MO
(lu Spielberg! Oh! que j'eusse touIu qu'il nous fût possible de nous écrire souvent et beaucoup! Oli! combien je désirais te faire parvenir les expressions de ma chaude, de mon éternelle amitié, et celles de
ma [Ici il était question (T affaires particulières de
famille.) Tu as bien fait, mon Federico, d'abandonner l'Amérique, de venir du moins dans notre hémisphère, où je pourrai avoir plus souvent de tes nouvelles. Mais comprend-on les indignes rigueurs de la police de Paris? Tu dois en avoir ressenti un grand déplaisir, et je crains bien que ta santé n'en ait aussi souffert; on la dit si cruellement altérée ! Je frémis et je pleure sur toi, et je fais des vœux pour que tu guérisses et trouves un peu de repos en Belgique, d'où personne, j'espère, ne te fera partir. On me dit que ce pays n'est pas dépourvu de grandeur morale, et que tu y trouveras quelques anciens amis, Arconati, Ârrivabene, Berchet, etc. Puisses-tu y rencontrer toutes les consolations compatibles avec l'exil ! Salue pour moi tous ceux qui à tes yeux seront vraiment de nos amis. Je voudrais que tous contribuassent à te ranimer, à te rendre la vie moins amère; je voudrais que tu eusses tous les motifs imaginables d'être content de ton retour en Europe. Oh ! ce mot content a une signiQcation bien modeste pour nous, que tant d'afflictions ont frappés ! Nous ne poursuivons plus, nous autres, les illusions d'une félicité rêvée, mais seulement une position sup|M)rtablc où ne sural)ondc pas la douleur! Je te la souhaite de toute mon âme, et j'espère que tu l'auras, digue, comme tu t'es, de l'amour des gens de. bien et ayant des sentiments si religieux. Fats-moi
une exa€te et prompte relation de ce qui te concerne^ je f en prie, je t'en conjure. Voici, à présent, ce que j'ti à te dire de moi.
ToiqoufB un peu maladif, je vis après tout, et je n'ai plus, ocmune au Spielberg, de ces terribles oppressîoiis de poitrine. Mais je suis assailli de ces tristes makifes cpii proviennent du désordre des nerfs qu'on ne tait ni déflnir, ni guérir, et qui le plus souvent sont accompagnés chez moi de migraines obstinées. Malgré cela, j'ai enoore de bonnes journées, surtout pendant Tété. Maintenant .que les fraîcheurs de l'automne commencent, le mal de tête devient plus fréquent, et mes poiunons respirent avec quelque difficulté. Patience 1 Seulement cette faiblesse de ma santé m'oblige souvent à me refuser les livres et le plaisir de l'étude. Je ne fais alors que végéter. Quelquefois je me force à m'appliquer, et j'y trouve du charme, mais je ne puis continuer. La volonté de Dieu soit faite! Du reste, si j'aime encore la littérature, ce n'est pins avec la passion des jeunes années, et je sens que je n'ai pas un génie fécond, ni du premier ordre. Le peu de livres (fuej'ai faits ont eu un certain succès, et c'est une satisfaction trop grande encore pour ma vanité. Quoique je lise peu et que j'écrive peu, je no connais ni l'ennui ni l'oisiveté. Je m'occuiie un peu des salles d'asile établies ici par le marquis de Barolo, et de divers(*s bagatelles qui vont à ma nature ; et ces occupations, entremêlées de quelque petite heure de solitude, que je consacre à la prière, et d'un peu de conversation avec ma famille ou des amis, font que les jours se succèdent pour moi — sans joie assurément, la joie, je ne la con-
nais plus ! — mais avec résignation^ avec une douce mélancolie. — Trop de gens m'honorent des témoignages de leur sympathie, |)armi mes com|)atrioteft ou parmi lesétrangers: mais j'évite souvent le monde; et il y a des jours oii j'ai un tel besoin de solitude, que je ne me laisse voir de personne. Quelques-uns se plaignent de ma misanthropie ou de la sauvagerie de ma dévotion. Ils ont tort. Je ne suis |)as misanthrope, et la religion ne m'a pas rendu sauvage ; mais je souffre de corps et d'esprit, et j'ai peu de goût pour la vie extérieure et les bruits de la société! (Je me suis lié avec |)eu de personnes; mes amis les plus intimes sout les Barolo , mari et femme, âmes rares, toujours occii* pées de Dieu et de véritable charité. Je leur suis aita* ché non-seulement comme à des bienfaiteurs qui m'ont ouvert leur maison en toute conûance et générosité, mais comme à des natures élevées et aimables, et à des cœurs excellents en toutes choses.) — Quant a la politique, j'ai reconnu que c'est chose dont je n'ai affaire, et je me borne à détester la méchanceté et les injustices dans tous les partis, priant Dieu pour les opprimés et même [lour les oppresseurs. La terre est couverte d'un nombre considérable d'hommes bous, il y en a même de sages; mais les sots et les égoïstes abondent. 11 faut prendre patience, tacher d'être sage et bon, et pour être heureux, attendre l'autre vie où il n'y aura plus ni sottise ni égoïsme.
Le soi-disant parti libéral en Italie est toiyours fort entaché d'exagérations puériles, et pis que puériles dans un grand nombre de cerveaux rempUs de préjugés jacobins et irréligieux : effet de l'ignorance et de
rexaspératioD^ qui n'ont que trop augmenté. Ils ne Teuleni pas comprendre que pour honorer vraiment la patrie^ il faut être sensé et vertueux. Le temps seul peut les désabuser. Ils sont jeunes et je les plains^ parce que je me souviens que moi aussi j'ai été jeune^ quoique je ne fusse pas exalté comme eux.
Notre bon Porro est parmi les modérés^ et il vit sagement sans fraterniser avec les furieux. Nous nous écrivoDS rarement^ mais j'ai souvent de ses nouvelles par les peraoïmes qui viennent en Italie. Je n'ai pres^ que de <torres|M)fldEuice avec personne, car il est difficile d'écrire êans exciter les soupçons; mais note bienqu'av^ loi je veux absolument entretenir des rdatioosj parce que m(m cœur en a besoin. Nous sommes devenus deux amis qui s'entendent parfaitement. Peu te connaissent et t'aiment autant que moi. Dans peu d'âmes j'ai rencontré une si complète harmonie de bon sens généreux et de généreuse bonté. C'est d'ailleurs un grand lien entre nous qu'une même foi et un égal désabusement des systèmes de la sagesse irréligieuse.
Aimons-nous en Uicu, prions l'un pour Tautre. Je t'embrasse tendrement, et je suis et serai toujours ton frère le plus affectionné et le plus reconnaissant.
AU COMTE FEDERICO CONFALONIERP
Turin, 17 octobre 1887 •.
Mon cher Federico,
Je t'ai écrit à Bruxelles, il y a peu de jours^ et j'ai recommandé la lettre à un de mes amis, M. Foisset^ Jugea Beaùne. Tu l'auras sans doute déjà reçue, ou tu ne tarderas pas à la recevoir. Mais j'éprouve le besoin de te redire que je pense continuellement à toi, et que tu es, que tu seras toujours pour moi cet ami cher que j'ai tant apprécié, tant aimé dans les jours les plus malheureux de ma vie. Je te prie de m'écrire et de me dire surtout comment tu es de santé, et si enfin, après de si grandes douleurs, ton âme éprouve quelque c*on* solation. Te fixes-tu en Belgique? Y respires-tu un air supportable? Quelle iniquité de ne t'a voir pas laissé à Paris ! Tout le monde s'en indigne, et tu peux penser si j'en suis indigné, moi, celui de tous les liommes peut-être qui t'aime le plus chaudement. Mon pauvre cher Federico ! quelle suite intenninablede tourments de tous genres ! Il est temps, cependant, que des jours plus tranquilles commencent |)ourtoi; c'est un voeu que je ne cesse de faire. Et qui a autant de raisons que moi pour t'aimer de tout son cœur? moi, que tu as
1 Publié dans la Civilta cattoHea, série m, vol. i, Rome, 4 856. {Note de i Éditeur, )
* Reçue à Bruxelles après mon retour en Europe.
(C Confalonitri.)
— postant soutenu comme compagnon d'infortune^ et que tu as ensuite si généreusement aidé! Je n^U pas de plus grand désir que de te savoir un peu de bonheur. Ah ! un peu seulement! Beaucoup n'est plus possible pour nous sur la terre. Je voudrais seulement que ton existence fût adoucie par une sanlé passable et par le commerce de personnes qui t'aimassent beaucoup. J'espère toujours que j'aurai une fois le bonheur de te revoir^ de t'embrasser encore. J'envie à la bonne et digne Bianca le bonheur qu'elle a eu. Elle m'a fait part ausatôt de sa joie et de ses larmes^ et du plaisir qu'elle a eu aussi à te faire lire une lettre de moi, en réponse à Tuoe des siennes. Cette femme a un courage peu commun^ Dieu l'éclairera! Tu as bien fait de lui indiquer Stolberg.
Quel bonheur pour nous^ cher ami et véritable frère, si les maux indicibles que nous avons soufferts, nous pouvons les unir avec la croix du Sauveur, grâce à ce don de la foi que nous tenons de lui ! Joins tes prières aux miennes en faveur de tous nos amis, et prions lun pour l'autre. Ecris-moi vite et parie-moi lon^^uement de toi. Ma vie est sans joie vive, mais paisible et entoiirée d'âmes aimantes. J'ai très-peu de santé, mais ce peu me suffit. L'automne et l'hiver ne sont pas des saisons favorables pour ma poitrine et le désarroi de mes nerfs. Patience ! Je soutirais bien plus quand lu étais encore dans les fers. Je me sens maintenant l'esprit soulagé, et le corps lui-même s'en trouve bien.
Je suis très-vieilli, mais j'ai toujours le cœur trèschaud |iour l'aimer, et la mémoire excellente |>our me
« rup|>eler ton amitié si douce^ si forte^ si bienfaisante. Adieu, mon bien cher ami, je t'embrasse étroitement, et serai éternellement ton ami le plus aiïectionné, Silvio Pellico.
A M. ANTOINE DELATOUR
Turin, 7 novembre 1837.
* Monsieur,
Quoique très-peu signiflanls, quelques chapitres de ma Vie pourraient avoir une espèce d'intérêt dans une nouvelle édition de Mie Prigioni. Ils feraient voir quelle est mon existence actuelle, quelles sont mes opinions. Mais je ne trouve pas que vous puissiez vous en servir pour les articles que vous voudriez faire sur mes àexvL derniers volumes : d'autant plus, que j'aurais Tair de vous avoir demandé ces articles et de vous avoir fourni des données pour que vous me jugiez, etc.
Les fragments que je vous envoie sont donc pour l'édition, si elle se fait. J'ai dû supprimer plusieurs chapitres. Je suis fâché de ne i>ouvoir mettre à votre disposition qu'une partie si petite et si peu saillante démon manuscrit*.
J'ai été malade; je suis mieux, mais je ne puis pas écrire longtemps. — Merci de Tobligeance que vous
1 1^ vrai telle de ces chapitres est encore inédit; mais j*en ai donné la traduction à la suite de Mes l^risons, dans les éditions qui ont suivi cette lettre. Quant à Tariicle dont il est ici question, il panit alors dans la Beviie française, et il a été depuis rémiprinié dans Tappendice aux Mémoires.
{Note du Traducteur.)
avez eue de faire remettre mon paquet.-r-Ayez-en un autre : envoyez-moi le second sonnet dont vous me parliez; vous me ferez plaisir.
Le livre d'Ândryane est défendu ici. Je n'en ai encore vu qu'un volume. J'espère que ces mémoires feront honneur à l'auteiu*,. et que tout y sera exact et irréprochable.
Adieu : je vous écrirai de nouveau.*
A M. ANTOINE DE LATOUR
Turin, 21 novembre 1837.
* Monsieur^
Voici ce qu'il y aurait à corriger dans votre préface à Jfei Prisons.
Voyez pages iîj et iv. Au lieu de dire : L entreprise de M. Pellico, etc., dites : « M. Pellico passa de la province à Turin. Silvio avait alors onze ans..... »
Le reste est exact jusqu'à : « Silvio avait une sœur jumelle. » Veuillez dire : — «Silvio alla à celte époque à Lyon «ivec sa mère, qui avait dans celte ville un cousin nommé M. RuIkkI. Le jeune italien resta quatre années chez ce digne parent qui le combla de pmives d'une affection paternelle. Ce fut un des heureux temps de la vie de Silvio. Partageant tous ses jours, etc. »
Ce qui suit est exact.
A la page viij, dites: « Cependant avant 1810, M. Honoré Pellico avait (juilté le Piénionl avec sa famille |K)ur aller résider à Milan, oii il eut l'emploi de chef (le section dans le ministère de la giKTre. Les
Tombeaud) ont reconquis Silvio à la i)oésie cl à IKalie, etc. »
 la page xiij et ailleui*s, au lieu de Laodicity dites Laodamie. A la page \%\, en parlant du comte Confalonieri, effacez les paroles : le premier des publicisUs de l'Italie, et dites : Un des hommes les plus remarquables de notre temps par ses talents politiqites et par son grand caractère.
Voilà le peu de choses à changer dans votre préface qui est admirable.
Dans les notes, je ne vois (ju'une chose à ôter à la page 421, c'est-à-dire l'assertion hasardée que le massacre de Prina ait été résolu par le conseiller auUque Ghislieri et par une illustre famille de Milan. Ce bruit a couru, mais les preuves manquent. Des personnes res|M3ct<ibles nient ce fait. Quant à moi, tout me porte à croire que le massacre a eu lieu sans préméditation.
On s'exalta, les esprits vulgaire^ désignèrent Prina connue un ministre des tyrannies de Napol<'»on, et le tumulte alla éclater inopinément sur cet homme que le peuple s'était sottement accoutumé à déttîster. Ce qui est vrai, c'est que ce mouvement eut jwur but d'effrayer le sénat et de l'empêcher d élire |)Our roi le prince Eugène de Beauhaniais. A celte e|HM|ue, les classes inférieures es|)éraient des Autrichiens tous les bonheurs qu'ils promettaient dans leurs manifestes. Il y eut un moment funeste de fanatisme pour eux'.
Ml va sans dire que toutes les corrections ici indiquées par Silvio oui élé faites dans les éditions de ma traduction poUérieures à cette lettre. {Note du Traduetmtr,)
Adieu ; je souffre moins; pourtant ma santé est faible. Je ne puis pas vous écrire longuement.
Pourriez-vous m'envoyer cinq ou six exemplaires des articles que vous vous proposez de faire sur mes Poésies?
Croyez à l'estime parfaite de \otre ami Silyio Pellico. *
AU COMTE FEDERICO CONFALONIERI