‹ LettresChapitre 35 sur 52 · I. Hademoiaelle Désirée Lacomblée ar«il élevé H. Doudan · texte numérisé non relu

I. Hademoiaelle Désirée Lacomblée ar«il élevé H. Doudan

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J'ai TU l'autre jour dans les journaux que les dames de ton village de Forest aimaient si fort leur curé qu'elles ont fait des barricades pour empêcher son successeur de pénétrer jusqu'à l'église. Je me suis souvenu que tu m'avais mené à Forest quand j'étais tout enfant; que nous avions eu un orage dans les bois;'que tu avais un oncle tisserand qui était un excellent homme, et que tu m'avais fait manger d'excellentes tourtes. Je vois encore, les champs de houhlon tout autour du village. Tu étais dès lors bien bonne pour moi comme tu l'as toujours été.

Mille et mille amitiés.

Paris, mardi Î8 Janvier 1850,

C'est déjà beaucoup que d'écrire même an petit billet par une grande névralgie. Il ne faut point remuer dès qu'on a mal à la tète. Vous ne dites pas si vous avez froid ou chaud dans vos nids de marmottes, par cet hiver. Ici, le temps ne peut prendre son parti de nous battre froid. Il fait de petites journées de printemps. Paul va bien. Il continue toujours la vie des solitaires de Port-Royal, se couchant comme eux àhuit heures et demie et se levant bien avant lejour. Ce régime fait que je ne le vois pas beaucoup. Il est aimable quand on le voit, en quoi il diffère notablement de mes amis. Il n'imite point PortrRoyal en ce sens qu'il va au spectacle. Il vous aura raconté Mitkriàate et les Femmes tavantgt. Hormis moi, tout le

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monde court les spectacles, cap M. de Broglie et Albert et sa femme et Louise et M. et madame d'Harcourt étaient allés, le môme jour, voir Claudie, une jolie pièce de madame Sand où il est démontré que les jeunes demoiselles qui ont fondé une petite famille avant que de se marier sont souvent plus honnêtes que des personnes plus rigides. J'ai pour moi horreur de cette fausse sagesse du monde et l'on ne me voit pas h de pareils spectacles.

nier luudi, M- Ingres est venu dtaer ici pour voir de profil une princesse qu'il peindra au mois de m»^, quand le jour sera clair et long. Il a l'air fort content de son modèle. M. Vitet et M. de Guizard et aussi H. de Sahune dînaient avec lui. On n'a pas dit un mot de politique. On a parlé gravement du talent de mademoiselle Rachel, des arts et de la littérature. On dirait que les jours de l'Empire arrivent, alors qu'on ne parlait dans les salons que de Talma, de mademoiselle Mars et d'Baieviou. La coalition a voulu faire hier au nouveau ministère des interpellations qui sont tombées tout & plat. On ne saurait imaginer une plus triste campagne que celJe qu'on vient de mener contre le gouvernement du Président. Cela ne veutpas direque ceux qui étaient irrités contre lui pour le renvoi du général Changarnier eussent tort, mais ce n'est pas une raison pour aller à toutes les extrémités et se jeter dans la montagne.

Adieu, milietendres respects. Quand verra-t-on des clématites sur la fenêtre qui regarde du côté de l'Orient ?

A U. LE COMTE D BAUSSONTILLE.

Mardi, 3G mars 18S0.

Voici, mon cher ami, le voyage en Orient. Je respecte singulièrement les fantaisies, et je crois bien que ce qui fait les gens durs, "c'est défaire passer pour les autres le nécessaire avant les fantaisies. J'ai toujours fait grand cas de l'histoire du premier Africain qui, après la prise de Carthagène, avait fait donner des poupées aux petites filles deà prisonniers de guerre qu'il trouva dans la place. Gela n'était pas mal pour un païen comme Scipion, et je ne sais si l'évèque d'Alger en fait autant dans son diocèse quand il entre quelque part à la suite du canon.

Ce que je vous dis là n'est que pour vous orner l'esprit, car vous n'Êtes pas une petite fille, ni moi Scipion rAfricain,-ni M. Joseph d'Estounnel une poupée. Ce voyage en Orient est certainement ce que j'ai lu de plus comique sur la Grèce et Jérusalem, sauf pourlant les entretiens de madame de Gasparin avec ses guides sur bien des sujets délicats.

AU MËHE.

Piris, ï9Jum lg5û.

Mon cher amt, je vous écris du fond d'une fournaise d'abord et d'une grande solitude aussi. Le soleil, à

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39 degrés Réaumur, est une société brillante assurément , mais dans laquelle on ne se sent point tout à fait à l'aise. Les étés deviennent déplus en plus tristes à mesure qu'on avance en âge. L'aimable fllle qu'on nomme la révolution de février n'a pas peu contribué à l'éparpillé ment universel. Elle a changé tout l'ordre des saisons avec son Assemblée permanente. Encore, si cette Assemblée faisait de grandes choses pour le présent et pour l'avenir, on en prendrait son parti, mais cette réunion de chacals d'un c&té,etd'étourneaux et de pies-grièches de l'autre, n'est pas pour éleverde grands monuments. Voilà la loi des maires écartée de l'ordre du jour par M. de La Rochejacquelein et ses amis. Je ne sais comnaent le ministère prendra ce procédé delà majorité. Dans les extrémités où nous ' viTODs, il ne s'agit guère du point d'honneur parlementaire. Nous ne savons encore rien du débat de la chambre des communes. Votre ouvrage n'aura point passé dans ce monde comme tant d'autres livres. On prend dans ce carquois des flèches qu'on tire à lord Palmerston. Êtes-vous sensible au plaisir d'ébranler les superbes?

Est-ce que cette belle terrasse qu'a conquise madame d'Haussonville lai restera pendant tout son séjour auxEauï-Bonnes? Si des Anglaises en ont envie, il me paraît naturel que lord Palmerston envoie une division d'infanterie pour leur en assurer la possession, et il le fera sans doute avec d'autant plus d'empressement' que ce lui serait une occasion de reconnaître la manière obligeante dont vous avez fourni des armes à ses ennemis dans le Parlement. Je ne me figure pas où peut être cette magnifique terrasse dans Bonnes. Il paraît que l'aspect des Pyrénées a beaucoup changé, puisque jen'aiflucun souvenir de cette

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aS2 LETTRES.

terrasse. Voas xvez bien raison de {ronver ces Pyrénées admirables. Ces belles montagnes en robes vertes n'habitent pas ordinairement le Midi, et en Suisse elles n'ont point cdtte couronne éclatante que lenr donne le soleil. Cependant le pauvre Apennin un peu desséché et les rochers dépouillés de la Grèce en disent plus à l'imagination. Les chemins par où Homère et le Dante ont passé sont toujours les plus beaux. Au détour des sentiers des montagnes dans ' les Pyrénées, vous n'avez chance que de rencontrer de jolies Parisiennes, montant de triste^ chevaux. Avec les années, les Parisiennes passent, mais Hélène est toujours belle sur la route d'Argos, et Françoise de Riminî au bord de l'Adriatique. Pourquoi y a-t-il des pays charmants sur lesquels la poésie ne prend pas? Lord Byron a parlé en beaux vers du Portugal et les vers sont oubliés. Ceux qu'il a faits sur la Grèce ne sont pas plus beaux, et tout le monde les sait par cœur. Cherchez cela dans vos loisirs et remarquez qu'il en est peut-être aussi des pays comme des personnes, qu'une trop parfaite beauté devient un peu insignifiante par sa perfection même. Si vous avez du loisir pour faire un traité d'esthétique, tout en poursuivant l'histoire de Lorraine, vous aurez l'obligeance d'approfondir ce sujet. Ne vous sufflrat-il pas |d'un petit quart d'heure pour couler à fond c«s bagatelles?

Eh bienl pendant que je vous écris, j'apprends que Lord Palmerstou a coulé à fond ses ennemis, et le voilà assis sur quarante-six voix au sein de la chambre des communes. Où est donc la vieille Angleterre? Il me semble qu'on pourrait bien aussi entendre dans Londres, un jour ou l'autre, une voix qui dit : « Les Dieux s'en vontl h Toute la conduite ds

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cette affaire a un petit air de sinistre révolutioiK Les hommes comnieneeiit à s'accoutumer à regarder en face, et 3'un air menaçant, ce qui, naguère, leur faisait baisser les yeus. Cet animal grossier qui viei^ de donner un coup de canne dans le visage de la Reine est comme une image de la grossièreté des idées radicales qui vont prévaloir. Si vous lisez Virgile et Bossuet, il n'est pas probable que vous trouverez à qui parler hors de votre famille.

Paria, vendredi 5 juiUat 1850.

Tout Paris est dispersé. Ceux qui erraient encore dans les riies s'en vont chassés par la chaleur. Si TOUS êtes dans une température proportionnelle à votre latitude, voua devez boire toutes les eaux des torrents. Ces eaux sont tentantes. Je me rappelle que je courais en disant le psaume De torrente in via bibam, et je buvais en courant comme je le disais. 11 ya bien longtemps de cela. Je ne sais rien qui ne soit changé depuis lors. Je ne vous connaissais pas à cette époque ; c'est te seul bon côté de la marche du temps pour moi. Je voudrais savoir pourquoi, et dans quelles vues, la Providence nous a inspiré un invincible regret du passé? Les théologiens, qui ont réponse à tout, disent que c'est pour nous donner le besoin d'un avenir.

N'âtes-vous pas affligé de la mort de M. Peel? Si

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nous perdions aujourd'hui l'un d'entre les hommes supérieurs qui nous restent, il n'est point probable que les marques de la douleur publique fussent aussi unan^nes. Un journal fait remarquer avec raison que la destinée a des procédés singuliers. Elle culbute un homme d'État paisible qui Ta le pas de son cheval dans la rue, et le duc de Wellington rentre chez lui sans une égratignure après avoir couru ventre à terre durant trente ans, au milieu du bruit, du feu, des balles, des boulets, des caissons qui sautent et des bombes qui éclatent. Il parait que la Providence épouvante et calme les chevaux à son gré. M. Mignet nous expliquerait cela aussi avec une parfaite clarté. Je voudrais bien qu'il nous dit ce qui arrivera en Angleterre. Les gens qui s'y entendent pensent que cette triste fin de M. Peel laissera néanmoins plus de liberté au parti conservateur de former un ministère qui puisse remplacer le cabinet de lord PalmerstOD. Quant à ce qui arrivera ici, vraisemblablement rien du tout d'ici à quelque temps. L'Assemblée ne sait trop si elle doitou non prendre des vacances. Comme une bonne mère, elle craint qu'il n'arrive quelque accident à sa chère famille si elle a' le dos tourné. Elle s'imagine par instant, par exemple, qu'elle poui^ raitau retour trouver la porte du logis fermée et des soldats occupant son joli appartement. On dit làdessus cent sottises qui n'ont sans doute nul fondement. La probabilité est que chacun finira par se laisser attirer par son cbez-soi, et que rien ne bougera pendant cette suspension de bavardage représentatif.

Je n'ai pas le temps moi-même de bavarder davantage.

CXJ.IX.

À H. LE DUC DE BROGLIE (tictok).

Trouville, 30 Juillet 1850.

... M. Pasquier vient chez Albert au moins une fois le jour quand ce n'est deux. 11 est en train comme & vingt ans. Il raconte tout ce- qu'il a appris dans la journée de Paris et de l'Assemblée. Il parle avec un égal intérêt du passé, du présent et de l'ayenir. Il faut qu'il soit un juste du premier ordre, car les plumes lui reviennent visibiemenl comme aux aigles. Il me confirme tout à fait dans mon idée que les facultés ne se développent réellement qu'autour de quatre-vingts ans.

Un oiseau peut se faire entendre Après U aaiBon des beaux jours.

Je crois qu'il faut lire : « Un oise au ne peut se faire entendre qu'après, etc. », mais il est bien entendu que cela ne s'applique qu'aux oiseaux qui ont un peu d'énergie et qui ne se laissent point rouiller pat riaaction. Ce n'est qu'en haut de la montée qu'on voit à, ses pieds la vallée de Cacbemyr. On a beau avoir bon pied, bon œil, quand on n'est qu'à mï-ronte de la montagne de fiender, au royaume brûlant de Lahore, on n'a pas vu grand'chose et on n'a pas beaucoup à peindre. C'est pour cela que l'antiquité, qui savait peu de choses sur Homère, l'a représenté très vieux, parce que la probabilité est que l'éclat du talent est dans la vieillesse avancée.

Il, 18

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