‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 45 sur 113 · AU MARQUIS CESARE CAMPORI, A MODÈNE · texte numérisé non relu

AU MARQUIS CESARE CAMPORI, A MODÈNE

Turin, 11 décembre 1840.

Monsieur le marquis,

^otre poëme * est une composition infiniment re-

"ttnjuable, et je vous remercie de me l'avoir envoyé.

L'excellente duchesse était de ces âmes dont le départ

<•« ce monde est un malheur |K)ur heaucoup de ceux

' Inmorte di Maria hcalrice di Savoia^ ducfu'88(i dt Modetia.

(Mote de l' Editeur.)

qui survivent. On ne pouvait louer une plus belle vertu^ et Votre Seigneurie a tout ce qu'il faut d'esprit et de cœur pour traiter un tel si^et. Bravo encore une fois! . . , ,. ,

J'attache un grand prix au souvenir que vous ganlci de moi, qui mérite si peu tout ce que vousToulez biw me dire d'affectueux. . •(....

Je continue à végéter, inutile à tout le mondes 0I non sans douleurs; mais le Seigneur ne m'a mxùriéi ne m'accorde encore que trop de biens, et je serais coupable de me plaindre. Iles souffrances ont, awg^ mente au commencement de l'automne; en ce m^. ment l'oppression est tolérable. . 1 ..|

Vous qui êtes jeune, et qui avez tant de dispositian pour le bien, vivez en santé et eu belle humeur. !

Croyez aux sentiments d'estime et de gratitude avec lesquels j'ai l'honneur d'être^ etc.

A PIETRO BORSIERI.

Turin, 16 décembre 1840.

Mon bien cher Borsieri,

11 est inutile de te dire que, tout en gardant le rilence, chaque jour cependant je voulais t'écrire. Ta bonne lettre tomba dans un moment où je soufl*rais beaucoup; et ce me fut une grande consolation d'apprendre par cette lettre que vous allez tous bien et que vous vous souvenez de moi. Maintenant, après un automne déplorable, mes |K)unions reprennent un tant

soit peu de force, et, depoi» deux scmunes. je m'cet trop me plaindre. Je ne le parle ps» ^one trîsie pro- ▼iaondedooleorsriiwnatrinaiegartîcnlMrcsi^ de tuniUe. Lnigî les a parfois aigus, je k$ ai Boins ^es; lui et moi, do» nous encmmfeoos mobirllement dans les dirers mam qui Donsaflliipent, et oe ne not pas tous imm-do coq»!... D conliiHie à habiUr h petite TÎUe Toisioe de Chieri, noo par goôL mat» paréoDOomie. Xoos nous TîsiloiB quand DooslepouîODSyCt il ne nous arrÎTe jamais^ d'être ensemble sans pvier de loi aTec une TiTe lendresEe. ci anssi, béias! iTec douleiir, à cane de cette maiiraise éloile qui te pounoit Ta me disais que tu allais à Trente pour y Tendre un reste de propriété. Oh! que nous serions heurem d'apprendre que tu as liea d'être content de tes aOàires ! D est diCBdIe, après de si cruels malheurs, de retrouver des jours paisibles! Mais tu es bon, lu as un esprit énergique, et j'espère que ces qualités seront aimées leur prix. Que Dieu le veuille et te rende, ^otint que possible, le séjour de la patrie agréable et P<t>|>ice! Qu'il joigne à ses autres bienfaits le don d'une bonne santé et la joie de voir bien portants ton frère cl tes sceurs. OtTre-leur à tous mes plus cordiales fidutations. Quoique je te sois bien inutile, continue de m'aimer. Je Veml>rasse également au nom de Luigi. Adieu, mes très-cbers amis. Priez pour moi. Je me recommande particulièrement aux saintes prières de tes sœurs, dont je connais Taugélique vertu.

A PIETRO GIURIA».

Turin, 19 janvier 1841.

Cher Pielro,

De tout mon cœur je te rends souhaits pour souhaits^ je te remercie de ton doux souvenir^ de tes expressions amicales^ et aussi de ces strophes que j'ai lues avec plaisir. — Te voilà donc à Asti. Combien je voudrais que chacun de ces changements améliorât ta position ! Je ne sais comment tu te trouveras dans cette ville. Tout homme (>oi*te en son cœur une inclination sans cesse renaissante à gémir^ à murmurer^ à se plaindre des Ueux^ des choses^ d^s personnes^ et ce malheureux penchant est inné en nous^ parce que^ nés divins, nous aspirons à une destinée divine. Hais la vertu veut que nous mettions un frein à nos emportements, que nous nous accoutumioiiS à patienter et à sourire de tout ici-bas, en reconnaissant que le lioiiheur est rare sur la terre. Entre autres biens, je le souhaite cette faculté de savoir être content et sourire, je ne dis pas faute de stmtir, mais |»ar un sentiment élevé et religieux.

Je ne suis qu'infinnilés. Le froid me déchire; je prêche ù autrui la |>atience, et j'en ai moi-même une bien'fN'tite dose |)our souffrir. Tournons-nous vers

* Du livre Silvio Pelliro e H ntio ttmpo, coosidéntînot de Pie* iroGiuria. — Vughera, lip. (Jalli, 485i.

{.Sou de l'Éditeur.)

Dieu, et avec lui nous serons forts, ou noire Taiblesse sera soutenue.

^i tu fais une excursion à Turin, j'aurai bien de la joie à le revoir.

A PIETRO BORSIERI.

Turin, 25 février 1841.

Mon bien cher Borsieri,

'^ te donne la triste nouvelle de la mort de notre P^'^re Lirigi, arrivée par apoplexie. Il était un peu *<>**ffrant comme toujours, mais, en apparence, moins malade que moi. Le jeudi 18, il se leva, et, à Theure du dîner, il se mit à table. Il avait à peine mangé une i^^cliée, qu'il pâlit, s'évanouit; on le porta dans son Ml. Cela se passait à Chien, où il dcmcurail. On m'en- ^^Yn. on exprès. Le vendredi, au point du jour, je parl'S- Je le trouvai vivant; mais, grand Dieu! dans quel ^^i î 11 ne pouvait dire une parole; seulement il me P^rtîi <les yeux, et ce fut aussi des yeux (ju'il s'unit *"^ cérémonies de rexlrême-onction, aux prières, aux eiliortations des prêtnîs. La science fles médecins fut *"^Uile. Celle agonie se prolongea jusiju'à samedi vers ^^^e heures, puis un saint homme élanl venu le bénir *^^c une relique de saint Joseph, mon Luigi rendit Viine sous celle sainte l)énédiclion.

IVonnez-lui lous, mes bons amis, un soupir fralerni*l, et priez pour lui. Depuis longtemps déjà son iolelligence était devenue loule religieuse, toule ca*

Iholique. Adieu, mes frères, mes sœurs, je vous embrasse et suis votre frère.

A PIETRO GIURIAi.

Turin, samedi-faint 1841 .

Très-cher Pietro,

Tu as une âme sensible et qui peut apprécier la perte que j'ai faite. Mon cher Luigi était peu connu dt toi^ mais tu sais à quel point nous étions unis. Un caractère plus candide et plus noble, je ne Tai jamais rencontré. — Je te remercie de ta sympathie. Venant de toi, elle m'est précieuse, car je la sais sincère.

Je me résigne à la mort de Luigi comme à toute chose, et je bénis Dieu. Nèmmoins mes jours se sont obscurcis; et ce n'est pms seulement Tâme qui souflh^, mais toute ma personne, tout cet être malade et fatigué.

Excuse-moi si d'ici à quelque temps je ne te parle pas de tes précédentes lettres, auxquelles je n'ai pas ré|)ondu. Qu'il te suffise de savoir que je t'aime et suis heureux de ton amitié.

' Du l'iTre Silvio PelUco e il suo tempo, oonsidéniioos de troGiuria. — Yoghera, lip. Gaiti, 485i.

{Note de VÉditenr.)

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