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tous les matins à ceux qui vivent dans la règle. Ils ne portent jamais que le fardeau d'un jour à la fois. Je comparais autrefois l'effet de la méthode dans la vie, à l'action d'un me sur une lourde pierre; ftprès chaque eiTort comme après chaque journée, il y a un tenipK d'arrêt et un repos. On soulève ainsi, sans épuisement, des masses énormes à de grandes hauteurs. La division régulière du temps fait passer rapidement tous les instants et étend toutes les perspectives ■:
Et chaque heure du jour, en sa magnificence, Apporte aa couleur, son bruit et son silence.
C'est M. de Lamartine qui a dit cela, mais quoique monsieur l'ait dit, ce n'en est pas moins vrai. Heureux ceux qui ont l'instinct poétique de l'ordre, et qui entendent hien le sens de ce passage de la Sagesse :('"!nia in mensurâ et numéro et pondère disposuàti. Ceux-là ne s'ennuient jamais, à moins cependant qu'ils ne lisent les fades atrocités qu'on déhite assez souvent à l'Assemblée nationale. Voilà donc la Constitution parachevée. Les hommes sont d'une légèreté bien criminelle; ils n'ont pas plus prâté d'attention à cette demeure qu'on prépare pour eux et pour leurs descendants jusqu'à la dernière génération que si c'était une chambre d'auberge oili ils ne dussent passer qu'une nuit, pour reprendre demain le cours de leurs voyages. Cette Constitution elLe-méme est d'une étrange figure. Malgré l'énormité des principes, le bon sens - général qui vit, bien qu'il se cache, y a pénétré par plus d'un interstice. On dirait d'un de ces misérables enfants qui ont pour père un scélérat et une brave femme pour mère. On leur trouve des traits qu'ils ne devraient pas avoir, de bons instincts par moments
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i]U) étonnent, mais je ne Toudrais pas donner ma fille en m&riage à nul de ces messieurs-là.
Je ne sais pas pourquoi je ^ense à toutes ces misères devant les jours d'automne que nous avons ici. Déterminez donc madame votre belle- mëK à passer l'hiver en Suisse, et partez pour voir la (grande tranquillité of declining day. y oas ne voyez guère dans vos environs que des déportés qui s'en vont, d'un visage riant et insolent, faire un voyage de plaisir en Afrique; ici, vous verrez sans tin des nuées d'oiseaux qui ne lisent pas les mauvais journaux, qui passent d'un air triste et pressé par ces jours d'automne; qui s'abattent pour une nuit dans les bois tout tristes aussi, ne font de menaces et ne disent d'injures à personne, et s'envolent le matin avec un petit cri de joie, bien loin de nous et du cAté du soleil. Us ont bien raison de s'en aller le plus loin possible de la France et je ne crois pas que les hirondelles y reviennent l'an prochain. On dit que beaucoup d'entre elles ont donné congé ^vant que de partir... Je voudrais savoir quand nous deviendrons tranquilles, hommes et hirondelles. On jne ferait plaisir de me dire par quelle porte nous sortirons de l'enfer, car je crois qu'on en sort pourtant, mais rien n'ayant pu nous tenir en santé cinquante ans de suite, je ne sais trop ce qui pourra nous guérir de ces attaques de haut mal que nous avons prises depuis peu. Les idées religieuses et le gouvernement absolu de Louis XIV n'ont pas sufit ; les idées dégagées de toute religion et le gouvernement relâché de Louis XV ont mené à la révolution de 1792, laquelle a donné 93 et 94. La guerre, la force et le despotisme de Napoléon nous ont lassés ; la paix, la justice et la liberté des derniers temps nous ont rendus d'une extrême insolence et d'une intolérable grossièreté. Tant de
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médecins et tant d'écoles et de si grands médecins de si grandes écoles en ont donné leur langue aux chiens. Louis XIV et Bossuet, Voltaire etMirabeau, le docteur Bonaparte, avec la diète etles saignées, etlegrandeiercîce, le roi Louis-Philippe avec un régime doux, abondant et un exercice modéré, la Restauration, avec ses remèdes de bonne femme, mêlés à une médecine asseï savante, rien n'y a fait- Les cinquante coups de bâton que nous recevrons dorénavant tous les matins avant le rppas, si nous avons à manger, ne nous instruiront pas davantage. Noussommes difficiles àélever. Il n'y*de bien élevé que M. Clément Thomas quand il parle aui Bonaparte. L'Empereur à Au^terlitz, au milieu de tous les éclairs, ne se doutait pas que quelques années apr&s, un sous-offtcier de cavalerie traiterait ses neveux d'intrigants dans une assemblée républicaine. Il faut dire aussi qu'il n'aurait pas deviné quelquesuns de ces neveux-là.
Je vous recommande le dernier volume de M. WalkenaGr sur madame de Sévigné. C'est un livre ennuyeux, mais qui devient très intéressant dès qu'on le lit avec soin. Les livres de ce genre, et généralement les livres ennuyeux d'un certain genre, demandent à être lus avec attention. Je vais devenir, de mon côté, aussi ennuyeux sur ce sujet que je l'ai été sur les Mémoires de Walter-Scott. Recevez-vous la Prestt et les Mémoires de M. de Chateaubriand 7 Cette enfance ne ressemble pas beaucoup à ce qu'on pourrait se figurer de l'enfance de René ; mais, qui est-ce qui se ressemble?Les graines d'une plante ressemblent très peu à ses fleurs. Les trois quarts dutemps les grands talents ont l'air de n'avoir pas leur véritable demeure et de loger chez le bourgeois.
A M. Ë. DE 8AHUNB.
Coppet, 3 novembre IStfi.
Mille remerciements, mon cher ami, de votre lettre. "Voilà qui est agirnoblement. Vous payez les arrérages avec une facilité charmante- Vous me paraissez connaître admirablement la France et je la sais très bien après vous avoir lu, mais vous n'avez pas la même instruction ni la même sagacité sur les affaires de Suisse quand vous dites que j'ai dessein de passer rjiiverdans ces montagnes. Je n'ai point encore fixé le moment de mon départ, voilà tout; donc, vous m'avez un peu calomnié, et c'est une peccadille par ces temps-ci ; quand je pense que vous auriez pu me tordre le cou, comme on a fait à Vienne à M. de Latour, ou me couper en morceaux comme on a fait à M. le général de Bréa à Paris el à M. le général Lambert àPesth, je trouve que vous êtes bien vertueux de ne m'avoir pas fait davantage.
Vous me dites que vous faites un peu de théologie en vous promenant dans les bois. Vous avez bien raison et c'est, je crois, le seul sujet qu'il faille traiter aujourd'hui. Il vaut certainement mieux s'appliquer à la théologie qu'à la philosophie de l'histoire. Vous voyez quel air triste a M. Mignet en voyants'engouffrer dans un abîme tout noir, devant ses
' pieds, le grand fleuve de la civilisation dont il savait
' si bien la carte :
Je m'en suis aperçu, madame, ëUnt par terre ;
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ça été notre sagacité à tous. Ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de parler de tout et autre chose que des lois qui rëgleut la marche des peuples. Cest comme ta météorologie. Quand ou a fait une longue série d'observations, on sort sans parapluie sur la foi du baromètre et du thermomètre combinés, et on est mouillé jusqu'aux os. Je vois que vous vous consolez en vous promenant dans les Baléares sur les pas de madame Sand. Il y a de bien joiis paysages dans ces Baléares, comme il y a de charmants tableaux dans les Lettres d'un voyageur, mais à chaque nouvelle lecture vous voyez pâlir les couleurs. C'est le contraire de ce qui arrive axec les très grands écrivains ; il semble que, à mesure qu'on les lit, le fond de l'horizon devient plus limpide et découvre de nouvelles perspectives plus profondes. L'imagination, pour être puissante, agissante et pénétrante sur les autres, doit jaillir du plus profond de l'écrivain. Aujourd'hui que l'art d'apprendre s'est beaucoup perfectionné, on apprend aussi à avoir de l'imagination et ceux qui en ont naturellementy mêlent aussi, bon gré mal gré, celle d'autrui. C'est comme cela qu'il n'y a point de grimaud qui n'ait un peu d'imagination en dépit de Minerve ; c'est comme cela aussi que, dans ceux à qui ta nature en a donné une, le mélange avec l'imagination qui est en l'air fait un amalgame qui pousse au noir et perd son lustre et la netteté des lignes en peu de temps. C'est tout juste comme il en est arrivé des couleurs en peinture. Autrefois, les plus grands peintres les préparaient eux-mêmes; ils étaient à peu près sûrs de l'effet que le temps ferait sur elles et calculaient làdessus. Aujourd'hui, on achète ses couleurs chez lo marchand et les tableaux se décomposent promptement etprennentdes teintes de toutes sortes auzquel-
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les on ne s'attendait pas. Je ne sais pas comment les ima^nations vraies' se tireront d'aflaire, maintenant qu'il pleut de la mauvaise couleur sur tout le monde. Il est vrai que je suis probablement le sehl à chercher ce qae deviendra prochainement l'imagination littéraire. Il s'agit bien de tout celai Mais on dit que je me plais au rûle d'annosa cornix. En attendant, il parait que ceux qui ont des perroquets et des sansonnets et des pies doivent leur apprendre à crier Vive tEmpereur! Si j'étais pie ou perroquet, du diable si on me ferait crier cela. Changer le roi Louis-Phihppe contre l'empereur Louis-Napoléon est une idée par trop ridicule aussi. Saccager la France, durant huit mois, pour arriver à ce beau résultat est un fait qui suffirait pour nous rendre immortels dans rhis7 toire.
Dans mes moments lucides, je ne pense pas à IV venir ; je lis Homère. Je vous recommande les biographies des bataille^. Tous ces jeunes gens qui meurent ont des histoires charmantes auxquelles le bruit des armes m'avait empêché, jusqu'à présent, de faire attention. Ce sont de petits tableaux de la vie anti< que d'un fini admirable. Reprenez Homère dans ce biais-là ; les couleurs n'en passent pas.
Adieu, mon cher ami; il y a bien longtemps qu'on ne vous a vu. Je vous conjure de me donner exactement de vos nouvelles, et des nouvelles du neveu ' d'Achille à qui je ne donne pas ma voix, et des nouvelles de tout. Personne ne veut me dire des nouvelles de tout et de tous. Je m'y intéresse pour- Unt.