‹ LettresChapitre 41 sur 52 · A H. LB PRINCE DE BROGLIE · texte numérisé non relu

A H. LB PRINCE DE BROGLIE

Pftris, mudi 22 Janvier 1851.

Mon cher ami, on n'est aimable qu'à la Roche. A Paris, on est d'une humeur hargneuse... Il est plus clair que le jourque. quand les légitimistes sont sages, ils eu ont du chagrin... Il ont contribué de leur mieux à ce bl&me grossier contre le gouvernement, qui met à peu près les ministres en démettre de s'en aller. Je no sais ce que feront ces ministres, car les règles du point d'honneur parlementaire changent certainement dans les temps d'orage... Je cherche vainement dans le discours de M. Gharras les torts des ministres... Dans des jours comme ceux-ci, tirer le canon d'alarme pour quelque balourdise d'un maire ou d'un préfet isolé, c'est certainement une œuvre insensée. Nous voilà déjà bien loin des harangues de M. Berryer et de M. Barrot. M. Berryer a eu toutl'éclat d'un beau coup de tonnerre du haut des montagnes. J'eusse aimé mieux que ces foudres vinssent de notre côté que du sien ;je n'aime pas qu'on prêche bien ailleurs que dans ma paroisse, mais, enfin, il faut prendre tous les beaux orages en bonne part. Pour M. Barrot, il a parlé d'or. Il avait toute l'autorité d'un homme qui, ayant fait quelques sottises dans sa vie constitutionnelle, peut parier en connaissance de cause. 11 y a une sagesse qui vient des folies passées et qui n'est pas la moins propre à faire impression. Je voudrais te dire ce que feront les ministres, mais.

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pour le moment, ils ne le savent pas plus que moi. C'est beaucoup que de céder la place à un ministëre de gauche. On ne vient pas de ce c6té pour faire des choses sensées; il faut peu de temps pour mat faire et si, de plus, des gens de gauche présentables venaient à gouverner jusqu'aux élections, nous en verrions de belles, à coup sûr.

Ton père est charmé du ton de simplicité aimable et de l'élévation de sentiments qu'on trouve dans M. de Maistre. Pour moi, je n'aime aucun genre de possédés. Comme le diable est un être fort entendu, je suis convaincu qu'il tire parti du bien pour séduire les gensqu'ilnepeut mener ouvertement à mal. lUeurmet une idée, une seule idée saine dansl'esprit et,avec cette chaleur dont il a le secret, il dilate cette unique idée jusqu'à ce que les pauvres gens qui en sont dominés deviennent comme les vaches qui ont mangé trop de trèfle. Les esprits systématiques sont tous, plus ou moins, sous le règne du malin esprit, de là leur ton impérieux, le méprîs et le dénigrement d'autrui, le mépris et le dénigrement de toute autre idée que la leur. C'est le ver qui est au fond de cette rose mousseuse que vous nommez M. de Montalembert et au fond de cette fleur de coloquinte que vous appelez M. de Maistre. Ce qui prouve qu'il n'est pas bon que l'homme soit seul avec une idée, c'est que toute domination exclusive de ce gepre,quelle que soit l'idée, donne les mêmes symptômes ou à peu près, chez le malade. De là la ressemblance des grands légitimistes et des grands jacobins. C'est dans ce sens qu'il faut entendre a dœmonio meridiano, délivrez-nous de celte dangereuse clarté qui dessèche ou qui brûle tout ce qui n'est pas elle.

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