LES ARTS LATÉRAUX
À M. Auguste P.-Malassis.
J'ai beaucoup rêvé, beaucoup médité devant les œuvres d'Ary Scheffer. Et naturellement j'ai souvent pensé à vous, mon ami, dans les galeries improvisées de l'hôtel d'Herford. Vous aimez tant ce qui est singulier, rare et curieux !
En littérature, en art, en philosophie, en science, dans le présent et dans le passé, dans le monde des faits et dans celui do l'imagination, vos goûts de dilollante un pou dédaigneux vous éloignent invinciblement des œuvres accom[)lios, générales, classiques, incontestables, ces triangles rectangles ou ces carrés parfaits do l'esprit humain. Au Sublime régulier ou au Beau sphérique, vous préféreriez, je crois, une simple divination du na'if, ou le premier trait do Vexqtiis. Un dessin vous plaît mieux qu'une peinture, un croquis ou une ébauche qu'un dessin. Vous adorez les émaux,
les inojoliques, les faïences; vous chérissez avec passion tout ce que j'appelle r\rt latéral.
Ce sont là vos goûts, je le sais; mais ost-co bien de vos goûts que vous tirez votre esthétique? seriez-vous de ceux qui soutiennent qu'il n'y a pas d'Arts latéraux, que tous les arts se valent en ce monde, ou plutôt qu'il n'y a qu'un Art qui est l'ART ?
L'étude attentive des œuvres d'Ary Schoffor est venue confirmer dans mon esprit cette conviction raisonnée, que, parmi les Arts, un seul, la Poésie, l'Art littéraire, est l'Art suprême, et que tous les autres sont des Arts latéraux.
Je ne combats pas vos goûts, mon ami; mais je m'attaque aux opinions des gens d'esprit qui auraient la fantaisie de prendre ces goûts-là pour de vrais principes d'esthétique.
La prééminence de l'Art littéraire sur les autres arts n'est pas une invention de pédant. C'est une idée juste, quoique fort ancienne. Il a fallu des tempêtes de lyrisme nébuleux pour obscurcir une notion aussi philosophique, aussi éclatante d'évidence. Nous avons traversé des époques oîi la littérature se sentant presque morte, et ne voulant pas mourir, se levait toute fiévreuse de son lit d'agonie, courait au hasard devant elle, changeant de séjour, changeant de climat, changeant d'air et de patrie, se dépaysant en un mot pour tâcher de revivre. Elle envahissait alors le domaine
des Arls latéraux, décidée à les piller, à les moltro à sac pour subsister. Les envahisseurs revenaient, en effet, avec uu riche butin do couleurs, de sons, de lignes et do formes. La littérature avait son jour de Pâques; elle ressuscitait, dit-on, mais elle ressuscitait défigurée : toute pittoresque, sculpturale ol musicale. Elle était devenue, hélas! le premier des Arts latéraux. Elle revivait pourtant, grûco à la fièvre, grâce à la fantaisie, grâce à l'empirisme, par une espèce de transmutation ou de transfusion.
Cette crise passée, la littérature a repris son caractère. Elle demeure le premier des Arts, parce que la pensée écrite est seule capable de parler directement aux esprits et d'y former cette libre personnalité qui dispose souverainement d'elle-même et du monde. Les Arls latéraux gardent le rang inférieur, parce que nécessairement ils s'adressent aux sens pour arriver à l'inlelligence. Et les sens ne sont pas pour eux comme pour la littérature de courtes antichambres, de petits canaux, des escaliers à trois marches, des cordons de sonnette toujours agitée et immédiatement obéie. Ce sont des êtres qu'il faut charmer pour eux-mêmes, des ministres qu'il faut absolument séduire avant d'aborder le souverain.
On regarde un tableau, une statue; on écoule un chant; et si les yeux ne sont pas charmés, si l'oreille n'est pas ravie, l'attention de l'esprit n'est pas môme éveillée. Lit-on un poème ou un roman, le plaisir des yeux n'est rien ; s'il y a une impression de bonheur à goûter, elle court d'abord à l'esprit, d'où elle se répand quelquefois sur les sens. La littérature ne peut
ressembler à un art latéral que sous la forme dramatique. Au théâtre, la pensée éprite redevient couleur et son, musique et tableau. Il faut l'écouter ou la voir en un instant. Elle frappe directement les sens par la figure, la voix, la diction, le mouvement des acteurs; elle les séduit par l'illusion de la mise en scène et le pittoresque mirage du décor. L'esprit n'est qu'indirectement excité; il reçoit presque toujours l'impression littéraire par une impression sensuelle. Aussi, quoi qu'on en puisse dire, le drame m'a toujours paru une forme inférieure de la pensée. C'est une littérature vraiment laile pour amuser des intelligences blasées ou candides, un pur divertissement do l'adolescence et de la vieillesse : art latéral comme la peinture, comme la sculpture, comme la musique I Et ce simple rapprochement suffit pour définir le vrai caractère des arts latéraux : tout art latéral est un art extérieur, un art de spectacle. La littérature est la vie même de l'esprit, son aliment naturel, son ambroisie, et j'ajouterais preaque sa communion directe avec le Beau.
Mais pourtant il y a de grands artistes, me direzvous, il y a des peintres, il y a des sculpteurs, il y a des musiciens, il y a même des architectes qui marchent les égaux des grands poètes.
Qu'il y ait aujourd'hui de semblables artistes, j'en doute. Qu'il y en ait eu autrefois, j'en conviens, et j'expliquerai tout à l'heure cette anomalie. Qu'il en survienne encore après notre époque, le fait est possible autant qu'un miracle, et c'est toujours un miracle d'avoir du g^nie.
L'homme de génie et le grand artiste (on confond .
Irop souvent ces deux termes) diffèrent autant l'un de
l'autre qu'une force naturelle diffère d'une force libre et qui se connaît. Le génie, c'est la foudre , c'est le torrent, c'est la tempête, c'est le vol de l'aigle, c'est l'éruption du volcan, c'est le jaillissement spontané de la lumière, c'est l'inévitable projection d'un astre dans l'inflni ; c'est en résumé le jeu sublime et presque fatal d'une des grandes énergies inconscientes de l'uuivers L'art est une libre culture de l'esprit humain, ou, si vous l'aimez mieux, sa libre conquête; il fonde une trn lilion et la suit, il thésaurise sans cesse et se perpétue dans le monde, tandis que le génie est une manifestation isolée, une explosion, une détonation, un pur accident.
L'homme de génie m'étonne sur terre comme un admirable étranger : il ne m'intéresse et me touche, il ne me paraît aimable et ne me devient cher qu'au moment où il s'unit à l'humanité par la tradition de l'esprit humain, c'est-à-dire par l'Art.
Vous voyoz bien maintenant que la plupart des vrais artistes, hommes de génie ou non, appartiennent surtout aux lettres; car, par la philosophie, par la religion, par la poésie, par la libre discussion, elles seules ont établi la tradition de l'esprit humain, elles seules peuvent créer des hommes, de grands hommes I
Les grands hommes de la peinture, de la sculpture, de l'architecture, de la musique, c'est la pensée écrite qui les a faits 1
Comment se peut- il donc, me demanderez-vous, qu'au lieu de peindre et de sculpter, de chanter et de bâtir, ces grands hommes n'aient point écrit? Que ne
laissaient-ils à leurs pieds l'outil do l'art latéral pour serrer entre leurs doigts ce rien miraculeux, la plume, instrument tout-puissant de l'art direct, de l'art souverain, du grand art? Comment expliquez-vous Phidias, Michel-Ange, Raphaël, Léonard de Vinci? Comment traitez-vous les divins architectes des temples grecs et les auteurs inspirés des églises chrétiennes?
Par ces glorieuses exceptions vous me fournissez de sublimes alliés, qui m'aideront puissamment à gagner ma cause, en m'indiquant dans le passé le côté historique de la question, dont je n'ai montré jusqu'ici que le côté philosophique.
Laissons Phidias et l'art grec. Il serait tout à fait oiseux de rappeler le caractère purement religieux, allégorique et héroïque des arts latéraux à Athènes, depuis l'époque d'Orphée jusqu'au siècle de Périclès. Les temples s'élevaient, les statues jaillissaient du marbre, les rhapsodes chantaient, les acteurs déclamaient aux sons de cette lyre merveilleuse qui des mains d'Orphée avait passé dans celles d'Amphion. La langue des arts était un accord plastique : elle se réalisait d'abord par les hiéroglyphes d'Egine, et plus tard par cette lumineuse écriture d'Athènes, toute faite do caractères humains divinisés. Les lignes et les figures étaient des paroles musicales que le peuple écoutait, pour ainsi dire, du regard. Le peuple était artiste, il n'étriit pas littérateur, ni philosophe, ni poète. L'écri-
turc proprement dite n'était lue et les lettres comprises que par les hommes libres : l'aristocratie, Aicibiado et les siens.
Les Romains, après la conquête do la Grèce, emportèrent à Rome ses arts avec ses dieux. La tradition attique ne fit que s'alTaiblir en changeant do patrie. Nous connaissons la littérature latine : il n'y a vraiment pas d'arts latins. Quelles gloires comparer, dans les arts latéraux qui n'ont jamais mieux accusé leur infériorité, aux noms immortels de Virgile, de Tacite, de Lucrèce, do Cicéron? pas un artiste romain n'a laissé dans l'histoire la trace brillante d'un Roscius.
Au moyen âge, les arts latéraux redeviennent nécessairement allégoriques. Ils sont pour la foule un moyen d'initiation et d'émancipation. L'artiste expliquait alors plus librement sa pensée sur les murs d'une église que le philosophe ou le poète sur son parchemin. On no brûlait ni les tableaux ni les statues; on brûlait les écrits et môme les écrivains, impitoyablement livrés au bras séculier et au bras régulier. Dans le silence ou le péril de la pensée écrite, les artistes avaient le rôle de fabuliste, et le peuple, qui ne savait et ne pouvait pas lire, comprenait à merveille la moralité de leurs fictions.
Le seizième siècle vint rendre pour toujours à la littérature l'influence universelle, la primauté. Dans sa préface de la Double Vie, M. Charles Asselineau a trèsbien caractérisé cette révolution ; je ne saurais mieux faire que de rappeler ses propres paroles sur un sujet qu'il a éclairé en y touchant presque sans y songer. « Les arts n'ont pu être un moyen de [)ropagalion
d'idées que tant qu'ils ont été le langage par excellence. Les bas-reliefs des cathédrales, el, au derniet terme de cette période historique, les peintures de Michel-Ange ont pu être un moyen d'enseignement pour un public qui ne savait pas lire. Du jour où les hommes eurent trouvé un moyen direct et expéditif de se communiquer leurs pensées, les arts ont été dépossédés de toute mission d'enseignement, soit religieux, soit philosophique... C'est la conséquence capitale delà découverte de l'imprimerie d'avoir remis tout en place et d'avoir si bien limité le domaine de chaque art qu'il ne puisse plus en sortir et envahir celui de l'art voisin qu'à la condition de se suicider. Désormais l'architecte n'a pas d'autre mission que de bâtir ; il n'écrit plus de ces textes de pierre qui tourmentaient l'esprit comme des énigmes. L'architecture a perdu sa symbolique. Nous ne demandons plus au sculpteur que de belles figures et de belles formes ; au peintre, que la magie de l'art et l'intensité de Vimpression. »
Au seizième siècle, M. Charles Asselineau a raison, tout est remis en place, et si de grandes individualités se révèlent encore dans les arts latéraux, c'est qu'elles sont le produit accumulé, le résumé suprême et l'adieu des siècles du moyen âge, illuminé par les clartés de la Renaissance et de la Réforme. Cent ans plus tard, Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël, auraient perdu leur grandtur ou renoncé à leur art pour l'art souverain.
Ce pauvre Ary SchelTer, cette jolie âme en peine, a eu le terrible malheur de croire à la toute-puissauce des arts latéraux. Quand il vit la poésie descendre jusqu'à la peinture, il s'imagina que la peinture pouvait s'élever jusqu'à la poésie.
Tout concourait d'ailleurs à fortifier cotte illusion dans l'esprit des jeunes artistes nés sous la Restauration et vers les premières années du règne de Louis- Philippe. Un mot à la mode, celui d'artiste, enfermait alors les plus vastes ambitions de la jeunesse intelligente. Etre un grand artiste I Quel rêve ! On eût volontiers appelé les meilleurs écrivains des artistes de la pensée, comme on les appela ouvriers de la pensée en 1848. Et ce qui est bien caractéristique, au lieu d'en être blessés, les écrivains auraient sans doute accepté le sobriquet avec reconnaissance. Ne donnaient-ils pas toujours le génie, la beauté, la puissance, l'amour, à ce personnage divin, l'artiste, dans leurs poésies, dans leurs drames, dans leurs romans? Quand un pianiste passait grand homme, un peintre avait parfaitement le droit do se regarder comme un dieu. Chaque année l'artiste avait son temple, où des écrivains de beaucoup de talent et do beaucoup d'esprit (quelquefois des poètes, hélas !) venaient régulièrement officier, avec la plus touchante modestie, apprenant par leur exemple au public les belles façons de s'agenouiller devant l'idole. Les coffiptesrendus du Salon étaient de vraies
hymnes en l'honneur du dieu nouveau, l'arliste ! Le culte alla si loin que les fidèles voulurent un beau jour voir leur dieu à l'œuvre sur les planches d'un théâtre. Benvenuto Cellini, sous les traits de M. Mélingue, exécuta une statue devant le public.
La plupart des artistes contemporains ont souvent répété, à leur insu, le tour de force de M. Mélingue. Ary Scheffer lui-même, malgré la délicatesse native de son esprit, a conçu presque toutes ses œuvres en vue du théâtre. Les yeux de ses personnages, régulièrement fixés au plafond ou à l'horizon, semblent mimer avec une singulière intensité la fameuse exclamation des mélodrames : « Merci, mon Dieu ! » Leurs altitudes, leurs mouvements, leurs gestes, sont réglés et disposés comme si le peintre, régisseur et metteur en scène, avait obtenu ces beaux résultats pour une première représentation, après un grand nombre de répétitions mystérieuses. Le centre de ces compositions est en lui, et chaque figure a l'air de demander avec anxiété si elle est bien à sa place, si elle exprime l'action préconçue, si elle rend l'effet calculé. On ne sait sous quel jour et sous quel angle examiner tant de portraits sans vie, tant de tableaux sans lumière, sans perspective et sans réalité. Il faudrait une optique particulière, un éclairage de féerie, quelque chose comme une rampe de théâtre accompagnée de feux de Bengale.
En voulant échapper aux conditions de son art, en cherchant à être un penseur, un rêveur, un philosophe et un poète, Ary Scheffer, comme Delaroche, n'a réussi qu'à traduire faiblement sur la toile des scènes
do drame, des figures do poëmo cl des tableaux do roman. Los litres de ses œuvres, empruntés à Byron, à Shakespeare, à Gœtlie, à Dante, appellent naluroUcment lo public habitué à courir vers l'afficho où s'étalent des noms éclatants. Voici Faust, se dit-on, voici Marguerite, voici le Giaour et le roi de Thulé, voici Paolo et Françoise de Rimini. Hélas! après un moment de surprise, comment ne pas se sentir inquiet, dépaysé, mystifié, dupé? Ou a devant soiles vignettes d'un livre, et le livre est absent. Toute proportion gardée, c'est Tony Johannot sans Lamartine. Le spectateur aurait besoin d'une mémoire de Nestor pour compléter à l'instant son impression.
Quand Ary Scheffer ne traduit pas directement les poètes, il applique fatalement à la peinture les procédés de la poésie. Voyez, par exemple, VAmour divin et VAmour terrestre, Saint Augustin et Sainte Monique , les Douleurs humaines se transformant en prières, etc. ; ne sentez-vous pas que ce sont encore des vignettes, mais des vignettes faites pour des poèmes qui n'existent pas, que le peintre a rêvés, que vous voudriez absolument connaître, et que, par malheur, vous ne pouvez pas même imaginer?
L'esprit d'Ary Scheffer est là tout entier ; c'est d'ailleurs, sauf quelques exceptions, l'esprit qui domine aujourd'hui, avec moins de recueillement, d'élévation, de goût ou de finesse, parmi les artistes les plus renommés de nos Expositions périodiques. On reconnaît Théophile Gautier derrière Gérômc, Crizeux sous Hébert, Champfleury à côté de Courbet, et Arsène Houssaye près d'Hainon. Oui, les arts latéraux se trompent
à ce point sur leur caractère spécial, que MM. Champfleury et Houssaye sont devenus des inspirateurs !
La méprise est lourde, vous en conviendrez. Mais à qui la faute, je vous prie? Les artistes, flattés dans leur vanité par les écrivains, no prennent plus la peine d'étudier, de comparer, de s'orienter, de réfléchir ; ils ont une grande vertu d'inertie qui met leur conscience en repos : ils ont la fatuité de l'ignorance.
— Ary Scheffer n'était pourtant pas un ignorant?
Ah ! mon cher ami, entendons-nous. Cette jolie âme en peine fut -très-innocente, en effet, du péché d'ignorance grossière. Ary Scheffer était lettre ( qui en doute?] et même trop lettré. Il connaissait la littérature contemporaine et les étrangers qu'elle aimait : Dante, Byron, Gœthe, Shakespeare. On peut se demander pourtant comment il a traduit ses chers poètes. Je crois, pour ma part, que la science lui a manqué autant que le sentiment; il a souvent fait de l'ode une romance, il a évidemment traduit ses auteurs pour les spectateurs du Gymnase et de l'Opéra- Comique, gens lettrés, si l'on veut, mais d'un goût médiocre et d'une fausse sensibilité.
Ce qu'il ignora toujours ne s'apprend guère, d'ailleurs, ou s'apprend tout d'un coup. Il y a, j'en suis sûr, une ignorance innée comme il y a une science. innée. Certains yeux voient juste et loin dès qu'ils sont ouverts. D'autres ont beau s'ouvrir et se tourner vers le ciel, même armés de lunettes, ils ne verront rien, ou verront fort peu et fort mal. Ary Scheffer avait la vue délicate et faible ; tous les sens de son esprit
étaient transposés. Il fit œuvre semi-littéraire en peinture; il transposa.
Quelques bonnes âmes trouveront ce jugement sévère. Malgré les plus tendres sympathies pour la mémoire d'Ary Scheffer, j'ai dû caractériser nettement son esprit, l'esprit de ses œuvres, qui domine aujourd'hui, je le ré|ièto, parmi les artistes, et qui a énervé ou faussé le goût du public.
Artistes et public, tracsposeurs!
Sur celle question : De la Littér.\ture et des Arts l.\téraux, je pourrais, mon ami, m'espacer encore lout à mon aise, comme dit Saint-Simon. J'aurais encore beaucoup à développer en long et en large ; mais il existe assez de professeurs à Paris qui nous développent et nous pillent à la fois. Ne faut-il pas que lout le monde vive?
Je préfère me résumer en une phrase et conclure en trois mots. On amplifiera plus tard, vous verrez.
La littérature, étant le premier des arts, doit nécessairement exercer une influence sur les arts latéraux : les paysagistes modernes n'existeraient pas sans Jean- Jacques et se? fils.
L'artiste proprement dit ne peut conquérir son litre d'homme que par les lellres : qu'il respire donc l'atmosphère littéraire, et qu'après cela il soit libre.
Rien ne vaut dans les arts que la liberté ayant conscience d'elle môme.
Quant à nous, écrivains, gardons la primauté rigoureusement. Cela est essentiel pour notre art et tout à fait nécessaire aux arts latéraux.