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A H. LE COUTB D H AU SB OH VILLE

Broglie, 13 août .1850.

Voua n'avez donc pas été charmé de votre voyage en Espagne ? Les chemins qui mÈneDtàla sombre Paropelune sont donc parsemés de pius de punaises que de 'roses? Mais, suivant les lois d'une optique secrète dont la Providence seule connaît le but et l'agencement, dans trois mois d'ici vous trouverez probablement au fond de votre imagination une agréable image de tous les sites de ce malencontreux voyage. Il parait que les paysages du Midi doivent au moins rester quelques mois sur la planche de notre daguerréotype intérieur avant de prendre l'éclat de couleurs et la vigueur de dessin qui est dans l'original. Jusque-là, la mémoire de la faim, de la soif, des morsures de bêles de tout genre, delà malpropreté jette une couche sombre sur les grands tableaux. Il faut se souvenir des régions méridionales et non pas les voir pour en jouir. Vous verrez prochainement le Bernardin qui était votre compagnon de voyage dans un nuage d'or et de pourpre, Avez-vous vu partir M. le Président de la République dans le nuage d'or de ses trois pauvres millions? 11 a l'air de l'enfant prodigue à la recherche d'un empire. Il s'avance avec une singulière intrépidité au milieu de toutes les villes où il rencontrera des souvenirs du passé, si difficiles à concilier, dans ses discours obligés, avec la situation présente. Je ne lui souhaite que du bien et je dis, comme autre-

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fois Potier dans je ne sais quelle pièce où il énumérait les défauts des femmes : a C'est encore ce que nous aTona de mieux dans ce genre, ii

Adieu, mou cher ami. Je ne suis pas gai, je ne sais pourquoi, car il m'arrive assez fréquemment d'avoir l'esprit en train, sana aucun motif de me réjouir.

BrogUe, 13 soùt 1850.

Je suis en souci du Président de la République. 11 va dans toutes sortes d'endroits où il lui faudra une grande subtilité de parole pour se tirer d'affaire. Je ne me représente pas nettement ce qu'il dira aux conservateurs de Strasbourg, par exemple, à la vue de ces casernes d'artillerie qu'il avait appelées à l'insurrection. A sa place, je ferais un détour, afin de n'avoir pas à traiter des sujets extrêmement délicats, comme la question de savoir dans quelles circonstances on peut renverser à main armée un gouvernement doux et régulier. Quoi qu'il en soit, je souhaite sincèrement qu'il soit bien accueilli partout et qu'il s-'affermisse dans l'esprit des peuples; nous n'avons pas beaucoup de présidents de rechange. Pour des Français, il fl'y a pas moyen de choisir pour premier magistrat de la République un bon bourgeois de Paris. Le Français moyen méprise ses égaux, et je ne trouve pas que, par ce temps-ci, il ait absolument tort. Allezvous faire comme l'Assemblée nationale, allez-vous,

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mon cher ami, famer et jurer aillenrsTC'est bien peu votre habitude. Pour moi, j'ai essayé les bains de mer de Trouville, et je ne m'en suis pas assez bien trouvé pour les continuer. J'y ai pris, je ne sais comment, une irritation d'estomac qui m'a obligé à rompre avec l'Océan et toutes ses vagues ; je suis revenu ici traînant encore un peu l'aile, mais j'espère prochainement i-emonter sur ma bete (ma bête est extrfrmement bête pour le moment]. Je regrette d'avoir été forcé de quitter ces falaises du Calvados; il y avait des coups de vent beaucoup plus beaux que les scènes les plus violentes du Palais-Bourbon; les flots en tumulte sont fort supérieurs aux montagnards irrités. Mais on est bien mal logé, il y a bien de la foule inconnue au bord de cette mer. Depuis qu'on a découvert que Trouville était un lieu solitaire, toute la nation s'est jetée sur ce malheureux endroit. Les trains de plaisir y vomissent habituellement l'êcuoie de la capitale et de ses environs. Je ne sais pourquoi on nomme ces trains de désagrément des trains de plaisir. Us ne représentent pas mal ce que sera la France, alors que le niveau démagogique l'aura radicalementaplatie.

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