AU CHEVALIER CARLO MARENCO
Monsieur et très-estimable avocat.
Après avoir passé des années sans voir aucune œuvre littéraire, un des premiers livres que j'ai lu a été le Buondelmonte, qui m'a fait grand plaisir. Cette tragédie, riche de beautés, prouvait que l'auteur était
* Cark) Marenco, né à Cassolo (Lomellina) le l*' mars 4800, ebcnraKer de Tordre civil de Savoie. Néanmoins il a UMJovrt regardé comme sa patrie Ceva, où il avait pris droit de bourgeoisie, doù il tirait son origine et où il avait été élevé. De 4828 à 4842, il a composé seize tragédies dont huit représentées, douae imprimées et quatre inédites. Il est mort à Savone le 26 septembre 4847. Il 5 a maintenant soas presse un volume qui eoaliendra ses tragédies inédites qui sont : Arneildo da Breâda, Cecilia di Baone, Coftadino di Svema^ et i7 Levita étEfraXtn,
(Soit de rÉdUewr.)
capable de composer de grands poèmes historiques, et je désirai vivement le voir poursuivre la carrière commencée. Je lus alçrs tenté d^écrire pour lui exprimer ce désir. J'y renonçai parce que mes malheur^ avalent faft de inbî une espèce de lépreux pour qui c'était un devoir de ne s^approcher de personne. Je lus bientôt le Corso Doriati et mon estime ppur vous s'en stfermit et s'en accrut. Au plaisir que me donnaient les (ihxluctions de votre esprit venait se joindre celui d^enténdre plusieurs de vos amis^ et^ en particulier^ le chevalier Provana^ faire Téloge des qualités de vôtre âme.
J*avais à peine lu et admiré, pour toutes les beautés qu'il contient, votre Levila (PEfratm, que quelqu'un, qui avait lu cet ouvrage en manuscrit, me parla avec grandes louanges de VEzzelino terzo.
J'attendais avec impatience la publication de cette nouvelle tragédie; et maintenant que je Tai viie, je trouve que celui qui me Va si fort vantée avait trèsjustement apprécié sa valeur.
Je vous remercie donc très-vivement et d'avoir bien voulu m'en offrir un exemplaire (que j'allai aussitôt prendre moi-même chez Poniba), et des choses affectueuses que vous avez la bonté de me dire. Je ne suis pas un grand critique, mais un homme qui sent. Votre Ezzelino m'a plu d'un l)Out à l'autre, et je ne saurais qu'y reprendre, tant il me semble (|ue vous avez su \aîncre toutes les diflicultés que présentait le sujet et donner une véritable vie à vos pei*sonnages. Ce genre de tragédie est ardu, mais vous savez vous en rendre maître.
— Mo —
Je ne suis mécontent que d'une cliose cfui n'y ei$t pas dans VEzzelino, — laquelle? J'aurais désiré qu'il vous eut été possible d'y intercaler un beau Irait de la TÎe d'un saint : — le courageux Antoine de Padoue lança au tyran ^ sur sa cruauté^ de foudroyants reproches^ et le tyran n'osa l'en punir; tant était yénérable^ ménie à ses yeux, la Tertu de ce merveilleux homme. Il en fbt même attéré> et laissa voir ce jour-là qu'il croyait en Dieit. Peutêtre éprouva-t-il sincèrement un fugitif désir de ciian-* ger de vie.-
La puissance évangélique d'Antoine et ces velléités de repentir dans l'âme d'un impie auraient donné lieu à quelque belle scène de plus^ suilout si le saint avait tenu une certaine place dans la oontexture du drame.
Souverainement touché de votre gracieuse attention, et plein d'estime pour vous, j'ai l'honneur 'de me dire, etc.
A M. LE COMTE DE SÉGUINS-VASSIEUX,
▲ VLORENCE.
Turin, 4 septembre 1S33.
♦ Monsieur le comte.
Les portraits sont arrivés; tout le moude y trouve la plus grande ressemblance avec l'original. Je vous remercie. Monsieur, des copies que vous avez eu la bonté de me faire remettre; la gravure a aussi par-
faitement réussi ^; il n'y a en tout cela de mal que la petitesse de mon^mérite et le trop d'honneur qne^ par coiiséqiient> vous m'avez fait. Je devrais en être bonteux, mais j'avoue que cette fois-ci la vanité triomphe un peu de moi ; je m'es^time heureux que votre ju^emeal soit si indulgent à mon égard, puisqu'il m'en résuUe tan( de gloire. Au reste, cette indulgence me prouve que j'ai eu le bonheur de vous inspirer de l'attachement, et je suis encore plus glorieux de celui-ci (que je mérite réellement parce que je vous aime bien), que du charmant portrait que vous avez fait de moi.
Votre beau talent pour le dessin est si distingué, que je suis sûr que vous ne cesserez pas de l'exercer. Qui sait combien de jolies choses vous avez dessinées, depuis que votre aimable crayon traça ma triste figure ! J'espère que j'aurai un jour le plaisir de les voir.
Veuillez présenter mes très-humbles respects à M. votre père; et agréez, je vous prie, l'assurance des sentiments ineffaçables d'estime et de dévouement avec les(iuels j'ai l'honneur d'être, etc. *
* Ce portrail de Silvio Pellico, exécuté à la villa Camerano, dans b maison du comle Balbo, par M. Edmond de Séguins- Vassieux panit fort ressemblant. M. de Scguins s*étant plus tard rendu à Florence (en 1832) s'adressa, pour le graver sur cuivre, au célèbre Ilaffaello Morghen^ le prince de la gravure niodrne • Co portrail de Pellico, que possède aujourd'hui M. de Séguins à Carpentras (Vaucluse), fut un dés derniers travaux dirigés par Morghen alors octogénaire,* — on croit même généralement que ce fut le dernier. L'élève dont Morghen dirigeait le burin était M. DellaBruna; on ne tira de ce portrait que 200 exemplaires, chez Bardi. On peut donc dire que le dernier cuivre louché par Morghen est encore vierge. (\ote de l'Kdileur.)
— tiii —
A GIOVANNI VICO
Turin, 16 septembre 1832.
Très-cher ami,
Entre bons frères on ne se fait pas d'excuses si oo tarde à répondre, n'est-il pas vrai? Je n'en chercherai donc pas avec toi. Ha paresse n'a pas empècbé que ton affectueuse lettre ne m'ait fait grand idaisir, et que je n'aie souvent pensé à ton doux naturel, à ton aimable caractère. Tu es un jeune homme de belle espérance, et quiconque te connaît est forcé de t'aimer. Je suis persuadé que tu ne perdras jamais l'habitude du travail et de la vertu : tu en sçns tout le prix. Les heures que tu consacres avec tant de raison à dessiner, à faire de bonnes lectures, à composer des vers, sont», des heures fortunées : elles servent à orner ton esprit chaque jour davantage, elles te sauvent du contact unpur des sociétés vulgaires, elles te préparent un ave* nir de contentement et d'honneur auquel ne sauraient jamais atteindre ceux qui se livrent à l'oisii^eté et à la dissipation. Mon ajni, sois |)ersévérant, brûle de te distinguer, ne t'eUarouche pas de la lenteur avec laquelle l'homme est contraint de procéder pour arriver à un but élevé : une volonté forte triomphe de difficultés infinies. Fais que chez toi l'éducation du oœor marche toiyours de compagnie avec la culture de l'intelligence, conservons-nous purs, nobles, et moins jaloux de plaire à tous les hommes qu'aux meilleurs d'entre eux, à notre conscience, à Dieu.
Telle est la Traie manière (f hoDorer Dieu, sa patrie, ses parents, ses amis et BOf-méme.
Briano te salue; il ^ actieyé son Botzari, mais il ne me Ta pas encore lu. Fais-moi un plaisir : informe-toi si le comté CamiUo Gasati de Milan est encore à ces eaux '. S'il y est, en effet, porte-lui, je te prie, le billet chjcmiytî ifû eifélait'parti sache me dire quelle route il-aiNrise:^ • " ' • »
AdieÉ. Plante! mes humbles hommages à Mp^ ta tiBle ; poftePM biete et amfe-moi .
A CARLOTTA MARCHIONNI.
Turin, 22 septembre 1883.
Sœur Gaiiotta^
^ : T« clière lettre m'a fait le plus grand plaisir, mais 'fm^Aargi le professeur Morrocchesi de te gronder, poor loi aToir laissé croire que j'étais homme à exiger une minutieuse régularité dans le style épistolaire, quand, au contraire, rien ne me plait comme une lettre tracée sans prétention, à la bonne franquette. — k me réjouis de Thcureux succès de la compagnie, mais pouTait-il en cire autrement, là où est un ange comme Carlotta î Qui jamais te vit sur la scène sans être ravi de ton naturel, de ton expérience des sentiments du cœur, de ton goût exquis dans les altitudes, dans ta façon de l'habiller, en toute cliose? Je me rappelle toujours avec quel transport M"»« de Staël qui
» Les thermes d'Acqui. • [Sole du l'Editeur.)
avait vu les nieilleures actrices de la France, de l'Angleten*e, de rAUemagne, et qui n'était pas facile a contenter, s'écriait à propos de toi : >^ « Elle a le génie de son art au dernier point, y' *
Xerxès, comme un despote et une vraie bonite qu'il était, flt un jour fouetter la mer parce qu^elle ne loi ol)éissait pas. Je la ferais volontiers fustiger aussi depuis que la lourde bête a menacé d'avaler votre bagage. Est-ce qu'on fait de ces peurs-là ? Vos pauvres excellents petits cœurs, comme ils auront battu 1 Mais parmi les flots et les vents impolis, il s'en est trouvé^ grâce au ciel, de plus courtois qui ont daigné vous apporter votre garde-robe.
Il en est ainsi dans la société des hommes : beaucoup d'âmes grossières |K)ur un petit nombre de dâicates et de bienveillantes.
M">« Quirina Hagiotti m'a écrit de toi , chère sœur^ les choses les plus aimables et les plus justes; elle me dit, elle aussi, qu'elle espère peu que mon Ester passe. Patience !
Offre mes plus tendres respects à cette noble Quirina. Salue de ma part ta vénérée mère, qui est aussi la mienne, ta très-respectable secrétaire, votre admirable peintre, toute la maison enfin, et ensuite toute la compagnie. ^ Rappelle-moi au souvenir du trèsestimable Morrocchesi.
Et ce bon Montani qui m'aimait tant, m'aime-t-il encore un peu ? Oui certainement. Je sais combien il
* Ces piroles de M"« de Suêl sool en frtnçais daos le teile.
. {Note du Traducteur.)
— dis —
s'est réjoui, de mairésurrection. J'ai lu ce qu'il ditda moi dans VAnloi9§ia^ et j'ai reconnu son coeur. Si tu le ToiSy je ie;priede lesaluer cordialement en mon nom.
Je vous embrasse^ et stiis de vous tous^ et particu- Uèfemënt de toi et de uotns Gegia, le très-dévoué serrkdUTy fe tfÎ5S-affe€tionné frère.
AU PÉRE.GIAN GIOSEFFO BOGLINO
25 octobre 1832.
Mon Giaû Gioseffo^
Ta lettre et Tincluse m'ont grandement consolé. Comme tous les autres hommes, j'ai mes jours d'idées noires; personne ne s'en aperçoit, mais je les ai, et alors quel bonheur qu'une lettre d'un ami, d'un véritaUe ami ! Oui, mon cher, la tienne et celle de Piero *nie sont arrivées on ne peut plus à propos. L'amitié embellit ce pauvre monde !
As-lu vu quel homme est ce Piero? N'as- tu pas été saisi de la réelle élévation de son âme, sans exagération, sans emportement? Crois-le, peu d'hommes lui ressemblent. 11 est tout naturel qu'il t'aime, même sans te connaître ; il l'a deviné.
Et Carlotta? Sois persuadé que Carlotla n'est capable que des erreurs les plus innocentes de l'esprit. Les choses, de loin, paraissent la plupart du temps phis quelles ne sont. Quant à moi, je suis tranquille sur cette digne créature. Veux-tu qu'elle n'ait pas ses ignorances? Eh î mon Dieu ! qui n'a les siennes? J'imagine aisément ce que ce peut-être; (|uel(iue emporte-
nient de paroles un peu exagérées , un peu irritées. Si c'était à moi qu'elle en voulût^ je m'emparerais de cette main menaçante^ et je la couvrirais de tiaisers.
Adieu; mes hommages distinguât à l'ange de Jt Casablanca^ à M. le comte^ à MademoiseUe.
Reçois les salutations de toute ma famille^ et aimemoi.
F. S. Mile choses à Bezzolino et à la comtesse 411 femme. Mais vois un peu quelle tête ! J'allais oublie^ que tu me demandes quand paraîtront mes Mémoirtê. J'en ai corrigé toutes les épreuves, c'est tout ce que j'en sais. J'ignore à présent ce qu'il faudra de temps pour brocher les volumes. Ce sera, je crois, huit oa dix jours. T'ai-je dit que, dans mon traité avec Bocca, il y a qu'il ne me donnera aucun exemplaire à dîstrîr buer ? Il dit que ces exemplaires se prêtent et (»948eii^ dans tant de mains qu'il en résulte un grand prqjudif^i^ pour le libraire. J'enrage bien un peu de ne ppuToii^ faire acte de courtoisie envers tels ou tels amis^ mais la chose est ainsi.— Prends garde, cependant, que j|f te défends d'acheter ton exemplaire. Tu m'entemisî