CCLXXIII
A M. GIORGIO BRIANO».
Le sujet (la Storia délie Ri forme italiane del
1847) est magniflque. Il offre une ample carrière à deux espèces d'écrivains, les hommes d'un vrai talent et les fauteurs d'exagérations, aliment du vulgaire. Mais même parmi ceux que j'appelle les hommes d'un vrai talent, quelle diversité d'opinions! Et cette diversité est inévitable. Il faut l'admettre sans combat, et
* De la Revistn contemporanea, X1I« livr., Turin, 4854.
(Note de l'Éditeur.)
accorder que le libre exercice des talents honnêtes est une bonne chose^ sauf lorsqu'ils s'oublient à deyenir méchants sur quelque point par humaine faiblesse^ de quoi il faut encore sourire et ne pas se tourmenter. Si j'aTais à faire l'histoire que tu entreprends, je l'écrirais selon mon sentiment et avec cette indépendance qui m'a inspiré le Mie Prigioni, et ce peu de livres que j'ai publiés. Ha manière de Toir les choses politiques et morales ne change pas, quel que soit l'éloge ou le blâme que j'aie à attendre d'autrui.— J'espère beaucoup, comme toujours j'ai espéré, dans la conduite de la Providence.— Je m'assure grandement sur les vertus de Pie IX, en dépit de tous les gâte-métier, dont chacun est comme la fameuse mouche du coche, s'imaginant le conduire.
A M. VICTOR DE LA CANORGUE, A OLLIÉRES,
PAR SAINT-MAXIMIN (VAJi).
Turin, 13 janTier 1849.
♦ Monsieur,
Vous savez peindre dans des vers charmants le chagrin que vous a causé la perte de votre manuscrit; je regrette que ce chagrin ait été si vif. Ce qui vous est arrivé est, à la vérité, fort désagréable ; mais, ainsi que vous l'avez pensé, le remède est facile. Votre Françoise de Rimini, que je suis glorieux d'appeler notre, n'a point [>éri ; vous reverrez votre bien-aimée. Songeons au moyen.
Dans ce moment la littérature folliculaire et toute
cette misérable activité de ceux qui éorivent des riens^ occupent les copistes que je connais. Pas un ne peut me promettre d'exécuter avec un peu de celé* rite la copie de votre belle tragédie. Le mieux , a mon avis, est que vous fassiez retira* le bel exemplaire que j'ai : vous me le rendrez au mois de septembire^ si vous effectuez, conune je Tespère, le projet de faire une course à Turin.
Je serai^chanté de ccMmaitre personnellement un homme ij(e votre mérite. Monsieur. — Si cette course ne pouvait avoir liey^ vpus aurez la b<Hité de me renvoyer mon trésor.
Mais cpnfment a-t-on pu perdre ainsi le manuscrit d\m auteur 7 Ne sera-oe qu'un accident malheureux? Quelqu'un aura-t-il soustrait cette pièce ? Je prends part à la peine que vous avez ressentie.
J'espère encore que le cahier a été mis par mégarde avec d'autres objets, et que venant un de ces jours à se trouver, on sera heureux de vous le renvoyer.— Vous avez cru que cette tragédie serait acceptée par des acteurs français : cela me paraît difficile; un plan extrêmement simple n'est plus du goût qui s'est introduit sur vos théâtres. D'ailleurs, chez vous, le si^et de Françoiêe de Rimini n'a ni le charme d'être national, ni celui de peindre de ces grands personnages qui appartiennent à toutes les nations.
J'ai l'honneur d'être, etc. ♦