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LXX^IX

A H. RAULIN

Paris, 37 octobre 1B4T.

Mou cher ami, j'aurais l'air trop ingrat à vos yeux, si j'avais reçu votre lettre toute pétillante comme une cheminée de Londres par un froid sec, sans vous en rémercier. Vous êtes heureux; vous êtes vivement frappé à la fois de l'Italie et de l'Angleterre, vous comprenez la campagne de Rome et les gazons tondus des parcs de Bowood; la peau noire et les cheveux noirs des petites filles de CaLon et la peau blanche et les cheveux de lin des demoiselles anglaises... Je compte que vous allez nous revenir avec une théorie sur la beauté et la grandeur des choses exclusivement utiles. C'est un sujet qui soulève de belles questions assea inutiles.

Autrefois, je faisais des systèmes sur l'esthétique, mais cela n'empécbe pas le laid de se multiplier à l'infini. Lit-on quelque chose à Londres î On dit que la pensée n'y va pas plus loin que les rayons des chemins de fer. L'homme s'occupera longtemps, je

ÎOO LETTRES,

•crois, à creuser l'abîme du bien-être. Il est assez naturel qu'il se demande si, apràs touti^ce ne serait pas un moyen d'Être passablement beureux. Je suis porté à croire que ce moyen n'est pas encore.le bon. Peut-être vaut-il mieux s'accoutumer à souffrir du froid, du cbaud, des vents et de la pluie. Gribouille n'était pas un médecin philosophe qui se mettait dans l'eau pour éviter la pluie. Un homme qui ne -craint rien vaut mieux qu'un homme qui jouit de tout. Naturellement, l'esprit n'a aucun souci du présent ; être dans un lit bien cbaud avec l'idée qu'on sera fustigé le lendemain refroidit tout l'agrément de ce ht bien chaud; mais il n'est personne qnï ne se donne beaucoup de mal aujourd'hui pour Être sûr -qu^il sera tranquille demain et qui, dès aujourd'hui, ne soit content comme s'il était à ce demain. Or, le bien-être fait les conservateurs, c'est-à-dire ceux .qui tremblent pour demain; donc le bien-être ne rend pas heureux; donc les conservateurs ne sont jias de si grands philosophes que Gribouille.

Paru, 3 novembre 1817.

Mon cher Raulin, je suis exact dès que j^ ne suis pas très malade et je réponds courrier par courrier à votre lettre. Vous écrivez donc au président du conseil d'État que vous êtes retenu à Londres par l'amour de la justice. Cela vaut peut-être mieux que d'être ramené & Paris par l'amour du travail, car le travail

LETTEIES. SOI

de rhomme n'est que vanilé les trois quarts du tempsr tandis que ceux qui ont soif de la justice ne seront point trompés, à ce qu'on assure. Vos amis d'ici comptaient vous voir plus t6t, mais la plupart s'en consolent en allant à la campagne.

Je ne vous donnerai de nouvelles de personne ni derien. L'ordre règne à Paris, certainement. Il n'y a point une voiture dans les rues. On voit seulement des êtres de figure on peu pédante, qui, depuis deux ou trois jours, viennent « en bottes, en guêtres et aussi en guenilles'» pour siéger au conseil d'État. S'ils ne sont pa£ beaux, ils sont honnêtes ; ils viennent pour faire leur tâche. Ce ne sont pas des ouvriers de la onzième heure qui ne viennent que pour le moment du diner.

Voulez-vous me chercher à Londres, si ce n'est pas. trop loin de votre main, quelque biographie un peu détailléedu docteur Chalmcrs? Suivant legénie de l'Angleterre, il doit avoir été déjà publié sur lui une deinidouzaine de volumes servant d'introduction au récit de sa vie personnelle et renfermant la biographie de sa grapd'mère, de son arrière-grand 'tan te et des lords qui pouvaient être ses cousins au quinzième degré.

Mille et mille amitiés.

XGI.

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