A M. LUIGI GONZAGA
10 juillet 1848.
Cher Gonzaga^ Étant à la campagne, je n'ai pu vous répondre surle-champ. Je TOUS remercie de Taimable pensée qui TOUS est venue de me donner de vos nouvelles, de me demander des nôtres, et de me renouveler ainsi la preuve de votre amical souvenir. Vous m'avez fait aussi grand plaisir de me parler du général Demeester, et de toutes ces autres anciennes connaissances qui me conservent encore de la bienveillance. Faites^ leur agréer mes compliments, et particulièrement au général. Je suis ravi que, dans un âge aussi avancé, il se porte toujours bien, et je souhaite qu'il continue de la même manière. Dites-lui que notre pauvre ami Bachiega me parlait de lui avec une grande affection. Quant à moi, bien éloigné d'avoir la santé de Demee»ter, je n'ai que cinquante-neuf ans, et il me semble que j'en ai plus de cent. Qu'y faire ? Je me résigne à la volonté de Dieu, et je me contente d'avoir encore un peu de vie dans Tàme et dans le* cœur pour aimer les hommes que j'estime.
* Loîgî Gonzaga, auquel nous avons vu le père de Peilico adresser une leUre, en janvier 4829. Voyez page 65.
{Note de l'Éditeur,)
Portez-vous bien; je vous quitte : écrire me fatigue ; je vous souhaite toute espèce de satisfaction.
A M. VICTOR DE LA CANORGUE
Turin, S décembre 1848.
♦ Sfonsieur,
Votre lettre m'apprend que vous êtes satisfait d'être attaché au collège de Menton; je prends part à votre contentement, Monsieur^ et je désire de tout mon cœur qu'il soit durable. Le bonheur n'est nulle part sur la terre^ mais il y a des positions où l'on trouve plus de compensation aux peines et plus de tranquillité ; puisse votre nouvelle place être de ce nombre 1 Appliquez-vous tous les jours et en tout lieu à exiger peu du sort^ à être riche en tolérance : on évite alors beaucoup de sujets de tristesse.
Je ne saurais que vous dire*^ Monsieur^ du projet que vous m'annoncez de publier votre belle traduction de Francesca , le beau de la versiflcation française est senti par si peu de monde chez nous^ que vous seriez peu lu en Piémont^ je le crains. En deçà des Alpes on lit les romans intéressants qui noué viennent de France, et un petit nombre d'autres livre» déjà soriis de ia foule par leur puissance d'originalité quelconque, bonne ou mauvaise, divine ou infernale.
Quant à obtenir du Roi qu'il accepte la dédicace, je ne saurais pas davantage quelles idées vous offrir : les temps me paraissent si peu favorables à la poésie^ aux pièces dramatiques d'un goût simple , à tout ce
qur n'est pas politique, législation , science positive^ etc. ! Les vers les plus admirables ne sont guère remarques ; ils le seraient à peine s'il paraissait un grand poème d'une beauté extraordinaire s'emparant des esprits du siècle malgré eux, comme ces sublimes despotes inattendus qui s'imposent aux peuples en les couTrant de gloire.
Si Vous Tenez un jour à Turin^ je serai charmé de hire rotre connaissance. Vous ne trouverez pas un littérateur : je ne le suis plus; j'ai passé la soixantaine ; mon âge me parait le double^ tant j'ai souffert^ tant d'infirmités me visitent. Cette vie de douleurs me rend étranger au monde littéraire : le peu d'activité qui me reste m'est pris par quelques devoirs.
Agréez^ je vous prie^ l'assurance des sentiments de parfaite estime avec lequel j'ai l'honneur d'être^ etc. *