LXXVI
AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLIÎfb":
Turin, 19 juin 1839^
Mon cher Gian Gioseflb^ ,: - t. >».
J'habite tantôt la viUe^ tantôt la campagne» et^und ; je suis fra le Taurine mura^ je vais visiter ton.icteri frère, qui est vraiment un homine comme je.left; aime, en ce qui est du courage. Ce.hrave .jeune; homme étonne tous ceux qui le voient par la maniàrt sans ostentation, mais très-naturelle, dont il flqppcrte. la fracture de sa jambe, ses douleurs et Teiumi de l'appareil. En ce moment, du reste, les souffhmces ont ceasé. Tout le monde loue le courage dans leB maux,, mais bien peu le possèdent; et celui qui en e9t doué a. reçu du ciel un trésor inappréciable. Avec le courage on surmonte tout ce que le monde appelle contrariétés^ difficultés, malheurs, et on ne manque jamais d? mor tif pour bénir l'existence et Celui qui nous l'a donnée* Je me réjouis de voir ton frère posséder cette DoUe qualité, outre sa grande bonté de cœur. Partout il se fera aimer et estimer et partout il réussira. U nœ dit de ta part les ordres que, dans sa prévoyance, Texcelleole eomtesseavaitlaissés pour lui. — Ne t'inquiète pasde son état et comme lui aie de la force d'âme. Dieu ordonne tout pour notre bien, même les fractures de i
Se plaindre d^ ce qui arrive malgré nous^ c'est fai- Ueaae inilgaire, q'^esi pmjiqiie de foi. Quand tout va à noire gré ^ il est difflcile. que nous ne nous gâtions pas, ou que du moins les plus importantes facultés de notre âme ne restent pas oisives. N'est-il pas vrai, cher ami? Tu le dois savoir mieux que moi, toi qui as spécialement tourné tes études du côté de la religion. Hais s'il est incontestable que le malheur nous sert toaiéis les foi^ que nous le voulons bien ; s'il est incontestable qu'il réussit beaucoup mieux que la prospérité i 'ennoblir notre reprit, comment se fait-il que ta fMle des gens qui gémisBent, qui murmurent, qui btaBpbèment^ qui maudissent, soit si nombreuse sur ta terre? Bt <te sedit philosophe, et on se dit chrétien î Jkm^ non ! oata s'appelle n'avoir aucune idée de la phildiophîe, aucune idée du christianisme.
Tâchons toqours, toi et moi, de ne pas nous laisser atteindre par l'épidémie commune, qui consiste à pleonrieher, à crier au scandale, à détester l'univers entier et à prétendre l'impossible. Non; plaignons tout le monde, heureux et malheureux, grands et lietits, bons et méchants, parce que, chez tous, il y a quelque misère évidente ou cachée, parce que tous, après quatre jours de vie, sont également condamnés â mort. Mais plaignons-les sans colère, sans amer* trnne, sans oublier que, malgré tout, la vie est un bien, que la mort aussi en est un, à considérer toute chose d'un point de vue élevé. Alors notre soif de la justice, notre affliction même, seront douces et mêlées de contentement; nous agirons vertueusement dons la i^phère d'action qui nous est prescrite, et nous mour-
rons sans remords. — Il ma semble qu'il y a bien longtemps que je ne t'ai vu. C'est une preuve que je t'aime. Et toi^ ne penses-tu jamais à moi?
Non-seulement j'exige que tu penses à moi^ mais encore que tu parles de moi à trois personnes qui me sont chères, c'est-à-dire que tu présentes mes respectueux souvenirs à H"" la comtesse, à M. le comte et à leur très-aimable enfant. Je sais que le voyage te réussit, je sais que M>n« la comtesse est^atisfiMte, et je m'en réjouis pour elle, pour eux, pour toi. Si je savuis envier, je f envierais le bonheur dont tu jouis; nt^ comme tu le mérites, je rends grâce au ciel d§ c^.qu'jii te l'a donné. Profltes-en de toutes les mani^res^ eo reprenant de la santé, en faisant provisioi;i de calme^ en augmentant ton expérience, en suivant les aimables conseils d'un esprit aussi pénétrant , aussi généreux qu'est celui de la comtesse.
Allez-vous, oui ou non, à Florence ? Si tu y trouvas ma sœur Quirina, tu sais ce que tu auras à lui dire : que je l'aime de toute mon âme, — que tous les jours je pense à elle et demande au ciel d'embellir de toutes les manières le cours de sa noble vie; — que le précieux don que je tiens d'elle, la montre d'Alfieri, e^t cause que chacun ici l)énit la donatrice;— enfin que les bénédictions que j'entends donner à son cher nom me font un plaisir infini.
Mes hommages encore à la digne marquise Sacrati; salue de ma part Niccolini, Vieusseux, et tous ces gens de bien et d'honneur qui me portent un peu d'affection, et pour qui tu sais mon estime.
Mille choses les plus affectueuses de la part de Bian*
drata pour lés epôùx Masino^ pour la petite jeune
femme et poar tdi. — Je t'embrasse de tout mon cœur.-
LXXVIt