A M. LEONARDO FEA
Très-estimable Monsieur,
J'ai à vous remercier et à me plaindre de vous. Llionneur que vous m'avez fait est plus que je ne mé-
rtte^ et je n'en serais digne que si j'eusse pu atteindre au but (|ue je visais ; j'en suis resté fort éloigné.
Vos critiques sur mes productions me persuadent ; nuis assurémeAt votre coup d'œil, si perçant dans rexamen et les jugements des œuvres de l'esprit^ en eût trouiré à faire bien davantage^ s'il n'eût été émoQssé d'avance par la douce bienveillance que vous nie portez. Je vous dirai franchement que je ne suis cooieut d'aucune des compositions sorties de ma plume : les défauts y surpassent les beautés. Vous qui ites jeune et qui avez une âme noble et ardente^ vous <erez, j'espère^ de ceux qui ajouteront à la gloire de iiotre littérature. Votre manière d'envisager l'étude ^ k mienne; l'étude doit être une excitation puissaoie et sacrée aux sentiments généreux^ aux actions généreuses^ une heureuse harmonie entre le savoir profane et le savoir religieux^ entre les investigations hardies de l'intelUgence et l'humilité sincère du chrétien, entre le mépris de tout ce qui est bas et l'indulgence envers les hommes.
Adieu, conservez-moi votre bienveillance, mais sans illusion ; votre affection et celle de vos bons amis m'est précieuse.
A GIOVANNI VICO
Turin, 16 août 1841.
Mon cher Vico^
Je voulais t'écrire à toi quelques lignes sur l'article de Fea, je me suis ensuite décidé à lui écrire à luimême ; remets-lui, je te prie, l'incliiso. Uuelle belle
àme que celle de ce jeune homme ! Hais en cette occasion il a le déraut de me regarder pour ainsi dire à travers la loupe de sa candeur et de sa bonté. El Yous^ ses intimes, vous avez le même défaut. Mais je me connais trop bien pour ignorer à quel point je suis dépourvu de génie et de vertu. Soyc^z plus justes, et bornez-vous à dire que si je ne me suis pas élevé très-haut, la postérité daignera peut-être m'excuser en pensant à mes années de douleur. — 11 est certain que j'eusse produit davantage et me fusse livré à des études plus fortes.
Courage, braves amis, étudiez, vous autres, composez, et toujours dans des vues nobles et saintes ! — Je t'embrasse. Aime ton Silvio.
A PIETRO BORSIERI.
Turin, 19 décembre 1811.
Mon bien cher Borsieri,
Caponago m'a annoncé le dessein où il est de venir à Turin pour une affaire, et je l'attends avec joie, quoique je regrette de sentir que mes infirmités m'ont rendu si inactif et si inutile. Mais ma joie serait double et archidouble s'il pouvait t'amener avec lui. Il m'a écrit : Oh / que nous allons nous trouver ckan* gis! — Quant à moi, je le suis grandement de visage et de forces ; je ne le suis pas moins dans ma manière de juger la plupart des intérêts de ce monde. Mais je ne suis nullement changé de cœur envers mes bons amis. Je n'ai |>as besoin de te répéter quel souvenir je
gtrdede la famille Borsieri. J'ai rencontré peu d'âmes tosi siacères^ aussi aimantes que les vôtres: Dis-le à les excellentes sœurs et à notre Gaetano^ aûn qu'ils tontimient à m'aitner et à prier pour moi. Écris-moi et donne-moi des nouTeUes de chacun de yous^ et ^ionte en particulier fêtât dans lequel ta santé se btNiTe^ si les palpitations te laissent le calme et la force nécessaires pour te livrer aux travaux litténires. Veifle à tf conserver^ et salue de ma part^ i*âbûrd ceux de ta famille^ puis, l'un après l'autre, ce petit nombre de nos amis qui restent près de toi. Dis à mon bien cher Porro que sa lettre m'a fait plaisir, parce que j'en conclus qu'il est plein de vie. Prie Federico de m'excuser si je ne lui ai pas encore répondu, et avec lui salue sa femme de ma part.
ie Tégète du mieux que je puis, mais non sans douleurs. Adieu, aime-moi, aimez-moi tous en famille et poHei-vous bien.
A PIETRO BORSIERI.
Turin, 28 décembre 1841.
L'année va finir, et je veux, avant qu'elle s'achève, l'aiiresser un salut et te demander de tes chères nouîelfcs, de celles de Gaetano et de tes sœurs. Que de fofe, dumnt cette année, je me suis dit que je n'en verrais \ïas la fin! Et cependant me voiti toujours; setiienient j'ai la douleur de voir malades des personnes excellentes : l'une est ma sœur, «jui, depuis la mort du {Kiuvre Luigi, n'a fait que languir; l'autre est
la marquise de Barolo^ ma bienfaitrice^ qui, depuis une quinzaine de jours, est en proie à des souffraoeet dangereuses, et je vis entre la crainte et Tespéranoe à chaque alternative de symptômes pires ou meineors. Si tu vois Confalonieri, dis-lui de nf excuser si, depuis son retour en Lombardie, je ne lui ai écrit qu'une seule rois : je répondrai à sa lettre; salue-le de ma part, et offre mes devoirs à la comtesse. Donne le bonjour aux chers Porro, à Capoqago, qui m'avait annoncé qu'il viendrait à Turin et que je ne vois point paraître; à tous nos amis, parmi lesquels je mets en premier lieu tout ce qui appartient à cette famille Borsieri, toujours si chère à mon cœur. Bonne année f adieu; aimez-moi, je vous aime de cœur.
A PIETRO GIURIA".
Turin, jeudi 94 fëvrier 1849
Mon cher Giuria,
Il est dur de ne pouvoir contribuer à secourir des infortunés ! mais on me fait souvent des appels semblables, et tout le monde ignore que je n'ai pas des ressources proportionnées aux désirs de mon cœur. Tout le monde ignore qu'ayant vécu bien des années hors du Piémont, je suis uni par le lien étroit d'un malheur commun à des personnes qui sont aujourd'hui
* Du livre SUvio Pellico e il tuo tempo, consîdénUoDt de Fietro Giuria. — Voghera, tip. Gaui, 4854.
{Noie de l'Éditeur.)
dans une triste situation. Tout le monde ignore^ en outre, que je suis tout à fait étranger (la chose a été réglée ainsi) au généreux usage que Madame la marquise (ait de son argent. Tout cela est cause qu'aujourdliui je n'ai pas le pouvoir de secourir même une bmiUe que tu connais. J'en suis profondément affecté. Madame la marquise répand ses différentes aumônes ou eUe-mèroe^ ou par l'entremise des curés^ et cela pour observer uu ordre constant et invariable ; elle n'admet pas d'autres intercesseurs.
Accepte donc l'expression sincère de mon regret. — J'opère que ton indisposition n'aura pas eu de suites. Soigne-toi bien.
U$ Mémoires d'un prisonnier, dont tu me parles, je les ai eus dans les mains^ et ils sont intéressants. Je oe lésai plus. L'auteur est Andryane, homme de sentiments généreux^ mais trop indulgent quand il apprécie mes faibles actions. Ses volumes contiennent diferses anecdotes de prison dont je ne pouvais parler. J'aurais nui à mes compagnons de captivité. Si inutile que tu me voies^ crois-njoi^ ce que je suis^ le plus affectionné de tes amis.
A PIETRO GIURIAi.
Turin , !•' mare 1842.
Très-cher Giuria, Tu es mauvais juge de ta Canzone, que tu pourrais
1 Du livre Sihio Pellico e il suo tempo, considérations de PieiroGiuria.— Voghera, tip. GaUi, 1854.
[Noie de l'Éditeur.)
sans vanité estimer |)lus que tu ne fais. Je te remercie de me Tavoir fait connaître. U y a du goût et de la pensée.
La tragédie que tu entreprends de traduire me pt^ rait convenir à notre théâtre^ et ton vers libre y fera à merveille. Mais comme elle a déjà été traduite, ta n'auras pas le mérite de la nouveauté^ sauf dans la supériorité de Texécution. C'est un mérite que les M» très sentent^ mais eux seuls^ ou bien peu d'autres. J'en dis autant de la traduction de quelque tragédie que œ soit^ si elle est très-connue.
Si tu te donnais cette peine pour ne publier qu'on volume, j'y verrais peu d'avantage ; le public n'y prendrait pas garde, l'œuvre manquant de nouveauté. Mais l'entreprise peut être bonne par l'importance qu'elle acquiert de la multiplicité des choses que vous vous proposez de recueillir.
Mais je ne vaux pas grand'chose pour donner des conseils sur cette matière , n'ayant pas la moindre expérience de ces sortes d'entreprises.
Guéris-toi vite et complètement, et reprends la lH3lle Canzone. — Lors(|ue je publiai Mie Frigiômi^ je ne prononçai pas le nom d'Alexandre Andryane ni de plusieurs autres, parce que la moindre allusion de ma part aurait pu leur nuire tant qu'ils étaient en prison. Je ne nomm<ii que le petit nombre de ceux avec qui j'étais notoirement lié d'une intimité frater* nelle ; je dis notoirement en ce qui est de la connaissance que pouvait en avoir le gouvernement autri- •chien.
Je suis en proie à mes douleurs habituelles d'esprit
et de cor|i6. Je ne yoîs pas la guérison de Madame la marquise faire* de progrès; ma sœur est toujours malade^ et d'autres malheurs^ qui ne me sont pas permmds, me déchirent le cœur.
Mais courage I l^omme doit gémir sans cesser de se conformer aux volontés du Seigneur. Chacun doit porter sa croix^ et il faut la porter de bonne grâce jusqu'à la fin.
Je souhaite le bonheur à Flechia ; mais qu'il est rare que le mariage le donne !
Je t'embrasse et suis ton Silvio.
ALA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI MOMBBLLO.
Jeudi 21 avril 1842.
* Madame la comtesse^
Dans le billet que tous me faites l'honneur de ro'adresser, vous me dites que H^^^ la marquise Brignole désirerait voir les écoles qui suivent les asiles de Fmfance. Je vois par là^ Madame^ que vous supposez que Mn« de Barol a aussi institué de ces écoles dont TOUS parlez. Mais les écoles qui suivent les asiles de f enfance sont une institution publique, c'est-à-dire établie |»ar la ville de Turin. Ce sonl^ pour les gaiçons, les Frères de la doctrine chrétienne, dits Ignoraniinsy et, pour les filles, les Sœurs de Sainl-Joseph. Les unes et les autres prennent les enfants de sept ans et les élèvent gratis, convenablement à la classe populaire. Mn>« de Barol ne préside point à ces écoles. Il y en a dans les ditTérenls quartiers de la ville.
J'ai mentionné l'autre jour le couvent de Sainte- Anne^ institué i>ar M"* de Barol. Là le^ bonnes sœurs de Sainte-Anne donnent éducation^ non gratuitement, mais à fort bon marché^ à des pensionnaires. Il y en a plus de cinquante. Je ne saurais pas vous dire. Madame^ si on peut facilement aller le visiter. M** de Barol est sortie^ et je ne la verrai qu'à cinq heures. Mais il me paraît^ d'après vos expressions, que ce que M'"*' la marquise Brignole demanderait à voir, ce sont plutôt les écoles des Sœurs de Saint-Joseph.
J'ai un exemplaire de ma faible et humble poésie i vous offrir. Quoique vous l'ayez déjà lue et honorée de votre indulgente approbation, permettez-moi de la mettre à vos pieds.
Quand vous verrez M"*^ la marquise Brignole, je vous prie de vouloir bien lui présenter mes respectueux devoirs.
Bien des choses, je vous prie^ à M. le comte. J'ai l'honneur d'être, avec les sentiments les plus distingués d'estime, de considération et de dévoue* ment, etc. *
AU PÈRE FERAJJDI.
Turin, 7 mai 1843.
Oh ! quel aimable reproche ! quelle douce fàclierie ! quelle agréable philippique I Ta colère, celle de Giuseppina, celle de la famille Daviso, sont autant de preuves d'indulgence et d'amitié.
Je reçois ces injures et ces fureurs comme autant d'angéiiques sourires, et je vous eu remercie mille
foi0.-^ais^ en vérité, l'hymne que lu me demandes, ddoDt je f en voie six exem[daires (l'un desquels je te prie de faire -agréer à la famille Daviso), est une faible eBmpbsitîôn, où je n'ai mis de bon que la volonté. — M fait'uné exception pour la Propagation de la foi ; iteis/^en' général. Je ne compose jamais de ces pièces < Mûeasion de9 fêtes, etc.; ces occasions se succèdent et se répètent sans fin. Le temps me manque pour «ia. J'aime ces fêles, je loue ceux qui les chantent, mais je préfère ne m'unir aux fidèles que par la prière «tt*rh participation aux divins mystères. Pour la ^iMMe^h, je laisse écrire les autres.
' Aie Meil soin de ta tête chérie; je compte, pour Giuseppioa et pour toi, sur l'amélioration de la saison.
IMNftoi, avec l'hymne, aux pieds de la famille OniBo.
Je t'embrasse et suis de tout cœur ton Silvio.
AU PROFESSEUR PIER ALESSANDRO PARAVIA
3 juin 1842.
Très-cher chevalier.
L'exemplaire de votre discours dont vous m'honorez m'est un présent souverainement agréable. J'avais lu a-tte composition exquise, mais je ne la possédais pas. Je me réjouis de l'avoir, et surtout de la tenir de votre amitié. C'est, comme vos autres discours, un travail d'un goût parfait, pour le choix des idées et ()Our leur expression toute pleine de convenance et de grâce. Chaque fois que je Us quelque chose de vous, je m'en
félicite avec notre |)ays; il o*est pas possible qu'un tel professeur ne propage point des doctrines vivifiantes.
Je n'ai plus un seul exemplaire de ma Cafixone^ mais je verrai à en trouver un et je vous renverrai.
Je suis toujours assez souffrant; toutefois la campagne a un peu dilaté mes poumons; je respire mieux.
Vivez en bonne santé et en bonne humeur, et tenezmoi pour ce que je fais profession d'être, votre bon serviteur et ami.
AU TRÈS-HEVÉREND PÈRE FERAUDI,
MON FRKRK UIBN-AIMK.
13 juin ISO.
Entre vrais amis, c'est un petit malheur qu'un malentendu d'un moment^ après lequel se rétablit aussitôt l'état ordinaire de douce et parfaite harmonie.
Je t'aime précisément comme tu es, avec ta vive façon de sentir. Celui qui sent faiblement est moins chaud dans la charilé et dans Tamitié. Le bon Oittolengo lui-même me le disait bien; il disait, en manière de plaisanlerie : o Les saints sont tous mauvais » (ce qui revient à dire |>assionnés et sensibles). Oh ! que je voudrais être mauvais de celte façon, c'est-à-dire en ne cessant de fairi! du b.en aux autres, et en gloriliaiit le Seigneur! Voilà bien ta malice; donne-m'en un peu, donne-m*en même l)eaucuup, et je t'en serai oUigé.
Il me semk)le que les plus grands maux de noire siècle sont )a tiédeur, rindillércnce, rinscnsiUlité i tout ce qui n'est pas amour de soi-même, l'égoîsme.
Mieux vaut qu'il y ait un peu de feu dans nos âmes ; tu me plais parce que tu en as. Mon estime pour toi est grande, sans être en rien basée sur les chimères de l'exagération. Elle est parfaitement fondée^ au contraire, sur de bonnes raisons et sur l'expérience des faits, et j'en remercie Dieu chaque jour. Je n'ai pu aller hier à Turin, non à cause de mon état^ mais à cause de la santé^ encore très-faible^ de Madame la marquise. Elle est néanmoins sans fièvre. Aie soin de toi, et que Giuseppina se soigne également.
ie me réjouis d'apprendre qu'elle a été aiTectueusement reçue par les Rosines. Tu as eu raison de lui conseiller d'y aller. Ces rares visites sont de convenance et selon l'esprit de charité. Je ne lui fais pas un crime d'avoir ajourné^ puisque sa santé n'a jamais été Iranne, et qu'on ne peut monter jusque-là sans une gninde Tatigue. Je t'embrasse et ferme ma lettre^ |»arce que le messager part.
A GIOVANNI VICO
Lundi I« août 1842.
Mon cher Vico, Je te remercie de tout ce que tu m'écris. Les bonnes nouvelles que tu me donnes de notre Giorgio me font plaisir. Je tc^ suis bien reconnaissant de laUection que tu me portes, et je te la rends de tout mon cœur. — Je lirai la tragédie qu'on t'a chargé de me comrnuin'quer, el ensuite je l'enverrai à M'"*" Briano pour (|u'elle ait la complaisance de la rendre. Mais je n'accepte pas la
charge de prononcer un jugement sur cette production. Il est rare que je m'enhardisse à peser les mérites d'une tragédie^ me défiant de mon goût^ et flottant entre mille incertitudes. Excuse-moi auprès de l'auteur^ et fais-lui dire que je me borne à me réjouir de son talent et à lui souhaiter un heureux succès. Boune campagne ! vis en joie et garde-moi une place dans ton amitié. Je finis en te remerciant aussi des exemplaires du Manfredo que tu as eu Tamabilité de m'offrir.
AU CHANOINE IGHINA».
Turin, !•' août 1842.
Cher et illustrissime chanoine^
C'est de la part de Votre Seigneurie une excellente pensée de nous avoir donné de ses nouvelles; j'en étais très-désireux et je vous en remcr.cie comme d'mi précieux surcroît de plaisir dans ce jour où pour moi tout est fête. Au i" aoûl, je me vis délivré des chaînes autrichiennes; c'est une seconde naissance. — Je ne dois pas vous remercier pour moi seul. Voire lettre a fait plaisir à Madame la marquise. Je suis chargé par elle de vous dire mille choses, et, entre autres, que vous vous conserviez en joie et bien portant, pour nous arriver tout florissant de santé à la mi-août.' Vous pouvez être certain que vous trouverez le plus cordial accueil, Madame la marquise rendant pleine justice
1 Du livre Silvio Pellico e il suo tempo, conskJéraiions de Pietro Giuria.— Vogfaera, Up. GaiU, 4 854. (Noie âe l'Editmr.)
à vos talents et à votre excellent caractère. Je ne parle pas de moi^ qui ne compte pour rien^ mais qui ai de si bonnes raisons pour vous aimer et vous estimer autant, iooisfiez des jours que vous passez en famille^ et sachez ensuite vous en arracher sans trop de chagrin.
Ici rien de nouveau. Le petit peuple de Sainte-Anne est retourné à Sainte-Philomène. Nous faisons aujourdliui, Madame la marquise^ le père Bernardo et moi, une excursion à la Vigna, d'où nous descendrons pour Tisiter le petit peuple. Peut-être Madame la marquise ira-i^îlie dans quelques joiA*s à PoUenzo en s'arrétant deux ou trois jours à San-Hartino dagli Alfieri ; moi^ pour ne pas rester en ermite à Turin, j'irai à Chieri cbez ma sœur.
Veuillez rendre à vos respectables parents les compliments de Madame la marquise, et leur Taire agréer les miens. — Quand vous verrez le comte Buruggi, offrez-lqi mes devoirs.
Je suis de tout cœur, cher et aimable chanoine, etc.
AU CHEVALIER CESARE CANTl^.
Turin, 22 août ia42.
Monsieur et honoré chevalier.
Notre ami Briano m'a apporté une douce offrande dans les courtoises et aflectueuscs ex[)rcssions que vous m'adressez. L'estime d'hommes distingués comme vous est un bien que j'apprécie iniiniment. Souvenezvous de moi, surtout aux heures où votre pieuse intelligence cherche force et consolation aux pieds du Sei-
gnciir^ et demandez-lui aussi force et consolation ()Our moi.
Je vous souhaite toute sorte de félicités, et suis votre bien alTectionné serviteur.
AU MARQUIS CESARE CAMPORI DE MODÈXE.
Turin, l** septembre 1H4^
Monsieur le marquis.
Les deux tragédies lyriques ' que je vous remercie beaucoup de m'avoir données sont réellement d'excellentes compositions, et je les ai fort goûtées. Vous avez traité ces deux sujets en homme qui sent avec force et avec délicatesse, et qui possède à fond Tari de préparer, de nouer et dénouer un drame. Pensées, sentiments, vers, style, tout ici me plaît; et cependant il me reste une exigence, mais ceci regarde plutôt l'avenir.
11 me semble qu'avec votre talent vous devriez aborder de plus vastes tableaux. Des drames lyriques, si vous voulez, mais je les voudrais plus étendus, plus longuement dévelop|)és. Je serais plus ému si le cher poëte ne m'abandonnait pas si vite. A mon avis, les auteurs de ce genre de drames se perdent tous depuis que, se laissant tyranniser par les convenances de ki musique, ils ont restreint le champ marqué par Métastase.
1 Nepomuceno Orsini et Osmia étaient les titres des deax tragédies lyriques écrites par le marquis Campori. aoxquelW fait allusion la présente lettre. {Soie de VÉdiirur,)
— Mi —
Au surplus^ ma plainte vient peut-être de Texcellence même de vos deux tragédies lyriques^ qui me les aura fait trouver trop courtes.
Vous voyez, en somme, que je ne saurais vous adresser aucune critique importante sur ces charmantes compositions. Agréez mes sincères applaudissements, et croyez-moi votre très-dévoué et trèsobligé admirateur.
P. S. Remarque qui ne touche point à la poésie, mais purement de fait. Au xni« siècle, le nom de Néfùmucéne n'existait pas encore. 11 n'a été donné qu'après saint Jean, martyr bohème, né dans la ville deNepomuk, mort en 4383, très- vénéré des Bohèmes et des Allemands, mais sans culte authentique jusqu'à sa canonisation, qui eut lieu en 4729. Votre Seigneurie a pris le nom donné par Dandolo, et n'a pas à se reprocher ce péché, d'ailleurs très- véniel.