A M. LE COMTE EDMOND DE SEGUINS
IIAAQUIS DB TA8SIBUX, A CUU>BNTRAS.
Cbieri, 4 août 1838.
* Monsieur et cher ami^
M. le comte de Hontélégier^ dont j'ai été charmé it faire la connaissance^ m'a remis^ il y a six jours^ loire aimable lettre du 27 juin. — Je tous devais une Yéponw à celle que tous me fîtes Tbonneur de mMresBeran commencement de Tannée. Des chagrins que j'ai eus sans relâche m'ont rendu coupable #im silence trop prolongé ; je vous en demande pardon. Le plus grand de mes chagrins a été de voir mon pauvre excellent père tomber en langueur^ loulhir^ et être enfin victime de son âge avancé. J'ai eu te malheur de le perdre le 15 mai. Bénissons Dieu detûus li*s coups qui nous viennent de lui ; mais de telles pertes sont affreuses. Ma santé en a beaucoup souffert ; je ne me |)orte mieux que depuis quinze jours. — Je vous écris de Cbieri; ce n'est pas que j'aie quitté le séjour de Turin, mais je passe quelque temps auprès de mon frère, qui s'est établi ici depuis bniort de notre père.
Cet air parait me faire un peu de bien. C'est un heureux hasard que je me sois trouvé à Turin le jour dt la venue de M. le comte de Montélégier. — H m'a |iarlr (le vous et du charmant mariage que vous ave/ fait. Il m'a confirmé ce que vofis me dites vous-même de \(»tre bonheur et de la grande consolation (|U en
éprouve madame votre mère. Vous êtes bon, vous méritiez un ange pour compagne. Dieu vous l'a donné. Je vous félicite tous les deux de toute mon âme. Présentez, je vous prie, mes humbles bommages à cet ange et à madame votre mère.
Il vous manque un père que vous révériez, que vous aimiez, mais il est au ciel, et il vous bénit. J'ai la même espérance pour mon pauvre père. Cependant prions |K)ur nos cbers trépassés. Quand vous priez pour votre père, dites aussi un Requiem pour le mien, je vous serai obligé de cette charité d'ami ; j'en ferai autant.— Croyez-moi votre très-affectionné serviteur, Silvio Pellico.
César* est à sa vigne ; ils se portaient tous bien ces jours passés. — Les Settimé sont à Milan. *
A M. LE COMTE L. PORRO
Turin, SO norembre 1838.
Très-cher comte Porro,
J'ai une si pauvre santé que je m'étonne toigours de |)Ouvoir me traîner d'une année à l'autre ; ma» peut-être vieiUirai-je ainsi, et il me semble que nous devons encore nous revoir, non |)as une fois seulement, mais plusieurs fois et longuement. Je le souhaite de tout mon cœur. Mais je vois avec peine par votn» chère lettre que vous ne pouvez encore effectuer ce retour dans la patrie après lequel vous soupi-
> Le comi« Cesare Balbo. (A'oCe de l'Éditewr.)
rei. Je ne comprends pas pourquoi cet ajournement à l'année prochaine. En attendant^ c'a été pour vous une consolation de revoir et d'embrasser notre eicellent Giulio. J'eusse désiré qu'il eût pu passer par Tarin, moi aussi je l'aurais embrassé, et mon cœur se fût dilaté à l'entendre me parler de son père chéri, chéri non-seulement de Giulio, mais aussi de moi.
J'avais ici un autre ami précieux, im ange de bonté dans le marquis de Barolo ; je suis inconsolable de su tnort; c'est une perte pour tout le pays, tant cet homme éUit charitable et ingénieux à faire le bien en toute occasion. Heureux qui passe de cette vie pleine de douleurs à une vie céleste en récompense de ses vertus !
Aspirons avec confiance à cette vie céleste, et en attendant, aimons-nous dans ce pauvre monde. Je vous embrasse de toute mon âme, et je suis votre trèsaffalionné serviteur et ami.
A M. LE COMTE LUIGI PORRO
Turin, 26 janvier 1839.
Très-cher Porro, Le comte Cattaneo est venu , il y a déjà quelques ioure, m'apporter une lettre de votre bon petit ange '^ancy : en lui ré|)ondant, je me suis accuse de paresse envers elle, et aussi envers vous; mais j'ai ajouté . lue je voulais enfin m'amender ces jours-ci, — et en voici Li preuve dans ce très-cordial einbrassement d'un ami bien vieilli, souvent visité de douleurs physi-
— nuques ci morales^ souvent bien près peut-être de devenir stupide, mais néanmoins assez vivant encore pour vous aimer chaudement et se rappeler toujours avec tendresse les douces années que nous avons vécues ensemble. J'avais^ conune tout le monde^ regardé l'induit avec trop d'illusion; et je ne puis me consoler du refus |)ar lequel a été accueillie votre demande et celle de tant d'autres exilés. Il est vrai que l'on veut adoucir cette amertume en répandant que ce n'est qu'un retard. Mais je me sens si découragé que toute espérance m'abandonne. Veuille le Ciel que je me trompe ! Je vous plains tous^ et je m'afflige en outre tout particulièrement du malheureux parti qu'ont pris quelques-uns de nos amis de se hâter^ sur la foi de l'induit, de revenir d'Amérique , où déjà, peutêtre , ils s'étaient fait un établissement convenable. Misérable monde ! que peu de choses y vont bien ! Dans ce peu de choses> je me suis réjoui de voir que tout a bien tourné dans les couches de la comtess<^ CattanoOy malgré les tristes présages (|ui troublaient son imagination. Elle se pro|K)se à présent de |>asser quelque temps à Milan pour mieux reprendre ses forces; y voir ses frères et ses autres chers parents sera un vrai soulagement pour elle. Pauvre petite ! elle a eu là une cruelle déception après la douce espérance de se retrouver bientôt dans les bras de son père ! Quant à moi^ je ne puis en prendre mon |>arti. On dit qu'en LomtKirdie, l'indignation est générale contre ceux qui se sont op|K)sés aux intentions de clémence absolue lK>sitivement manifestée juir l'emiiereur. On assure (|u'il se fait des réclamations^ qu'il y a des engage-
ments pris. Dieu veuille que tant d'efforts ne soient pas Tains ! J'ai su par le œmte Cattanco que votre saoté est toujours aussi forte que votre âme; je m'en réjouis, et je souhaite que vous vous conserviez ainsi pour pouvoir un jour revoir encore la terre natale et y passer des années de félicité au milieu de vos bienaimésfils....
AU COMTE FEDERICO CONFALONIERI*
Turin, 10 janvier 1839.
Mon bien- aimé Federico,
Depuis longtemps je te dois une réponse, et peut- ^Ire auras-tu pensé que je souffre beaucoup de Thiver. Cepend^t ma santé n'est pas devenue pire, el je dois même me louer de la saison , qui contre l'ordinaire est très-douce dans notre pays; mais comme je respire toujours difûcilement vers le soir, et que, par ^ite,j*ai assez de peine à reposer la nuit, il en résulte ^|ue je reste levé moins d(î temps que par le passé, et J''iïsipeu d'haleine |>our les choses que je voudrais cl devrais faire, que j'en ai une vraie honte, mais *^ fruit. Je continue donc à vivre plus inutile que j^ais, ne sachant pourquoi je laisse ainsi les semaines m'échapper et comprenant seulement ([ue je n'ai
jamais été bon à grand'chose ; maintenant je ne suis plus bon à rien du tout.
' Publiée dans la CiviUa caUolica, série 111, vol. lit. Roma, 16 loûl 4 856. {\oto de r Editeur,)
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El voîlà, mon pauvre Fecicrico, comment cet ami à qui tu as donné tant de preuves d'une l)onté, d'une sympathie toute particulière, git stupide et pareil à un ingrat, au lieu de pouvoir chercher pour toi quelque consolation dans l'activité de ses pensées et la chaleur de son cœur. Et cependant, tout en m'adressant ces reproches à moi-même, je suis tenté de me prendre en pitié, parce que je me sens affligé d'une précoce vieillesse, comme si j'avais le double de mes années, et [xarce qu'au milieu de mon inutilité, je sens que mon cœur n'est rien moins que glacé pour toi. Ah ! il ne l'est |)our aucun de mes chers compagnons d*infortune ! et je m'attriste profondément quand je laisse tomber ma pensée, et cela m'arrive plus d'une fois le jour, sur toi et sur d'autres que j'aime, ainsi retenus loin de leur patrie, après c^ consolantes et décevantes interprétations que nous donnions tous aux termes de l'induit. Que d'âmes s'ouvrirent follement à la joie^ s'imaginant qu'aucun de vous ne serait exclu de cette amnistie tant vantée! J'avais d'abord hésité à accueillir une telle espérance, puis je m'y étais laissé aller conmie les autres, et je ne croyais pas qu'il fût |)ossible de rien changer aux dispositions. Je regardais déjà comme un des plus l)eaux jours de ma vie celui où tu passerais à Turin, et je me flgurais que notre l>on Porro et d'autres prendraient avec toi ce bienheureux chemin. \jc réveil qui a suivi et' charmant révc a rempli mon cœur de tristesse. Quelques-uns essayent de me consoler en disant que ce n'est pas une grâce absolument refusée, mais seulement ajournée; il me serait doux d'es|)érer encore.
mais je n'ose presque plus. Se peut-il que Borsieri et Castiglia aient pris la résolution de traverser TOcéan et de Tenir en France^ sans être assurés de pouvoir rentrer dans leur patrie? Je gémis de les voir dupes d'une attrayante illusion ! Les quelques lignes de Casb'^a me sont bien chères; Borsieri ne m'a pas encore écrity et je ne sais où il est. Ah ! quoique tu raisonnes avec une profonde justesse^ en te résignant à ne plus revoir peut-être la terre où tu es né, tu sens néanmoins avec angoisse combien U est cruel que tu ne puisses porter quelque filiale consolation aux derniers jours de ton bon vieux père. Malheureux père et malheureux fils! Mon pauvre Federico! ta douleur est sainte comme les pensées de résignation chrétienne à Faide desquelles tu cherches à te soutenir, en considérant que notre véritable patrie n'est pas sur la terre. Puisque tous les autres vœux que je fais pour toi sont inutiles, puissé-je voir du moins qu'on te permette le choix de quelque séjour qui ne soit pas dépourvu d'agrément et te conserve en bonne santé ! Il me sc»mble que cette vie nomade doit l'être pénible. n est vrai qu'en tout pays tu trouves des gens qui t'estiment et qui t'aiment, ou parce qu'ils te connaissent depuis longtemps, ou par suite de l'intérêt légitime qu'inspirent tes malheurs et ton caractère. Je comprends que ce n'est pas assez pour apaiser une âme affligée et qui a besoin de soulagement, mais cette sympathie générale doit répandre quelque douceur sur tes heures de tristesse. Que dis-je ! oh ! non, mon ami chéri ! toi et moi, et mille autres inforhmés comme nous, nous sommes à tel point désabusés que
les œnsolations fugitives ne nous suffisent plus, ne nous font plus illusion. 11 n'y a pas de jour que je ne réprouve en moi ; et si c*est là un sentiment pénible, il a cependant un mérite immense que nous devons mettre au-dessus de tous les biens : il donne à nos cœurs une vive impulsion vers les vérités immuables qui régnent éternellement au delà de ces politiques emportées de la terre, où l'on voit plus souvent lutter la force que la justice, et qui n'offrent qu'une succession de fautes et d'erreurs.
J'ai su que notre Giovanni Arrivabene était à Hagadino, où, au lieu de recevoir la permission de rentrer dans sa patrie, il n'a eu qu'un refus. Je lui ai écrit. 11 m'a répondu avec son cœur toujours excellent et plein d'amitié, et m'a informé du parti r|u'il a pris d'émigrer légalement, ce qui lui a été «iccordé.
A Andryanc, je ne lui ai plus écrit depuis longtemps ; ce que je lui avais dit au sujet de ses JHémoires n'était pas une critique hostile, encore moins une approbation ; au contraire, je ne dissimulais pas mon blâme, me bornant à l'excuser sur sa bonne intention. Il y a un mois, il m'écrivit ainsi que M"* Andryanc, pour se plaindre de n'avoir pas reçu de réponse à sa dernière lettre. Je répondis à M»»' Andryanc quelques lignes polies, mais à lui pas un mot. Je me trouvais à cette époque condamné au repos par mes soutVrances, et véritablement in<*a|)able d'c*crire longuement. Ce silence alisolu à son égard lui |>anit inexplicable, et il s'en plaignit. Je continue |K)urtant à ne pas lui écrire parce qu'il m'en coûterait de lui (lire des choses (|ui lui feraient de la peine inutile-
menl. Ta santé est-elle redevemie meilleure depuis que tu es à Marseille? Dieu le veuille ! Donne-moi^ je te prie, de tes chères nouvelles^ et ne me punis pas de mon si long retard à te répondre. Informe-moi du sort de Borsieri. J'espère que tu auras de lionnes nou- Telles de notre amie d'Amérique. Quand tu lui écriras, dis-lui que mon cœur l'honore profondément. Adieu^ mon bien cher et généreux ami. Que Dieu te comble de consolation ! Crois que je t'aime de toute mon âme et pour toujours.
A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI MOMBBLLO.
Samedi-saint, 1839.
* Madame la comtesse y
La Religion du cœur méritait bien une traduction en italien; j'apprends avec plaisir qu'on l'a faite^ mais je n'en connais pas l'auteur. Ne pouvant pas entreprendre cette traduction moi-même, je n'avais fait que suggérer à Marietti d'en charger quelque écrivain.
Bonne Pâque, Madame, c'est un souhait dont vous n'avez pas besoin. Je vous souhaite donc que depuis it^ jours saints votre précieuse santé ne fasse plus que s'arnéUorer.
Veuillez agréer l'hommage des sentiments distingués d'estime et de respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc. *
— înî —
compagnons d'infortune ! Je ne saturais l'exprimer tout le bien que je te souhaite^ toute rafTection que Je te porter et combien je te crois meilleur que ta ne crois rètrc toi-même. Tu t'accuses de connaître la vanite des engagements du monde ^ et de ne pas être cependant tout à fait libre de cœur. Je suis tenté de penser que tu te vois avec cet œil sévère, que tn te juges avec cette rigueur qui précisément stimulent i accroître encore le mérite que Ton a déjà. Il faut admirer ceux qui fuient tout à fait le monde pour se consacrer à Tapostolat, ou à une sainte retraite ; mais il est certain aussi que les vocations ont des formes diverses, et qu'on |)eiit vivre dans les villes sans porter la robe, et demeurant d'ailleurs en douce servitude et amitié avec Dieu. Hé bien ! persuadons-nous que nous sommes de ceux-là , puisque nous ne nooi sentons pas appelés de Dieu même à des carrières extraordinaires. Oui , mon bien-aimé Federico , aspirons du fond de nos prisons à nous |)erfectionner. Demeure au milieu du monde, si le ciel le veut ainsi» mais demeures-y, demenrons-y pour rédifier. Dans notre jeunesse nous pliilosophions trop inqKirfaîtement, à Taide d'arguments décousiLs et sans base. Que notre philosophie soit désormais celle du Rédempteur! Glorifions son aimable et sublime doctrine dans tous ses rap|>orls avec lui et avec la société. Maintenonsnous dans le dessein d'être ses disciples et de Taimer avec un sentiment énergique, une volonte forte, une reconnaissance inflnie. Je te remercie également de toutes les nouvelles que tu me donnes de nos amis. J'ai reçu , il y a deux jours , une bonne lettre de
Bruxelles, écrite à deux par Arrivabenc et par Borrien. J'ai on Téritable, un indicible regret de ne pou- Toir voler à Antibes comme je le voudrais, et ce n'est, hébs ! que par le désir (|u'il m'est permis de t'embrasser.Nooqoe ma santé soit maintenant si mauvaise, ce sont les circonstances qui me retiennent. La santé de h marquise Barolo est beaucoup plus faible que la fflienne, et c'est pour moi un devoir de ne pas m'éloigner d'eOe. Tu vas passer quelques beureux jours trec ton excellent oncle, ton excellente tante, ainsi que notre Castiglia avec sa famille. Je porte envie à tons ceux qui vont se trouver là, près de toi. T'imagincs-tii combien de fois je penserai à toi durant ces semaines ? Ah ! que les espérances de l'amnistie se réalisent donc une fois r pas un n'en sera plus beureux que moi qui, alors du moins , aurai la consolafioD de serrer dans mes bras mon bien-aimé ("ederico. Cette communication que vous a faite l'ambassade de Sardaigne à Paris me semble aussi de bon augure, et me console un peu. Mais de grâce, qu'on ne tarde pas trop î les délais ont déjà été si longs, si douloureux ! Pour peu qu'ils se prolongent, tu reviendras de ce côté des Alpes, mais Dieu sait si auparavant mes infirmités ne m'auront pas envoyé sous terre ! Cependant le cœur me dit que nous devons encore nous revoir ici-lias, et je le souhaite ardemment, au delà de tout ce qu'on peut dire.
Je n'ai aucime objection à ce que Rianca demande, d je te laisse le choix, à toi seul, qui es un autre moimême. Cette bonne et généreuse Bianca devrait bien faire un pas de plus dans la foi ! Quel vacillant édifice
que ce seiiii-cbrisiîanisine ! Je m'afflige de ce qu'elle n'aperçoit pas la solidité de notre dirine Église et de ce qu'elle n'emploie pas sa forte volonté à se pousser dans cette voie. Elle a justement une haute opinion de toi. Dirige-la^ travaille^ si tu le peux^ au bonheur de son âme. Adicu^ mon frère, mon ami^ soutien et bienfaiteur de celui qui est^ avec un inaltérable dévouement^ ton Silvio Pellico.
A L'INSIGNE NICOMëDE BIANCHI, A MODÈNE.
TurÎD» 19 août 1839.
Monsieur^
Je reçois la lettre où Votre Seigneurie^ en m'annonçant le dessein où elle est de mettre sous presse un recueil de lettres d'Ugo Foscolo^ me demande si, dam le cas où j'en posséderais quelques-unes, je pourrais lui en donner copie. — Je me rendrais volontiers à votre défir, si ces lettres n'étaient véritablement de nature i être soustraites à l'impression, tant à cause du respect que je dois à cet ami infortuné, dont l'imagination n'était pas toujours gouvernée par la saine raison, que parce qu'elles fourniraient de vains aliments à des erreurs dangereuses. Je n'ai pas jugé, je ne puis regarder comme bon à pubUer ce que je possède d'inédit de mon ami. Je vous assure, d'ailleurs, que ce eoot choses sans valeur littéraire.
Votre Seigneurie, en outre, a l'amabilité de me demander si je permets que mon nom soit mis en entier dans les lettres où Foscolo, écrivant à d'autres.
parle de moi aUcctueusement. Les liens qui unirent œ cœur si dévoué au mien étant connus de tout le monde, je n'ai aucun motif poiu* souhaiter que Fon Uiie mon nom dans les lettres de Foscolo^ que d'autres croient pouvoir publier^ sauf cependant Texcepiîoa suivante. Quelquefois Foscolo et moi , quoique tort amis l'un de Tautre, nous différions d'opinions sor des choses graves^ et je ne cédais pas facilement. AlorS; dans ses moments de colère, écrivant à quelque ami intime, il se plaignait, je puis le dire, comme un iMXDme en déUre; puis, quand il était redevenu calme, il ae repentait d'avoir mal interprété mes sentiments, et m'en faisait souvent une généreuse réparation. Je dis donc que si Votre Seigneurie publie des lettres de Foscolo où il parle de moi dans ces accès de colère momentané, je désirerais que mon nom y fût effacé, attention délicate, dont je vous serais très-reconnais- MÊtAy et qui devient rare aiyourd'hui parmi les éditeurs de corres[)ondance.
J'ai l'honneur d'être, avec une estime particulière, etc.
A M. LE COMTE GIULIO PORRO
Vigna Barolo, 7 octobre 1830.
Mon bien cher Giulio,
Avant-hier M. Bessat m'a ap|)ortc^ sur la colline^ ta
bonne lettre, et tu peux penser avec quel plaisir je l'ai
reçue. Ce M. Bessat est un jeune homme aimable, de
cœur et d'esprit; puis une lettre de vous, mes ehers,
mes bons amis Porro^ c'est un présent qui faHtoi^|oun battre ce cœur si comidétement TÔtre. De mes nouvelles? je ne veux pas t'en donner pour ne pas répéter l'ennuyeuse histoire des infirmités de ma préeoœ vieillesse. Je respire comme je puis, et cela durera tant que cela pourra; mais comme je ne suis pas encore mort, j'espère bien ne pas m*en aller de ce monde avant de vous avoir revus et embrassés, et joui de votre contentement. On dit que dans un an l'ammstle autrichienne aura son plein effet. Ah ! serait-ce Ueii vrai ? Tu ne me le dis pas, ton ])ère pas davantage. El cependant M. Bessat m'a dit que vos espérances paraissent fondées.
Voici les quelques vers que tu me demandeif; adieu, mon Giulio. Adieu, excellent comte Luigi que j'aime et embrasse de toute mon âme. Aimez toi^joiin l'un et l'autre votre bien affectionné Silvio.
AU COMTE FEDERICO CONFALONf ERP.
Turin, 14 norembre 18:)9.
Mon bien cher, mon bon Federico,
Ix)rsque La Cistcma est venu me dire (|u'il re|iar-
tait |Hmr Paris, je voulais |)ar son entremise t'adrea-
ser enfin une lettre |>our te ré|)éter toutes ces choses
qui ne sont |>as nouvelles, mais qui entre vrais amis
« Publiée |)arbriri7m caUolica, téri<» III, vol. Hl. R 1 6 auùt 1 856. (Aoli. de lÉdH^r.)
se disent et s'écoutent toujours volontiers. A cette époque-là^ je nie portais bien en comparaison de ma aolé habituelle. Mais ce bien était si peu de chose qu'en un instant il s'évanouit^ et jusqu'à ce jour je Ji'ai plus eu assez d'haleine pour écrire une longue lettre. Je recommence à mieux dormir la nuit^ et à respirer plus facilement^ et c'est là ce que j'appelle encore une fois me bien porter. Je me flattais que rindult impérial te laisserait très-prochainement la liberté de retourner en Lombardie, et qu'ainsi j'allais bientôt avoir la consolation de t'embrasser. On allait Blême jusqu'à dire (tu l'auras su par La Cistema) que tu avais déjà passé ici en toute bâte et sans t'arréter. Mais de cela je n'en croyais rien; il me semblait iin|)0ssible que^ même dans la course la plus eflrénée^ tu eusses traversé ce pays sans revoir au moins un instant ton Silvio. Depuis que je ne t'ai écrite mon bien cher ami^ il s'est passé pour moi des jours bien douloureux. Tu auras appris la mort d'un homme e\celU'nt^ qui avait un cœur pareil au tien^ le inar- «{uis de Barolo. J'ai rarement éprouvé un chagrin aussi vif, aussi profond (ju'à l'occasion de cette peiie. Son excellente femme était en voyage avec lui. L'ayant %u mourir ainsi, dans une misérable auberge de Cliieri, et pres(|ue subitement, sa santé à elle en fut Umleverst'îe, et de retour à Turin, elle lit une gra\e maladie dont elle s'est remise avec peine. Femme d'un grand courage, mais aimant avec passion un mari qui le méritait, elle s est soumise à la volonté de IHni, mais elle ne peut encore goûter aucune c(»nsolatioii. ()h ! cehii-la est digne d en>ie (pii metui après
une vie bienfaisante et pieuse. 11 est cruel de sunrivre à ceux qu'on aime. Dans le cours d'une année j'ai perdu mes parents et cet homme qui était pour moi comme un frère. Tu peux imaginer si j^ai eu besoin de l'aide de Dieu [)Our supporter de si cruelles douleun ! J'étais dans ces jours d'inexprimable abattement quand il m'arriva une lettre d'Alexandre^ et une autre de sa belle-sœur. Il attendait^ disait-il, une occasion pour m'envoyer ses Mémoires, et me parlait de la bonne intention qui l'avait i)orté à les écrire. Je ne lui ai pas encore répondu. Il ne me dit rien de votre rupture ; la belle-sœur non plus. Elle faisait bien allusion à quelques déplaisirs auxquels il ne se serait jamais attendu^ mais sans me les s|>éci(ier.
J'ai reçu tout récemment une lettre du bon Porro. Il me dit qu'il lui faut ajourner jusqu'à Tannée prochaine resitérance de rentrer dans sa patrie.
Raconte-moi la vie que tu mènes. Je sais par LaCisterda que tu es renforcé^ récml)elli; rajeuni. Comme je m'en réjouis, et que je voudrais te voir heureux ! Salue pour moi le gracieux an^'^e d'Amérique quand tu lui écriras. Passes-tu l'hiver à Paris^ ou vas-lu de nouveau dans le midi de la France? Conserverais-tu l'espoir d'obtenir cette |>erniission tant souhaitée de rentrer en Italie? Pardonne-moi mon long silence^ et en signe de pardon écris-moi. Écris à ce Silvio qui t'aime si parfaitement de cœur. De la vie que je mène Je n'ai rien de notable à te dire. C'est celle d'un triste valétudinaire qui cherche à alléger ses propres dotileurs en évitant de se plaindre trop, et qui ne cesse de se rappeler à lui-même que son devoir est de
se réagner. Une de mes pensées les plus douces et (|ui revient le plus souvent à mon esprit est celle de Tamitié qui m'a uni a toi dans la prison^ qui m'unit à toi pour la vie^ qui m'unira à toi dans le ciel. Je t'embnsse tendrement.
Salue de ma part La Cisteraa^ si vous êtes l'un et l'aotre à Paris. Adieu^ mon bon Federico. Quand donc nous reverrons-nous ?
AU SAVANT M. XICOMÉDE BIANCHI, A MODÉNE.
Turin, 15 novembre 1839.
Très-estimable monsieur «
ic réponds à toutes les questions que vous m'adressez par votre lettre du 4, relativement à Ugo Foscolo.
I. Je fis connaissance avec lui dans ma vingtième Muiée, c'est-à-dire en i809, comme je revenais de France. 11 était fort lié «ivec mon frère Luigi.
H. Foscolo voyait dans Manxoui un jeune littérateur fc grande espérance; il l'honorait, le défendait contre ^x qui se mo4{uaient de la croyance religieuse à lafielieManzonis'était récemment rallié, tournant le dos i rathéisiiie. Foscolo appelait ces railleurs les fanatifuesdela philosophie, et se vantait, quant à lui, de mépriser, non les croyants, mais seulement les hyi)ocrites.
m. Il était en relations fort amicales avec la maison Bowieri et particulièrement avec le jeune D. Pietro; l«îpêrede ce dernier, D. (lUglielmo Borsieri, était Concilier d'appel, homme de bien et sincère catholique.
IV. Foscolo parlait de son Or lis a^ec un noélange de prédilection et de regret, et jugeait sévèrement h démence de ces jeunes enthousiastes qui prennentdaos son livre le goût du suicide. Qu'ils y puisent, disait-il, les sentiments généreux, et plaignent celui qui attente à sa vie comme un homme dont la raison s'est égarée. Il confessait parfois que c'était un livre dangereux, et s'affligeait du blâme que faisaient franchement retomber sur lui à ce sujet des personnes qu'il vénérait, tels que Volta et le comte Giovio. Il cherchait néanmoins à défendre ce livre et demandait qu'on le rangeât dans la catégorie, moralement parlant, des tragédies : tableaux de passions fortes, où Ton peint le mal pour faire ressortir le bien. Plus d'une fois il chercha à guérir des jeunes esprits trop épris d'Or/ii, et il prêchait alors avec une noble chaleur le devoir de vivre pour la société et pour la famille *.