‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 54 sur 113 · AU CHEVALIER CESARE OANTÎJ · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER CESARE OANTÎJ

Avril 1843.

€her ami ,

Ces fragments que tous a montrés M. de Latour me sont à présent un sujet de contrariété. Moi qui avais enduré dix ans de pénible agonie sans me plaindre, je n*ai pas su souffrir en paix de me voir attaqué par mes frères et méconnu de mon pays.

G;la vous prouve , cher Cantù , combien je suis éloigné de cette [)erfeclion chrétienne que vous me «Mipposez, combien je ressemble peu à ce divin modèle qui, après avoir tout souffert de tous, dit : Bemdirite persequentibiu ; benedicite , et nolite maledicere. Mais vous vous trompez, en croyant voir dans J#t> Prigioni une étude , une disposition directe à répandre (Mirtout la lumière pour ensuite porter toute Tombre mr une seule personne. La main sur le cœur, je vous

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proteste qu'aucune pensée de vengeanci? ne m'a animé : je n'ai eu qu'un but, raconter, raconter simplement^ non pas tout ^ssurénAent , mais en ne di»mt que des choses vraies. Je mentirais à moi-même , si je niais aussi que j'aie eu l'intention de faire un livre ; mais laissez-moi le redire encore : je n'ai pas voulu que ce livre fût une vengeance. Et à présent que vous me rappelez avec tant de bienveillance mon petit Appendice, je sens plus que jamais la vertu du pardon ; et vous aussi vous avez eu , et vous aurez encore bien des occasions d'exercer cette vertu et de manger du pain de Fra Cristoforo '.

Je me réjouis de l'accueil que vous avez reçu de notre cher CoUombert , excellent jeune homme , et l'ornement de la catholique ville de Lyon. J'avais tu sa traduction de votre Buonvicino, dans la Revue de Lyon.

Je sais qu'à Paris vous ferez autre chose que flâner* ; ce tumulte vous fera désirer la petite chambre de vos persévérantes études. Avant que vous y rentriez, je compte vous voir ici, comme me le fait espérer notre ami Briano qui vous salue , ainsi que moi , de tout son cœur.

> Manger le pain de tel ou tel saint est, en Italie, une locution familière, qui se modiGe suifsnt la ? er(u particulière du saint dont on invoque le nom. (Note du Tradudeur.)

* Ce mol est en français dans le texte.

(NoU du Tradudfwr,)

A M. ANTOINE DE LATOUR

Turin, 15 mai 1843.

♦ Monsieur^

f euis I^onifeur de vous écrire, le mois passé, pour (Menir de Totre obligeance que , dans Tédition illustrée de Mes Prisons, au fragment inédit que je tous d confié. Ton ne mette aucun dessin représentant feu h comtesse Balt)o : cela ferait de la peine à mon ami, k comte César Balbo ; il m'a prié de tous adresser cette demande. N'ayant pas reçu de réponse de tous, lotisâeur, J^ai jugé que ma lettre s'était perdue, ou que TOUS étiez absent. Dans cette supposition , j'écritb , pour le même objets à M. Charpentier, idileur, ti^ Î9, rue de Seine. Point de réponse non plus.-^Je roas adresse de nouTeau ces deux lignes, quoique nutTrant ; faites-moi la grâce , Monsieur, de m'honorer de quelques mots de réponse : je tous en serai infiniment reconnaissant.

Votre déToué serTÎteur et ami. j^

A L'IXSIGNE PROFESSEUR A. IGHINA».

Turin, 18 mai 1843.

Cher et illustre professeur.

Voire discours d'inauguration est Traimeni beau, très-

* Du livre Silvio Pellico e il stu) tempo, considérations de PieifoGiuria.— Vogliera, lip. GaUi, 1854.

[Note de l'Éditeur.)

beau ; j'ai eu grand plaisir à le lire : heureux chaque fois que je rencontre de Téritables preures de talent, et principalement chez une personne amie ! Tout œ discours est bien pensé et bien développé ; le style en est clair et animé; chaque détail y fait aimer le modeste et brillant professeur. Bravo ! mon cher théologien ; si j'eusse trouvé des défauts , je vous les signalerais : je n'en vois point. — Vous remarquerez seidement qu'à la page 33, Ugne 4 1 , en écrivant , vous avez hésité sur le choix d'un substantif : la phime sTesl arrêtée et n'a pas achevé. A la fin du discours, je dirais de lumineux modèles, au heu d'un lumineux modèle y pour que l'éloge ne paraisse pas s'adresser exclusivement à l'excellent évèque Ghilardi , mais semble plutôt se rattacher au pluriel diocèses , parmi lesquels brille aussi le sien. — Votre Seigneurie me fait trop d'honneur, en disant de moi, dans la note, des choses que je ne mérite nullement. Ma bonne volonté eM toujours peu productive. — Madame la marquise, à qui j'ai remis votre lettre , vous présente ses devoirs.

Aimez toujours, cher professeur, votre trës-bnmble et très-affectionné serviteur.

P. S. J'ai relu avec plaisir le beau sonnet; merci pour les exemplaires que vous avez eu la bonté de m'envoyer.

A M. A. DE LATOUR

Turin, 98 mai 1843.

* Monsieur et ami.

Il n'y a pas moyen de vous gronder : vous m'avez

fait atteodre votre réponse, mais elle est si bonne, si amicale, elle m'apprend un si bel événement de votre vie l J'aime à vous savoir heureux, j'aime ce que vous me dites de Taimable et digne compagne que Dieu vous a tait rencontrer. Veuillez mettre mes hommages à ses pieds. Quoique je ne vous aie jamais vu, mon cher Monsieur, je connais votre âme. Ce n'est pas seulement vous que je félicite : H»* de Latour sera heureuse, dites-le-lui de ma part. Pour ce qui dépend de vous, j'en ai la certitude. S'il est vrai que mon livre s'est mêlé de vous rapprocher l'un de l'autre, je l'en aimerai davantage. C'est une raison pour que vous m'honoriez tous les deux d'un peu de bienveillance. Je demande que cette bienveillance ne soit pas stérile, je veux que vous l'exerciez en priant pourmoL

Je suis bien aise que, dans l'édition illiistrée de Mes Prwm$, le désir que je vous avais manifesté soit rempli. Je venais aussi d'en recevoir l'obligeante assurance par H. Charpentier. Quelques jours avant que je reçusse cette réponse de lui, je vous adressai. Monsieur, une seconde lettre. H. le chevalier Bonafous devait vous l'apporter ; s'il n'est pas absent de Paris il l'aura fait. — Vous l'aurez trouvée, comme la première, dénuée de détails sur ma vie actuelle. Hais je vous ai dit que je soufTre ; c'est là ma vie actuelle, mon cher Monsieur : je déteste le lit, j'y reste le moins que je puis, mais je suis toujours malade, je souiTre souvent beaucoup. Le peu d'activité que je conserve me sert à tâcher de porter ma croix sans hnpatience, sans tristesse. Cette lutte secrète est mon occupation.

je dirai presque mou bonheur. Réussir à ne fias trop me plaindre^ à ne pas attrister ceux qui ont la bonté de m'entourer de leurs soins^ c'est un plaisir que je voudrais garder, que j'es[ière garder jusqu'à la fin. — Ha santé, déjà si mauvaise^ a été cruellement ébnuH lée par la perte de mes parents et de mon excellent frère Louis. Ce dernier est mort il y a deux ans^ peu de temps après mon père. J'avais perdu ma mère en iR37. La religion apprend à bénir ces coups terribles, à survivre, à rester seul; son affaire est de donner des forces à Tâme pour (|u'elle monte au ciel.

J'ai dit : rester seul. L'expression ne serait pas juste à mon égard. J'ai des amis précieux; leur généreuse affection adoucit toutes mes douleurs. Mop sort est aussi heureux qu'il peut l'être dans ma position après tant d'épreuves. Dieu m'aide encore puissamment

Pour des livres, je n'en ai plus fait,— du moins je n'en ai plus achevé. J'ai quelques matériaux informes; je passe des mois sans pouvoir m'en occuper. Si une petite pièce de vers sort de temps eu temps de ma plume, c'est quelque bagatelle que je n'ai pu refuser à un ami, à un enfant, à une circonstance.— Ha biographie est restée en silence; je ne suis pas pressé de l'en faire sortir. — Vous me demandez si votre édition illustrée peut conserver l'avantage des chapitres inédits. Oui certes, et même je vous dirai que H. de Villeneuve Bargemont, que j*estime infiniment, et ses amis m'ont écrit, m'ont fait écrire pour m'engager à mettre aussi ces chapitres ou d'autres à leur disposition. J'ai aussitôt ré|)Oudu négativement.

Adieu, ne m'oubliez point. Puissiez-vous bientôt ajouter à votre bonheur celui si doux d'être père I

A quel titre éte»-yous actuellement près du prince? Vous ne me TaTez pas dit.

Faite^moi la grâce de faire avoir la lettre ci-jointe à M. Andryane, dont le souvenir m'est toujours cher.

Je suis^ avec les sentiments de la plus parfaite estime, votre ami, Silvio Pellico. ^

AU PROFESSEUR PIER ALESSANDRO PARAVIA

Vigna Barolo, 30 mai 1843.

Très-estimable chevalier,

Je n'ai pas l'habitude de donner des autographes^ mais il faut bien que j'obéisse lorsqu'on m'en demande avec tant de bonne grâce. Seulement, au lieu de m'écrire deux lignes, cher Paravia, pourquoi n'avez-vous pas eu la pensée de faire une course jusqu'à cette charmante colline? Vous m'auriez fait plaisir, et la respectable marquise de Barolo, qui le sait, a précisément la bonté de me dire que je vous écrive de venir un jour dîner ici avec Prati. Le dîner est à cinq heures; ce sera pour moi une douce distraction que de passer quelques heures avec deux hommes dont j'estime si particulièrement le mérite distingué. —Prenez donc jour, mais faites-moi la grâce de m'avertir à l'avance, par un billet que vous laisserez au concierge du palais Barolo. Je tiens à cet avis parce (|ue M«« la marquise va parfois à Turin, cl que j'y vais aussi ; et je ne voudrais |)as vous voir tomber à la Vigna pendant (|ue nous n'y serions pas.

Mes respectueux hommages^ je tous prie, à M">« h comtesse Lalaing et au docteur Gaston.

Saluez^ de ma part^ notre ami Pratî.

En attendant Votre très-chère Seigneurie^ en compagnie de Tami poëte^ j'ai Thonneur de^ etc.

A PIETRO GIURIA».

14 juin 1843.

Très-cher Giuria^

Je te renvoie le papier signé. — Ha santé n'est pas brillante^ et jusqu'ici je n'ai rien gagné à respirer l'air de la campagne ; si je vais mieux avec la chaleur, c'est ce que nous verrons. Je ne me fais pasd'illusioo, et je sais que l'une des manies les plus inutiles est celle qu'ont tant de gens de vouloir toujours se médicamenter, se fortifier, guérir, rajeunir. Le parti le plus simple et le plus juste c'est de faire tranquille ment usage de quelques précautions appropriées au besoin de chacun, et ensuite de se résigner à souffrir ces maux qui sont inévitables.— Je n'aime pas qu'on ait voulu représenter la belle, mais irrcprésenlable tragédie d'Adelchi, et j'aime encore moins la grossière irrévérence du public. J'approuve ce juste milieu que tu indiques : le difficile consiste à savoir le discerner avec pénétration, en devinant dans chaque application ce que désire notre public, et ce que coo)-

* Du livre Silvio PeUko e il suo tempo, coDsidéra lions de Piètre Giuria. — Voghera, lip.Gaili, 1854.

{Note de VÉdUeur^

mande le respect de Tart; accord mystérieux, que chaque auteur s'imagine rencontrer d'une manière sûre, ce qui ne Tèmpêche pas ensuite de trébucher. J*ai la confiance que si tu tentes l'aventure tu réussiras. Courage donc ! Essaie tes forces. Ton esprit a une puissance peu commune. Les difficultés sont grandes, mais, mieux que tant d'autres, tu peux les surmonter.

Le roman de Fea est très-délicat et mérite (|u on le loue. Écrire ainsi c'est faire preuve d'une âme noble et d'une capacité remarquable.

Je t'embrasse, et suis ton bien affectionné, Silvio.

A PIETRO BORSIERI.

Turin, 17 juin iai3.

Très-cher Borsieri, ♦

Non, en vérité, ce n'a pas été un éloquent silence que celui que j'ai gardé sur ta préface. Elle (;st digne d'éloges, et si je me suis tu , c'est que le roman m'ayant très-fort intéressé, il en est résulté que mon défaut de mémoire m'a fait oublier ensuite de te dire out le plaisir que m'avait fait la belle préface qui analyse et juge le récit. J'ai admiré dans ces premières pages le talent, la justesse, le style, trouvant d'ailleurs tout naturel que tu écrives ainsi, parce que tu ne saurais écrire sans âme et sans grâce.

La consolation que j'ai goûtée à passer quelques heures avec notre Confalouieri a été mêlée de chagrin , quand je l'ai vu* atteint d'une oppression de

poitrine : nous souffrons du même mal^ quoiqu'il ail tant de force et moi tant de faiblesse.

Adieu ^ très-cher ami y salue de ma part tes sœurs et les amis.

CXCVU

A GIUSEPÏ>INA PELLICO.

8 juillet 1843.

* Ma chère Joséphine^

J'ai reçu ta bonne lettre : sois tranquille sur mes petits maux , et ne crois pas que je les aime avec passion. La chaleur me fait du bien; je me porte tous les jours mieux : réjouis-toi donc à mon égard et réjouis-toi de même à l'égard de notre bon révérend père Feraudi qui se trouve bien aussi. Il t'aura écrite mais j 'ajoute ^ci une lettre de lui que je viens de recevoir.

Et^ puisque je fais un paquet^ je te renvoie en même temps la petite lettre qu'il t'écrivit , et que tu m'as communiquée.

J'ai été voir M™« Cantamessa , et pendant que je montais lentement l'escalier^ un jeune homme plus dégagé que mpi m'a rejoint : c'était le charmant avocat Daviso. Nous sonunes entrés ensemble ; W^ Daviso Gabriele était là : elle nous introduisit dans la salle où M"*" Cantamessa se trouvait ; nous causâmes de tout ce qui nous intéresse^ et surtout de Hagoa^ du baron ^ des anges et mémo de toi. La conversation se tourna sur le retour de H"* Daviso à Quiers où sa chère tante l'attend. La demoiselle croyait que son frère pourrait l'y accompagner lundi; mais pas du tout : le

charmaDt aTocat s'est laissé séduire par M^^ Caniamessa^ qui demande en grâce un retard. Eu vain la bonue demoiselle a insisté ; son frère ^ inexorable -, a conclu qu'il lui serait impossible d'aller à Quiers^ lundi. M<°e Cantamessa est toute triomphante d'avoir encore le bonheur de garder chez elle ^ jusqu'à mardi au moins , cette céleste créature qu'elle aiitie tant !

J'ai promis de te l'écrire , afin que tu tranquillises Magna sur ce petit retard.

Adieu^ chère Joséphine ; M**' Cantamessa te dit bien des choses amicales ; elle salue de tout son cœur la bonne maison Daviso : la demoiselle y joint ses tendresses à |)apa^ à Magna^ à ses chères sœurs et à toi.

Je t'embrasse et suis ton afTcctionné frère, Silvio ^.

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