‹ LettresChapitre 20 sur 52 · A II. LE PRINCE DE BBOGLIE · texte numérisé non relu

A II. LE PRINCE DE BBOGLIE

Paris, e novembre IStT.

Nous ne savons de quel côlé regarder pour voir un peu de tranquillité. Il n'y a que nous qui vivions pai*

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siblement. Nous avons eu l'esprit de manger notre pain bis le premier el nous prenons du bon temps ù présent que l'Angleterre ne sait oil donner de la tète pour trouver un écu ou un petit pain; que la Suisse prétend à devenir un champ de bataille en plein hiver, et que le nord de l'Italie a l'air de se préparer à des folies sans nombre. Ce pauvre grand-duc de Toscane ne méritait pas toutes les avanies triomphales que ses peuples lui font subir. Il avait fait de son mieux toute sa vie pour n'ôtre pas traité comme un tyran désarmé autour duquel on danse et'qu'orï veut faire danser pour célébrer la chute de son pouvoir. Les peuples ont bien mauvaise mine à l'heure où ils s'affranchissent. C'est une maladie nécessaire qu'il faut avoir le plus tAt possible, car on n'est pas beau dans cette crise; la grossièreté, la déclamation, la violence, l'ingratitudâ, l'envie, la poltronnerie et aussi l'absurdité se déchaînent dans ces jours-là avec une vivacité qui ne fait pas honneur à la nature humaine.

A M. LE DUC DE BBOGLIB (viCIOh).

Paris, mardi D novembre 1B47.

Voilà bien des tristes événements qui se succèdent cette année. On prendrait, dans des temps de superstition, laiît de calamités privées pour les signes de quelque grande catastrophe publique, pour les sinistres avant-coureurs de quelque effroyable révolution ; mais le train général du monde se poursuit avec rudesse et régularité, et le nombre de passagers

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LBITRBS. 203

<}[)i tombent à la mer ne présage rien sur U marche du vaisseau.

Il n'est arrivé rien ici sur les affaires de Suisse que vous ne sachiez comme nous. Les Suisses qui sont ici conservent encore quelque incertitude sur la question de savoir si ou en viendra aux mains. Cette incertitude me semble peu fondée. Il arrive un moment où personne ne peut plus reculer, comme une heure où l'exécution'd'un crime est une fatalité. C'est même cetle fatalité des derniers jours qui donne, en morale, tant de gravité' aux pensées et aux résolutions qui amènent au bord de ces pentes où les lois de l'équilibre sont rompues. Je ne sais si les radicaux se casseront le cou sur les pentes qui tombent dans la Sarine. Vous souvenez-vous d'un jour passé à l'hôtel Zeringhem, devant le pont de Fribourg? Il y a bien loin de U à ce temps présent. Le père Gérard n'avait pas peur alors des radicaux. Quand on compte les hommes et les canons de ces absurdes enragés et les hommes et les canons des pauvres petits cantons, il demeure bien probable que *" va acquérir une grande gloire. Il va se faire à bon marché l'effet d'une sorte de César ou de Marins. Je voudrais savoir pourquoi la Providence a laissé aux actions violentes un certain air de grandeur parfaitement faux, mais qui a séduit sans doute un grand nombre de perturbateurs et de voleurs de grand chemin dans ce monde-ci. Le docteur Chalmersn'a pas expliqué cela dans l'histoire des adaptations de l'âme des hommes à l'ordre régulier et honnête de» soéiétés. Si la violence injuste avait le mauvais air de l'escroquerie, bien des gens u'auraient pas osé verser le sang avec un air capable et décidé? Quand je créerai un monde, je changerai sur ce point l'esthétique de mes créatures. Après ces paroles peu

philosophiques et peu sensées, j'ai mauvaise grAce h vous parler de philosophie et de bon sens.v

J'ai lu ici une partie du quatrième volume de M. Merle d'Aubigné et, en particulier, la mission de Farel en Suisse. Il semble que le talent a diminiié, mais la vivacité un peu aveugle est restée la même. Cela est maintenant décousu et passionné, et même un peu terne et déclamatoire tout ensemble.

J'espère que ma pauvre lettre d'aujourd'hui ne vous arrivera pas comme celle deM'autre mardi avec l'appareil d'un courrier et au milieu de tout le beau monde de l'Angleterre. Je ne sais où celle-là aura été se cacher à la vus de toute cette grandeur.

A H LG COUTE d'hAUSSOKVILLE.

Pans, iî Dovembre ISiT.

Ètes-vous parvenu à dîner, à faire un petit somme, à écrire une lettre entre six heures et six heures cinq minutes, et la malle-poste était-elle encore là quand vous êtes arrivé d'un air calme et comme un homme accoutumé à faire attendre et h n'attendre jamais? Je vous envoie un joli petit paquet de lettres. 11 en tombe chez votre portier comme des feuilles dans vos bois. Homère a dit en grec : Aussi nombreux que les feuilles emfiortées par les venu d'hiver; attssi nombreux que les lettres que les courriers apportent à ceux qui sont assis pour juger aux portes d'une grande cité. J'ai cru discerner dans l'une de ces lettres qu'elle est de votre confesseur. Il y est fort question de péchés.

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de fniit déleuâu, d'arbre du bien et du mal. Je n'ai pas poussé la lecture biea loin de peur d'indiscrétion. Il n'y a rien de nouveau ici. On me dit seulement que M, Saglio n'a point accepté ce qu'on lui proposait; que M. Magne aura la direction des affaires de l'Algérie. Ceux qui ont la direction des alTaires de Fribourg ont fort à faire. Nous voici arrivés au temp» où les lansquenets prenaient d'assaut des villes catholiques. Fribourg serait à peine plus malade s'it s'était défendu.

Je suis fflché que vous soyez parti. Je cherche un moyen de voua faire revenir. Je prierai M. G. de faire jouer le télégraphe pour vous demander à Paris. U vous dira à votre arrivée :

« Vaut m'êtes en dormant un peu tintle apparu... Comment vous portez-voin ? »

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