‹ LettresChapitre 47 sur 52 · CL XXX · texte numérisé non relu

CL XXX

*AU UËUË.

Broglie,!G fbillei IGâî.

Mon cher ami, comme vous me paraissiez avoir modiné votre itinéraire, je ne veux pas vous laisser penser

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que je ne vous ai pas remercié de votre leLlre datée d'Abbotsrord. Elle eût, d'ailleurs, été datée de tout autre lieu qu'elle n'en eût pas moins été la bienvenue. Sachez queje vous ai écrit à Aix-la-Chapelle. Je dois, en bonne conscience, ajouter que celte longue épltre d'une fine écriture ne contient aucune nouvelle intéressante et ne vaut pas la peine que vous la fassiez réclamer. Je ne suis pourtant pas certain que je ne me sois pas permis quelques jugements hasardés sur les personnes de ce monde. Le général La Fayette, sachant qu'on ouvrait ses lettres, disait : « J'en suis bien aise ; c'est un complément à la liberté de la presse ». Je ne puis pas dire que j'aime autant que M. de La Fayette avoir toujours pour confident un inspecteur général des postes; celaôte de l'entrain à l'esprit, quoiqu'on dût faire pour les personnes qui ouvrent les lettres ce que faisaient Louis XV et madame de Pompadoup pour madame du Hausset : « Us ne se gênaient pas plus pour moi, dit cette femme respectable, que si c'eûi été le chien ou le chat qui fût dans la chambre. »

Vous n'aurez probablement rien vu sur les bords du Rhin qui valût la petite maison de VValter Scott. J'ai pourtant vu autrefois avec plaisir, toutes ces petites ruines noiresquipendentsurleseaux vertes du Heuve, parmi les vignes. Quand je dis des eaiix verles, je crois qu'elles ne sont de cette couleur que jusqu'à Bâie, après quoi elles deviennent couleur de civilisation, c'est-à-dire d'un gris un peu sale, mais on se souvient des choses non comme elles sont, maiscomme on était quand on les a vues. J'étais, pour lors, plus jeune et plus léger d'esprit qu'à présent, etj'aime encore mieux l'Ecosse que ces souvenirs du Rhin, car, quand j'ai rêvé à l'Ecosse à travers les romans de Walter Scott,

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le monde entier mê semblait comme la robe du soleil ;

Je me suis aperçu, depuis lors, que cesvêLements-là sont des habits des dimanches, et qu'il n'y a pas autant de dimanches qu'il y a de semaines dans l'année. Les jours ouvriers, ie monde porLe un petit babit gris de fer pas bien propre et fort usé.

Adieu, mon cher ami ; si je puis aller en Suisse, ce sera un grand plaisirde vous voir, mais je ne me Tais pas l'efTet de prendre la roule de Suisse. Madame de Stagl part aujourd'hui moine avec Paul, qui est charmé d'avoir derrière lui son examen-de bachelier, et devant lui deux mois de vacances oii il n'aura qu'un loisir sans bornes. Votre petit Othenin est fort gentil aussi. Il est doux comme un petit mouton et vit comme un chevreuil. Ainsi que les chevreuils, il n'aime encore l'élude et l'antiquité païenne que par devoir. Il admire Cornélius Népos comme le peutTaire un petit chien qu'on fouetle. Je crois que, jusqu'à présent, c'est un petit garçon selon le cœur de l'év6que de Langres et de l'abbé Gaume. 11 préfère saint Hubert, patron des chasseurs, à Cicéron, et sainte Barbe, patronne des canonniers, à Thucydide.

A MADAME LA fRlNCESSE DE BROGLIE.

Lundi, 33 août IBS?.

Vous Ëles très instamment priée, madame, de venir ici le plus tôt possible. Une foule de personnes

ont un grand désir de vous voir. On a pourtant déjà

vu des princesses, et des princesses fort aimables aussi, mais cela n'empêche qu'on trouve que vous vous attardez beaucoup dans les eaux de Plombières. Nous avons eu ici beaucoup d'eaux aussi, mais c'étaient les eaux du déluge. Voici que le temps s'est remis au beau et que tout se prépare dans les montagnes et sur les plaines pour votre réception. Vous n'aurez, pas les fêles de Paris, Avez-vous lu Ha liste du premier quadrille du bal du marché des Innocents? Vous aurez rongé votre frein en pensant que vous n'étiez pas là,

Ces belles Monibazona, ces Nemours si toachantes

qui dansaient avec M. le général Magnan et M. de Persigny sous des berceaux de fleurs, ne vous ressemblaient guère, soit dit pour vous offenser. Les aigles ne descendent pas .des nues pour danser avec des oiseaux-mouches. Tout, dans le gouvernement, a le. caractère de l'énergie. Il y a bien peu d'hommes, autour du prince, qui ne puissent ou assommer un de leurs ennemis d'un coup de poing ou l'abattre d'un coup de carabine à cinq cents mètres. Toutes les belles paroles de M. Thiers ou de M. Guizot sont bien peu de chose en regard de cette éloquence de la nature. Nous voilà revenus, après de longs détours, à l'état primitif, mais perfectionné cependant par la vapeur et la poudre à canon. La souveraineté de la raison fera bien d'apprendre beaucoup de gymnastique etlemaniementdesarmesà feu. Les classes moyennes, qui avaient l'empire il y a quelques années, doivent se féliciter chaque jour davantage, d'avoir fait ou laissé faire la révolution de février.

M. Villemain me parait bien imprudent; lui qui ne

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pourrait pas porter un sac de blé à dix pas, et qui serait probablement incapable de mettre une balle de pistolet dans une planche d'un pied de diamètre, s'avise de faire toutes sortes d'allusions désobligeantes à des hommes incomparablement plus robustes que lui. Celte préoccupation du juste, du bien, du droit, qu'on remarque dans tout son dernier discours, sent le libertinage. Cette pbrase sur M. le duc d'Orléans qui n'aurait plus, dit-il, de quoi faire une pension à l'auteur de la conquête de l'Angleterre, est très malséante; il a l'air de reprocber à M. le Président de la République d'avoir confisqué les biens de la famille d'Orléans. 11 faudrait être mille fois sûr de ces cboseslà pour le dire aussi publiquement. Il semble aussi critiquer dans une certaine mesure le gouvernement impérial de se mettre du parti du poète Ducis qui n'approuvait pas tout dans l'empereur Napolépn, Il devrait savoir que plusieurs préfets ont bllnaé dans des journalistes celte licence effrénée de la pensée. Or les préfets sont les interprètes du Président, qui tient sa force de Dieu, lequel tient son droit directement du Peuple, car Dieu est la source de toute force, et le peuple la source de tout droit, comme il est écrit (Nap. chap. v, ver. 7), En tout, j'aime mieux le discours de M"* aux élèves du collège de Louisle-Grand. Il leur montre par ses exemples,, comme par ses paroles, qu'il faut aimer ceux qui ont domination sur nous et faire tout ce qu'ils nous demandent, approuver tout ce qu'ils font, afin qu'ils nous disent : Il Bon serviteur, va chez mon archi trésorier, il a deux mots à te dire de ma part, n C'est là que les vertus civiques ne poursuivent plus de vaines abstractions et sont archiconsolées.

A HAnAHE LA BARONNE A. DE STAËL.

Puis, là octobre 185!.

Toutes choses sont ici dans le grand repos qui précède les grands événemenls. H n'est pas douteux que l'Empire soit constitué d'ici à un mois, mais M. le Président de ta République n'y met pas d'empressement. Il agit comme Dieu par nombre, par poids et par mesufe. Il est à peu près sûr que la nation sera pour lui, la semaine prochaine, ce qu'elle était cette semaine-ci. Il ne l'épousera donc que la semaine prochaine, afin que cela n'ait pas l'air d'un rapt autorisé seulement par un mouvement de passion. Ce ne sera pas un mariage de Gretna-Green. Je crois même que le Pape viendra bénir cette union. Ce sera un mariage de raison aussi bien que d'inclination. Ce n'est pas un motif pour qu'il ne tourne pas mal. Nous avoîis vu samedi, Paul et moi, toutes les pompes de l'entrée dans Paris. Il n'y avait nul enthousiasme apparent sur les points que nous avons visités. C'était le quartier de la Madeleine et des Affaires Étrangères. Il en était tout autrement, dit-on, dans tes lieux plus voisins de la Bastille et du Taubourg Saint-Antoine, oil les ci'is de : Vive t Empereur! avaient beaucoup de vivacité. L'exaltation tient à si peu de chose dans le monde et il y a tant d'élémenls qui entrent dans sa composition, surlout dans les masses du peuple, qu'il n'y a pas beaucoup de conséquence à tirer du peu qu'on voit de ses yeux. Quoi qu'il en soit, [Empire est fait. Reste à voir la suite qui est fort obscure,

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comme l'avenir, .en général, et comme aussi cet avenir, en particulier. Le pauvre ami mabomélan de M"*, Abd-el-Kader, est mis en liberté. Ce n'est pas ce que je désapprouve, mais il est mis en liberté avec des - considérants injurieux pour les gouvernemeats qui ont précédé et c'est là un procédé un peu révolutionnaire. Les gouvernements qui se succèdent ne dotvent, en bonne politique, que s'injurier le moins possible, et il n'y avait pas ici nécessité à. l'injure.

Vous voilà donc dans ce grand et aimable repos de Carra, après tant de courses sur terre et sur mer? Quinze jours sans aucun souci, avec les siens, n'est pas un petit trésor. Je crains que le froid ne gâte un " peu ce plaisir; on dit que vous vivez dans la neige. Voilà Paul en bonnes mains, son père étant revenu. Je n'ai pas encore de projets pour cet biver, en ce qui me touche personnellement.

GLXXXm.

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