‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 77 sur 113 · A FRANCESCO-SILVIO ORLANDINI, A LIVOURNE · texte numérisé non relu

A FRANCESCO-SILVIO ORLANDINI, A LIVOURNE

Turin, 8 février 1849.

. Honsieur,

Vous m'avez fait un don précieux en m'enToyant un exemplaire du poëme de Foscolo^ le Grazie, et je l'ai reçu avec une vive reconnaissance. Il était digne de .vous, Monsieur, de remettre en ordre, avec ce goût exquis que vous possédez, et de publier ce poënie, qui est un si rare et si sublime trésor de beautés. Oh ! que de fois notre cher Ugo m'en récita des fragments qu'il composait ou dont il perfectionnait l'ébauche!— .Plus souvent encore il me disait avec douleur : € Peu d'âmes poétiques sentiront mes vers. » Et, en effet, bien peu d'âmes, moins que jamais aujourd'hui, sont initiées à sentir des images si suaves, et d'une trempe aussi grecque. Le changement survenu dans les écoles ne parviendra jamais à effacer le charme d'un poème si supérieur. Il y brille ce beau qui ne meurt pas. Même destinée attendait sans doute le poëme delta SvetUura. Ugo en avait com|)06é de longs fragments. J'ai encore djans ma mémoire le souvenir, non des vers, mais du noble pathétique qui y régnait Je m'afflige que ces belles choses soient perdues.

L'exemplaire que vous avez bien voulu m'envoyer, m'a été apporté par M. Salvi, qui Tavait remis à notre cher Berchet. Si Berchet est encore près de vous, saluez-le de ma part.

Accueillez, Monsieur, mes remerctments et l'expression de mon estime particulière.

A FRÂNCESCO-SILVIO ORLANDINI. ALTVOURNE.

Turin, 28 février 1849.

Monsieur^ Je you8 suis reconDaissant des expressions de bien- Tefllance que je trouve dans votre aimable lettre, et qui ne seraient pas tdles, sortant d'un cœur moins bon par nature, et par la triste expérience de la douleur. — ^Vous me demandez, pour une prochaine édition des écrits dUgo, la faculté de faire usage de ma dernière lettre> dons la note relative au poëme délia Svenlura. Ce que j'ai dit est si simple que je n'en vois pas le mérite, mais vous êtes le maître de vous en servir.— - Votre préface et les notes disent tout ce qu'il fallait dire, et je ne trouve pas qu'il y ait rien à y chauffer. -— L'avocat Giuseppe Yisconti de Lodi était un jeune homme ayant femme et enfants, très-lié avec le pauvre Ugo, et qui le tira alors d'embarras avec une générosité toute fraternelle. 11 habitait Lodi et venait souvetit i Milan, mais je n'eus l'occasion de me trouver avec loi que de rares instants. Apres mes tongues années d'exil, je demandai des nouvelles de l'avocat Visconti, on me dit qu'il était mort. Je n'ai pas connu les particularités de sa vie. — Le comte Benedetto Giovio était aussi des plus chers amis de Foscolo. Benedetto servait; il était brave et plein d'honneur. 11 fut une des victimes de la campagne de Russie. 11 était sorti vivant des batailles; mais pendant la retraite, les dernières épreuves étaient au-dessus des forces d'un blessé, et il

tomba je ne sais où. Ugo le pleura amèrement^ il le pleura dans les bras du vieux comte Giambatiisia Gio- Tio^ homme vénérable par son savoir^ son affabilité et ses vertus chrétiennes. Ce vieiUard était^ comme Alexandre Volta^ un de ces savants pleins de religion, qui, contre Tusage de cette époque, tenaient volontiers tête à la philosophie incrédule, et mettaient TËvangile en lumière. Docteurs doux par sentiment, mais forts de zèle, ils commandaient le respect même aux esprits les plus sceptiques. Le vieux Giovio était heureux de Famitié qui s'était formée entre Ugo et Benedetto, et lorsqu'ils l'embrassaient pour prendre congé de lui, il les bénissait avec une religieuse tendresse. Le père survécut quelques mois au fils. La maison des Giovio est de Côme. — J^ai beaucoup connu une sœur de Benedetto, la marquise Felicia Porro, dame d'une rare instruction. La faux du temps a passé et a fait sa moisson. Le colonel Ugo Brunetti était un brave, et la puissance napoléonienne écroulée, il fut de ceux qui eurent de la peine à se résigner. Compromis dans les périlleuses correspondances de 4815, on lui fit son procès avec Rasori, Lecchi, Gasparinetti, et il fut remis en liberté avec d'autres, ayant eu sa grâce après une courte peine. Il y a des années que je n'ai entendu prononcer son nom ; je présume qu'il sera descendu dans la tombe. Ces nobles âmes vivent en Dieu, j'en ai la ferme confiance, et ont reçu le prix des vertus réelles qui, chez eux, surpassaient de beaucoup les défauts.

Recevez les salutations distinguées avec lesquelles, etc.

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