutôt qu'il relise le recueil lui-même.
On sera touché de cet hymne d'amour qui s'élève
1 Revue françai$e du 4 5 janvier 4 838.
rers Dieu de chaque page^ du souvenir de chaque événenieiit de la vie> et de celui de tous les êtres que SilTîo a aiméSé Après les joies et les douleurs de la famille^ on y verra passer^ dans un lointain lumineux^ deux personnages illustres qui furent les initiateurs de sa première jeunesse, Foscolo et Volta ; on y verra refleurir cette jeunesse eUe-même^ avec toutesses aspirations généreuses : Dieu, Tamour et la liberté ! Plus tard viendront, avec les jours d'épreuves, les sombres rêves de la prison. Faites-y descendre bien vite, mon Dieu, ce rayon d'en haut qui perce les plus froides murailles, les murailles les plus épaisses, et qu'à sa tueur s'y dessinent encore ces pâles figures qui, dans tes Mimaires, ont fait couler de si douces larmes ! La Vie actuelle tient aussi sa place dans ce livre : comment n'y Irouverait-on pas quelques-uns de ces tableaux attendrissants dont la charité delà marquise deBarolo rendait chaque jour son ami témoin? La Salle d'asile, entre autres lui a inspiré une élégie des plus suaves , et dans le morceau qui a pour litre : Une FemmCy qui ne reconnaîtrait celle en qui Turin saluait alors la Providence de tant d'orphelins?
Cependant on eût dit que Dieu n'avait donné à Silvio Pellico une famille nouvelle que pour lui rendre moins accablante la douleur de se voir enlevés l'un après Tautre les membres de cette première famille, au sein de laquelle il vivait toujours par le cœur. Ce fut sa mère que Dieu reprit d'abord à son amour ; celte sainte femme mourut le 12 avril 4837, bénissant bleu (pii, après avoir ramené Tabsent dans ses bras, lui avait accordé près de sept années pour s'accoutu-
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mer à l'idée de le perdre encore. Si le coup fut rude pour tous^ combien plus |K)ur Silvio^ qui avait eu en sa mère , depuis son retour , un guide et un oracle ! Mais lui seul pourra trouver des paroles pour dé|)lorer une telle perte.
Au mois de mai de Tannée suivante^ la famille était de nouveau agenouillée autour d'un lit de mort. La fin dHonorato Pellico fut douce comme l'avait été celle de la compagne de toute sa vie. Pour comprendre le vide qui se fit dans Tàme de Silvio y il faut relire une lettre où il peint au comte Confalonieri l'agonie do vieillard. Rap{)clons également ce passage de la dédicace de Leoniero da Derlof^a :
« Je garde ineffaçables dans ma mémoire les jours où, vous, ô mon père, vous initiiez vos fils à l'étude, et, leur apprenant à écrire en vei-s, vous les avertissiez qu'il ne fallait pas cultiver son esprit iK)ur en devenir vain, mais par amour du l>eau intellectuel et pour l'accord (|ui existe entre le beau et la vertu. » — u Ils m'ont appris , disait-il encore après celte double perte, d'abord à vivre, puis à mourir. »
« Etant allé le visiter, écrit un de ses amis, quelques jours après la mort de son |>ère, je le trouvai seul comme toiy ours, assis à un bureau, pale, plus concentré que de coutume, et le front pencbé sur sa Bible. •
Telle sera désonnais l'attitude ordinaire de Silvio Pellico. La famille, accourue |>our faire face au malheur commun, se dispersa alors |>our toujours. J'ignore si François Pellico, qui déjà, je crois, était à Lyon, qu'il habite aujourd'hui, a\ait pu abandonner son poste. La mère Joséphine reprit le chemin de son cou-
vent^ et ce fut sans doute peu de temps après que Luigi se retira dans son voisinage^ à Cbieri^ où la famille possédait une laiterie. Ce dernier^ chaque jour plus triste, était afflige d'une surdité précoce qui ajoutait à sa mélancolie. Le 18 février 1841^ il fut frappé d'une attaque d'apoplexie qui Tenleva le surlendemain. Silvio^ averti sur-le-champ^ eut du mioins la consolation de le trouver encore vivant. Luigi mourut en saint^ comme son père et sa mère : on ne sait pas mourir autrement dans cette famille. Après ce nouveau coup frappé si près de lui , Silvio écrivait avec une adorable expression d'amour fraternel : a Mes jours se sont obscurcis. x>
L'état de sa santé empirait d'année en année : chacune de ces épreuves avait emporté quelque chose de sa vie ; depuis la dernière^ les crises étaient devenues plus fréquentes^ plus longues^ plus douloureuses. C'étaient de continuelles suffocations aggravées par une toux opiniâtre^ par de fortes douleurs de poitrine, qui souvent le retenaient des mois entiers au lit ou dans sa chambre^ et le rendaient incapable de toute occupation suivie; la lecture même lui devenait alors difficile. De chacune de ces crises, Silvio Pellico se relevait plus faible, mais plus résigné ; et ce que j'admire ici, comme dans tout le cours de sa vie, ce n'est pas que le malheur et la souffrance l'aient ramené au christianisme, c'est que chez lui le christianisme ait triomphé de cette double et redoutable épreuve.
Non, ne croyez pas que Silvio Pellico soit entré, libre penseur , et patriote fougueux au Spielberg , pour en sortir croyant et apaisé : le monde se plait à ces grands
coups de théâtre. Il était réservé a SilVio Pellico de lui donner le spectacle d'un héroïsme moins bruyant, mais plus rare. Doué d'une âme naturellement religieuse et modérée, l'adversité ne fit que réveiller en lui des instincts comprimés plutôt qu'étouffés par l'entrainement de la jeunesse et des illusions de la politique. Suivons-le à Milan, dans les années mêmes qui précèdent la catastrophe : nous le verrons sans cesse préoccu|)é de ces grands problèmes religieux qui intéressent la destinée humaine. Ses poésies nous le montrent, à cette époque, montant le soir avec Foscolo Tescalier du Dôme, s'avançanl avec respect sous ces voûtes solennelles, et là, par ses paroles et par son exemple, jetant un tel trouble dans l'âme du sceptique qu'il s'en revenait tout pensif.
Ses vers nous le montreront encore demandant au grand Yolta comment on échappe au doute, et recueillant tout ému de sa bouche des aveux qui étaient autant de précieuses leçons. N'est-ce pas à lui enfin que j'entends Byron faire cette singulière confidence, que, un jour ou l'autre, il ira au Vatican se jeter aux pieds du pape?
Plustard,quand il est arrêté, quel est le livre qu'avec le Dante il emporte à Sainte-Marguerite? une Bible, sa Bible. A Venise, il laissait bien la poussière s'accumuler parfois sur cette chère Bible ; mais avec quelle pieuse honte il enlevait ensuite cette poussière qui l'accusait !
A Venise encore, non content de prier, il catéchise les autres. Souvenons-nous de Julien, cet incrédule des Plombs, qu'il s'obstine à vouloir convertir malgré
lui, et auquel iladresse, dans une série de lettres furtives, une apologie en forme des doctrines de TEvangile. L'aventure, hélas! tourna à la confusion du pauvre missionnaire, mais qu'importe ? S'il ne convertit pas Julien, Julien réussit-il mieux à le faire dévier de ses principes?
Non, disons-le bien haut : ce n'était pas un incrédule que l'Autriche garda dix ans dans ses prisons. Elle aurait tort de se faire honneur d'une conversion qui ne fut pas son ouvrage; il faut s'étonner, au contraire, que, l'ayant reçu chrétien, elle ne l'ait pas renvoyé incrédule ; et là est, selon moi, la vraie grandeur de Silvio. Tenté dans la captivité par toutes les misères à la fois, si son corps en resta à jamais brisé , l'âme, du moins, sortit victorieuse de la lutte.
On l'a déjà vu, on le verra mieux encore par sa correspondance. C'est le moment de dire un mot de quelques-uns de ceux à qui ces lettres sont adressées.
Le premier en date est Foscolo. Ugo Foscolo, àrne fougueuse, poëte énergique, n'est guère connu, en France, que par son roman desDernières lettres de Jacopo OrtiSy imitation originale de Goethe. Lorenzo est un autre Werther, mais un Werther italien, dont la Charlotte est moins une réalité vivante qu'une personnification de la patrie. Le poëme des Tombeaux , CBUvre supérieure de Foscolo, avait ramené Silvio de Lyon, où il vivait auprès d'un parent de sa mère, et, en le rendant à son pays, l'avait donné à la poésie. Présenté à l'auteur par son frère Luigi, il était, en peu de jours, devenu un de ses amis les plus chers, un de ses disciples les plus fervents. Silvio ne cherchait pas
à se soustraire au joug iin|>érieux du maître ; inais^ à rinsu de Tun et de Tautre^ son àme tendre prenait un secret empire sur Tàpre génie de Foscolo. Il réussissait parfois à le contenir^ et l'amenait^ par une appréciation plus élevée des dogmes de la religion^ au respect de ceux qui en pratiquaient les devoirs. Manzoni^ tout jeune alonj, et récemment conquis au christianisme^ dont il n'a plus déserté la cause^ était de ceux dont le seul aspect retenait dans les bornes cet impétueux Foscolo. Il y avait dans ce petit-fils de Beccaria, dans ce débutant à peine connu ^ mais qui devait un jour effacer Foscolo comme poëte dramatique, comme lyrique et comme romancier, je ne sais (juoi qui le maîtrisait en le charmant à demi. «Taisez-vous, disait-il à ses amis, quand ils essayaient de railler le grave jeune homme ; Manxoni ne pense pas comme nous, mais il fera mieux que nous. » El Foscolo, retrouvant dans Siivio comme un autre Manxoni , moins rigide et plus attrayant, (îtcpii acceptait avec orgueil un ascendant dont l'autre n'avait pas l'air de s'apercevoir, aimait à la fois Siivio comme un disciple et comme un jeune frère. Ce qui a pu être recueilli des lettres de Pellico à Foscolo se rattache à ({uehpies-unes des dernières années de la vie du second, de ISir) à 1818. Siivio n'autorisa h publication de ces lettres, après une longue résistance, (fu'à la condition d'y pratiquer certaines coupures, qui, hàtons-nous de le dire, leur laissent leur vrai caractère. C'est bien toujoui^, en elfet, cette naïveté de la jeunesse, qui, ne voyant dans ce monde rien de plus digne de son culte (|ue le génie, en ailon* jusqu'aux défauts; et, toujours facile aux belles illu-
sioiis, éprouve le besoin de trouver un idéal qui les lui fasse admirer vivantes. Foscolo avait été pour Silvio ce premier idéal. Rien, au surplus , ne démontre mieux la pureté d'àme de Silvio, la noblesse iustinctive de ses sentiments, la modération relative de ses opinions, que le peu qu'il a eu à retrancher, en 1853, dans ces lettres écrites de 1815 à 1818.
Revenu, envers Foscolo, à des jugements moins passionnés sous tous les rapports , il a apprécié en lui le poète avec discernement: « Foscolo, disait-il, est plus original que Monti, plus puissant, plus philoso- . phe. Il eût été meilleur poète, s'il eût continué à écrire dans la manière de ses Tombeaux. Mais il resta trop strictement fidèle aux formes classiques, ce qui autorisait Byron à dire qu'il ressemblait plutôt à un Grec ancien qu'à un Italien moderne. »
On sera touché autre part du soin qu'il prend de faire disparaître toutes les plaisanteries qu'il s'était autrefois permises contre le vieux Monti, grand poète, mais âme timide et patriote prudent. Lorsqu'il rendait cette tardive justice à l'auteur d'Arislodème, ne faisait-il pas un retour sur lui-même? il marque avec impariiaUté et finesse le caractère de ce talent. — 0 Monti, dit-il, possédait à un degré émiuent la beauté artistique ; mais je n'aurais jamais cru possible qu'il sortît de là, à si peu de distance , quelque chose de pareil aux hymnes de Mauzoni. i>
a — Monti , disait-il encore , est moins adulateur qu'il ne le parait ; dans l'instant où il écrivait, il écrivait avec conscience ; mais, dominé par son impression du moment, il lâchait bride à son enthousiasme,
de telle sorte qu'il lui arrivait (|uel([uefois de louer ce qu'il venait à peine de blâmer. Il donnait pour excuse que Canova aussi sculptait des statues pour tous ceux qui lui en demandaient. Mais il y a une grande différence entre le sculpteur et le |)oëte : le premier agit sur la matière en se conformant aux règles établies et invariables de Tart; le second^ peignant rhomme intérieur y sera accusé de mensonge s'il accorde au vice les louanges qui ne sont dues qu'à la vertu. »
On sait que la cause de Napoléon mit aux prises Byron et Monti^ comme elle y mettait l'Europe entière, et Byron allait lancer contre son adversaire une amère satire, quand Sihio intervenant, réussit à désarmer l'irascible auteur des Bardes écossais, en lui racontant certaines anecdotes qui honoraient le cœur de Monti.
Le nom dti Manzoni revient souvent sous la plume de Silvio Pellico, et on aura droit de s étonner de ne voir dans ce recueil aucune lettre à l'adresse de ce premier des |)oëles de l'Italie.
Silvio fut, dans sa jeunesse, lami dciManzoni, ne lui aurait-il jamais écrit? peut-être Manzoni, (|ui depuis tant d'années est toml)é dans le silence de Racine après Phèdre, et (|ui en est arrivé à se délier du bruit de sa gloire comme d'une source de dangereuses tentitions, aura-t-il craint le retentissement de son nom dans cette corres|K)ndance.
Rappelons du moinsceque Silvio disait de Manzoni : 0 Manzoni est le plus grand lionmie de notre âge. Les autres nations |K)Ssèdent de brillants génies dont
elles ont le droit d'être fières; mais Alexandre Manzoni est supérieur à tous par réiévation morale. Il est très-grand dans la peinture des personnages vertueux. » Remarque profonde^ et qui donne raison une fois de plus à la célèbre maxime de Vauvenargues.
Mais si nous n'avons ici aucune lettre de Silvio à Manzoni ^ il en est deux adressées à son ami de cœur^ à Tabbé Rosmini^ Téminent philosophe.
Un jour que je visitais la villa Serbelloni^ sur le lac de Come, c'était au mois d'août 1854^ et que j'admirais de loin^ dans son nid de verdure y le village de Lecco, un des rameurs de la barque qui nous avait amenés^ bien digne assurément de chanter sur une gondole à Venise les octaves de la Jérusalem^ s'adressant à l'un de ses compagnons^ assez haut pour que je pusse l'entendre^ et comme pour répondre à ma |iensée : — a Lecco, dit-il, la patrie de Lucia, l'héroïne des Fiancés I » Le soir , en sillonnant le lac , nous effleurions la berge où est assise la petite ville de Slrezza. Ce soir-là même, en ce lieu, Manzoni tenait expirant dans ses bras l'abbé Uosmini^ cet illustre corres|>ondant de Silvio Pcllico.
Si l'on est surpris de ne trouver dans ce recueil aucune lettre adressée à Manzoni, on s'expliquera plus aisément qu'il ne s'en rencontre pas non plus à radresse de Maroncelli.
J'ai connu, j'ai aimé Maroncelli : en 1831, il arriva a Paris où le succès du livre de Silvio Pellico ne larda j>as a le tirer de la foule des réfugiés italiens, à cette époque si nombreux en France. La renommée des niallieurs de Maroncelli, le titre d'ami de Pellico, for-
Triaient autour de lui comme une auréole de martyr, que remplaçait bientôt le sentiment d'une pitié profonde, quand on voyait cet homme, encore jeune, privé de cette jambe qu'il avait laissc^e au Spieltierg:, se traîner sur ses pauvres béquilles.
Maroncelli reçut alors quelques lettres de Silvio Pellico, et je crois lui en avoir remis une moi-même. Après quelques mois d'une vie précaire, il épousa une jeune Allemande, artiste comme lui (on se rappellera qu'il était musicien), flgure douce et louchante que je vois encore. Avec cette verve de seconde jeunesse que donne un mariage d'amour, et et* besoin d'espérer que rien ne décourage dans les heureuses organisations du Midi, il quitta là France pour aller demander au nouveau monde le bonheur que lui avait refusé l'ancien. L'inaltérable amitié de Silvio le suivit, je le sais, dans ce lointain exil, et, sans doute, plus d'une lettre prit la même route. Mais où sont aujourd'hui ces lettres? à qui les demander? « Mon àme, écrivait Silvio en 1846, est depuis quchpie temps en proie à une grande tristesse, à cause de la mort de quelques iiersonnes excellentes. Oh! terre de misère! et l'infortuné Maroncelli lui aussi est mort, et c'a a été un bonheur pour lui que de mourir! Il était d'aliord devenu aveugle, puis il avait perdu la raison. Sorti de prison un l'' août, marié un 1" août, c'est aussi un l**»- août qu'il s'est éteint. Je voudrais tenir mon âme haute et forte, mais souvent je me sens abattu, et ma santé s'en te»sent. »
Cependant ces tristesses avaient de meilleurs lendemains. Si Plero .Maroncelli mourait misérablement à
New-York, quelques autres avaient retrouvé un peu de bonheur avec la liberté : — Borsieri, un écrivain distingué, un des amis de la jeunesse de Silvio, le premier dont il s'était souvenu en arrivant en Italie, rendu lui-même à ses sœurs^ avait obtenu de retourner près d'elles à Milan. — Le comte Confalonieri, après avoir quitté le Spielberg, après avoir, lui aussi, essayé de recommencer la vie en Amérique, s'était montré un moment à Paris, qu'il juge un peu sévèrement, à en croire les réponses de Silvio, pour un homme qui devait un jour accepter l'amnistie de TAutriche. En quoi je ne le blâme pas, tout en regrettant de ne pas le trouver plus indulgent pour la France. Confalonieri, en i820, à Tépoque des premiers procès, n'était déjà plus un jeime homme. Sa naissance, sa fortqne, ses grandes manières, le rôle qu'il avait joué en 1815, en faisaient un personnage, et Silvio était à peine alors aperçu de lui. Au Spielberg, il devint son ami et plus tard même son obligé.
Elnân le comte Porro avait vu, à son tour, la fin de son long exil, et il vivait à Milan, au milieu de ses enfants.
Borsieri, Confalonieri, Porro, tout ce que ces nobles cœurs ont eu à souffrir durant des années, revit dans les nombreuses lettres de Pellico. — « D'autres afflictions me déchirent, écrivait-il, les malheurs de mes amis et de mes compagnons de chaînes. J'envierais presque ceux qui sentent peu; mais non, je ne les envie pas, ils aiment peu ! mieux vaut remercier Dieu de nous avoir donné un cœur d'une trempe aimante et sensible. »
On le voit, en effet, vivant de la vie de tous ceux qu'il aime, les suivant partout de la pensée, du cœur, presque du regard; les uns, encore ensevelis dans les cachots, les autres devenus libres, mais loin de Tllalie, tous appelant de leurs vœux la cbcrc patrie. Oomme son cœur bat à l'unisson de leurs espérances tant de fois abusées ! quelle joie lorsqu'une de ces espérances commence à se réaliser! quelle détresse profonde s*il faut ensuite y renoncer! Quels vœux ardents pour que Turin se trouve sur le chemin de ceux qui reviennent! Qui le consolera de ne [louvoir toujours se traîner audevant de ceux à qui il n'est pas permis de s'arrêter? Quel épanouissement dans son âme lorsqu'il a pu, au passage, serrer l'un d'eux dans Si>s bras! Avec quel bonheur, mêlé d'une défiance timide, il revoit le fils aine du comte Porro ! Quelle peur, au premier abord, de ne pas retrouver dans l'homme la confiante tendresse de l'enfant ! Comme il éprouve le l)esoin de détruire jusqu'au dernier vestige des nnpressions qu'on aura pu lui donner contre son ancien maître! Avec quelle abdication d'une dignité trop flère, avec quel abandon d'un cœur qui veut toute l'estime de ceux qu'il aime, il confesse toutes ses pensées au cher et redoutable juge!
Après les anciens amis retrouvés, après ceux que l'exil et la prison lui rendent un à un, arrivent les amis nouveaux, les amis plus jeunes, ceux qu'il doit à la sympathie pour ses malheurs et aux nouvelles relations (ju amène le cours des années.
César Cantù, l'historien et le |>oëte. Silvio ne lui a écrit que bien peu de lettres. Mais ce beau nom est une
parure pour ce recueil, et je n'ai garde de l'oublier ici.
Giorgio Briano, un poëte aussi, qui, dès le lendemain de la mort de Pellico, publiait sur Tanii, sur le guide qu'il venait de perdre une brochure touchante où j'ai puisé une foule d'utiles renseignements.
Pietro Giuria, un poëte encore et un autre disciple, qui, lui aussi, a donné sur Silvio un petit volume plein de sûrs et précieux détails.
Harchese, un Piémontais distingué, a peu connu Silvio personnellement; mais il l'a entrevu, mais il l'a entendu, et, à l'aide de ses impressions et des récits de ses amis, il a écrit, et dans un français excellent, une étude si intéressante et si complète, qu'il doit trouver ici sa place à côté de Briano et de Giuria.
Silvio était prodigue de ses conseils aux jeunes écrivains qui entraient dans la carrière. Après avoir renoncé pour son compte à la gloire des lettres, il ne laisse percer aucune indifférence pour le progrès de ceux qui poursuivent le but au-dessus duquel il a désormais placé sa pensée. Plein d'une indulgence qu'on pourrait croire quelquefois excessive, lors même qu'il admire le plus, il avertit encore. On voit qu'il n'a pas eu le temps d'oublier, et ses observations ont tout l'àpropos du plus délicat enseignement. On sent qu'en cessant d'être i)oëte pour tout le monde, il n'a pas fermé son âme au commerce intérieur d'une poésie plus haute que celle qui s'écrit. Je croirais tout au phis qu'il l'ajourne à une autre vie. Avait-il même cessé tout à fait d'écrire? Non, car c'était lui qui disait : a Personne n'est plus que moi désabusé de la gloire littéraire, et cependant j'écris : la poésie est un avant-
goût du paradis; quand nous serons dans le ciel^ quand nous serons poètes par excellence^ nous pourrons nous enivrer pleinement de la contemplation du beau. Mais il faut préparer Tàme et relever pour ce divin sentiment; et^ pour cela, nous élever nous-mêmes au-despsus des calamités de la vie. »
Ses opinions littéraires ténioif^nent quelquefois, par leur singularité même, de la liante idée qu'il se faisait de la poésie. Arioste, que de graves critiques n'ont pas hésité à mettre au-dessus du Tasse, n'était guère mieux pour lui qu'un bouffon de cour. « Un grand génie dans une âme vulgaire. Après avoir profondément ému par le tableau de la vertu, il ne se fait pas scrupule de peindre le vice et de s'y complaire; et de là naissent ces contrastes, cette variété dont quelques-uns de ses admirateurs font honneur au génie, sans prendre garde combien il est aisé de créer des monstres, en s'abandonnant à tous les caprices de l'imagination. • Et il lui préférait le Tasse, dont la muse n'abandomie jamais les régions su()érieures.
Mais où le pieux iK)ëte sentit encore une fois Taiguillon de la gloire, ce fut un jour qu'il eut à remercier la Marchionni pour être allé donner à Saluées une représentation de la Gismonda. Avec quelle effusion il lui rend grâces d'avoir bien voulu réciter ses vers aux échos de sa ville natale, de sa chère Saluées. Comme il regrette que sa santé ne lui ait pas permis d'être de la fête, et comme on sent qu'il s'est écrié avec le Romain : Sine me liber ibis in urbemf
Deux mois plus tard, cette même Marchionni, la poétique amie d(^ son enfance, et qui avait, comme
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lui^ débuté dans la rénommée par la Françoise de Rimini, lui demande un ancien manuscrit de cette tragédie^ leur création commune; Silvio le cherche Tainement parmi sesTieux papiers; mais ce qu'il y trouve en échange^ c'est une bouffée de souyenirs, et sur ce thème charmant se répandent dans toute leur fraîcheur les grâces de Tamitié première. Puis^ comme il faut que chez lui le chrétien reparaisse bientôt et partout^ il finit par se recommander aux prières de la bonne comédienne. Naïveté si Ton veut 9 mais qui émeut en même temps qu'elle fait sourire.
Silvio Pellico n'a jamais été mariée et à part même les circonstances qui eussent suffi pour le détourner d'associer une femme à sa précaire destinée^ je le soupçonne d'avoir eu peur du mariage en lui-même^ peut-être même à cause de l'idée sublime qu'il en avait. La vie toute faite du cloître allait mieux a sa timide nature; à Dieu ne plaise qu'on ne tire de cette préférence pour le célibat aucune induction contre une âme si ouverte à tous les sentiments tendres. Mais c'est un trait qui achève de le faire connaître^ et on a dû le marquer en passant.
a N'avez-vous jamais été amoureux? lui demandait, un jour, un de ses jeunes amis?— Eh ! qui ne l'a jamais été? répartit Silvio, mais sans sourire, et avec un accent solennel. L'amour est un instinct qui nous entraîne vers le beau. C'est ainsi que nous aimons la femme, et souvent nous lui attribuons des ([ualités qu'elle n'a pas. Mais il en est qui nous rendent la vertu plus facile, et si j'ai fait quelque chose de bien, si je
n'ai^ dans ma vie, commis aucune bassesse, c'est à la femme surtout que je le dois. »
L'amour tient fort peu de place dans les Poésies inédites publiées en 1837. Deux fois seulement l'auteur aborde ce sujet délicat, et toujours pour rendre grâces a celles qu'il aima de Tavoir préservé de passions moins nobles. Laissons sur ces rêves des jeunes années le voile que la poésie n'en écarte que d'une main si discrète, et tenons-nous-en à cette belle parole : « Que ne te dois-je pas, ô mon Dieu, pour avoir permis que dans l'égarement de mes idolâtries, jamais mon cœur ne descendit à de profanes beautés! »
De ces romanesques épisodes de ^jeunesse il n'avait gardé dans l'âge mûr que le chaste l)esoin de s'abriter sous la douce protection de quelffue sainte fenune. Ayant dans le cœur, comme dans le talent, je ne sais quoi de plus doux que l'homme, et j'entends par là louer son talent et son rœur, il devait comme notre La Fontaine, à qui, d'ailleurs, je ne le compare en rien, achever sa vie chez Mn>« de la Sal)lière.
Mais où se reflète, comme dans le cours d'une eau limpide, la vie paisible qu'il menait au palais Barolo, c'est dans s<>s lettres au chanoine Ighina. Ce personnage ne nous est connu que par ces lettres. Elles le peignent comme un homme aimable, un docte pro* fesseur, un digne prêtre, avec une |M)inte de malice.
l'ne autre série, non moins riche, de ces lettres, fera connaître et fera aimer, [mro (|u*elle aima Silvio, la comtesse Masino, amie dévouée , femme sufiéricure, et, dans le monde, une véritable artiste. Est-ce à dire que Silvioeut le goût des précieuses et recherchât les
femmes savaotest Certaines lettres à des femmes poêles pooiraient égarer sur ce point; mais sa véritable opinioD à cet égard est dans les lignes qu'on va fire. Cesl moins un jugement littéraire que l'exprèssîoD d'une commisération éclairée : a La poésie est un avt si noble! Cultivé par une femme^ il me semble phM diTîn encore, pourm qu'il s'élèye à une certaine hanteor et prenne ses inspirations dans im sentiment sinfière. Tout ai aAnfrantune femme qui fait des rers, je la |dains cependant, parce quie^ d'ordinaire, elle se
îroawe en désaccord avec une grande partie de là sodélé et se Toit exposée à de cruels déplaisirs, tantôt parce qoe son mérite littéraire est médiocre et tantôt par le raotir contraire; je crois que si j'avais une fille, je ne T^ioouragerais pas à se faire auteur. »
Mais on a tant parlé jusqu'ici de l'angèlique douceur de SilTio PeUico qu'on se demande si elle ne dégénérait pas quelquefois en faiblesse. Cest le moment de faire voir ce que cette douceur cachait au besoin d'énergie. Pour tenir tête à des adversaires qui nous méconnaissent ou qui même nous insultent, il ne faut qu'un courage assez commun; il en faut un plus rare pour résister à ceux qui nous aiment et qui nous louent, pour les désavouer même^ s'ils font de leurs éloges une arme à deux tranchants, pour frapper à côté de nous, du même bras qui nous protège, la justice et rhonneur d'autrui ; et ce courage, Silvio Teut contre ses amis.
Silvio PeUico était sorti du Spielberg plein de tolérance envers ses contradicteurs de tout genre, mais d'autant plus ferme dans ses opinions également éloi-