III
A UOO FO8C0LO.
S janvier Ï8W.
Mon Lorenzo ^,
N'as-tu pas refit ma dernière lettre depuis ma Tisite à la comtesse? Je lui dis, et depuis je t'ai écrit de nod^
yean, ce que m'avait dit B Ton petit litre et le*
quittances d'octobre ont été retenus, et il n'y a pas etl moyen de les ravoir. J'ai parlé à C*'* pour la vente de tes livres; il me dit qu'on n'en trouverait qu'un prbf misérable. Je donnerais mon sang pour toi; je me suis informé si tu ne pourrais pas revenir à Milan, où il me semble que tu trouverais plus de ressources, et on m'a dit que tu ne serais pas inquiété. Je t'ai écrit pour te conseiller de venir ici, où, si tu esmalbeU'' reux, tu auras du moins quelque ami qui mêlera se6( larmes aux tiennes. J'ai cru que le conseil avait pn t'offénser, ne voyant plus de tes lettres* Comment se faii*il maintenant qu'une dame Magiotti,de Florence, m'écrive que tu te plains à elle de n'avoir plus d'amie à Milan, pas même ton Silvio? Que pui&-je faire pour
1 Céuil le nom que Foscolo avait pris en Suisse, pseudonyme assez transparent, car tout le monde sait que Lorenzo Alderani est le nom de Fami de Jacques Oriîz, Fédifeur supposé de ses Dfmihrn Mtren. ( Noie de V Éditeur.)
(oi? Je n'ai jamais oomrae aujonrd'liui rogrotti^ ma pauvreté : elle m'ôte les moyens de te prouver^ de quelque manière^ Fextréme attachemcDl que je ressens pour toi^ attachement qiv'aTant'màHie de te ceanattre je te portais déjà pour> ton génie €t pour ton cœur, et qui non-seulement ^ne s'est jamais refroidi un instant^ mais qui n^esl que plus grand définis ipie tu es malneureux. I/injustice de la fortune et la mli^ lignite de la plupart des hommes rendent quelquefois Topprimé injuste ; je le comprends et je te plains. Mais pourquoi ne pas distinguer quelqu'un de la multitude? Détrompe-toi. Si je t'ai rarement écrit, c'est parce que de ton côté tu ne m'as pas écrit davantage, et aussi parce que le bruit a couru souvent que tu étais en France, ou en Angleterre, ou en Russie. Fussé-je le plus lâche des hommes, que poiirrâî»^ craindre d'une correspondance avec toiY * < k
Tout le monde sait que tu es à OUingen ; on -m parle sans mystère, et ici on n'arrête plus^ on ne bannit plus {personne pour être resté l'ami des èniea généreuses. Si j'eusse été hiche oustupide, je n'aurais fB^ pris tant de peine à Maritoue pour obtenir la permission de voir Kasori et Brunctti, qui, je te l'ai dit, < m'ont beaucoup parlé de toi. Que puisrje craindre ou espérer T Rien. Je suis pauvre et ne désire ni emplois m faveurs d'aucune espèce.
Tu te reproches déjà de m'a voir un instant refusé ton estime; — eh ! me l'as-tu bien réellement refusée ? Dans mon caractère ()eu expansif, souvent tu as pu discerner la sincérité de mes opinions et de mes sentiments ; lors même (|ue j(* ne puis te le prouver, tu
doiscroîre qiiefâî'^poiir tei^oBe afiecition sans boiv ■fs, que jei té tkn» pcMurt vîetime de ton etcessiv^ droiture^ que je^déplore tadeâtinée et m^e» indigiie<. Que faisant iÉcnstnDQitliturement}^ di9*moi la vie qœ lu mèfies^Sîjc fMiisii'ôtre bon à quelque chose je m^éforgoemni mas-pas^ nî m68>|Mirole8; c'est tout -ce que jofiQàsedQ. Jiî t'emhrasae^ tout frémissant de pitié «ft (de douleur^ elfe sute ton SilvJ04
A UGO FOSCOLO
25 janvier 1816.
Je suis malade d'une violente inflammation de gorf^, et je Vécrie de mon lit.— J'ai demandé à GagDdla des noorettes des enfants de M. Negri; il m'a raconté toute l^istoire de la femme^ et m'a dit que le» fils sont «après de leur père^ mais quil s'en informerait plus exactement. Dès que j'aurai de nou- Yeaux détails je te les communiquerai. Fie-toi à moi pour prendre ces renseignements avec toute la délicatesse fiossiblc. Je n'ai l'habitude de livrer le secret d'autnii ni à M. Castelli ni à personne.
Tu sauras maintenant^ mon cher ami, que si ki Teux vendre tes livres j'ai trouvé, je crois, un acheteur. Dès que je pourrai me lever je les ferai estimer cl t'enverrai la note du prix, et si la chose te confient tu me diras à qui je devrai remettre l'argent.
Voilà plusieurs jours que, de mon lit, je vois tomber la neige à grands flocons, et je pense avec amour et atteiidrisseiiient à toi, mon pauvre Ugo, et au triste
pays que tu habites^ où la rigueur du iein|i8 sera bien autre qu'ici. Comment vis-tu? Y a-t-il plus d'hospitalité^ plus de vertus dans ces montagnes? Savent^ils, ea Soisse> t'aimer et t'apprécier^ ou vis-tu seul, affligé et mal connu?
Autrefois, j'enviai ton génie
A présent je pleure de rage en te voyant si malheureux, si mal récompensé par l'ingrate fortune. Heureux l'homme vulgaire (lui, n'ayant jamais a lutter contre un vent contraire, eu quelque lieu ({u'il se trouve jeté, mange, dort, et rend grâces à Dieu de Tair qu'il respire. Souvent je me demande si ce n'est pas là, en fin de compte, la vraie philosophie, et j'aspire de toute mon âme à la |)06séder. Mais quelque chose de plus fort que moi, et qui me vient de la na* ture ou de l'hahitude, je ne sais, excite ma colère chaque fois que je rencontre un de ces égoïstes automates ou scélérats, peu importe. Je crois qu'il y a de la vertu à réprimer à temps ses propres passioas, mais qu'il est stupide et infâme de rire quand un autre vous flagelle et vous crache au visage. Et cependant de ceux qui rient de leurs propres malheurs et des malheurs de leurs frères, aiyourd'hui, à Milan, tu en verrais beaucoup. 11 est vrai que parmi les chrétiens devenus esclaves en Algérie, ceux qui prennent le rôle de bouffons, et qui se laisseraient tuer et au besoin écorcher, sont ensuite mieux traités que les autres.
Je ne continue pas, |>arce que je suis de mauvaise humeur et n'ai pas dans le cœur une goutte de miel (KMU* adoucir cette lettre. Et toi, ami infortuné, au
lieu de coosolatioiis iu o'entends de partout que gé«
';ui yi ■-
Adieu, j^atteods d(mc ee cpie tu dois m^écrire par !• voie de Florence. Je te serre dans qfies bras.
A UGO FOSCÔLO.
20 mars 1816.
Quelques jours encore, et peut-être ne résistais-je plus à l'idée de fuir cette terre malheureuse pour res* pirer une fois Tair d'un peuple libre ; à l'idée surtout d'aller \iyre avec toi, de partager peines et plaisirs avec l'ami de mon cœur...
Le comte Luigi Porro m'a offert d'être son secré* taire, à la condition d'élever ses deux fils, avec la tar Me, le logement et mille livres italiennes par an pour toute ma vie ; le tout solennellement convenu dans un écrit en forme, et en outre avec obligation de sa part de continuer la même pension à mes parents dans le cas où ils me \iendraient à survivre après que j'aurais passé dix ans dans sa maison.
Toi, mon twn frère, aime-moi toujours et sois heureux. 1^ sort aveufrle qui nous sépare nous réunira peut-être pour passer ensemble nos derniei-s jours et laisser, comme tu dis, nos os dans la même terre. Aîiiions-noVis en attendant, car nos cœurs au moins se ressemblent.
h' réclamerai le payement des 1,802 livres de Milan aaïquelles s'élève la valeur de tes livres, et je ferai tenir la sonmie à MM. Giuseppe Porta et fds. J'y joindrai
le prix de toii fk^iM huraiu vevï, que je tàchérui de Tondre. Je voudrais que tu m'eusses nidiqné ïfuelqae 'MKiyen de t'enToyer tes mannseriis^ mais je prendrai des renseignement et me déeidei^ai panr la voi^ la phis courte et la plus sûre. Je mettrai dans le nnéme coflVe rOdyssée annotée par Alfleri^ la petite cassette de noyer (|ui est dans le bureau, tout enfin.
Je parle souvent de toi avec l'abbé de Brème, à'^ni me lie une étroite amitié. 11 aime avec le plus pnr désintéressement la vérité et toi. C'est le seul ami i|ue J'aie à Milan, en exceptant d'ailleurs la famille Bricfae et surtout notre Edouard, en qui je vois se dévelop- |>er les plus nobles facultés de l'homme.
Mon frère est à Gênes, S(»crétaire du gouvenianent, avec un traitement de 4,200 livres de Piémont. Tu es nommé dans toutes nos lettres.
Adieu ! Donne-moi de tes nouvelles. Adieu !
A UGO FOSCOLO
0 arril 1816.
Ami,
Deux lignes seulement pour l'informer qu'avantr luer j'ai touché 1 402 livres d'Italie de la vente de ta bibliothèque , lesquelles je suis allé remettre aussilAt à M. Poda, en y joignant les trois seifuins que Trecbi m'a donnés pour le ^letit bureau, le tout montant à 4W7 livres d'Italie.
Vn néfJTOciant se charge de |K)rier le coffre où sont tes papiers jus4(u'à Lugauo, d où il l'exinkliera à Zu-
rkli. Pour ))liiis de sûreté^ j'ai mis ton nom sur iôus tes pac^efts. à l'adresse de MM. Orell^ Fùssli et G'^; il n'y en a pas nioins de irëize et quatorze avec le petit coffre de noyer i . Dans un de ces paquets^ on a mis KOdyssée oeininentée par Alfieri S une tabatière, un GoUier dfargenb, portant le nom de Quirina Magiotti, et un exemplaire de ton essai imprimé de traduction 4*Bomère^ mais non celui annoté de ta main, que je A'ai trouvé ni chez moi, ni chez Tredii. Ce dernier est parti pour Paris et Londres ; il te verra et Vembraasera pour moi, qui pleure de ne pouvoir te suivre. Adieu !
J'ai une irritation de poitrine dont j'espère me
guérir avec la diète et le repos.
A UGO FOSCOLO
6 avril 1816.
Mon ami ,
Je viens d'envoyer à la poste une autre lettre pour loi, dans laquelle je te disais que tes papiers seraient portes à Lugano, et de là expédiés à Zurich. Je reçois à présent la tienne ( datee de l'anniversaire de ta fa te !) où tu me dis que tu m'indiqueras le moyen de Renvoyer ces papiers, et ceux que Je devrai me borner à
1 Ce précieux volume fui oflrerl par Ugo Foscolo au comilé da Club des Voyageurs à Londres, en témoignage de reconnaissance pour les attentions dont il avait été Tobjet de la part des membres de cet établissement.
iSoUfUiVÈdiiimr,)
te faire pamMîr. Le coffre qui les renferme n'étant pas encore parti, je le retire et j'attends la lettre amumcèe. Si tu Tcux plus tard, sachant que je le puis, que je te les envoie tous, il sera toujours temps.
Pour ce qui est de tes autres meubles, outre le petit bureau, je n'en ai retiré que la bibliothèque de noyer ; mais Tacheleur des livres a stipulé qu'elle serait comprise dans les ii62 livres qu'il a donnés pour les volumes. Résigne-toi donc, et crois bien que les livres ont été on ne peut mieux vendus. Quant au buste de Galilée et au portrait de Giulio, je crois que ce der* nier les a retirés lui-même.
Adieu, .adieu I Quand pars-tu? Souviens-toi toujours de moi ; souviens-toi que de tes amis je suis peutrétre celui qui donnerait le plus volontiers sa vie pour toi. Adieu !
Vin
A UGO FOSCOLO
10 «Thl 1816.
Mon ami ,
Je ferai donc le choix des manuscrits, que tu me signales et je te les enverrai. Je brûlerai ou conserverai fidèlement les autres, suivant ton ortire. Ne me parle plus de la mort, tu me traiis()crces l'âme... Mais puisque tu as |K>rté ton regard jusqu'à la tombe , je te {Hirlerai de la mienne. J'arrange tes affaires de favon que si je meurs, elles soient remises par l'abbé de Brème à madame Hagiotti de Florence, que je crois, à la manière dont elle m'a écrit, ton amie la meilleure
et la plus solide.— J'ai envoyé la lettre à la comtesie LuciUa, à Maatoue. Je cooaais cette excellente daiue, — Le calice pleuré par toi u'et^t pa« resté dans mes mains : Dieu sait où il est allé ! Hais tu auras certainor ment la tabatière de ton ami.— *Hier, je suis ailé trois fois chez Dova. Les deux premières^ je n'y ai trouvé que les garçws; la troisième^ j'y rencontrai le fi]s*à qui je remis ton billet, lui signifiant que son père eût à me répondre sur-le-champ. Aujourd'hui encore j'y ai repassé deux fois^ et je n'ai trouvé ni le fils, ni réponse écrite. Avant de jeter cette feuille à la poste« j'y retournerai encore, et j'espère pouvoir lui parler. Mon frère de Gênes te salue. Ici Brème en fait autant. Adieu, ami de mon cœur, mon Ugo, mon frère; je t'aime plus que je ne pourrai jamais te le prouver. Je suis un peu malade, mais la diète me remet tout dou* cément. Porte-toi bien. Adieu!
A UGO FOSCOLO
30 avril 1816.
Mon ami ,
Je suis toujours malade, mes poumons semblent fatigués de respirer. Sois tranquille en ce qui concerne celles de tes lettres que je garde. Si je viens à mourir, elles passeront en dépôt dans les mains de Lodovico de Brème, de qui ta chère Quirina pourra les recevoir. —Depuis plusieurs jours, je n'ai pu faire un mouvement. Aujourd'hui, j'ai cherché les lettres de Cesarotti et de Bettinelli que tu me marques. Tu es pressé
de lc9 avoir ^ exaise-moi. Tu n'es pas moîiis pressé pour la cassette de noyer qui oontienl tes manuscrits; aujourd'liui sans faute je te l'envoie. J'ai parlé oe matin à Banfi qui te salue. J'envoie la cassette à So^ rese, à l'adresse de MM. Orell^ Fussli etG^*^ à Zuridr. --Dova m'avait promis de venir chez moi> il n'a t>as tenu parole. Le temps est beau^ je soriirtÉi pour respirer un peu d'air; et Je verrai ce libraire; AdioQy adieu ! Écris à ton Silvio.
J'ai parlé à Dova; il a pani très-Joyeui d'avoir dotes nouvelles ; il me dit (fue pour t'embrasser il ferait un mille à pied, malgré une jambe dont il souffre beaucoup quand il marche. 11 m'a remis deux exemplaires de la Prolusione, que je joins aux autres |)aiiiersde la cassette. Lundi il me remettra tous les exemplaires qui te sont dus.
A UGO FOSCOLO
H mai 1816.
Mon cher ami,
îfe m'avoîr jamais dit un mot de l'argent que j'ai remis iHmr toi à Porta, ni maintenant de l'envoi que Jb t^at fait depuis vingt jours de tes manuscrits. Je me f&ciierais contre toi si je ne savais qu'à Florence même il est passé beaucoup de courriers sans lettres de loi. Madame Quirina m'écrit enfln qu'elle en a reçu deux en même temps. Jt? m'en prends donc h la |ioste et non à toi. Ne voudras-tu pas, avant de partir, dire adieu à ton ami qui te suit du cœur et de ses regrets.
et qui t'aime coo^roe le plus cher de ses frères? Je saipi que le jeune Grée que tu. avais à Florence doit te re^ joindre. Heureux, bien heureux jeune homme si ^on coeur ressemble au mien ! Je le verrai, je Tembr^s^ skeraiv je l'aimerai quoique je lui porte envie. ' Prème n'a pas encore reçu les papiers que tu lui as adressés^ fièsi que cous les aurons, ils seront expédiés suiHle-cbamp à madame Quirina, en y. joignant^ comme elle me le recommande, un exemplaire du discours de Pavie. Dans la cassette que je t'ai envoyée il y en avait deux que m'avait remis H. Dova. Depuis lors, je n'ai pu encore lui tirer les autres des mains; il m'assure qu'ils sont chez le broctieur. Adieu, écris*
moi, je t'en prie,et aimeninoi^
A UGO FOSCOLO
S7 mai 1816.
Mon cher Ugo,
Dans ta lettre du 18 tu me donnes l'assurance qu'avant do partir tu m'écriras. Fais-le, je t'en conjure, la vue de ton écriture m'a toujours été chère ; aujourd'hui que tu t'éloignes encore plus de l'Italie, ppur f revenir (bientôt, peut-être, je l'espère ainsi ),miiisqi|i sait quand ? chaque ligne de ta main m'est sacré§. La société de Andréa Calbo ne me l'est pas moins depuis ces trois jours que je le connais. Je lui envie lajoip qu'il aura de te revoir, et puis de te voir loiyours, et d'être partout associé à ta fortune. S'il m'est cher à cause de toi, il me l'est infinin^ent par lui-même. Je
avec Giulio, et j'en sw sorti convaincu. que tu no |MNirraîs me savoir gré (Vavoii: a^yeugfépeiit s^ivi lai intentions de Tami anonyme. Mais si je réponds à cet ami que l'envoi de tes livres ne sera pas un bienfait pour toi^ je lui ôte à lui le plaisir de te venir en aide, et à toi tout le profit dHine si généreuse amitié. C'est pourquoi, en conscience^ nous ne croyons mal faire en te demandant à toi-même ce que tu désires que je fasse de tes livres. — Sache d'abonl «qu'il y liurait peutêtre moyen d'en réaliser la valeur ; l'ami ^mofjifpne croirait te les avoir rendus, et toi, en évitant une grosse dépense, comme serait celle du port, et au moyen de l'argent qui résulterait de la vente, tu jouirais des douceurs que veut te procurer cet aoiL Hais il faut, dans le cas où tu prendrais ce parti, que l'anonyme, si jamais tu venais à le connaître, reste toujours persuadé que tu as recouvré tes Uvires conune par enchantement. — Il m'en coûte de te fwe cette confidence, parce que je ne crois pas qu'il y ait une faute plus grande que celle de traliir réellement un secret; mais mon intention est telle que ma conscience ne me reproche rien. Je fais ce que me cooin mande mon immense attachement pour toi. Tu 4ois me comprendre.
. Réponds sur-le-champ. Si tu préfères les livres, je te les enverrai. Veux- tu de l'argent? Giulio et moi nous traiterons avec un acheteur.
Adieu; salue tendrement pour moi Andréa.
Tu auras su le sort dTgo Brunetti et de Rasori : dans dix-huit mois (mais en voici déjà deux de passés) ils seront lihres. Je leur ni donné de tes nouvelles par
rînterm0diàii'é"dé'"la''cdintesse ' Lucilla. Aime-moi
toujours coiiiARî' iû m'saihais et comme l'aîme toli
SUTIO. '
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> ll«;ti»: t-;ij . i .(»'. .-Af-M-.'
• ; î «n iî.A^iUGiOi F08C0L0.
•i .»«''''••' Milan, 9 août 1818.
l 'i Mon 'cher Fo6colo^
QûielquHinf part pour Londres^ et du café du théâtre jel'écrfe eu Mie ces deux lignes; il faut que je les remette sur-le-champ à la Triyulzia^ qui m'a demandé si je n'avais rien pour ce pays-là. — Oh ! mon cher Ugo ! combien de fois je pense à toi avec tendiresse et possédé du désir de me savoir toujours vivant dans ton cœur! Pourquoi ne puis-je l'écrire soitvtent? Ma?s je sais combien la poste est onéreuse èB Angleterre^ et c'est là une raison assez puissante pour que je me taise et contienne en moi l'inutile désfr que j'éprouve sans cesse de le redire que je n'oublie pas ce que tu vaux, et qu'à mes yeux tu seras toujours l'homme qui honore le plus l'ItaUe.
Rasori, Brème et quelques autres, la plupart tes amis les plus chauds (et j'en suis), nous nous proposons de fonder un journal qui paraîtra le 3 septembre prochain. Je chercherai une occasion pour fenvoyer notre manifeste. Aujourd'hui le temps me manque. Adieu ! aime-moi. Giulio est à Lodi ; il va bien. Adieu de tout mon cœur. Crois-moi tout à toi.
A UGO FOSCOLO
Milan, 9 septembre 1818,
Ru« da HonUd<-Piét^, n. 1579.
Mon Ugo,
Voici un mois que je t'ai écrit deux lignes en toute hâte et je ne sais trop ce que je t'ai dit. Un Anglais, qui allait partir, m'avait offert ses senices. Est-il arrivé? t'a-t-il remis ma lettre?— Je te renouvelle mes félicitations pour l'heureuse situation que tu es enfin, je le sais, parvenu à te faire. Avec moi s'en réjouit aussi une autre personne qui ne veut pas être nommée, et qui m'a chargé de t'envoycr tes livres, qu'elle n'a achetés que pour le les conserver. — Cette |>ersonne , connaissant tes engagements littéraires, est persuadée que tu auras besoin de Uvres, et elle est heureuse de pouvoir t'offrir ceux-là mêmes qui, t'ayant servi tant d'années, doivent t'étre plus chers que d'autres. Je te les enverrais donc sur-le-champ si des négociants ne m'assuraient ici que les frais de port, de douane, etc. vont le coûter immensément. C'est pourquoi je te prie de m'écrire au plus tôt si, en les adressant à quelque ambassadeur de là-bas ou à quelque autre personnage, tes livres te imrviendront sans frais, ou à peu de frais. Donne-moi seulement une adresse, et j exécuterai scrupuleusement tes ordres et ceux de la perscMine inconnue.
Je crois l'avoir dit dans ma dernière lettre qu'il s'imprime à Milan un nouveau journal littéraire, — entreprise qui n'a rien de mercantile et qui est l'œu-
vre d'esprits sincères, ardents propagateurs de la vérité. Les associés sont Rasori, Brème, Borsieri, Bercbet, moi et quelques autres, parmi lesquels Sismondi de Genève.... — Je t'envoie les deux premiers numéros de notre journal. Tu verras par quel supplice il nous faut passer pour obtenir la permission d'imprimer quelque vérité.-^Nous sommes associés à VEdinburg" Revieu), J'espère que quelquefois nous y verrons de tes articles^ et que nous pourrons les répéter dans noire Conciliateur.
Quand ton imagination quitte l'Angleterre et se remet à parcourir ta chère Italie, si tu passes la revue des cœurs qui f aiment et que tu as aimés^ pense à moi, je t'en prie, pense à moi longuement. Je t'embrasse de toute mon âme.
A UUO FOSCOLO».
Milan, 17 octobre 1818.
Mon ami ,
Ta petite lettre qu'Everett m'a remise était si pleine d'affection qu'elle m'a vivement ému. Notre Américain me plaît beaucoup. Je l'ai présenté à Brème et à quelques autres, et durant le peu de jours qu'il est resté à Milan, j'ai passé tout le temps que j'ai pu avec lui et avec son compagnon de voyage, M. Lyman. Everett m'a mis au courant de ton existence apparente, que
i L*auiographe de cette lettre est conservé par M. Henri Mater^ qui la tient du chanoine Riego.
tu me dis n'être pas aussi lieureuse qu'elle le parait aux autres. Cela revient à prouver que personne n'est exempt de peines secrètes. Hais cette part de bonheur qu'il est permis d'espérer sur la terrc^ il semble que tu la possèdes y honoré dans le pays de l'Europe où la dignité humaine est le plus respectée^ assez riche ppur avoir maison à la ville et à la campagnej^ un déiiçjeuiç jardin^ des chevaux^ une voiture... maître d^çiprimer ce qui te plail, avec la certitude que ni le gouvernement ni les libraires ne te mettront en pièces, mais au contraire récompenseront selon leur valeur les productions de ton génie. . . jamais la triste ItaUe ne t'eût donné une telle fortune; je m'afflige en pensant que cette contrée te retiendra peut-être loin de nous tout le reste de ta vie. Écoute à présent un conseil de ton ami : Ne sois pas aussi [)eu soucieux que tu r«^ toujoui*sété de ton re(>os avenir; rassemble ua petit trésor pour ta vieillesse, aUn de pouvoir, dans t^ dernières années, si tu éprouves le besoin de revoir ta {mtrie, y revenir indéi)endant et sans rien avoir à demander. Je t'envoie tout ce qui a paru jusqu'ici du CoficiliaUur . . . — (i. R. est Uasori; — G. D. R. Romagiiosi; — L. D. B. Brème; — B. Borsieri; Grisostpmo c'est Berchet ; — G. P, est Giuseppe Pecchio ; — Cristoforo Colombo H est le frère de Pecchio. — J'en suis ; il y a aussi le professeur Kossi ; — S. S. est Sismondi de Genève, etc. — Pourquoi (demanderas-tu) un pareil titre à votre journal? Parce que nous nous proposons de concilier, en efTet, non pas la loyauté avec la fausseté, mais tous les amis sincères de la vérité. Ikgà le public commence à 8*a|M»rcevoir que ce n'e»t
\ias \a leinTC de mercenaires, mais de lettrés, sinon tons célèbres, tous ^u moins unis dans le dessein de soutenir^ putanl que possible, ]a dignité du nom itàlien.
I Si tn nous envoyais quelque aKifle, il serait accueilli par nous avec grand enthousiasme; mais ipie le styct soït purement littéraire ; ta signature, Ugo Foscolo, Gérait grand (apage dans toute l'Italie; seulement »iesurt tes paroles au compas de notre censure gouvemeniT'ntile.
J'itllends une repense de toi à ma dernière lettre, <lu)« Inquelle je te priais, au nom de la personne qui a acquis les litres, de me dire comment je pourrais te les ralrc avoir sans que le port en soit trop dispendieux.
Quel ouvrageêcris-tu 1 Fais-tu l'histoire du royatime ^tlalie? CeUe époque a été brillante, il me semble ipiVlIé le roumirait l'occasion de dire de grandes choses.
"Ywi f'rère'Glmio, encore en disponibilîté, chcithe k rénlrer Au service. Il est venu à Milan, ces joUr^ passés, de lodi où il demeure.
Adien , mon bien cher ami. — Je suis toujoùWr'se^ crétaire du comte Porro... — Un seul trait qui te'lé bsse apprétier. Quand Aasorî sortit de prison, siitl^ pain et sans appui, Porro me permit de riùtfilidiiirâ dans » maison, il l'assista et lui fll un petit tratfemenï pour écrire dans le ConcHialeur. ■''
Non frère est toujours secrétaire du gouvemcmefll de Cènes; il me parle toujours de loi dans ses lettres. Crois bien que nous t'aimons de lont notre cu!ur; lui.
de ton côté^ n'oublie pas tes compatriote»; aimenous^ ce sera pour nous une bien douce consolation dans nos malheurs.
A M. LE COMTE PORRO
Balbianino, 5 ao6t 1810.
Monsieur le comte^
J'aurai vendredi avec nos cliers enfants la joie de . vous revoir, et vous nous trouverez en très-bonne santé comme nous espérons bien vous trouver vousmême, quoique vous n'ayez voulu rcs[)irer qu'un jour cet air bienfaisant. En attendant, nous vous envovons
1 C*est à la bienveillance de M. le comte Tullio Dandolo que nous devons de pouvoir publier les leUres iuléressantes adre»téet par Pellico k h famille Forro, et qui jelienl une si vive lumière sur le caractère de Silvio et sur ses plus anciennes affections. Nous croyons faire une chose agréable aux lecteurs de cette correspondance en rapportant ici tout entière la lettre qui accompagnait Tenvoi que le comte Daodolo a bien voulu nous aire de ces précieux manuscrits.
A M. G. STEFANfl.
MiUn, 10 âtctmbf H 54.
Im mémoire de Silvio Pellico m'est cbére, comme celle d'un homme que j'ai aimé et qui me payait de retour. C'était donc, de ma part, un désir tout naturel que celui de seconder la putiliration de »a correa-. pondance inédite^ le piu« beau monument qui pût être éle%e en son haaneur, parce c'était le. plus propre à oiettro en lumière les vertus qui l'ont orné.
Mettre A la disposition de l'éditeur, rn répons à vos eoarlolia» investigations, le peu de lettres qui ma restent de Silvio, las aoires
en chœur mille aaluts plus tendres Tun que Taulre. Vous ne saunes croire dans quel bonheur nous avons passé ce peu de jours. Le dimanche matin^ nous avons entendu à Lenno, après la messe^ un sermon des plus comiques qui se puissent ouïr; il a fallu toute notre sagesse pour ne pas éclater de rire. Après le dîner^ nous allâmes à la Cavagnola pour revenir à pied jusqu'à Leggen ; la nuit nous surprit sur la montagne, nous avions perdu notre chemin, et nous n'arrivâmes au bord du lac, où la barque ne nous attendait plus, qu'à onze heures et demie; les enfants étaient fous de jde ; Giulio se croyait déjà un Robinson dans son Ile déserte. Pour nous achever, il se leva un vent tel que le batelier refusa de traverser le lac, et prétendit cpie nous devrions tous passer la nuit dans Tunique Ut que
«%ani été égarées, c*élait apporter à l'œuvre un trop mince tribut. J'ai em lai rendre un plus grand service en recourant aux Porro, avec ^•i Je suif lié d'une vieille affection, pour savoir d'eux s'ils conservent 1rs lettres que, dans répancbement d'une amitié qui ue s'est Jamais rrrroidie, Pellico, l'ancien instituteur des fils et l'ami intime du père, Irur avait certainement adressées de 1817 à 1853. Ces lettres^ selon rc «|u*- je me figurais, devaient merveilleusement faire connaître Pâme d« l'homme admirable ^ peindre au \rai les sentiments excités en lui dans tout le cours de sa vie agitée, ressembler aux entretiens d'un p^re a\t^r ses fils et d'un frère avec son frère, rappeler des amis commun*, de communes souffrances. J'espérais, en un mot, que ces lettres f'irmerâient une des parties les plus précieuses du recueil projeté.
Au'^sitôt que j'eus fait connaître ma pensée au comte Giulio, au marquis Luigi^ po>ses<»eurs en effet du trésor convoité, la pensée d'honorer eelt« chère mémoire fut aecueillie par eux avec empressement ; mais à ce premier sentiment d'affection qui les portait à consentir^ succéda aussitôt celui d'une répugnance, fille de la délicatesse, à permettre qu'on publiât des lettres intimes, toutes brûlantes de l'amitié ^i de la reconnaissance qui, jusqu'au dernier jour de sa vie^ ont atta-
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iioui» oHrait l^hôlrl de Leggen; nhM nous (XNFniiiefiçMs à crier, à Té¥eiller leà igdns, et nons étant f âtt donner une* bonne gondole, nons troiirâines etlfinqnÉtre bons rameurs qui nous^ ramonèrent à>BalUianind'. Ile )oèr ' suivant, les enfants, loin d'être fàliguéb; tiê'dmian*^ daient qu'une antre ayenture «bmblàbto& celle dé lil'*^ vetUe; mais nons, les adultes, moins < robtiHMs; tkM'^ nous contentâmes d'aller à la villa fkiMmsàrttai d'Hit' nous revînmes à pied. Hier, nous ^otnn^éâfiallé^i'BiA^'' la^io ; madame la duchesse nous a reçus aved tovitès ' sortes de l)ontés, nous l'avons trouvée en pelrfaitèsttité. Mais tout cela n'a pas fait négliger le Vtmciiiateùr} nos travaux avancent, et pour plus grande satisfaction nous avons reçu un fort bel article de Sismondi dont vous serez certainement très-content. J'ai reçu de Florence une lettre d'une dame qui demande à être
cbé Silvio à celle famille. Ici, J*eus à luUer. 11 y a dest^iès inexpi^ gnables dans la pudeur des âmes honnête;. J'en appelai à ces noblf« cours, et leur déclarai que Jo les accuserais de dureté , dMngfatilade, fl*ilfl se laissaient entraîner par laurs acrupales * dépoufSci' àt èk feuilla la plus verte, la plus adoranta, la couranne que nova vqm proposions de tresser à la mémoire sacrée de leur Silvio.
Ils finirent par se rendre, mais en y mettant toutes sortes de condiliciM, éaHe-MH antre autres : quVn écarterait de la publication toat ce qui atail trait à aax. Il m'était impossible d'acquiescer a ua arrasfa* ment ^ui n'allait à rien moins qu'A supprimer les quatre rinquiémea 4a ces lettres, le res:e ne pouvant plus former qu'un insipide recueil 4e frè^ent^ décolorés; ce fut an violent combat, J'en lortis en partie vaMqonMT, em partie vabicu.
Tout cp que j*ai pu arracher, après tant dVITorts, le voici, je vo«s renvoie. Vous scrca désolé d'apprendre qu'on en a supprimé beaa* coup; mais il > a ici de quoi mettre en lumière tout ce qu'il y avait dans cette âme d'ingénuité, de maoHiétude, de générosité et de piété.
(Xolr (if VÉdHetir,)
— ir> *—
asBûciûe à afi^jfmtmln Qt« ipii; par* |«urefiilièsèi me > pm io8lrauB6oi démo défier de B**^ comine d'immé* cbaot . iHwomi^», }Gapoiiago ore^nendra vendredi : «teci \ > mQL.Bqrpiesîiiwte>eiiQore quelques jours ici ;^ Bnètatit estépeoniumeptéprtei «li a^c raisou, de ceséjovF;* - Uw 1^ 4ip»s d wnbquiife ne pourront jamais exprimer leiy'jrecoKpi9Îp9ancet.aiisuzeraîn de ce château màf> gif^.Tomk^j^rois sont de ces âmes qui s&vent viyomQQjMkppcâçîei; tes vraies délicatesses de la courtoisie et deraaiitién: ....
Croyezrmuî, arec tous les sentiments de la plus affectueuse estimei, etc.
A MpvTERESA MARCHIONNIi.
7 juin 1820.
Cousine Teresa^
J'écris à la moins paresseuse des deux cousines^ l>arce que je me flatte qu'elle ne me laissera pas sans deux lignes de sa main ; elle doit croire que ce sera me faire un plaisir infini. — Le chagrin dans lequel me plongeait Tétat de Lodovico s'est bien adouci depuis que je l'ai vu. — H y a toujours danger, mais non pas imminent ; les crachements de sang se sont arrêtés, ^nice à rimmense «luanlité que le chirurgien lui en a tirée. — Il est plein de courage, il étonne i>ar la
» OUe leUre el les lUaix siiivanles sont tirées du livre qui a juMjr liire : Silvio Pcllico el non Icmpa; — Considéralions de ISrlro Ginria. Voghera,typ. Gaiii, 4854.
(.Volt' ilc iKditeiir.)
force d^esprit qu'il conserve dans un si grand abattement de force physique. Il parle ayec tendresse de tous ses amis et m'a prié de saluer de sa part madame Carlotta; chargez-vous-en pour moi^ aimable Gegiiuu -* Je tremble de trop m'abandonner à Tespérance à l'égard de mon ami; le médecin m'a dit qu'un nouveau crachement de sang peut lui être fatal. — Quelle triste vie est la mienne ! et je n'ai pas même ici la consolation de passer quelques heureux moments dans la compcignie de mes chers soucis. — Je ne vois pas le sourire^ je n'entends pas le chant de la Gegina! En vérité^ quand on a pris de liop douces habitudes, la nécessité d'y renoncer rend Texistence bien amère.
Je reste ici quelques jours; si vous voulez que j'aie la joie de voir votre écriture, n'hésitez pas, n'écoutex pas la paresse^ écrivez-moi deux mots à l'instant, à l'instant même. Dites-moi ce que font la signoraBettina, la signora Carlotta et toutes les personnes qui leur sont chères^ y compris l'excellente famille Berinl.
S\, pour la santé de Lodovicoje restais à Turin plus longtemps que je ne le pense, disposez en souveraine maîtresse de ma |>etite Farselta, toutes les fois que vous aurez besoin de paroles à mettre en muiique ; priez le brillant Maroncelli de me suppléer, il est bon poète, et je lui abandonne tous mes droits. -— Veuillex lui faire mes compliments.
Dans votre existence joyeuse^ signora Gegina, souvenez-vous de ({uelqu'un qui vil bien tristement ; il faut que les cousines me soient bien chères, puisqu'au milieu même des plus sérieuses afflictions, elles ne sortent pas un instant de mon souvenir.
A M"« CARLOTTA MARCHIONNIf.
31 juin 1820.
Cousine Carlotta^
Quand il y a aujourd'hui Iiuit jours^ vous naquit^^ j'eus le maUieiur de ne pouvoir fêter votre venue en ce monde^ mais les dévots célèbrent aussi les octaves des saints. En fêtant votre huitième jour^ je prétends gagner Tindulgence plénière.
Je vous rends grâce, chère Bambine, et pour mon compte et au nom de toute l'Italie, de ce qu'il y a huit jours, vous vous êtes donné la peine de nattre ; c'est la plus belle action que vous ayez jamais pu faire. Sans vous, je n'aurais jamais goûté en Italie le délicieux plaisir d'être électrisé, de pleurer au théâtre, et notre patrie se verrait privée de Tune de ses plus belles gloires.
Haroncelli qui vous a vue nattre mardi dernier, et qui déjà, comme les anciens prophètes, vous adorait avant que vous fussiez au monde, a tout le mérite de la dévotion dont je fais preuve aujourd'hui; c'est lui... c'est Maroncelli qui m'a suggéré la sainte pensée de venir aujourd'hui vous adorer, moi aussi, conune un roi mage.
Agréez, non de l'or, je n'en ai pas; non de la
1 Carlotta Marchionoi, tragédienne déjà célèbre alors^ était la première qui avait joué, avec uu succès d'enthousiasme, sur le thé&tre de Milan, la Frhnçoise de Rimini, de Silvio PelHco.
{Note du Traducteur.)
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myrrhe^ je ne suis pas pharmacien; non de Tencens, je ne suis pas un flatteur ; mais quatre simples fleurs, parce qu'après les femmes gracieuses ce que j'aime le plus au monde, ce sont les fleurs. Tel est le modeste, mais cordial tribut que le rot mage, Silvio, présente à la céleste créature qui naquit mardi pas^. Qu'elle m'accorde de son berceau un sourire de grâce et de bénédiction. Qu^elIe me rangé pour l'êtemîté àù nombre des élus. . . j'entends de ses amis d'élite. — Je V^'d* souhaite, chère Bambinetle, une vie qui ressemble aux fleurs que je tous envoie, en ce qù^elIes ont de^ charmant, mais sans leurs épines. Lorsque vous serez grandctte, aimez; sans l'amour, l'existence est an désert. — Ce conseil aussi m'est suggéré. . . devinez par qui? par ce prophète Siméon qui vous adorait, déjà plusieurs mois avant que vous ne vinssiez au' monde.
Adieu; pardonnez-moi, aimable Carlôtta, 'ce bàdinagc. Je me suis imposé de vous écrire en ce flylê follement enjoué; sachez cependant, que j'ai passé une très-mauvaise nuit. J'ai été vraiment fort malade. Hier, je me proposais de passer une heureuse soirée arec mes chères cousines ; mon mauvais génie ne l'a pjts voulu î
Je baise en toute amitié votre petite main. Un bonjour a la maman et à la Gegia.
P. -S. Voulant vous offrir quelcpie livre, je ne vois rien qui convienne mieux à une actrice que l'ouvrage sur les Mœurs du peuple. C'est encore ime suggestion du prophète. Ne dédaignez pas mon présent, je vous en prie.